« Lui Devant » au festival PodBXL 2026

Lui Devant, un podcast d'Abderazag Azzouz au festival PodBXL 2026

Replay PodBXL Live 2026 : Abderazag Azzouz présente le podcast « Lui devant » | Houwa Fi Al-Mouqaddima – Podcast #039 PodBXL

Notre répondeur Vocal pour laisser un message vocal à Abderazag Azzouz en réaction à ce podcast « Lui Devant » : ici

Quand la pierre réveille la mémoire

Il y a des pierres que l’on taille et d’autres qui semblent conserver ce que les hommes ont oublié.

Dans « Lui devant » (Houwa Fi Al-Mouqaddima) – @PODCASTIME , Abderazag Azzouz nous entraîne entre Marseille et l’Algérie, entre les années 1960 et 2000, sur les traces de deux frères séparés par une évasion et quarante années de mémoire fracturée.

Amine est sculpteur, depuis des décennies il attend un frère qui n’est jamais arrivé au rendez-vous qu’ils s’étaient donné. Lorsqu’un marbre à cinq couleurs venu des environs de Skikda entre dans son atelier, quelque chose recommence à affleurer.

Pour construire son récit, Abderazag Azzouz s’est documenté sur la guerre d’Algérie et y a intégré des éléments issus de ses recherches : les carrières de la région de Skikda, les camps d’internement et de regroupement, l’école Jeanne d’Arc de Philippeville, ainsi qu’une évasion réelle survenue en France.

À l’auditeur pourtant de distinguer les traces de l’Histoire de celles laissées par les personnages.

Voix, silences, matière, pas, chaînes, tunnel, carrière : pendant près de trois ans, Abderazag Azzouz a construit avec ses collaborateurs un univers dans lequel le son doit faire naître l’image.

Une création déclinée en podcast audio, en version audiographique : un « écouter, voir », et en exposition.

À PodBXL, nous sommes honorés d’offrir un espace à des créations capables de faire entendre, chacune avec sa sensibilité, des récits que l’Histoire a parfois laissés à distance. En fait permettre à des voix, des mémoires et des questions de circuler.

Une résonance imprévue dans la programmation de PodBXL :
Après un précédent projet évoquant notamment la dictature argentine, cette création nous ramène vers l’Algérie et certaines pratiques de la guerre contre-insurrectionnelle.

Lors de l’échange qui suit la diffusion, Abderazag Azzouz relève lui-même une résonance avec le travail précédemment présenté par Vincent Gerles, en évoquant la circulation de militaires et de méthodes entre différents conflits.

Ce rapprochement n’était pas programmé : PodBXL ne construit pas sa programmation en sélectionnant les projets selon une ligne thématique. Les créations sont accompagnées dans l’ordre des demandes et selon la disponibilité et la réactivité des participant·es.

Parfois, pourtant, deux histoires indépendantes finissent par se répondre. Comme deux morceaux d’une mémoire que personne n’avait prévu de rapprocher… Merci pour ce superbe cadeau !

  • Intervenant : Abderazag Azzouz
  • Podcast présenté : Lui Devant (Podcast Time)
  • Événement : PodBXL Live
  • Sous-titres disponibles pour la version youtube : Français • Arabe • English • Español • Deutsch • Nederlands
  • Quiz interactif disponible
  • Photographies : Nico Hawk Photography
  • Production éditoriale pour cet épisode enregistré à PodBXL : #PodiBUZ — The Podcast Factory Org (asbl)

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PodBXL ne s’arrête pas là : en septembre 2026 le festival devient mensuel le temps de tester cette formule. Et la communauté continue de se tisser lors de soirées #podMeetup, venez échanger, créer du lien entre podcasteurices engagé·es, autour de valeurs d’inclusion, d’environnement et de solidarité. Plus nombreux nous serons, plus loin nous pourrons porter les voix de celles et ceux qu’on n’entend pas assez, plus puissant sera le média podcast et plus belle, plus riche sera notre communauté. Car, pour rappel, PodBXL est le festival POUR, PAR et AVEC les podcasteurices.

Un podcast proposé par The Podcast Factory Org (asbl), avec le soutien de transforma bxl & Plugin Company.
Merci à tous nos partenaires : Love Health Center et son équipe qui ont régalé les participants ( tout au long de la journée, MT Production BE (Anton Vodenitcharov et son équipe) pour la captation vidéo, Pyxis Belgique pour le prêt de matériel, The POD et Info-lux.com pour leur soutien et leur relais.

Liens utiles :

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Français : La transcription intégrale de ce podcast est proposée en sous-titrage de la vidéo en six langues : français, néerlandais, allemand, anglais, espagnol et arabe.
Arabe : النص الكامل لهذا البودكاست متوفر كترجمة مصاحبة للفيديو بست لغات: الفرنسية، الهولندية، الألمانية، الإنجليزية، الإسبانية والعربية.
Néerlandais : De volledige transcriptie van deze podcast is beschikbaar als ondertiteling van de video in zes talen: Frans, Nederlands, Duits, Engels, Spaans en Arabisch.
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Espagnol : La transcripción completa de este pódcast está disponible como subtítulos del vídeo en seis idiomas: francés, neerlandés, alemán, inglés, español y árabe.

Séquençage du podcast Abderazag Azzouz | Podcast Time | Lui devant :

  • [00:00:00] Présentation du projet par Abderazag Azzouz
  • [00:01:41] Générique de « Lui devant – Houwa Fi Al-Mouqaddima »
  • [00:02:02] Épisode 1 – « Retour aux origines »
  • [00:08:52] Épisode 2 – « La menace Jeanne d’Arc »
  • [00:15:53] Épisode 3 – « L’évasion »
  • [00:23:30] Épisode 4 – « La mémoire se fissure »
  • [00:30:53] Épisode 5 – « Si loin, si proche »
  • [00:41:17] Échange avec le public
  • [00:42:17] Comment les deux frères sont-ils arrivés en Algérie ?
  • [00:44:38] Les deux frères vont-ils se retrouver ?
  • [00:46:03] D’autres épisodes sont-ils prévus ?
  • [00:46:59] D’où vient l’histoire de ces deux frères ?
  • [00:49:19] Recherches historiques, camps et école Jeanne d’Arc
  • [00:51:55] Trois ans d’autoproduction et de création sonore
  • [00:56:52] Conclusion et remerciements

La transcription du podcast Abderazag Azzouz | Podcast Time | Lui devant :

Présentation du projet par Abderazag Azzouz

[00:00:00] Abderazag Azzouz: Voilà un podcast qui existe en fait en trois versions : une version audio, une version audio graphique, que vous allez découvrir aujourd’hui, et une version expo, aussi, puisque j’ai pensé ce podcast-là aussi pour le faire tourner dans différents lieux. Moi ce qui m’intéresse, c’est notamment la réaction avec le public, de voir un peu ce qui se passe dans ce moment-là. Donc la version audio graphique que vous allez découvrir, elle a été montée par mon fils Nino en termes d’animation, et les illustrations que vous allez découvrir pour chaque podcast ont été réalisées par Olivier Gourdon, un illustrateur. Et donc c’est l’assemblage de l’audio et du graphique. Moi ce que j’aime bien appeler un « écouter, voir », c’est-à-dire que je ne voulais pas que ce soit ni trop sonore, ni trop visuel, que ça nous laisse la possibilité de fermer les yeux, d’écouter ou d’ouvrir un peu les yeux, de jeter un œil, voilà, de découvrir un peu ça. Voilà, je ne veux pas en dire plus, je vais vous laisser dans ce moment immersif et puis on en reparle après. C’est la version unitaire donc, puisque ça existe par épisode, là tous les épisodes vont s’enchaîner, donc voilà vous avez des éléments de repères à chaque fois pour savoir comment vous allez voyager dans cette histoire-là. Voilà, je vous laisse découvrir.

Générique de « Lui devant – Houwa Fi Al-Mouqaddima »

[00:01:41] Générique annonce: Podcast Time présente « Lui devant » – « Houwa Fi Al-Mouqaddima », un podcast Abderazag Azzouz.

[00:01:54] Chant féminin: Femme chantonne « Tala, ta, tam… »

Épisode 1 – « Retour aux origines »

[00:02:02] Abderazag Azzouz: Épisode un, « Retour aux origines ».

[00:02:28] Abderazag Azzouz: Nous sommes en l’an 2000, dans le 10ᵉ arrondissement de Marseille, le quartier Saint-tronc, ici Vis Amine, 58 ans, sculpteur depuis 40 ans. Depuis plusieurs semaines, il est en prise avec ses démons intérieurs, Aziz, son ami et agent inquiet de son silence, essaye désespérément de le joindre.

[00:02:54] Amine répondeur: Bonjour, Vous êtes bien chez Amine, vous pouvez laisser un message.

[00:03:04] Aziz voix téléphonique: Amine, tu es là? Réponds bon sang! C’est pas en te murant dans ce silence là que tu vas t’en sortir. Bon, cette fois je viens, marre de te laisser des messages!

[00:03:33] Amine: Pfff. J’y arriverai pas…

[00:03:52] Constantin Brancusi: C’est en taillant la pierre que l’on découvre l’esprit de la matière, sa propre mesure. La main pense et unit la pensée à la matière. C’est l’acte même du sculpteur face à un matériau dont la connaissance ne s’apprend que lentement et réserve toujours un inattendu qu’il faudra résoudre sans pouvoir jamais rien ajouter, par seul retranchement. Il faut tailler et non blesser la pierre, trouver la solution devant l’apparition d’une veine ou d’une tâche non prévue : il faut savoir lutter avec la pierre, la caresser, la polir, savoir avec quelle angoisse, comme avec joie, faire surgir la forme que l’on porte en soi mais qu’elle peut aussi nous avoir inspirée selon sa texture, la forme même du bloc que l’on a choisi ou trouvé.

[00:05:00] Aziz: Eh ! Y a quelqu’un?

[00:05:02] Amine: Hum.

[00:05:03] Aziz: Je peux entrer sans danger ?

[00:05:05] Amine: Par ici.

[00:05:07] Aziz: Dans quoi tu te lances ?

[00:05:09] Amine: Hmmm… Je ne sais pas encore.

[00:05:12] Aziz: Amine, tu m’as demandé de m’occuper de ta carrière non?

[00:05:17] Amine: Je, pffff.

[00:05:19] Aziz: Bon, Tu craches le morceau? Tu ne produis plus rien là, qu’est-ce qui t’arrive?

[00:05:24] Amine: Hmmm.

[00:05:25] Aziz: Je te préviens, je ne partirai pas sans explication.

[00:05:28] Amine: Ok, ok, reste, Fadel! Assieds-toi. Tu as raison, je suis bloqué mais je crois que j’ai enfin trouvé la solution.

[00:05:41] Aziz: Et c’est quoi?

[00:05:42] Amine: Tu vois ça? C’est un collier, que j’ai fait pour mon frère et moi quand nous étions prisonniers en Algérie, à Philippeville. Enfin, je veux dire à Skikda. Eh bien, je crois que si je sculpte à nouveau cette pierre, j’arriverai à libérer quelque chose en moi.

[00:06:00] Aziz: Hmm. Fais voir? Marbre, une, deux, cinq couleurs différentes? Tu sais qu’on ne la trouvera pas ici, hein? Il me faudrait un échantillon pour lancer les recherches, et la faire venir.

[00:06:14] Amine: Garde-le, je te le confie. Ça ira ?

[00:06:18] Aziz: Oui ça ira, ça ira.

[00:06:30] Amine: Sonnerie de téléphone type sonnerie Nokia. Hmmm?

[00:06:39] Aziz: Amine? c’est moi. Bon, écoute, on a repéré la carrière en Algérie, qui semble avoir ce qui t’intéresse. C’est à côté de Skikda, tu avais raison. Il y a un gisement qui est toujours exploité.

[00:06:53] Amine: Eh bien ! Commande et fais-moi livrer pour vendredi avant 10 h.

[00:06:58] Aziz: Écoute, j’ai déjà engagé les choses. La commande est partie.

[00:07:02] Amine répondeur: Oh, merci d’être là.

[00:07:09] Salim: Salam Amine, un café comme d’habitude?

[00:07:12] Amine répondeur: Salem Salim.

[00:07:53] Marco: (Chantonnant) Gracias a la vida, que me ha dado tanto. Perfecto distingo, lo negro del blanco.

[00:08:08] Amine: Salut Marco. Alors ma livraison?

[00:08:14] Marco: Oui, il est là mais…

[00:08:16] Amine: Qu’est-ce qu’il y a? Tu as l’air embêté?

[00:08:18] Marco: Non, c’est ton livreur, c’est bizarre, il est parti très vite! Comme s’il avait vu un fantôme.

[00:08:23] Amine: Ouais… Bon, je vais voir ça.

[00:08:42] Amine: Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel?

[00:08:50] Chant féminin: Chant féminin: Femme chantonne « Tala, ta, tam… »

Épisode 2 – « La menace Jeanne d’Arc »

[00:08:52] Abderazag Azzouz: Épisode deux, « La menace Jeanne d’Arc » (Bruit de sirène pour bombardement).

[00:09:33] Abderazag Azzouz: Nous sommes en 1960 en Algérie, non loin de la frontière tunisienne, au cœur des carrières de marbre du Djebel Filfila, dans les environs de Philippeville, aujourd’hui Skikda. Ici, une partie des ouvriers chaque matin proviennent d’un camp de prisonniers politiques algérien. Deux frères, récemment arrêtés pour leur soutien au FLN, Hakim 20 ans, et Amine 18 ans, en font partie. Dans cette carrière, on extrait un marbre unique au monde, composé de cinq couleurs différentes, une coloration due à la proximité de mines de fer et de plomb.

[00:10:15] Lieutenant Jacques: Éteint-moi ça toi. Allez, allez, on n’a pas toute la journée, du nerf! Et toi, tu travailles?

[00:10:23] Albert: Eh Hakim, ton petit frère là, il va se prendre un bon coup de crosse – Ricanement. Le lieutenant va pas le rater !

[00:10:31] Hakim: Ferme ta gueule la balance, ou c’est toi qui va te prendre un bon coup! Mais qu’est-ce qu’il fait? Amine? Amine?

[00:10:36] Lieutenant Jacques: Alors le rêveur? Allez, rassemblement, départ dans deux minutes en colonne par baraquement. Les outils dans vos sacs, on se secoue, on secoue. Charlie à Bravo, vous me recevez?

[00:10:48] Base Militaire: Affirmatif, parlez.

[00:10:49] Lieutenant Jacques: On se met en route, On en a pour 1 h. (Réponse radio: Reçu Charlie)

[00:11:01] Amine: Putain je saigne

[00:11:02] Hakim: Tu l’as bien cherché. Qu’est-ce que tu foutais?

[00:11:04] Amine: Il y a des pierres quand tu les casses, elles prennent des formes et…

[00:11:06] Lieutenant Jacques: Halte! Enlevez leur les chaînes. Posez vos sacs. Un pas en arrière. Demi-tour. À mon coup de sifflet, chacun dans son baraquement.

[00:11:32] Abderazag Azzouz: La nuit est bien avancée et la plupart des prisonniers dorment, sauf un homme. Amine est aux aguets, il regarde autour de lui, semblant attendre le moment propice pour faire quelque chose. Il tient dans sa main un sac en toile, qu’il renverse tout doucement devant lui. Des pierres de différentes tailles, les couleurs s’étalent. Une à une, il les prend et les regarde, fasciné. Dans sa main, elle semble soudain prendre vie, lorsque la lumière de la lune vient à les éclairer. Il sourit. Un souvenir d’enfance vient de refaire surface. Deux enfants crapahutent sur des rochers, munis de petits marteaux. Ils s’évertuent à extraire des morceaux de roches. Ils comparent leurs trouvailles, sous l’œil bienveillant de leur père.

[00:12:26] Hakim: Amine? (Chuchotement).

[00:12:28] Amine: Hmmm

[00:12:28] Hakim: Écoute Amine, j’en ai marre. On va se barrer de ce trou à rats, sinon je vais devenir fou.

[00:12:32] Amine: Pourquoi on attend pas? Elle finira bien un jour cette guerre.

[00:12:34] Hakim: Attends. On va creuser un tunnel.

[00:12:37] Amine: Quoi? Mais qu’est-ce que tu me racontes? On n’a rien pour creuser.

[00:12:41] Hakim: On se débrouillera. On volera des outils s’il le faut.

[00:12:43] Amine: On ira où? Ils vont nous chercher dans tout le pays.

[00:12:45] Hakim: Écoute, mais écoute, bon sang… Écoute,

[00:12:47] Amine: Hmmm Je t’écoute…

[00:12:48] Hakim: J’ai repéré un coin pour creuser, c’est juste sous les douches et ça part vers les barbelés, puis le bois. (Ronflement d’un gardien) Attends. Ok, j’ai déjà calculé le passage de la ronde. On peut travailler par période de 30 minutes au moins. On sera loin des miradors, c’est le plus court.

[00:13:01] Amine: Et si on tombe sur de la roche, on fait quoi?

[00:13:03] Hakim: Avec la forêt à côté, peu de risques. Écoute moi, tu feras ce que je te dis. On ira en France. Impossible qu’ils pensent à nous chercher là-bas.

[00:13:10] Amine: Mais faudra prendre un bateau (Ronflement gardien), ils sont tous surveillés, c’est sûr.

[00:13:13] Hakim: Amine… Les grands oui, mais pas les petits bateaux, qui sont de mèche avec le FLN au Port Saint Louis. Si on doit être séparés, c’est pas grave, on se retrouvera au café à Marseille, d’où le père écrivait pour le bled. Tu te souviens?

[00:13:25] Abderazag Azzouz: Au fond du baraquement, un chantier clandestin a débuté depuis plusieurs nuits. Amine est debout et guette le moindre bruit extérieur. Il surveille le temps à l’aide d’un sablier bricolé. Il a peur. Entre lui et son frère, une corde autour de leur ventre les relie. Hakim, lui, est inquiet. Il ressasse une information parvenue par un messager du FLN. Une école de guerre psychologique s’est ouverte à Philippeville, l’école Jeanne d’Arc. Depuis, de nombreux prisonniers y sont conduits comme cobayes. Hakim, sait au fond de lui Qu’Amine ne pourra pas résister à la torture. Et lui non plus. Il reprend le creusement à l’aide d’une pelle improvisée avec une boîte de conserve. Il progresse de manière acharnée, jusqu’à se faire saigner les mains. Cette menace, devient pour lui une nouvelle motivation pour finir au plus vite ce tunnel.

[00:14:31] Hakim: Merde, et merde, on est tombé sur de la roche.

[00:14:35] Amine: Quoi?

[00:14:36] Hakim: Du marbre. C’est pas normal ici hein… Merde. Bon, faut le casser sinon on passe pas.

[00:14:44] Amine: J’en étais sûr, on n’y arrivera pas. On n’a rien pour ça putain.

[00:14:47] Hakim: Arrête de geindre. On volera ce qu’il faut. N’oublie pas les outils de la carrière.

[00:14:51] Amine: C’est sûr, on va se faire prendre…

[00:14:52] Hakim: Écoute Amine, oh et puis merde… (Cris de hibou)

[00:15:03] Lieutenant Jacques: Je vous rappelle que vos sacs doivent contenir massette, burin, fil acier. Vous en êtes responsables. Pour chaque outil manquant, 30 jours de trou. Videz vos sacs.

[00:15:17] Albert: Et mais… Mes outils… On m’a volé mes outils! Je sais que c’est toi Hakim. Je sais que c’est toi, sale bougnoule va! Je sais ce que tu mijotes, toi et ton frère. Et ça, fois d’Albert, vous allez me le payer!

[00:15:30] Lieutenant Jacques: Emmenez-le!

[00:15:30] Albert: Non! Je ne veux pas payer pour un autre! C’est un coup monté! C’est pas moi! C’est pas moi!

[00:15:39] Amine: Pourquoi t’as choisi ce type?

[00:15:41] Hakim: C’est une balance. Il a eu ce qu’il méritait.

[00:15:50] Chant féminin: Chant féminin: Femme chantonne « Tala, ta, tam… »

Épisode 3 – « L’évasion »

[00:15:53] Abderazag Azzouz: Épisode trois, « L’évasion ».

[00:16:20] Abderazag Azzouz: À l’intérieur du tunnel qui a progressé, les deux frères savent qu’ils sont maintenant à un mètre de la clôture du camp. Une corde leur fait office de mesure grâce à des nœuds répartis tous les mètres. Amine cogne avec son burin recouvert d’un chiffon. Sa maigreur est ici une chance car le boyau est étroit. Mais le plus dur, c’est le manque d’air. À cet instant, il fait corps avec la pierre qu’il travaille, ne pouvant se protéger des éclats. Un morceau s’est détaché, il l’observe puis sourit. Il vient d’avoir une idée.

[00:17:03] Hakim: Tiens, bois un coup.

[00:17:08] Amine: Essoufflé – Merci frangin. Eh Hakim?

[00:17:11] Hakim: Qu’est-ce qu’il y a?

[00:17:13] Amine: Eh la pierre au fond, tu trouves pas que ça ressemble un peu à mam..

[00:17:15] Hakim: Quoi? Qu’est-ce qu’il y a avec cette pierre? Et puis c’est quoi que t’as dans ta main?

[00:17:19] Amine: Ah ça? C’est pour toi. C’est un collier que j’ai fait cette nuit. Celui-là est pour toi. Chacun avec son nom. T’aimes pas?

[00:17:26] Hakim: Un collier. Mais t’as rien d’autre à foutre? Tu dois surveiller Amine, surveiller, pas rêver. Bon, je vais descendre. Alors fais gaffe.

[00:17:34] Amine: Ouais, ouais…

[00:17:34] Amine: Eh Hakim! C’est bon, on passe, envoie les affaires!

[00:17:58] Hakim: Remonte!

[00:18:00] Amine: J’étais dedans putain… Il avait qu’à venir merde.

[00:18:03] Hakim: Va chercher les sacs et le cirage, je passe devant.

[00:18:11] Abderazag Azzouz: Les deux frères sont à quelques mètres de leur liberté. Hakim est l’aîné. Dans sa logique, il doit être le premier à sortir. La corde autour du ventre le reliant à son frère, il compte les minutes en espérant que la durée des rondes n’ait pas changé. Le visage noirci de cirage, il sort sa tête. La voie est libre, ils n’ont que cinq minutes pour s’extraire. Ils rampent jusqu’à la lisière, à l’abri, il peut enfin donner le signal à Amine de se lancer. Un coup sec sur la corde. Ils sont maintenant face à face, toujours encordés et abasourdis par leur exploit. Ils sont derrière les barbelés. Ils ne savent pas que leurs actes devancent de peu celui d’un autre homme en France. Abdelkader Guelmine, membre du mouvement national algérien M.N.A. Il s’évadera de la même manière avec 39 détenus du camp du centre pénitentiaire de Mauzac, le 5 novembre 1961.

[00:19:05] Hakim: Allez, on se sépare, on aura plus de chance.

[00:19:08] Amine: On a dit qu’on ferait pas comme ça.

[00:19:09] Hakim: Écoute frangin, écoute, on n’a pas le temps de parler. Ils vont vite voir qu’on n’est plus dans nos lits à la prochaine ronde. Écoute moi frangin, ça va aller, ça va aller, on va y arriver. Tu vas jusqu’au port et tu trouves un bateau de pêche, moi je passe par la Tunisie. On se rejoint ensuite à Marseille au Café du Père, dans un mois, le deuxième vendredi à 10 h, t’as compris? Le deuxième vendredi à 10 h. Allez viens là, va. Va frangin, va. Je t’aime.

[00:19:36] Base Militaire: Bravo à Charlie vous me recevez?

[00:19:37] Lieutenant Jacques: Oui, parlez!

[00:19:39] Base Militaire: On a trouvé le point de sortie, il ne reste que deux cordes.

[00:19:43] Lieutenant Jacques: Merde.

[00:19:44] Base Militaire: Lieutenant?

[00:19:45] Lieutenant Jacques: Plan épervier! Allez!

[00:19:47] Base Militaire: Reçu Charlie.

[00:20:06] Hakim: Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhh.

[00:20:38] Boualem: Chantonne en conduisant.

[00:20:43] Abderazag Azzouz: L’homme qui conduit ce camion benbe, c’est Boualem. Un ouvrier dans une carrière.

[00:20:49] Boualem: La la la la la, la la la la la, la la la la la, la la la la la.

[00:20:57] Abderazag Azzouz: Il s’apprête à faire une marche arrière, lorsqu’il aperçoit un homme au visage ensanglanté dans son rétroviseur.

[00:21:02] Boualem: Chkoun Hada? C’est qui celui-là?

[00:21:05] Abderazag Azzouz: Alors qu’il s’apprête à descendre, une patrouille militaire arrive.

[00:21:15] Abderazag Azzouz: Boualem cherche l’homme mais celui-ci a disparu.

[00:21:22] Lieutenant Jacques: Arrête ton moteur et descends lentement. Qu’est-ce que tu fais là?

[00:21:29] Boualem: Je viens chercher de la pierre. Pourquoi Monsieur?

[00:21:31] Lieutenant Jacques: Lieutenant! C’est lieutenant! T’as compris? T’as rien à faire aussi près du camp. C’est une zone militaire ici.

[00:21:37] Boualem: Ok, ok, t’énerve pas. Je pars, je pars.

[00:21:40] Lieutenant Jacques: Bouge pas!

[00:21:41] Boualem: Qu’est-ce qu’il me veut celui-là? C’est terre elle est à nous.

[00:21:47] Lieutenant Jacques: Tu n’as vu personne sur la route?

[00:21:49] Boualem: Non, rien monsieur, rien du tout. Que de la poussière peut être?

[00:21:52] Lieutenant Jacques: Merde, merde! Charlie à Bravo, vous me recevez?

[00:21:57] Base Militaire: Oui, parlez Charlie.

[00:21:58] Lieutenant Jacques: Vous avez quelque chose au port?

[00:22:00] Base Militaire: Rien lieutenant et vous? (Lieutenant Jacques: Merde) Lieutenant? Reçu Charlie, fin de mission.

[00:22:07] Lieutenant Jacques: T’es encore là toi? Allez, tu dégages fissa fissa!

[00:22:10] Boualem: Oui, oui, je règle mon moteur et j’y vais.

[00:22:12] Lieutenant Jacques: Allez! On décroche, on décroche!

[00:22:27] Abderazag Azzouz: Boualem jette un coup d’œil dans son rétroviseur. L’homme est réapparu. Il lui fait signe de grimper. Ce dernier hésite en triturant une espèce de collier, puis s’exécute en se faufilant sous la bâche arrière.

[00:22:40] Boualem: Celui-là, Vous ne l’aurez pas. Foi de Boualem! Wallah! Il chantonnes…

[00:22:56] Abderazag Azzouz: Pendant ce temps, quelque part en mer, Amine est lui aussi caché sous une bâche, celle d’un bateau de pêche qui arrive non loin des côtes marseillaises.

Épisode 4 – « La mémoire se fissure »

[00:23:30] Abderazag Azzouz: Épisode quatre, « La mémoire se fissure ». (Bruits de cloches de village)

[00:24:14] Salim: Salem Amine! Un café, comme d’habitude?

[00:24:16] Amine: Salem Salim. Un allongé aujourd’hui s’il te plait.

[00:24:19] Salim: Allez, installe-toi mon fils. Tfadel, tfadel, j’arrive.

[00:24:26] Abderazag Azzouz: Au fond du bar, Amine a les yeux rivés sur la porte d’entrée. Le même rituel depuis 40 ans. Il dévisage tous les Maghrébins de 60 ans, avec l’espoir d’y trouver le regard de son frère.

[00:25:01] Amine: Salim? Est-ce que quelqu’un est venu me demander après que je sois parti la dernière fois?

[00:25:06] Salim: Non Amine, pas cette fois-ci.

[00:25:08] Amine répondeur: Hmmm. Au revoir Salim.

[00:25:10] Salim: Au revoir mon fils. Au prochain vendredi.

[00:25:32] Pedro: Qui c’est?

[00:25:33] Salim: Lui, c’est Amine, le fils d’Ahmed. Un ancien ouvrier des carrières Perasso, comme toi.

[00:25:39] Pedro: Pourquoi il te demande qui est venu?

[00:25:42] Salim: Il vient ici depuis 40 ans. Il attend toujours l’arrivée de son frère.

[00:25:45] Pedro: Hein? ¿qué dices

[00:25:47] Salim: Acercate Pedro! C’est comme ça que vous dites? Approche en espagnol?

[00:25:50] Pedro: Si claro! Et vous, c’est tguedem?

[00:25:53] Salim: C’est ça mon ami poulyglotte. Bon, approche Pedro. (Pedro: Hmm dime) Amine et son frère, c’est des anciens du FLN, comme leur père. Ils s’étaient évadé d’un camp de prisonniers pendant la guerre d’Algérie. Ils devaient se retrouver ici après l’évasion. Et l’autre, il n’est jamais arrivé.

[00:26:11] Pedro: Et bah merde alors! Que… Que tristessa por el, pauvre gars. Et su Padre?

[00:26:17] Salim: Son père? Il est mort juste avant leur évasion, à Paris, à la manifestation d’octobre 61.

[00:26:23] Pedro: Hmm Vaya!

[00:26:37] Boualem: Chantonne au volant

[00:26:51] Boualem: Hakim! Eh Hakim!

[00:27:00] Boualem: Hakim arrête un peu ta machine là!

[00:27:14] Hakim: Heu, qu’est-ce qu’il y a Boualem là? Pourquoi tu t’agites?

[00:27:17] Boualem: On a une commande spéciale. C’est pour un bloc de marbre de Fil fila.

[00:27:20] Hakim: Quoi! La pierre aux cinq couleurs? Mais qui veut un bloc comme ça?

[00:27:24] Boualem: Ah! C’est un sculpteur de France qui la demande. C’est bien, non?

[00:27:28] Hakim: Hmmm… Et je vais la prendre où cette roche? On fait pas ça ici.

[00:27:31] Boualem: Tu te souviens où je t’ai t’a ramassé il y a 40 ans? (Hakim: Hmm…). Tu ne savais rien, même pas le nom de ta famille. Juste ce collier-là, avec ton prénom (Hakim: Hmm…). Ah ça y est, je vois que tu as compris. Et bien c’est au Djebal Fil Fila. Maintenant, c’est la Sonarem qui gère. J’ai tout régler avec eux. Allez, tu trouveras, j’en suis sûr.

[00:27:52] Hakim: Hmm… Écoute Boualem, moi je sais pas parler. C’est toi le commercial, moi c’est la pierre.

[00:27:57] Boualem: Parler c’est fait, hlass. C’est pour ce vendredi. En plus tu feras la livraison, ça te fera du bien de voir un peu de monde. Yalla! Allez, allez! (Hakim: Hmm…). De toute façon, l’affaire est faite. Et puis moi je marie ma fille, donc je ne suis pas libre. Mais toi, oui.

[00:28:15] Hakim: Hmm… Mabrouk pour ta fille.

[00:28:16] Boualem: Choukran, merci. Ça me touche venant de toi. Allez, fais pas cette tête! Rass Hassi! (Hakim: Hmm…) Quelle tête de pierre celui-là!

[00:28:41] Abderazag Azzouz: Hakim ne pensait pas que retourner là où Boualem l’avait sauvé des soldats lui demanderait autant d’énergie. Après avoir chargé la pierre, il ne peut s’empêcher de la regarder, de la caresser. Il sent qu’un trouble le gagne. Il a du mal à retirer sa main du bloc.

[00:29:03] Hakim: Qu’est ce qui m’arrive? (essoufflement) Qu’est-ce qui m’arrive?

[00:29:53] Abderazag Azzouz: Au creux de cette montagne, comme un enfant blotti contre sa mère, la caravane d’Hakim projette des ombres sur les pierres à la lueur d’un feu. Hakim est ivre et délirant, il fixe depuis des heures cette pierre qui est maintenant à l’arrière de son camion. Dans son fauteuil, il finit par s’enfoncer dans un rêve qui le propulse 40 ans en arrière, sur le chemin de son évasion.

[00:30:20] Hakim: Il rêve/ se souvient Ahhhh (bruit de plongeon).

[00:30:26] Abderazag Azzouz: La mémoire d’Hakim se fissure, et commence à laisser passer une lumière venue d’ailleurs.

[00:30:32] Hakim: Amine? Amine! Amine…

[00:30:51] Chant féminin: Chant féminin: Femme chantonne « Tala, ta, tam… »

Épisode 5 – « Si loin, si proche »

[00:30:53] Abderazag Azzouz: Épisode cinq, « Si loin, si proche ».

[00:31:13] Abderazag Azzouz: Tout au long du chemin vers le port d’Alger, Hakim luttait contre cette envie de faire demi-tour, mais une force étrange le maintenait en place. Guidé par une énergie venue d’ailleurs, elle le ramenait 40 ans plus tard à Marseille, la ville mère.

[00:31:36] Hakim: Nahdine!

[00:32:07] Hakim: Euh, s’il vous plaît!

[00:32:09] Auto-stoppeuse: Merci! Merci! Merci!

[00:32:12] Hakim: Quoi?

[00:32:13] Auto-stoppeuse: Ben quoi? Vous m’emmenez?

[00:32:16] Hakim: Euh… Oui. Écoute, madame. Je cherche une maison à St-Tronque, vous connaissez?

[00:32:22] Auto-stoppeuse: Madame! Faites voir, je vais pas vous manger. Ahhh! Mais c’est dans le 10ᵉ! C’est le quartier de St-Tronc pas St Tronc.

[00:32:33] Hakim: Écoute, je suis pressé, je dois livrer avant 10 h.

[00:32:36] Auto-stoppeuse: Heu…Là, c’est un peu cuit pour 10 h. Mais bon, tout droit camarade! C’est pour livrer de la caillasse que vous avez fait tout ce chemin? (Hakim: Hmm) J’ai vu votre plaque. Vous n’êtes pas d’ici.

[00:32:46] Hakim: On dit roche. C’est du marbre.

[00:32:48] Auto-stoppeuse: Bon, votre marbre, votre roche… Elle a quoi de spécial? Tournez à droite. Là, oui parfait.

[00:32:54] Hakim: Il y en a pas.

[00:32:55] Auto-stoppeuse: Comment?

[00:32:57] Hakim: Il n’y en a pas ici. Ça vient de chez nous. Elle a cinq couleurs et elle est…

[00:33:00] Auto-stoppeuse: Ralentissez un peu. Alors voilà, c’est par là. Donc tournez à droite et vous y êtes. Je me disais bien, c’est le chemin des carrières Perasso. C’est marrant, quand j’étais petite, il y avait aussi un sculpteur qui habitait là. Et maintenant un autre. Bon, à bientôt peut-être Monsieur le bavard. Et ne vous inquiétez pas! J’ai bien écouté: du marbre à cinq couleurs… cinq couleur… Cinq couleur…(Hakim: Hmm…)

[00:33:37] Marco: Il chantonne. Ah te voilà! Hallelujah!

[00:33:59] Hakim: Quoi?

[00:34:00] Marco: Tu comprends le français? (Hakim: Hmm…) Tu devais être là à 10 h. Maintenant le patron, il est parti.

[00:34:05] Hakim: Salam aleykoum, je trouvais pas. Je fais quoi? Je l’attends?

[00:34:10] Marco: Aleykoum Salam. Bon ça va, ça va. Ah le bled! Toujours 40 ans de retard (Hakim=: Hmm…). Allez, mets le bloc dans son atelier. C’est au fond. Mais attention à mes fleurs d’avril! (Hakim: Hmm… ah). Tu vois, au fond, là-bas. Sur la rocaille, là-bas au fond (Hakim: Ouais) C’est bon?

[00:34:29] Hakim: Mmmmmm… Ça va.

[00:35:08] Abderazag Azzouz: Hakim est maintenant devant la table de travail d’Amine.

[00:35:12] Hakim: Doit bien y avoir un crayon par là.

[00:35:14] Abderazag Azzouz: Il doit pousser des dessins. Mais soudain, sa main s’arrête sur une liasse de feuilles. Ce qui est représenté le tétanise. Il se met à trembler (Hakim: Chni Hada?). L’esquisse représente deux hommes enchaînés.

[00:35:27] Hakim: C’est quoi ça?

[00:35:27] Abderazag Azzouz: En haillons, portant un sac, l’un légèrement devant l’autre.

[00:35:48] Marco: Ola! El loco! Il est maboul celui-là.

[00:35:59] Abderazag Azzouz: Amine est assis dans son fauteuil depuis des heures. A ses pieds, un sac en toile. Il fixe la pierre Livrée. Son esprit en ébullition semble s’être connecté au marbre. Dans cet état second, il se lève et ouvre le sac duquel il sort une tenue blanche, une masse, un ciseau, mais aussi des chaînes. Habillées ainsi, la chaîne pendant autour de son cou, il se met au travail. Au premier coup donné, une larme monte et coule.

[00:36:42] Marco: Il faut manger un peu. Amine. Allez mon fils, mange! Ça fait déjà trois jours que tu es enfermé. Amine? Amine? Bon, je rentre. Mais?! Pourquoi t’es habillé comme ça?

[00:36:59] Abderazag Azzouz: Marco reste bouche bée face à Amine, les traits creusés, son regard semble suspendu au bord d’une certaine folie. Il ouvre la bouche et prononce un texte délirant.

[00:37:12] Amine: La pierre elle-même veut devenir quelque chose et moi je ne peux pas imposer ma volonté à la pierre. La pierre va devenir quelque chose indépendamment de ma volonté. Chaque chose, chaque pierre, comme ça elle a un devenir. On ne lui fait pas faire ce que l’on veut, on suit, on suit, on suit. Allez, maintenant laisse-moi.

[00:37:38] Abderazag Azzouz: Plusieurs saisons se sont écoulées pendant lesquelles Amine a établi une relation particulière avec ce marbre: amour, crainte, haine. Autant d’états combinés à la chaleur du hangar, pendant la canicule qui le menait certains jours à une sorte de transe. En hiver, avec ses mitaines, ses mains fonctionnaient automatiquement, laissant penser qu’elle n’attendait que ça. Durant cette période, plusieurs souvenirs d’enfance sont venus bousculer sa mémoire, et l’un d’eux le marquera un peu plus. Sur le chemin d’une carrière, Amine et son frère passent devant la maison d’un sculpteur chaque matin avant d’aller à l’école. Ce dernier est aux prises avec un bloc qui évolue chaque jour vers sa forme finale. Un cheval. Amine se souvient de cette question posée à son frère. Comment il savait qu’il y avait un cheval dedans?

[00:38:31] Amine: Mais qu’est-ce que c’est? Mon collier? C’est pas possible! Non, c’est pas possible!

[00:38:52] Aziz: Allo? Amine? Allo? Allo?

[00:38:56] Amine: Viens!

[00:38:58] Aziz: Qu’est-ce qui se passe?

[00:39:00] Aziz: Amine? Amine?

[00:39:11] Aziz: Réponds, bon sang!

[00:39:26] Aziz: Marco, tu as vu Amine?

[00:39:28] Marco: Il doit être dans son atelier.

[00:39:30] Aziz: Écoute, depuis tout à l’heure j’essaie de l’appeler, il répond pas. Viens vite! Je comprends pas ce qui se passe là. Amine? Amine bordel! T’es où? Pourquoi tu répondais pas tout à l’heure?

[00:39:40] Marco: Madre de dios! Amine! Amine!

[00:39:43] Aziz: Marco, vite! Il est coincé sous la sculpture !

[00:39:48] Marco: Amine! Amine!

[00:39:50] Aziz: Vas-y Marco! Tire-le. Maintenant! Doucement! Doucement!

[00:39:54] Marco: Todo està bien Amine. Ça va aller Amine. No te preocupes! Ça va aller!

[00:40:16] Amine: (Bip hôpital) Mmmh mmmh mmmh mmmh mmmh.

[00:40:19] Aziz: Doucement Amine! Doucement. Reste tranquille.

[00:40:22] Amine: Tiens.

[00:40:24] Aziz: Quoi? Encore un collier? Mais je croyais que… Tu en avais qu’un? C’est pas… C’est pas ton nom là?

[00:40:32] Amine: Tu vas devoir me conduire à cette carrière.

Échange avec le public

[00:41:17] Abderazag Azzouz: Voilà. Ah bah j’espère que ça vous a plu.

[00:41:55] Abderazag Azzouz: C’est une des versions qui existent pour pour cette histoire-là. Voilà, je pourrais répondre aux questions dans la foulée.

Comment les deux frères sont-ils arrivés en Algérie ?

[00:42:17] Gunay Kaplan (Public): Comment ils ont atterri en Algérie si les parents ils étaient déjà en France, qu’est-ce qui s’est passé?

[00:42:23] Abderazag Azzouz: Eh ben oui, parce que je le dis pas ça – Rires. Donc, un peu… J’ai construit en fait mon podcast un peu comme La Guerre des étoiles. Il y a des épisodes qui sont plus tard, on comprend le début, voilà, c’était un peu… Dans la construction du podcast, dans le traitement du son, vous avez deux périodes, vous avez les années 2000 et les années 60. Donc j’ai volontairement fait, j’en ai discuté avec un designer sonore, j’ai dit « Comment on fait un son noir et blanc? ». J’ai dit « Comment on peut faire pour montrer qu’on, simplement à l’écoute, on est dans une autre époque. Qu’est-ce qui peut nous emmener? ». Mais, oui, en fait il y a des choses que je dis pas. Donc c’est: est-ce que dans mon écriture c’était aussi me donner la possibilité de pouvoir peut-être aussi faire une autre saison, et de dire avant, voilà. Une autre saison pour dire le après, voilà. Donc je ne sais pas si je le ferai, mais moi ce que je me suis raconté c’est, effectivement, il y a un moment donné, on comprend que le père, il est décédé. Donc, pendant une manifestation. Donc on peut comprendre qu’il était un militant, voilà, qu’il est, qu’il est,… Il était actif, et que ces deux jeunes fils avaient peut-être envie de faire la même chose, et qu’à un moment donné, ils ont aussi fait la même chose. Donc à Marseille, parce qu’à Marseille comme dans d’autres villes, il y a eu pas mal d’actions, il y a eu des attentats, il y a eu des actions militantes pour faire amener en fait cet événement en France, pour qu’il y ait vraiment du débat en France. Et moi, dans ma construction narrative, c’était que, voilà, ces deux jeunes frères ont voulu faire comme leur père, se sont mis en danger, et le père les a envoyé en Algérie, pour se cacher, chez un oncle. Mais ils ont continué à militer là-bas, et ils se sont fait attraper là-bas, voilà, c’est comme ça qu’ils ont fini en gros dans le camp, voilà. C’est ce que moi je me suis raconté, mais, voilà, là je peux le dire mais, les personnes qui découvrent l’histoire peuvent se construire aussi leur propre narration en fait, avant, je voulais que ça reste très libre.

[00:44:36] Cinéus Mackenson: Je vous félicite.

Les deux frères vont-ils se retrouver ?

[00:44:38] Abderazag Azzouz: Merci.

[00:44:38] Cinéus Mackenson: Un podcast vraiment intéressant. En fait je reste sur ma faim, parce que je me dis que, est-e que vous avez prévu d’autres épisodes où les deux frères vont se rencontrer ou, où finalement est-ce que Hakim est mort?

[00:44:52] Abderazag Azzouz: Ben en fait Hakim il est, c’est celui qui livre la pierre, donc il est toujours vivant, mais il est reparti en fait. Quand il a livré la pierre à… il sait pas qu’il livre la pierre chez son frère en fait, lui il livre une pierre chez un sculpteur. Et chez ce sculpteur-là, dans l’atelier, il découvre en fait des esquisses préparatoires de la sculpture que va faire son frère. Et dans ces esquisses-là, il y a des dessins qui représentent, qui viennent résonner dans sa propre histoire, quand eux étaient prisonniers ben ils étaient aussi, ils avaient des chaînes, ils avaient, ils étaient habillés. Donc il y a quelque chose qui se passe, Lui il comprend pas en fait. Enfin, dans la narration, on comprend que Hakim dans l’évasion, il est tombé, il a chuté et il a été récupéré par Boualem, qui était un ouvrier qui cherchait de la pierre et qui est devenu son patron plus tard, en fait. Et il est devenu amnésique en fait, la seule chose qui le rattache à son passé c’est son collier en fait, il a tout oublié en fait du reste. Donc, voilà, il est troublé en fait, il y a des choses qui commencent à bouger un peu au niveau interne, mais voilà, il est bien vivant.

D’autres épisodes sont-ils prévus ?

[00:46:03] Cinéus Mackenson: Mais est-ce que vous avez prévu d’autres épisodes ou?

[00:46:05] Abderazag Azzouz: Non. C’est cette liberté-là que je veux laisser. C’est que ce que j’ai injecté en fait dans cette création-là, il y a à la fois des éléments de fiction et des choses qui sont de la réalité, que j’ai puisé dans le travail de recherche. Donc, et c’est de savoir si ce que je dis dans cette histoire-là, c’est pour titiller aussi les auditeurs « Mais ils nous parlent de ça, etc. Est-ce que c’est vrai? Ça se passe où? ». C’est pour moi, je trouve que c’est comme au cinéma, enfin comme dans tout œuvre aussi, c’est que ben le spectateur, l’auditeur, l’auditrice, il doit faire aussi son travail, c’est-à-dire il doit être aussi actif. Donc il doit se poser aussi des questions et se dire voilà, ben « Où est-ce qu’il nous embarque dans cette histoire? »

[00:46:50] Cinéus Mackenson: En tout cas, merci et félicitations!

D’où vient l’histoire de ces deux frères ?

[00:46:59] Vincent Gerles: Déjà bravo! Super! Moi j’adorerais arriver à faire ça en termes de design sonore et d’ambiance sonore, vraiment c’est génial. Et je trouve qu’il y a des, ben voilà l’histoires de deux frères aussi. Comme quoi ben le podcast, on peut faire plein de choses très différentes, il y a une super liberté justement. Donc là on est plus sur de la fiction d’une certaine manière. Alors d’où vient ce sujet? Est-ce que c’est des gens qui te l’ont raconté? Et puis tu as décidé de de le raconter, ces genre ta famille? Enfin bon (Adderazag Azzouz: Alors) d’où vient cette histoire de ces deux frères?

[00:47:32] Abderazag Azzouz: Dans la création, il y a toujours des éléments déclencheurs de l’écriture. Moi, mon déclencheur de l’écriture, c’est: je partais un matin au travail et je croise en fait deux gars qui, dans une rue en pente, qui montent, et qui marchent comme ça, tac, tac. Et je suis resté bloqué en fait, face à ces deux personnes et je les ai suivies. Et je trouvais qu’il y en avait un qui ressemblait à un grand frère et un petit frère. Et c’est parti de là, ça a déclenché l’écriture. Donc c’est, ça m’a créé une base en fait, et puis j’ai laissé reposer ce texte, sans savoir vraiment en fait ce que je voulais en faire: une BD, un film, voilà. Donc ça a traîné pendant pas mal d’années, et il y a à un moment donné, ben je me suis senti un peu plus prêt donc j’ai repris ce texte-là, je l’ai revisité en résonance avec ma propre histoire. Mes parents sont algériens, et je suis allé puiser à ce moment-là. Je lisais en fait des choses sur la guerre d’Algérie, etc. Et c’est venu se nourrir en fait progressivement. Et de ces deux personnes qui étaient dans mon environnement, se sont transformées en deux personnes qui montent une pente, qui sortent d’un camp de prisonniers, d’une carrière, et qui, et qui parlent, et qui vont s’évader, qui font un projet d’évasion, etc. Donc c’est pas directement le sujet qui, enfin sur la guerre d’Algérie, mais c’est plutôt la fiction qui m’a emmené en fait, que j’ai voulu rattacher à quelque chose, voilà. J’avais besoin de créer un socle et plus je lisais des choses sur l’Algérie, et plus j’arrivais en fait à injecter des éléments dans l’histoire, à la développer. Voilà, donc c’est plutôt dans ce sens.

Recherches historiques, camps et école Jeanne d’Arc

[00:49:19] Vincent Gerles: La carrière, elle existe vraiment.

[00:49:21] Abderazag Azzouz: La carrière existe vraiment, donc j’ai fait des recherches, donc je me suis documentée sur la partie de la carrière. Donc dans la région de Skikda, elle existe vraiment. Donc à côté de Skikda donc il y a bien eu l’école Jeanne d’Arc qui a été créée à ce moment-là et qui formait les officiers français pour… C’était tout le moment en fait de la préparation de, comment dire, de la contre guérilla urbaine en fait. Donc comment préparer, et c’était là qu’il y avait les débuts de la torture, etc. Donc, ça s’est avéré. Quand je cite en fait, le camp, l’évasion en France, c’est réel aussi, c’est un article de presse. Donc il y a bien eu une évasion d’un camp en France puisque ce qu’on sait très peu c’est qu’il y a eu des camps en Algérie, des camps aussi en France. En Algérie, il y a eu à la fois des camps où des militants du FLN étaient prisonniers, mais aussi, ce qu’on sait très peu, c’est qu’il y a eu des camps de regroupement. C’est-à-dire qu’en fait, c’est comme en France quand, avec le maquis, donc pour éviter que les civils soutiennent les maquisards, et bien on allait finalement attaquer en fait, mettre à sac des hameaux entiers qui nourrissaient en fait les maquisards. Et donc, en Algérie ce qui s’est passé, donc c’est Sylvie Thénault qui est une grande historienne de l’histoire de l’Algérie, que j’ai interviewé, qui m’a raconté, voilà, décrit un peu tout ça. On déplaçait en fait des populations, donc ça se compte en millions de personnes qui ont été déplacées et ça on le sait très, très peu. Donc, des familles entières et c’est ce qui a créé une très grande pauvreté parce que c’étaient des gens qui vivaient de la terre, etc. Et qui étaient déplacés dans des camps. Donc des camps de regroupement, et puis tous les camps d’internement, parce que les premiers camps étaient plutôt des camps on va dire dirigés par le gouverneur, enfin des civils. Et après on a eu les camps militaires, et là c’était autre chose. Et là, c’est là où il y a un lien avec ton travail à toi par rapport à l’Argentine, où c’est ces militaires-là qui venaient d’Indochine. Et il y avait une espèce de revanche qui prenait en fait en Algérie, et souvent il y avait la torture, la direction de ces camps, etc. Et donc c’est exactement les mêmes qu’on va retrouver formateur en Amérique latine avec ce que tu décrivais avec la CIA, voilà. Et puis tous ces pays où: l’Argentine, le Chili, voilà où ça, où ça se mélangeait, voilà, entre eux, il y avait un soutien financier et matériel au niveau du contrôle de la population quoi.

Trois ans d’autoproduction et de création sonore

[00:51:55] Vincent Gerles: Alors, j’ai juste une question rapide mais plus technique, puis après je rends le micro. Tu étais, donc tu es presque metteur en scène, tu as supervisé les acteurs parce qu’en fait il y avait ils avaient des textes? Comment tu as procédé là, dans un studio? Tu leur disais « Voilà le ton, il faut que ce soit ci, il faut que ce soit ça ». Comment ça s’est fait?

[00:52:12] Abderazag Azzouz: Ben en fait c’est un travail que j’ai mené pendant presque trois ans en fait, puisque j’avais le temps pour moi. J’avais pas les moyens donc j’ai, c’est, je suis autoproduit comme tu disais toi aussi. Souvent on commence comme ça, sinon on n’y arrive pas, s’il faut qu’on attende des producteurs. Et là j’ai la casquette à la fois de l’auteur, du scénario, du producteur, du coordinateur technique. J’ai un ami, qui est dans qui dans les comédiens, à qui j’ai demandé d’être le directeur, faire la direction d’acteurs. Mais j’ai fait tout le recrutement en fait des comédiens. C’est-à-dire qu’en fait j’ai d’abord cherché, j’ai fait mon casting voix dans tout mon entourage. Donc là il y a ma fille qui fait l’auto-stoppeuse, mon fils qui fait un des comédiens. Et puis donc, j’ai tapé dans mon immeuble, j’ai dit « Bah lui, mon voisin du premier, sa voix c’est pas mal. Le voisin du rez-de-chaussée, il serait pas mal non plus ». Et puis j’avais un théâtre en bas de chez moi, donc je suis allée les voir, j’ai dit « Ben est-ce que ça serait possible de me prêter une salle pour répéter ». Ils m’ont dit « ok ». Après, j’ai trouvé un studio dans le quartier d’enregistrement, c’était plutôt des rappeurs, mais ils avaient un bon studio, bien insonorisé. Ils m’ont dit « Non, on n’a jamais fait ça mais ouais, vas-y, pas de problème. » Donc dès que j’ai réuni un peu les conditions, et dès que j’avais tout mon casting, là je dis « Bon, c’est bon, allez on y va ». Donc, et c’est parti. Donc ça a commencé par, ben comme une troupe de théâtre finalement, il a fallu constituer une mini troupe de théâtre et puis commencer toutes les répètes, pour arriver prêt au studio, voilà. Donc chacun avait son texte, je les faisais répéter au fur et à mesure. Et puis ce qui est le plus dur, j’échangeais à midi avec Olivier qui est là dans la salle sur le plus dur c’est de tenir tout le monde sur la durée, voilà. C’est que, voilà, il y en a qui m’ont lâché, c’est pour ça que j’ai pris le rôle d’Aziz, parce que j’en avais un qui devait me faire Aziz. Donc c’est ce travail de coordination, de motivation de tout le monde. Donc j’ai travaillé aussi avec un compositeur, donc au niveau de la musique. Donc dedans il y a à la fois une musique libre de droit d’un musicien, Leonard Richter, avec qui j’ai, qui est allemand, où j’ai échangé avec lui et qui m’a autorisé à utiliser sa musique comme je voulais: la découper, pas forcément l’utiliser en entier. Et puis un travail avec un compositeur qui travaille avec l’illustrateur, le travail avec mon fils en tant que graphiste aussi, fin qui a créé un peu le l’univers graphique et l’animation en fait des images. Voilà, donc c’est une grosse, grosse coordination de de tout le monde. Et puis voilà, puis penser la déclinaison et puis comment faire vivre après, donc c’est-à-dire que… De toute façon, dans tout travail de podcasteur, podcastrice, c’est vous qui portez, c’est nous qui portons le projet. Il n’y a que nous donc si on ne le porte pas tous les jours, si on n’en parle pas tous les jours autour de nous, si on ne le pense pas tous les jours, il ne peut pas vivre en fait. Donc on est les premiers en fait commerciaux d’une certaine manière de nos projets, les premiers communicants, donc c’est épuisant. Mais quand on travaille, quand on a la chance de travailler à côté, donc. Mais voilà, c’est tous les week-ends, c’est aussi tout le travail sonore de mise en scène sonores. Tous les sons sont des sons que j’ai préparé. Ça ressemblait beaucoup à ce que tu décrivais sur le travail technique où tu proposais quelque chose et tu faisais ces allers-retours-là. Donc moi ce que je faisais, c’est que je construisais tous mes personnages, toutes les voix et tous les sons. Donc je passais des heures, donc le moindre son, même, le plus dur pour moi ça avait été de trouver par exemple les ronflements, voilà. Donc, un baraquement pour qu’on ait, on entende, voilà, en arrière-fond des ronflements. J’ai trouvé des ronflements, et les sons que je trouvais pas bah je les faisais. Donc par exemple le tunnel, avec mon fils, on est allé dans ma cave et je l’ai fait ramper, comme ça, et je l’ai enregistré voilà. Donc pour avoir ces sons de, voilà, donc je voulais quelque chose d’immersif, je voulais vraiment que le son crée l’image. Je vous ai donné quelques images, mais je ne voulais pas vous donner toutes les images. Voilà, c’est, pour moi ça doit déclencher, ça. Ça doit nous embarquer là-dedans, voilà, c’est l’exemple du son image c’est: vous entendez sonner et quelqu’un vous dit « Monte, c’est au troisième ». Juste avec ça, on comprend qu’il y en a un qui est dehors, qu’il y en a un qui est à l’intérieur, qui est au troisième, donc ça y est, j’ai l’image, j’ai un immeuble, et moi je suis deux. Voilà, donc on a les deux personnages, on a la situation. Donc le son pour moi doit apporter cette image-là aussi, cet univers.

Conclusion et remerciements

[00:56:52] Alison Picalausa: Merci beaucoup Abderrazak C’était super!

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