Enseigner sans tout contrôler avec Vincent Ertveld

Olivier My au micro pendant l’enregistrement public de Change & Chill à PodBXL 2026 - Enseigner sans tout contrôler

Vincent Ertveld, invité d’Olivier My dans Change & Chill à PodBXL Live 2026 | Podcast #041 PodBXL

Enseigner sans tout contrôler ne signifie pas renoncer au cadre. Pour Vincent Ertveld, il s’agit d’accompagner chaque personne, enfant ou adulte, vers ce qu’elle peut accomplir en s’appuyant sur l’écoute, le concret, la confiance et la responsabilité.

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Dans cet épisode de Change & Chill enregistré en public lors de PodBXL 2026, Olivier My retrace avec lui un parcours qui relie l’école primaire, l’entrepreneuriat et la formation au no-code et à l’intelligence artificielle. De ses premiers pas parfois difficiles en classe aux expériences qui ont façonné sa pédagogie, Vincent partage une vision personnelle de l’enseignement fondée sur l’écoute, le cadre, le concret et la responsabilité.

Comment créer les conditions qui donnent envie d’apprendre ? Que révèlent chez les adultes certaines peurs acquises à l’école ? Et pourquoi le silence peut-il parfois avoir plus d’impact qu’une longue explication ?

Une conversation vivante et nuancée sur la transmission, la confiance et notre capacité à évoluer.

  • Intervenants : Olivier My & Vincent Ertveld
  • Podcast présenté : Change & Chill
  • Événement : PodBXL Live
  • Sous-titres disponibles pour la version Youtube : Français • English • Español • Deutsch • Nederlands
  • Quiz interactif disponible
  • Photographies : Nico Hawk Photography
  • Production éditoriale pour cet épisode enregistré à PodBXL : #PodiBUZ – The Podcast Factory Org (asbl)

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Séquençage de l’épisode avec Vincent Ertveld

  • [00:00:04] Bienvenue dans Change & Chill
  • [00:00:23] Vincent Ertveld, enseignant et entrepreneur
  • [00:02:44] Pourquoi tout fonctionne par trois
  • [00:04:03] D’où vient l’envie d’enseigner ?
  • [00:09:46] Son propre parcours d’élève
  • [00:11:15] Pourquoi l’enseignement primaire reste concret
  • [00:12:42] Les enseignant·es qui ont marqué sa pédagogie
  • [00:16:18] Quitter le droit pour devenir enseignant
  • [00:19:07] Des stages déterminants dans des écoles très différentes
  • [00:21:51] Revenir enseigner dans son ancienne école
  • [00:22:50] Des débuts difficiles face à une classe
  • [00:24:01] Le silence, le cadre et l’équilibre en classe
  • [00:27:43] Aider sans pouvoir changer la vie de tout le monde
  • [00:30:14] Le déclic qui redonne confiance à un enfant
  • [00:33:17] Les mêmes peurs d’apprendre chez l’enfant et l’adulte
  • [00:35:02] De l’enseignement à l’entrepreneuriat
  • [00:38:00] Relier les apprentissages à la vie réelle
  • [00:41:23] Ce qu’il souhaite transmettre à ses enfants
  • [00:44:32] Son conseil pour mieux accompagner les autres
  • [00:46:56] Les questions surprises
  • [00:49:13] Ce qu’il changerait s’il ne lui restait qu’un an
  • [00:51:38] Le choix du public
  • [00:55:13] Où retrouver Vincent et KréaCity
  • [00:56:07] Les questions du public
  • [00:57:53] Le snack content nuit-il à la concentration ?
  • [01:01:21] Comment transmettre une matière plus théorique ?

Questions clés de cet épisode « Enseigner sans tout contrôler – Change & Chill » :

Pourquoi l’enseignement primaire occupe-t-il une place particulière pour Vincent Ertveld ?

Vincent Ertveld explique que les apprentissages du primaire restent directement reliés à la vie quotidienne. Les mathématiques, les mesures, les expériences et la manipulation permettent aux enfants de comprendre concrètement ce qu’ils découvrent. Selon lui, cette dimension rend les déclics d’apprentissage particulièrement visibles et stimulants.

Écouter ou lire ce passage : [00:11:15]

Comment poser un cadre en classe sans chercher à tout contrôler ?

Vincent Ertveld privilégie le silence, une décision clairement formulée et la possibilité de revenir ensuite sur ce qui a été vécu. Il distingue le fait de diriger un groupe de la volonté de le contrôler. Dans sa pratique, le cadre doit rester suffisamment clair pour éviter l’indécision, tout en laissant une place à l’écoute et à la discussion.

Écouter ou lire ce passage : [00:24:01]

Les adultes rencontrent-ils les mêmes blocages d’apprentissage que les enfants ?

Selon Vincent Ertveld, enfants et adultes peuvent partager les mêmes peurs : ne pas réussir, ne pas comprendre, manquer de légitimité ou ne pas savoir par où commencer. Les adultes disposent souvent de davantage de moyens pour cacher ces inquiétudes, parfois même à leurs propres yeux, ce qui peut rendre leur accompagnement plus complexe.

Écouter ou lire ce passage : [00:33:17]

Quel conseil donne-t-il aux personnes qui accompagnent des enfants ou des adultes ?

Vincent Ertveld conseille d’abord d’apprendre à se taire pour laisser l’autre s’exprimer et mieux comprendre ce qu’il vit. Il souligne également l’importance de l’empathie, qu’il associe à la capacité de se placer du point de vue de l’autre et d’interroger ce qu’il peut ressentir.

Écouter ou lire ce passage : [00:44:32]

Le snack content est-il responsable d’une baisse de la concentration des élèves ?

Vincent Ertveld reconnaît que la concentration peut être plus difficile aujourd’hui, mais il refuse d’en faire porter la responsabilité aux enfants. Dans le cadre précis de son expérience en primaire, il considère qu’il appartient à l’enseignant de créer progressivement les conditions permettant aux élèves d’apprendre à se concentrer, à mémoriser et à s’engager dans une activité. Il précise que cette position relève de sa propre pratique et qu’il ne souhaite pas l’étendre automatiquement aux autres niveaux d’enseignement.

Écouter ou lire ce passage : [00:57:53]

Transcription intégrale de l’épisode avec Vincent Ertveld

Télécharger la transcription du podcast.

Bienvenue dans Change & Chill

[00:00:04] Jingle Intro: Bienvenue sur « Change & Chill », le podcast où l’on parle de changement, simplement. Je suis Olivier My, et avec mes invités, nous explorons comment le changement peut-être une force positive dans nos vies. Des histoires inspirantes avec une touche de légèreté.

Vincent Ertveld, enseignant et entrepreneur

[00:00:23] Olivier My: Dans ce nouvel épisode, j’ai le plaisir d’accueillir Vincent Ertveld, salut Vincent.

[00:00:29] Vincent Ertveld: Salut! Merci pour l’invitation.

[00:00:31] Olivier My: C’est un moment très spécial, aujourd’hui, un épisode très spécial parce que nous ne sommes pas seuls. Et c’est la première fois que je fais ça, donc c’est assez impressionnant, il y a des lumières, il y a des personnes qui ont le sourire quand même, ça fait plaisir. Même…

[00:00:45] Vincent Ertveld: Je dirais même que c’est une foule en délire.

[00:00:47] Olivier My: C’est une foule en délire, c’est ça? Et, nous allons parler aujourd’hui finalement d’une passion, d’un sujet qui te tient à cœur. Et il me semble que c’est l’enseignement, de ce que tu m’avais dit en tout cas. Et avant de lancer tout ça, est-ce que tu pourrais nous en dire un peu plus sur qui tu es, en quelques mots?

[00:01:10] Vincent Ertveld: Donc je m’appelle Vincent, j’ai 48 ans, deux enfants, ça fait 21 ans que je suis avec Nathalie heureux et… Comme tout. Je suis enseignant de cœur, de formation, de tout ce que je suis, j’ai commencé à enseigner en 2002 dans le primaire. J’enseigne encore d’ailleurs toujours maintenant, même si je ne suis plus à temps plein, puisque depuis quelques années aussi, j’ai une entreprise où on fait de la formation et de la prestation dans le No Code et l’IA. Alors le no-code, je sais que c’est parfois un peu obscur, mais en fait c’est l’ensemble des outils qui te permettent de créer ton propre outil. C’est-à-dire que par exemple, je pense que vous avez tous vécu ça, on a des outils, on a des outils qu’on achète ou qu’on loue et qui finalement ne rentrent pas tout à fait le service qu’on veut. Il y a toujours une fonction en trop, en moins, c’est trop compliqué, etc. Avec le no-code et avec l’IA, on est capable de recréer son propre outil sur mesure, exactement comme on en a besoin. Et moi, j’aide les gens justement à créer ces outils avec eux, ça c’est la partie prestation, mais aussi certaines personnes à devenir freelance dans ce monde-là. Et devenir freelance ce n’est pas simplement apprendre à maîtriser les outils, c’est aussi débloquer toute une partie de soi qui n’ose pas, qui ne se sent pas légitime, qui ne sait pas comment faire. Et c’est là-dessus que mon accompagnement se joue et c’est là-dessus, encore une fois, pour moi, que c’est une forme d’éducation. Quelqu’un qui doit essayer d’accomplir qui il est, que ce soit un enfant à l’école, ou un adulte un peu plus tard, ça n’est jamais qu’une recherche d’accomplissement personnel.

Pourquoi tout fonctionne par trois

[00:02:44] Olivier My: Bien, merci pour cette introduction. Et avant de vraiment rentrer dans le vif du sujet, je sais que tu as une passion pour le chiffre trois, est-ce que tu pourrais nous en dire un peu plus?

[00:02:55] Vincent Ertveld: Oui, tout va par trois, ça c’est une évidence. Et si jamais un jour vous consultez ou vous regardez ce que je fais, effectivement tout va par trois. Je suis très déçu d’ailleurs que le tabouret ait quatre pieds, c’est beaucoup moins stable avec quatre pieds qu’avec trois. Mais donc le nombre trois, ça vient en fait du moment où j’étais à l’université, donc je suis enseignant de formation, je vous l’ai dit mais, au départ, j’ai fait deux ans de droit. Et j’avais un prof d’histoire du droit qui avait un cours hyper structuré où tout allait par trois, trois sections, trois chapitres, trois points, etc. Et je trouvais ça génial, c’est super lisible. Et puis après j’ai appris dans mes études de prof que effectivement, entre trois et sept éléments, c’est le nombre d’éléments qu’on peut retenir en mémoire immédiate. Le nombre trois, c’est un truc qui, dans la tête, ça fonctionne plutôt bien pour retenir, pour comprendre, etc. Et donc maintenant effectivement, tout ce que je fais, je le fais par trois. Donc par exemple, dans les formations que je donne, il y a trois niveaux de difficulté, il y a chatouillant, gratouillant et croustillant, et ainsi de suite pour tout le reste aussi. On forme là maintenant sur trois outils : sur Notion, sur Claude et les automatisations, et tout le reste va par trois. J’ai juste pas fait trois enfants, mais on est quand même trois autres personnes à la maison parce que je vais prendre Nathalie avec, ça fait par trois, et c’est une bonne excuse pour dire que j’ai continué, même là.

D’où vient l’envie d’enseigner ?

[00:04:03] Olivier My: Et bien super, merci. Le sujet de l’enseignement est quelque chose qui est extrêmement intéressant dans le monde du changement, parce que finalement le podcast s’appelle « Change & Chill ». Donc parce que le sujet principal c’est le changement. Pour moi, c’est vraiment cette capacité à passer de l’idée en passant par la décision pour ensuite aller à l’action. Et chill parce que, bien évidemment, on va être dans une ambiance la plus chaleureuse possible. Et grâce à vous bien évidemment. L’enseignement, c’est une manière de transmettre des connaissances, des compétences pour aider les personnes d’une manière ou d’une autre à se réaliser, tel que tu le l’exprimais tout à l’heure. La question que je me pose, c’est d’où est-ce que ça vient chez toi? Est-ce que quand tu étais enfant, c’est le métier que tu souhaitais faire à l’époque?

[00:04:52] Vincent Ertveld: J’en avais parlé avec mes parents à un moment, tu sais, quand tu veux, quand tu veux devenir docteur, pompier, policier. Il y avait enseignants dans la liste quand même déjà à ce moment-là mais j’ai quand même fait deux ans de droit, donc j’ai dévié un petit peu de cette ligne à un moment. Sauf que effectivement, dans mes deux années de droit, à un moment j’ai commencé à entraîner les gamins aussi au foot. Et je m’amusais beaucoup plus le mardi soir et le jeudi soir qu’à l’université. L’université c’était génial, le droit c’était génial intellectuellement, c’était vraiment nourrissant, j’ai appris des choses fabuleuses là-bas, et j’ai rencontré des gens qui intellectuellement étaient incroyables. Mais j’étais mieux avec les gamins, j’étais mieux dans l’ambiance d’aider, de grandir. J’ai fait mes études de prof après deux mois, à l’époque on était déjà en stage, la première leçon que j’ai donnée, c’était sur les intervalles, je m’en souviens comme si c’était hier, tu te mets et tu démarres et tu sais que c’est ça, tu sais que c’est bon. Et par la suite, j’ai directement créé une ASBL, en 2003, avec un pote justement de l’école normale pour faire des stages pour les enfants cuisine, bricolage, etc. Et puis en 2005, il y avait quand même cette idée de faire autre chose en plus, il y avait quand même cette idée d’être entrepreneur, de créer une boîte. Et il s’est trouvé qu’à ce moment-là, j’ai créé un premier site web pour une boite qui en avait besoin, c’était des amis qui habitaient au fond de la rue, et j’ai eu mon premier contrat avec ça donc je me suis mis indépendant complémentaire, parce qu’on pouvait pas le faire en black. Et puis après j’ai eu deux ou trois créations d’applications, deux, trois trucs comme ça. Et puis il y a eu un creux, à un moment ou l’autre, et je suppose qu’on va arriver à ça en terme d’étincelle aussi mais il y a eu le confinement. Et il se trouve que dans ma classe, avant même le confinement, j’avais lancé Teams, parce que je trouvais que c’était un truc pas mal pour discuter avec les élèves, pour mettre des outils, etc. Et le confinement est arrivé, tout le monde a voulu passer à l’enseignement hybride. 99 % des gens, 99 % des gens ne savaient pas comment ça fonctionnait. Donc j’ai créé un petit guide gratuit, j’ai fait des vidéos sur YouTube qui ont été fort poussées par Microsoft à l’époque, etc. Et en même temps, j’ai découvert Notion, donc j’ai découvert, j’ai créé des vidéos sur ces outils-là, qui ont directement fait exploser le nombre de vues. Et en plus, je me suis rendu compte que je pouvais vraiment aider les gens, et que je pouvais les aider à, encore une fois, à se débrouiller dans un monde où tout d’un coup on ne savait plus où on était. D’où le fait que la chaîne YouTube, qui était au départ une chaîne YouTube plus sur les voyages, etc. A complètement basculé du côté outil, et puis un peu plus tard, devenir freelance.

[00:07:32] Olivier My: Je vais te reposer la question, parce que tu as répondu à une autre question, mais c’est très bien

[00:07:35] Vincent Ertveld: Pas mal

[00:07:35] Olivier My: C’est très bien.

[00:07:37] Vincent Ertveld: Politicien peut-être? C’est mon ami.

[00:07:40] Olivier My: Effectivement. Donc c’est déjà très bien, comme ça on a aussi une vision rapide de tout ton parcours. On va repasser dessus de manière un peu plus ralentie je dirais. Mais tu disais que à tes parents, tu avais dit « Il y a une liste de métiers et dans cette liste il y a enseignant » (Vincent Ertveld: Mm). C’est ça en tout cas que j’ai en tête (Vincent Ertveld: Oui, oui). Qu’est-ce qui t’a donné envie de mettre « Enseignants » dans cette liste?

[00:08:05] Vincent Ertveld: Ouh là. Je ne suis pas sûre que, je ne suis pas sûre qu’on sache exactement, enfin je ne suis pas sûre que de savoir exactement. Mais ça a été clair dès le début que j’étais bien avec les gamins, que j’aidais bien les autres, etc. Donc il y avait quand même cette idée-là (Olivier My: Mais je veux dire quand t’es enfant). Et pourtant, par exemple… Oui, oui, même enfant encore…

[00:08:22] Olivier My: Tu étais bien avec les gamins en étant enfant.

[00:08:24] Vincent Ertveld: Ouais même les autres enfants plus jeunes (Olivier My: Ok) je m’en occupais etc. Donc genre j’avais douze ans, je m’occupais des petits de trois ans qui étaient dans la famille, dans le groupe d’amis, etc. Donc je crois que ça a quand même toujours été en moi quelque part et pourtant, par exemple ça ne m’aurait jamais, ça ne me serait jamais venu à l’idée de devenir infirmier par exemple. Ça n’aurait pas été mon monde, ça n’aurait pas été mon style. Mais après, pourquoi exactement? J’en sais rien. Mais par contre, le moment où je me suis mis devant cette classe et que j’ai… – Claquement des doigts – Là, il y a eu le clic et tu sais à ce moment-là que c’est ça. Et je me suis rendu compte même après que, chaque fois que je déviais de cette trajectoire-là, trop loin, c’était plus ce que je voulais. Et donc ouais, je suis toujours revenu quand même vers l’enseignement, vers le fait de transmettre, vers le fait d’aider. Parce que transmettre en fait, comme enseignant, c’est pas trop le but, c’est pas le but de déverser du savoir, mais c’est le but d’accompagner vers quelque chose. Ouais, je crois que même dans la famille, effectivement, je me suis toujours occupé des gamins, je me suis toujours occupé des plus jeunes. Donc voilà.

[00:09:22] Olivier My: Au départ en tout cas il y avait une intuition qui s’est confirmée au fur et à mesure de toute façon.

[00:09:26] Vincent Ertveld: C’est mes parents qui m’ont dit ça à un moment ou l’autre, on était à table et je sentais bien que droit j’allais pas, j’allais pas continuer. Il m’a dit « Mais pourquoi pas? ». Et mon père était pas forcément pour parce que, il pensait que je pouvais faire d’autres choses, il pensait qu’il y avait peut-être d’autres domaines dans lesquels etc. Mais bon, voilà, je suis parti vers l’école normale et il n’y a rien à regretter de ce côté-là en tout cas!

Son propre parcours d’élève

[00:09:46] Olivier My: On va on va y revenir parce que ça m’intéresse sur qu’est-ce qui a fait la déviation à un moment donné. Du coup tu as cette mini étincelle, en tout cas étant enfant, tu sais que tu t’occupes aussi des autres. Mais toi à l’école, c’était comment?

[00:10:03] Vincent Ertveld: Toute la première partie, beaucoup trop facile, pour le dire comme ça. C’est-à-dire que j’ai toujours été le bon élève tranquille, qui avait ses points, même plus que ses points. Jusqu’en cinquième secondaire, en cinquième secondaire j’ai eu mon moment Dark Side où j’ai doublé ma cinquième secondaire à force de rien faire. Et puis j’ai mis une misère à tous les profs dans la deuxième cinquième secondaire, parce que je m’ennuyais encore plus qu’avant, et que je le faisais mieux sentir. J’ai même été donner cours à la prof, à la place de la prof d’anglais puisqu’elle m’a demandé si je voulais donner cours à sa place et j’ai malheureusement dit « Oui ». Ce qui est pas forcément le truc le plus malin à faire, mais enfin bon, pourquoi poser une question dont on n’a pas envie d’entendre la réponse? Et donc voilà, la fin du secondaire était peut-être un peu plus obscur, on va dire ça comme ça.

[00:10:49] Olivier My: Mais du coup tu en gardes une expérience qui est plutôt positive, ou autre?

[00:10:54] Vincent Ertveld: Encore maintenant, je crois que l’école primaire c’est la vraie école. C’est le vrai moment de transmission, de passage, d’aide. Je suis beaucoup moins convaincu par l’enseignement secondaire et par ce qu’on fait avec les élèves et par l’image qu’on a parfois de certaines branches de l’enseignement. Mais oui l’enseignement primaire ça reste mon truc à 150 %.

Pourquoi l’enseignement primaire reste concret

[00:11:15] Olivier My: Du coup tu peux nous en dire un peu plus? Qu’est-ce qui pour toi fait que soit la partie primaire est vraiment l’école de la vie si je puis dire (Vincent Ertveld: Ouais, ouais), et que le secondaire l’est un peu moins.

[00:11:24] Vincent Ertveld: C’est que tout ce qu’on fait en primaire c’est la vraie vie, c’est-à-dire que les maths en primaire c’est la vraie vie. Tu joues avec des noms, tu joues avec des mesures qui sont les mesures de la vraie vie. Là où, quand tu vas en secondaire, tu pars dans de l’abstrait, par exemple en maths avec les vecteurs et des trucs comme ça, c’est pas que c’est inintéressant, mais c’est pas concret. Et moi j’adore manipuler, faire le truc avec les élèves en classe, avoir les yeux qui s’allument en disant « Waouh, qu’est-ce qui vient de se passer là? ». D’ailleurs, l’année prochaine, je fais quasiment que des sciences l’année prochaine, justement parce que dans l’expérience, dans la découverte, dans justement le : « Oh incroyable, ce qui vient de se passer », et ça me nourrit aussi quelque part. Et que ce soit d’ailleurs avec les enfants ou les adultes, dans les deux cas, tu sens quand la personne en face, tout d’un coup il y a cette étincelle, il y a ce déclic. Et je sais que toi tu insistes pour que je te dise mon étincelle et je ne l’ai pas forcément trouvée, ou en tout cas que je ne l’ai pas forcément sentie à ce moment-là, mais comme adulte je me rends compte effectivement du moment où tout d’un coup il y a – Claquement des doigts – Il y a le truc qui vient et tu vois tout d’un coup, oui ça « oh là, mais non », « Mais si! ». Et donc voilà, ça c’est quand même un truc, ça reste un kif, que ce soit avec les enfants ou les adultes d’ailleurs, ça marche assez bien pareil.

Les enseignant·es qui ont marqué sa pédagogie

[00:12:42] Olivier My: Et justement, tu as vécu donc ton primaire, donc ton secondaire, donc tel que tu l’as décrit, et la question que je me posais c’est : est-ce qu’il y a eu un prof hors de celui de droit qui t’a soit suffisamment marqué négativement pour te dire « C’est pas ça que je veux faire », ou suffisamment positivement pour te dire « Ah, il y a quelque chose derrière qui qui me marque ».

[00:13:04] Vincent Ertveld: Je retiens pas le négatif, ça sert à rien parce que (Olivier My: Ok) des gens qui sont pas doués peuvent forcément pas t’apporter grand-chose (Olivier My: Ok). Mais je me souviens de Monsieur Vincent, c’était son nom de famille pour le coup, et Monsieur Vincent devait mesurer un mètre 60 et il était quand même avec des gamins, on avait tous un mètre 70 à 80 enfin voilà. Et il s’asseyait sur la table, ses pieds touchaient pas le sol, donc ses pieds qui pendouillait comme ça et qui balançaient, et il n’y avait pas un bruit dans cette classe. Donc le gars était là, il était posé, il donnait cours de néerlandais ou d’anglais, ça dépendait les années. Et il n’avait rien à faire pour juste être là, et donner son cours, transmettre, imposer le respect, faire passer son message, etc. Alors qu’on en avait d’autres qui étaient à mort dans le contrôle donc, tu sentais qu’il y avait une peur de perdre le contrôle, chez eux, et ceux-là se faisait pas respecter. Et là, il y a quand même un truc à apprendre sur le fait que tu n’as pas besoin d’être dominant pour avoir le contrôle, tu n’as pas besoin d’être dans la peur ou dans le fait de te mettre au-dessus pour inspirer quelque chose. Et lui là, avec son petit mètre 60 et ses pieds qui pendouillent en dessous de sa table, il n’y avait rien qui bougeait en classe, ça coulait de… Tout était, tout était super fluide, tout était super calme. Alors que d’autres, ça n’accroche pas, pour n’importe quelle bonne ou mauvaise raison. Et pour moi, c’est surtout cette peur de perdre le contrôle. Et dans, dans les histoires de l’eau aussi, il y a quelque chose là-dedans, dès qu’on veut contrôler quelque chose un peu trop, ça finit par sauter à un moment ou l’autre, il y a le barrage qui finit par péter. Et dans nos vies aussi, je crois que si tu essayes d’aller dans une direction qui n’est pas la tienne, ça finira toujours par péter à un moment ou l’autre. Et ça ne veut pas dire que c’est forcément tout droit, ça veut dire quand même que ça va bouger un peu à gauche ou à droite, mais si tu essayes de partir à contre-courant, ça peut pas marcher. Si ça c’est pas une référence au livre garçon!

[00:14:49] Olivier My: Ouais, effectivement. Merci beaucoup pour ça, mon premier promoteur. Et, justement cette personne-là, donc tu l’as tu t’en souviens? (Vincent Ertveld: Ouais). Est-ce qu’il y a une autre personne, ou c’est surtout cette personne qui t’a marqué, sur la dimension de la relation que tu peux avoir entre enseignants, enseignés ou étudiants?

[00:15:07] Vincent Ertveld: C’est sans doute le meilleur exemple, parce que franchement, encore une fois c’est pas comme si physiquement le gars il en imposait. C’est pas comme si sa matière c’était la matière dont tout le monde rêvait, je dirais néerlandais chez nous, il y a toute une partie de la population qui a vraiment pas envie d’en entendre parler.

[00:15:20] Olivier My: Je ne sais pas, ça a résonné là dans le public.

[00:15:22] Vincent Ertveld: Il y a eu deux trois trucs. Et pourtant, encore une fois, avec lui, c’était solide, c’était bien, c’était simple à comprendre. Il avait des métaphores pour à peu près tout, il avait une règle pour à peu près tout, et en fait du moment que tu répétais la règle, tu étais tranquille parce que tu savais que tu ne faisais pas d’erreurs. Et que lui au moins était « Ok, tu fais ce qu’on a dit, tu fais ce qui était le plan. Tu as réalisé ce que je t’ai demandé de réaliser sans plus, sans moins et ». Et sans stress, surtout. Encore une fois le gars était là, même, il allait boire un verre avec nous après l’école, il n’y a pas quelqu’un qui allait l’appeler par son prénom ou n’importe quoi, non, c’était juste posé. Et ça c’est quand même un exemple où tu te dis, « Moi qui étais toujours plus grand et physiquement plus imposant que la moyenne, je pourrais jouer de ça, mais ça n’a aucun intérêt ». Je pense que d’ailleurs au moins fort tu parles, au plus tu es écouté quelque part.

Quitter le droit pour devenir enseignant

[00:16:18] Olivier My: Et du coup, à partir de ces expériences en tout cas que tu nous décris, quel a été le parcours pour aller vers l’enseignement?

[00:16:28] Vincent Ertveld: Ben écoute, après les deux ans de droit j’ai fait mes trois ans d’école normale

[00:16:31] Olivier My: Du coup t’es parti sur le droit au départ?

[00:16:33] Vincent Ertveld: Ouais j’ai fait deux ans de droit quand même, j’ai fait vraiment en fait deux ans d’université.

[00:16:38] Olivier My: Et donc pourquoi est-ce que tu allais vers le droit alors que dès le départ tu savais que c’était plutôt vers l’enseignement?

[00:16:44] Vincent Ertveld: Je ne savais pas vraiment depuis le départ. Encore une fois tu sais, je crois que c’est un peu le problème aussi d’être, d’avoir trop de passions ou d’être intéressé par trop de choses. C’est comment tu choisis finalement vers quoi tu veux aller, je pense c’est un truc relativement commun pour pas mal de gens. Quand tu sais, tu sais, ouais c’est cool, mais quand tu sais pas tu finis par faire un truc un peu comme tout le monde. Le seul truc que j’ai pas fait, c’est faire droit avec mon meilleur pote. Parce que là, ni lui ni moi on aurait réussi, ça c’était clair, voilà. Donc lui il a été dans une université avec la personne qui sera son épouse plus tard, et moi j’étais dans une autre université, c’était sans doute le meilleur truc. Mais oui, encore une fois, autant intellectuellement j’étais nourri, autant je savais aussi, je sentais que ce n’était pas le chemin.

[00:17:26] Olivier My: Et quel a été le déclic qui t’a fait partir du droit? Parce que du coup tu peux très bien…

[00:17:31] Vincent Ertveld: Le fait d’entraîner au foot hein (Olivier My: Ah ok d’accord), donc comme j’ai dit tantôt, j’ai commencé à entraîner là au foot et je me suis retrouvé dans un autre contexte à faire d’autres trucs. Et à vraiment, encore une fois, ouais, tu sens le moment où ça bouge, tu sens le moment où tu as un impact.

[00:17:45] Olivier My: Ce que je trouve toujours intéressant les personnes qui rentrent déjà d’avoir pris la décision d’aller dans une direction, ce qui est déjà génial (Vincent Ertveld: Ouais). Mais maintenant, quand tu te rends compte que tu n’es pas au bon endroit, c’est un peu le syndrome de l’arrêt de bus. Tu sais, tu es là, tu attends que quelque chose arrive, et puis tu as déjà tellement investi que tu te dis « Bah autant que je reste quoi ». Mais toi, de ce que tu me dis, tu as eu une expérience à l’extérieur, tu t’es dit « Voilà, il y a trop de signaux qui font que c’est pas là, il faut prendre la décision de s’en aller ». Mais du coup, est-ce que cette décision elle a été facile?

[00:18:17] Vincent Ertveld: Oui.

[00:18:17] Olivier My: Pas facile?

[00:18:18] Vincent Ertveld: Mais dans mon cas, oui (Olivier My: Soutenu d’ailleurs), oui soutenue aussi, oui, oui. Pas spécialement mon père qui, voilà, je crois qu’il a jamais été très fan du changement, et il pensait au fait que droit aussi c’était une bonne direction pour moi. Et quelque part, encore une fois, intellectuellement ça l’était sans doute. Mais par contre j’ai jamais vraiment eu de critiques ou de problèmes derrière. C’est pas comme s’ils avaient, ils ont payé mes études malgré tout, tout ce que tu veux donc voilà. Et le fait de quitter le droit, ça n’a jamais été un problème parce que c’était relativement évident. Et que tu sais que derrière tu es quand même normalement parti pour 40 ans, à faire ça, et que… Je savais aussi quand même que, Enseignante t’avais un peu de temps pour faire d’autres choses à côté hein? Il faut reconnaître qu’il y a cette partie-là aussi, il y a quand même aussi des périodes plus creuses comme enseignant, dans lesquels tu peux investir d’autres choses, tu peux faire d’autres, tu peux lancer d’autres projets.

Des stages déterminants dans des écoles très différentes

[00:19:07] Olivier My: Donc tu pars du droit, tu rentres dans le programme (Vincent Ertveld: Ouais), le parcours de formation pour être enseignant?

[00:19:14] Vincent Ertveld: Trois ans, tranquille, des stages, là aussi beaucoup de chance. En vrai j’ai jamais eu vraiment de grands problèmes, à part peut-être un stage qui s’est super mal passé dans une école de petits riches, dans laquelle je n’arrivais pas du tout à m’intégrer, et en plus c’était en première année donc le CP pour toi. Des enfants de six ans, à ce moment-là j’étais pas encore outillé pour travailler avec des si jeunes, moi j’ai toujours aimé travailler avec les dix, onze, douze. Travailler avec des enfants de six ans et apprendre à lire c’est encore toute une autre mécanique, un autre, c’est pas le même métier. Et là je n’étais pas outillé à cette époque-là, je ne le sentais pas. Justement, je voulais contrôler ces gamins mais c’est pas possible, tu peux pas contrôler une classe de première année, ça n’existe pas. Tu diriges mais tu ne contrôles pas. Et donc ça, c’était vraiment un stage incroyablement difficile. Et il se trouve que, hasard du calendrier, deux semaines après j’étais dans une école, pour ceux à qui ça évoque quelque chose dans le fin fond de Saint-Josse, donc niveau socioculturel relativement difficile. Mais en sixième, trois semaines, trois semaines incroyable, le pied, 19 sur 20 au stage, enfin vraiment un truc où tu te dis voilà. Et l’école dans laquelle j’enseigne, c’est l’école dans laquelle moi j’étais quand j’étais petit.

[00:20:25] Olivier My: Aujourd’hui?

[00:20:26] Vincent Ertveld: Ouais. Mon local c’est le local de ma cinquième primaire. Entre temps, le quartier a beaucoup changé, le niveau socioculturel a énormément changé. Mais moi j’adore ça parce que justement j’ai un impact. Beaucoup plus fort que cette drôle d’expérience que j’ai eue dans cette école où, quelque part, la petite fleur elle savait mieux que moi ce que je lui expliquais. Et où c’était un peu, un poil plus compliqué avec qui j’étais à l’époque sans doute aussi.

[00:20:49] Olivier My: Et qu’est-ce que tu retiens de ce parcours d’enseignement, au sens des différents stages, sur ta pratique de l’enseignement actuellement?

[00:20:57] Vincent Ertveld: Il y a forcément, quand tu fais des stages tu vois différents styles d’enseignement, tu vois différents types de personnages. Et il y en a qui, voilà, ça vibre ou ça vibre pas, tu sais que c’est ça ou tu sais que c’est pas ça. Et par exemple, il y avait un des profs quand il faisait avancer le rang dans l’escalier, – claquement des doigts – Il claquait du doigt. Et ça fait un peu bizarre quand même la première fois, mais il disait « J’utilise ma voix que quand c’est vraiment nécessaire. Donc ici j’aurais pu faire juste taper sur la rampe de l’escalier – claquement des doigts – Bon je fais ça pour qu’il avance, mais c’est juste parce que quand je parle c’est que je veux qu’on m’écoute ». Alors, quand il te le dit comme ça, ça marche, mais la première fois quand tu entends juste le claquement de doigts tu fais – Claquement des doigts – « Ça, c’est un peu bizarre quand même hein? ». Et donc voilà, ce genre de truc-là. Mais c’était, j’ai eu, encore une fois, beaucoup d’écoles très intéressantes avec des personnages très, très intéressants aussi. Donc ouais, du bol encore une fois.

Revenir enseigner dans son ancienne école

[00:21:51] Olivier My: Et donc tu sors de ce parcours d’enseignement (Vincent Ertveld: Ouais) et directement tu vas dans l’école dans laquelle tu interviens aujourd’hui?

[00:21:57] Vincent Ertveld: Ouais. Donc l’école dans laquelle je suis, où j’étais quoi. En fait, le directeur qui m’a engagé était mon prof de sixième primaire, donc voilà. Et lui, c’était son dernier jour puisque le lendemain il prenait sa pension. Donc littéralement, je lui ai téléphoné pour lui dire « Écoute, j’ai fini mes études » parce que je voulais lui dire merci, et il m’a dit « Viens, parce que j’ai une attitude qui part ». Et donc il a signé mon contrat devant le directeur qui allait prendre sa place le lendemain, qui n’a rien eu à dire dans l’histoire que c’était moi qui était engagé d’ailleurs, et voilà. Après, la carrière d’enseignant c’est, parfois tu dois changer d’école, parfois à la fin de l’année voilà. Il se trouve qu’encore une fois, j’ai eu un bol monstrueux et que chaque année quelqu’un est parti, et donc je suis resté, maintenant je suis, je suis dans la même école depuis (Olivier My: Tu fais partie des meubles) tout ça au moins. Je crois qu’on devrait peut-être renommer l’école à mon nom, peut-être qu’un jour… C’est quelque chose qui devrait pouvoir s’envisager, peut-être, je crois. En toute humilité évidemment !

Des débuts difficiles face à une classe

[00:22:50] Olivier My: Bien évidemment. Et tu commences dans cette école-là, donc c’est le premier pas dans la réalité (Vincent Ertveld: Ouais) du terrain. Même si tu as fait des stages (Vincent Ertveld: Mm), est-ce que tu te souviens de tes débuts? Est-ce qu’il était aussi parfait que l’école?

[00:23:02] Vincent Ertveld: J’étais malade comme un chien le mardi après-midi parce que j’avais la classe de sixième primaire pendant 2h. Et avec la manière dont j’étais outillé à l’époque, pour moi c’était une classe de fou. C’est-à-dire qu’ils étaient tous complètement chtarbé là-dedans, en fait que dalle, c’était pas le cas et je les ai revu après, voilà. Mais pour moi c’était un groupe de fou furieux, c’est juste que c’est moi, encore une fois, qui n’était pas outillé, qui était à nouveau dans l’envie d’avoir le contrôle sur le groupe alors que c’est pas comme ça que ça marche. Certainement pas, je crois en cinquième et sixième primaire, il faut les prendre avec toi, il faut que, il faut qu’il y ait une certaine ambiance pour qu’il y ait aussi un échange. Et donc voilà, ça cette année-là c’était horrible et après ben finalement tu apprends parce que, parce que tu te prends une porte dans la gueule et qu’il faut bien apprendre à faire autrement, parce que tu sais que ça n’a pas fonctionné et donc c’est à toi d’évoluer, pas aux gamins. Les gamins ils sont déjà partis, eux, c’est fini pour eux, mais toi tu restes et tu dois évoluer pour trouver une meilleure solution et une meilleure manière de vivre ton boulot.

Le silence, le cadre et l’équilibre en classe

[00:24:01] Olivier My: Et justement, tu as évoqué à deux reprises « Je n’étais pas outillé » (Vincent Ertveld: Ouais). Est-ce qu’il y a certains outils aujourd’hui qui font partie vraiment de ta pratique et qui t’aident au quotidien? Et que potentiellement tu pourrais nous partager?

[00:24:12] Vincent Ertveld: Le silence. Ça fonctionne très bien de se taire hein? D’ailleurs, même mes enfants à la maison, quand je me tais, ils savent que finalement quelque chose ne tourne pas rond. Donc le silence est bien plus fort d’ailleurs que le fait de crier. Le simple fait de dire « Je sais que tu n’es pas content, je sais que ce que je dis là, la sanction, le truc, je sais que ça ne te rend pas content. Malheureusement, c’est quand même comme ça que ça va marcher. C’est quand même comme ça qu’on va faire. On peut en reparler demain par contre ,demain on peut revenir là-dessus. Mais aujourd’hui, cette décision, elle est là, tu dois faire ce que je te dis. Et puis après demain on peut en reparler et tu pourras même me dire demain si tu veux que tu as trouvé que c’était injuste pour X, Y, z raison. Mais aujourd’hui par contre, tu vas faire ce que je demande ». Et ça c’est un truc aussi où finalement dans l’école, ça finit par se savoir. Parce que quand ça fait un certain nombre d’années que tu es dans la même école, Monsieur Vincent il fait peur mais on rigole. Monsieur Vincent on travaille, mais on s’amuse. Et ça, ben finalement c’est un drôle d’équilibre que tu trouves et il y a une phrase que j’aime beaucoup, J’aime beaucoup les citations hein? C’est que l’équilibre n’existe pas, nous ne sommes que des équilibristes. Et en classe, c’est un équilibre permanent entre, effectivement, il y a une dose de respect qu’il faut parce que sinon tu ne t’en sors pas, des deux côtés d’ailleurs hein, tu dois respecter aussi ce que eux vivent. Et d’un autre côté, à un moment ou l’autre, il faut quand même que ça avance quoi tu vois? Faut quand même que le résultat soit là, alors résultat tu peux le définir de plein de manières différentes mais, on essaie d’obtenir quand même quelque chose, on a un objectif pour chaque gamin. Et pour chaque adulte que j’accompagne après dans l’autre vie aussi. Et donc à ce moment-là, ben oui, respect, mais quand même, résultat quoi.

[00:25:51] Olivier My: Donc là on est d’accord que le monsieur Vincent dont tu parles, c’était toi, mais avec ton prénom.

[00:25:55] Vincent Ertveld: Ouais. Exactement ouais.

[00:25:56] Olivier My: Comme quoi (Vincent Ertveld: c’est comique hein?) il y a un lien.

[00:25:58] Vincent Ertveld: Non mais, l’histoire, c’est chouette l’histoire, j’aime bien.

[00:26:01] Olivier My: Une citation pour toi si tu ne la connais pas, parce qu’elle est liée à ce que tu évoques, c’est plutôt un proverbe chinois, qui dit : qu’on met deux ans à apprendre à parler et toute une vie à apprendre à se taire.

[00:26:13] Vincent Ertveld: Je suis d’accord.

[00:26:14] Olivier My: Et c’est assez vrai je trouve aussi.

[00:26:16] Vincent Ertveld: Et pour quelqu’un qui parle trop, se taire… Parce que là ça va, je me tiens là, je prends sur moi parce que ça dure qu’une heure mais… Je me tiens pour pas trop parler encore. Enfin, j’essaye.

[00:26:28] Olivier My: En tous cas le silence en fait partie (Vincent Ertveld: Oui). Il y a un cadre aussi que tu détermines, et une possibilité de négociation à ce que j’entends?

[00:26:37] Vincent Ertveld: Oui parce que

[00:26:37] Olivier My: De discussions, de conversations.

[00:26:39] Vincent Ertveld: Oui, oui, de toute façon. Négociation c’est peut-être mal choisi comme terme (Olivier My: Ouais), surtout à l’école qui a quand même tendance à être encore un système relativement pyramidal. Il y avait un truc, un bouquin là : « Reinventing Organization », où il parlait des couleurs (Olivier My: Oui) des organisations, et l’école c’est quand même classé rouge donc relativement militaire la plupart du temps. Mais si l’école est pyramidale, ta classe n’est pas forcée de l’être. L’école est pyramidale, ça c’est par défaut c’est comme ça, mais ta classe n’est pas obligée d’être comme ça. Ton ambiance à toi et ton groupe, c’est pas obligé d’être pyramidale. Maintenant, il y a quand même quelqu’un qui décide, ce qui veut dire qu’il n’y a pas d’écoute. C’est toujours, encore une fois c’est un drôle d’équilibre là-dedans, parce qu’il faut quand même prendre la décision à un moment ou l’autre, ne fut-ce aussi parce que le groupe déteste la confusion. Le groupe et les enfants en règle générale d’ailleurs, aiment pas l’indécision et le fait de sentir qu’il y a quelque chose qui a un vide là, de pouvoir entre guillemets. Donc il faut qu’il y ait quand même une présence et un choix, une décision. Ça ne veut pas dire que t’as pas voix au chapitre, dans le cadre qu’on te donne.

Aider sans pouvoir changer la vie de tout le monde

[00:27:43] Olivier My: Et toi, dans ce cadre-là, parce que tu nous disais tout à l’heure « Voilà, moi j’ai toujours senti qu’être avec les enfants (Vincent Ertveld: Mm) c’était mon truc ». Est-ce que tu réussis à identifier aujourd’hui ce que le fait d’apporter aux enfants, d’être enseignant autour des enfants, nourrit chez toi?

[00:28:00] Vincent Ertveld: Il y a sans doute un petit complexe genre Jésus qui sauve le monde hein? Il y a quand même le besoin d’avoir un impact, de sentir que tu fais quelque chose qui, entre guillemets, change des vies, toutes proportions gardées et en étant relativement humble dans l’histoire, même si c’est pas mon point fort. Mais il y a quand même ce besoin de se dire « Je fais quelque chose qui est important ». Le principal défaut de ça, c’est que tu n’arrives pas à le faire pour tout le monde. Et ça c’est le truc principal sur lequel il faut faire la paix, c’est que quand tu en as 24 devant toi, tu sais que tu ne changes pas les 24. Tu sais que tu fais de ton mieux, et que certains enfants, c’est le bon moment aussi, parce que eux aussi sont dans leur propre évolution et il y a des choses qui peuvent entendre ou pas à ce moment-là. Mais… Tu dois y aller en pensant que tu vas les aider à accomplir qui ils sont. Surtout, je trouve encore plus, onze-douze ans, ils se rendent parfois compte aussi que c’est pas leurs parents qui vont les aider le plus, qu’ils ont besoin eux de trouver leur propre chemin parce que ben, encore peut être plus dans mon contexte socioculturel, il faut que tu trouves ton chemin à toi, parce que quelque part tu ne vas pas être aidé. Et onze-douze ans c’est tôt pour le réaliser, mais quand même c’est possible, ils sentent quand même que quelque chose : ça ne colle pas, c’est pas tout à fait comme ça que d’autres enfants le vivent. Et donc là, il y a toute cette partie-là justement aussi où toi tu te dis « Le peu que je peux installer comme confiance, comme je crois que je suis capable de. C’est un gain, c’est une victoire comme une autre, à une certaine échelle ». En sachant aussi qu’encore une fois, il y en a pour lesquelles malheureusement, ce n’est pas encore le moment, où moi, je n’ai pas encore réussi à trouver la clé (Olivier My: Oui). Et encore une fois, c’est la même chose, c’est toujours ça qui est fabuleux, c’est que c’est la même chose avec les enfants et les adultes. Tu as des adultes qui sont prêts à changer, et des adultes qui ne sont pas encore là. Mais si tu laisses le temps, d’habitude, ça commence à venir. Je suppose qu’on va parler de l’autre partie aussi mais.

[00:30:03] Olivier My: On va y arriver en tout cas.

[00:30:04] Vincent Ertveld: Mais c’est vrai que, il y a des personnes, il faut un an avant que vraiment quelque chose bouge. Si chez les adultes c’est comme ça, chez les enfants, c’est pareil aussi.

Le déclic qui redonne confiance à un enfant

[00:30:14] Olivier My: Et justement, avant de passer dans cette deuxième partie là, est-ce qu’il y a un déclic dont tu te souviens : d’un enfant ou (Vincent Ertveld: Oh, oui hein) d’une conversation, ce genre de choses-là que tu pourrais nous partager? Ou plusieurs d’ailleurs?

[00:30:27] Vincent Ertveld: Non, plusieurs ça va durer longtemps hein? (Olivier My: Ah mais un alors). Il y a des enfants avec lesquels tu passes une forme de contrat. Et encore une fois ça va avec le fait aussi de savoir où tout le monde en est et d’accepter ça. C’est qu’il y a des enfants à qui tu dis « On va y aller, mais il va falloir le faire en trois ans et pas en deux ». Cinquième, sixième et après, encore une fois une sixième. Tu le sais en fait, le gamin le sait aussi d’ailleurs quelque part, il sent bien que quelque chose n’est pas tout à fait au point. Et ceux avec qui tu réussis ce genre de contrat-là, ou même parfois tu réussis à le faire en deux ans parce que tout d’un coup il y a eu vraiment un déclic. Et en fait, les enfants, à un moment ou l’autre, quand le déclic est là, comme les adultes d’ailleurs, tout d’un coup la machine s’emballe, ça peut aller très, très, vite. Mais il y en a où tu te dis « Le contrat c’est trois ans, si on va plus vite tant mieux mais sinon… ». Et quand tu arrives là, à un chouette résultat, et à quelqu’un qui finit surtout par avoir confiance en lui, parce que les points du bulletin c’est un détail dans l’histoire et encore plus maintenant où finalement, quelque part on pourrait dire que tous les élèves passent d’une année à l’autre sans qu’il y ait même de frein qui soit posé par un examen ou quoi que ce soit. En tous cas chez nous en Belgique, c’est à ça que ça tend. Mais le fait de réussir est important, et c’est à ça que sert l’examen en fait, plus qu’autre chose. Pour ces enfants-là, pour les enfants que moi j’accompagne majoritairement, c’est d’avoir cette sensation que tu as enfin réussi quelque chose. Et c’est pour ça que moi je suis contre le fait de supprimer les examens à la fin de notre sixième primaire. Pas tellement parce que j’ai ce besoin de dire « On va les juger et savoir qui est capable ou pas. » Mais c’est parce qu’il y a des enfants pour lesquels c’est leur première victoire, et ça c’est important. Mais évidemment, politiquement c’est moins, On peut moins l’entendre sans doute cette partie-là, parce qu’il y a une raison économique derrière sans doute, peut-être mais… Mais dans l’environnement où moi je suis, on a besoin de cette victoire, on a besoin de ce moment de confiance où on se dit « Eh ben finalement je peux ».

[00:32:16] Olivier My: Je suis capable de.

[00:32:18] Vincent Ertveld: Ouais. Et là il y a un truc, c’est un contrat comme un autre et parfois, encore une fois on n’y arrive pas, et ben là tu prends pour toi aussi quelque part hein? C’est aussi pas de ta faute mais ta responsabilité quoi ! C’est d’avoir essayé de faire le maximum et puis, parfois…

[00:32:32] Olivier My: Oui je comprends. Non mais super!

[00:32:34] Vincent Ertveld: Mais oui, il y a des enfants comme ça qui restent ouais. J’ai des enfants d’il y a 20 ans qui maintenant ont eux-mêmes des enfants, jusqu’à des enfants d’il n’y a pas longtemps où tu, ouais… Et puis moi j’ai toujours habité ce quartier, donc aussi c’est des enfants du quartier dans lequel moi… Je traîne encore assez souvent dans ce quartier-là parce que, Alex mon fils a athlétisme dans ce quartier donc, il y a des enfants avec lesquels on fait le tour du quartier pendant qu’Alex à l’athlétisme. Et on va se balader, on fait le tour du quartier pendant que, voilà, et on discute. Parce que oui, je garde le contact avec eux après. Avec certains.

[00:33:07] Olivier My: Donc c’est une relation qui effectivement dans la durée quoi au final.

[00:33:11] Vincent Ertveld: Ouais mais rien ne, rien ne s’arrête hein? Je crois pas que ça s’arrête un jour. Enfin j’espère que ça ne s’arrête pas, quelque part. C’est mieux quand ça s’arrête pas

Les mêmes peurs d’apprendre chez l’enfant et l’adulte

[00:33:17] Olivier My: C’est mieux. Effectivement, oui. Et donc là, c’est une partie de ton activité, comme tu le présentais au tout début, il y a aussi une autre activité qui est plus avec les adultes (Vincent Ertveld: Ouais). Mais chose intéressante tout à l’heure, quand on en discutait, tu me disais que tu retrouvais les mêmes patterns (Vincent Ertveld: C’est la même chose, oui). Que ce que tu voyais avec les enfants, est-ce que tu peux nous donner des exemples?

[00:33:38] Vincent Ertveld: L’exemple le plus flagrant c’est que, bon, dans ce que je fais, de temps en temps il y a un moment, il y a beaucoup de briques, et on construit visuellement son outil et son application donc c’est sympa, et ça va assez vite. Et puis tout d’un coup, ben de temps en temps il faut quand même faire un truc un peu plus compliqué, et là c’est vrai que tu vois dans l’adulte, l’enfant que c’était. Et l’exemple que je donnais tout à l’heure, c’était cette dame avec qui je faisais une formule dans un outil, et tout d’un coup tu vois ses mains qui se contorsionnent, et tu vois l’enfant qui avait du mal en maths qui remonte parce qu’on faisait un exercice… Basiquement c’était un exercice de moyenne mais avec une formule mathématique, un peu comme tu ferais dans Excel. Et tout d’un coup tu vois cette personne qui se contorsionne les doigts parce que finalement il y a du stress qui remonte de « Putain les matchs je ne comprends rien ». Et là oui effectivement les adultes et les enfants c’est pas tellement différent, et c’est les mêmes peurs de ne pas réussir, c’est la même peur de ne pas y arriver, de ne pas être légitime, de ne pas, de ne pas être assez bien parfois aussi, de ne pas savoir par où commencer, de ne pas savoir c’est quoi le premier pas, qu’est-ce que je fais en premier? Et là-dessus, enfants et adultes, les adultes sont mieux outillés pour cacher ça, pour cacher qu’ils ont peur ou pour cacher qu’ils ne savent pas… Ce qui rend le truc parfois un peu plus compliqué, et ils se le cache parfois à eux-mêmes et parfois à toi et donc, le temps de creuser cette partie-là c’est parfois un peu, ça mais parfois un peu plus de temps. Mais au final je pense que c’est toujours : une histoire de transformation.

De l’enseignement à l’entrepreneuriat

[00:35:02] Olivier My: Et justement, le fait de te lancer dans l’entrepreneuriat, du coup, c’est que tu aurais pu très bien rester tranquille avec ton job d’enseignant. Qu’est-ce qui a fait que tu as fait le pas pour faire encore autre chose?

[00:35:16] Vincent Ertveld: Au départ c’est plus une histoire d’opportunité, il y avait ce site à construire, ce site de e-commerce. Mais quand même, tu sens, moi je sentais depuis le début, enseignant c’est super et j’adore ça, enfin je pense que ça s’entend, je pense que ça se… Voilà. Mais il y avait quand même en plus cette envie de construire mon truc à moi. Encore une fois le cadre de l’enseignement est ce qu’il est. Dans ma classe, je peux justement construire mon monde et mon truc mais, il y a tout le système autour sur lequel je n’ai pas la main, et moi j’ai besoin d’avoir la main, j’ai besoin de construire, j’ai besoin de le faire, j’ai besoin de voilà. Et donc le fait d’avoir ma propre boîte, ben au départ c’était pour des applications, c’était très technique, ça n’avait rien à voir avec l’éducation. Mais, avec les histoires du confinement, avec Teams, avec Notion, avec le fait que tout d’un coup il y avait pas mal de gens à aider à transformer la manière dont ils interagissaient. Claquement de doigts – Voilà. Et là maintenant, c’est avec l’IA mais au final c’est pareil, dans le sens où, il n’y a rien qui est magique dans tout ça. Il y a un truc à construire, tu as besoin de quelque chose, il faut établir le besoin, il faut comprendre de quoi on va, qu’est-ce qu’on a besoin de construire, etc. Et ça, c’est un processus d’apprentissage comme n’importe quel processus d’apprentissage, même à l’école primaire c’est les mêmes, c’est la même, ouais le même processus.

[00:36:32] Olivier My: Mais de ce que je comprends c’est que : non seulement, un, tu avais les compétences pour le faire (Vincent Ertveld: Oui), c’est déjà un premier aspect, la curiosité (Vincent Ertveld: Ouais), de ce que je vois. Et l’envie de passer ton temps, libre, à essayer d’apporter encore plus de ce que tu fais aux enfants, à d’autres.

[00:36:50] Vincent Ertveld: Il y a aussi, il ne faut pas se leurrer, il y a aussi une dimension économique hein? Je ne suis pas une association sans but lucratif de ce côté-là donc… Il y a aussi clairement le fait que, si tu es bon dans quelque chose, ne le fais jamais gratuitement, jusqu’à un certain point. J’ai mon propre biais à moi là-dessus hein? La première fois où tu dois faire payer une formation à quelqu’un, alors que finalement tu as toujours enseigné gratuitement, ça fait un peu bizarre quand même. Et maintenant je connais mon tarif horaire par rapport à mon tarif horaire d’enseignant, je fais… Bon, il y a une forme de différence, mais quand bien même j’ai jamais réussi à quitter l’école. Donc même si j’aurais pu partir complètement du côté entrepreneur, ma société, etc. Je n’arrive pas à quitter l’école, c’est, ça fait partie de ce que je suis. Je crois que le fait d’avoir ma boîte sur le côté fait de moi un meilleur enseignant. Parce que j’ai parfois l’impression que quand même, certains enseignants sont déconnectés d’une forme de réalité, ce qui est bien aussi d’ailleurs quelque part hein? Il faut ça aussi quelque part. Mais de l’autre côté, être enseignant fait de moi forcément normalement un meilleur formateur pour adultes. Et donc pour moi les deux se nourrissent, et abandonner un des deux n’aurait pas de sens.

Relier les apprentissages à la vie réelle

[00:38:00] Olivier My: Et donc aujourd’hui tu retrouves, dans ton accompagnement d’adulte, des situations similaires que tu as dans l’enseignement avec les enfants. Qu’est-ce que la formation pour adulte t’apporte, et qui nourrit toi, ton enseignement pour les enfants (Vincent Ertveld: C’est quand même…). J’ai entendu dans l’autre sens mais du coup…

[00:38:21] Vincent Ertveld: Qu’est-ce qui dans l’adulte fait que je me nourris mieux les enfants? Le fait, il y a la réalité, il y a le fait que : tu dois choisir quand même une direction, tu dois choisir qui tu veux être. Et c’est une discussion qu’on a eu tout à l’heure aussi, tu dois choisir qui tu veux être ou tu dois aussi choisir ce que tu veux pas. Et je pense que de raconter des histoires qui viennent du vrai monde professionnel, et de mettre même les cours de maths, etc. Je disais tantôt, les maths c’est la vie, en primaire c’est la vraie vie. Donc ce que tu fais en maths, en primaire, c’est des choses de la vraie vie. Si tu peux le mettre dans le contexte, dans un vrai contexte professionnel, avec des vrais prix, avec des vrais montants, il y a quelque chose qui bouge un petit peu, les enfants se rendent compte, etc. Genre par exemple : un emprunt à la banque, il y a beaucoup d’enfants qui ne comprennent pas du tout pourquoi la banque elle prend un pourcentage et pourquoi finalement rembourser ta maison te coûte deux fois le prix de ta maison. Et tant que tu ne le fais pas en vrai, il y a un truc là-dedans mais… Mais alors, « Oui mais alors ça veut dire que je dois gagner un peu plus d’argent quand même? Parce que sinon la maison… ». Et dans le contexte actuel c’est encore pire sans doute. Et donc ça ancre même, ce que je vis à l’extérieur, ancre sans doute ce que je fais à l’école dans une réalité. Et les gamins, encore une fois à cet âge-là, onze-douze ans, se rendent compte que c’est vraiment ça. Parce qu’ils se rendent compte aussi de ce que les parents vivent à la maison, parfois même ils comprennent un peu mieux, etc. Surtout que certains d’entre… Dans nos élèves, certains lisent à la place de leurs parents. Et donc quand tu comprends pas les lettres, quand tu comprends pas le truc. Et ça c’est un des aspects du nouveau programme qu’on a eu récemment qui est, mieux, qu’avant, c’est qu’il est plus ancré dans la réalité, il est plus ancré dans le concret, dans des choses où tu vas vraiment prendre une facture d’Electrabel et tu vas la regarder, tu vas la lire, tu vas essayer de la comprendre, tu vas voir quels sont tous les montants qu’il y a dessus. Ça, c’est une des bonnes, un des bons apports du programme qu’on a reçu il n’y a pas longtemps. Mais, le fait de moi l’avoir sur le côté en vrai, avec des vrais chiffres dans d’autres contextes, des contextes de la vraie vie, je crois que ça aide les gamins à avoir une forme d’inspiration sur le fait que, encore une fois, ce genre de salaire-là, c’est pas mal, c’est déjà bien. Et, je le dis jamais, aux élèves je dis jamais par exemple combien je gagne. Comme enseignant en Belgique, je trouve qu’on est raisonnablement bien payé, mieux payé que les instits de primaire en France par exemple. Je ne vais jamais dire le montant que je gagne aux élèves, sauf quand on en parle en privé. Quand ils me le demandent à moi, je vais leur dire. Quand on en parle en groupe je ne vais pas le dire, mais donc, ça aussi ça ancre la réalité. « Monsieur, vous gagnez combien? Etc ». « Autant autant »… « Ah… Oui mais mon papa, ma maman, machin, etc ». Et donc, eux aussi ils savent maintenant : tiens, cette manière-là, ça permet de faire ceci, ça permet de faire ça, ça permet d’éventuellement acheter ça. Alors évidemment, au début, ça fait autant de PS5, ça fait autant de télé, ça fait autant de téléphone, ça paraît logique aussi, c’est leur âge aussi, c’est quand même normal. Mais le montant est là, la réalité est là. Et encore une fois, oui, je pense que les deux se nourrissent, j’espère.

Ce qu’il souhaite transmettre à ses enfants

[00:41:23] Vincent Ertveld: Donc cette capacité à redonner du concret et de l’ancrage, c’est vraiment ce que, en tout cas tu nous partages (Vincent Ertveld: J’espère, oui), en tout cas c’est ce que j’entends (Vincent Ertveld: Ouais). Et justement, tu parles « des enfants », et donc avant de clôturer un peu tout notre histoire ensemble, tu nous as parlé que tu avais des enfants aussi (Vincent Ertveld: Oui). Quelles sont les choses qui pour toi sont les éléments importants que tu souhaites leur partager de par toutes ces interactions que tu as avec d’autres enfants?

[00:41:51] Vincent Ertveld: Déjà ils se rendent compte je crois, parce qu’ils viennent de temps en temps à mon école, ils se rendent compte qu’on ne vit pas tous la même réalité donc ça c’est pas mal parce que, finalement ils sont moyennement privilégiés quand même, ils ont toujours été, ils sont aussi dans l’enseignement flamand mes deux enfants donc ils sont tous les deux dans l’enseignement néerlandophone. Ils vivent déjà une réalité qui est forcément différente, pas que c’est mieux ou moins bien mais. Mais culturellement ce n’est quand même pas du tout la même chose. Et donc, au plus d’interactions ils ont, au plus ils se rendent compte que la réalité des autres n’est pas celle que nous on vit, mieux ou moins bien d’ailleurs hein? Ils connaissent aussi des enfants qui sont bien plus riches que ce que nous on est, au plus ça les nourrit. Et puis je crois que c’est intéressant parce que, je n’en ai pas parlé mais Nathalie, ma compagne, elle est aussi enseignante, elle est prof en première et deuxième, et à l’école normale donc elle a aussi plusieurs casquettes, c’est comique. Ils se rendent compte aussi de ce que c’est la vraie vie, d’avoir, d’être enseignant : oui, cool. D’avoir ta boîte, oui, c’est intéressant. Avec d’autres aussi peut être dans la famille d’être employé, être employé il y a une forme de confort mais il y a aussi une énorme part d’incertitude, surtout maintenant peut-être. Est-ce qu’il faut absolument devenir freelance, ou est-ce qu’être enseignant c’est encore un avenir? Est-ce qu’être employé c’est encore un truc que moi j’ai envie de tester? Et c’est vrai que dans les discussions qu’ils ont, sur ce qu’ils veulent faire plus tard, par exemple Arthur qui a seize ans, pas du tout défini encore ce qu’il veut. Alex a une vision peut-être un peu plus claire, actuellement en tout cas, de ce qu’il aurait voulu faire alors qu’il n’a que treize ans. Donc là aussi il y a tout un, mais au moins ils ont vu, au moins ils ont, ils se sont rendu compte aussi des… Des heures de travail que ça impose. Parce que j’ai dit tantôt que je gagnais mieux ma vie comme indépendant, il y a un nombre d’heures derrière aussi qui est pas piqué des vers donc, quelque part il y a une forme de logique à l’argent que je gagne, ou que la boîte gagne en tout cas, et ça ils doivent le sentir aussi. Bon après, un des trucs impossibles à déterminer c’est où on en sera dans dix ans, ni pas dans cinq, ni pas dans trois d’ailleurs finalement. Parce que bon, si il y a cinq ans on avait parlé de l’IA et de ce que ça allait changer, bon. Et là maintenant, si dans cinq ans, je ne sais pas très bien où on en sera dans cinq ans, c’est déjà difficile de le voir à trois mois maintenant donc (Olivier My: Ouais tout à fait). Eux aussi, vers quoi est-ce qu’on les dirige? Vers quel genre d’études? Vers quel genre d’expérience est-ce qu’on essaie de les amener? C’est un drôle de truc à naviguer mais c’est sympa parce qu’encore une fois, il faut laisser couler.

[00:44:20] Olivier My: Tout à fait. Merci Promo. Une dernière question pour toi

[00:44:25] Vincent Ertveld: J’ai encore un spot promo à faire (Olivier My: C’est ça) parce que c’était trois spots promo qu’on avait dit.

[00:44:29] Olivier My: C’est ça. Tout marche par trois.

[00:44:30] Vincent Ertveld: Et sinon j’ai pas mon sandwich gratuit.

Son conseil pour mieux accompagner les autres

[00:44:32] Olivier My: Et trois sandwichs gratuits. Une dernière question pour toi pour clôturer cette partie-là, si tu avais un conseil d’enseignant pour des personnes qui accompagnent des gens, à la fois petits et plus grands, qu’est-ce que ce serait?

[00:44:49] Vincent Ertveld: Je vais recommencer avec ce que j’ai dit tantôt: se taire. C’est très dur, mais se taire. La plupart des gens vont parler, s’il y a un silence. Les gens détestent le vide, et donc, d’habitude, si tu laisses les gens s’exprimer, tu vas en savoir beaucoup plus sur eux. Et donc se taire c’est normalement une arme assez intéressante. Alors parfois il faut quand même un peu de motivation, il faut quand même un peu de contexte, il faut un petit geste, il faut un petit mot, d’accord. Mais le plus possible se taire ouais, c’est quand même plutôt pas mal. Et la deuxième chose, mais ça je crois, c’est difficile à acquérir, mais c’est une discussion qu’on a eue à table aussi. L’empathie c’est incroyable, quand on en a c’est fabuleux parce que tu peux mettre à la place de l’autre. Quand tu ne l’as pas, c’est quand même beaucoup plus compliqué à acquérir. Et moi je sais par exemple que dans mes deux enfants, il y en a un qui a vraiment ça et l’autre qui est encore en apprentissage de ce côté-là, et au plus de situations y vivent, au plus ils se rendent compte. Et, moi par exemple c’est dans les films que je choisis de regarder avec eux, on essaye de comprendre ce qui se passe, pourquoi ce personnage-là dit ça, pourquoi est-ce qu’il vit ça, pourquoi, pourquoi est-ce que éventuellement ils ressentent ça? Et dans à peu près tous les films, un peu construits convenablement, tu as ces dimensions-là, tu as quand même des personnages qui sont bien construits. Il faut trouver une manière quand même d’éveiller la conscience à ça quand tu ne sais pas, quand tu ne l’as pas naturellement. Et donc oui, moi j’adore le cinéma aussi et j’adore les bonus. Dans la famille, on se moque de moi parce que je suis Monsieur Bonus et que je regarde plus les bonus que les films, mais justement c’est dans l’écriture du film, c’est dans l’histoire qu’on raconte qu’il y a la vraie valeur je crois.

[00:46:26] Olivier My: Donc les silences et une dimension émotionnelle, empathique, que tu proposerais de développer

[00:46:31] Vincent Ertveld: Essayer de comprendre ce qui se passe en face, oui.

[00:46:33] Olivier My: Ouais, ben super! Merci beaucoup en tout cas, Vincent pour cette histoire qu’on a, qu’on a eu ensemble. Ce n’est pas complètement terminé comme (Vincent Ertveld: Tu te rend compte qu’on a eu…), comme tu le sais

[00:46:41] Vincent Ertveld: Une histoire en public en plus.

[00:46:43] Olivier My: Tout à fait.

[00:46:44] Vincent Ertveld: Il y en a ils ont eu des problèmes, en regardant Coldplay et tout, ça a été problématique pour eux (Olivier My: Rires – C’est vrai). Tu veux qu’on fasse la même photo? Non?

[00:46:50] Olivier My: Ça c’est pour le bonus, c’est pour après.

[00:46:53] Vincent Ertveld: Mais c’est pour le public (Olivier My: Tout à fait). Parce que ceux qui sont en audio, ils n’auront pas le plaisir de ça.

Les questions surprises

[00:46:56] Olivier My: C’est vrai. Mais il y a la vidéo, sache-le. Alors, pour cette deuxième partie, comme tu le sais et je le présente au public, en fait j’ai des cartes qui sont ici, que j’ai spécifiquement choisies pour Vincent, qui sont des questions. Donc moi je sais, mais lui ne sait pas quelles sont les questions qui sont à l’intérieur. Et donc je vais lui proposer d’en choisir et d’y répondre. Donc du coup tu… Tu mélanges, voir même je te laisse les mélanger, ça donne une impression de contrôle.

[00:47:26] Vincent Ertveld: Ah oui, de fou. Là je suis, je suis nettement rassuré maintenant.

[00:47:30] Olivier My: Je le sens, je le sens. Et donc (Vincent Ertveld: Quelle carte je vais prendre) je te laisses… Tu prends celle que tu veux, tu la lis, et puis ensuite je t’invite à y répondre.

[00:47:37] Vincent Ertveld: Pour ceux qui n’y avaient pas déterminé, j’avais pris la troisième hein? Alors à choisir, tu préférerais éternuer dès que tu t’énerves, ou bâiller à chaque fois que tu es content? Waouh! Je préfère éternuer. Parce que bâiller, c’est vraiment un truc. C’est un de mes, un de mes problèmes à moi là, c’est que quand quelqu’un baille en face de moi j’ai un peu de mal. Surtout quand on est en train de parler. Genre ça m’arrive parfois avec des élèves qui baillent quand je leur parle… Je dois admettre que je dois prendre sur moi donc, à choisir, je préfère éternuer dès que je m’énerve. En plus quand, si je dois être, oui, ben oui c’est mieux quand même.

[00:48:10] Olivier My: Tu t’énerves souvent?

[00:48:13] Vincent Ertveld: Moins maintenant, ouais, moins maintenant mais… Il y a toute une série de choses sur lesquelles effectivement, la plupart du temps c’est parce que ça ne bouge pas assez vite. C’est parce que je sens le truc, et je voudrais que ça – Claquement des doigts – Mais non…

[00:48:25] Olivier My: Maintenant à chaque fois que tu claques des doigts, j’ai l’impression qu’il faut que j’avance.

[00:48:29] Vincent Ertveld: Il y a un truc hein? C’est pavlovien limite (Olivier My: C’est ça). Mais, non, Éternuer à la place de m’énerver oui, c’est sans doute mieux à choisir.

[00:48:35] Olivier My: Ok, ben super.

[00:48:37] Vincent Ertveld: Ça en fait une.

[00:48:37] Olivier My: Donc là on en a fait une. Ce que je te propose maintenant, c’est que tu vas en choisir deux, tu vas lire les deux, et tu auras le choix de laquelle.

[00:48:48] Vincent Ertveld: Je lis les deux à voix haute par contre?

[00:48:49] Olivier My: Oui, tu lis les deux à voix haute, comme ça les gens peuvent savoir celle que tu as évité (Vincent Ertveld: Tu viens d’apprendre). Et puis ensuite tu réponds à celle que tu veux.

[00:48:55] Vincent Ertveld: Elle est bien celle-là déjà (Olivier My: Oui). Tu viens d’apprendre que tu allais mourir dans un an, changerais-tu quelque chose dans ta vie et pourquoi? Qu’as-tu appris de plus utile venant de tes parents? Mon Dieu !

[00:49:06] Olivier My: Je t’ai pas prévenu hein qu’il y avait ça.

[00:49:08] Vincent Ertveld: Sachant que je ne suis absolument pas religieux en plus, quand je dis mon Dieu c’est quand même ridicule mais quelque part, voilà.

[00:49:12] Olivier My: Généralement, tu dis oui

Ce qu’il changerait s’il ne lui restait qu’un an

[00:49:13] Vincent Ertveld: Oui. Je pense que tu me parles quand tu dis ça. Mes parents, je leur dirai. Je vais prendre : si je devais, si j’apprends que je vais mourir dans un an, qu’est-ce que je changerais? Je crois sans doute qu’encore plus que maintenant, je passerais du temps avec mes enfants. Là, maintenant déjà, je passe un temps relativement infini avec eux, avec le sport, les six fois où Arthur a natation par semaine, les le sport d’Alex et tout. Mais je crois que, déjà j’abandonne la boîte parce que ça n’a aucun sens à ce moment-là. Et tout le temps que j’ai investi dans la boîte, je l’ai investi encore plus dans les enfants je crois. Mais à part ça, j’ai pas grand-chose que je changerais en fait. J’ai appris avec le temps à dire ce que je pensais, ou ce que je ressentais de positif aux gens qui m’entourent, donc ce n’est pas comme si je devais commencer à courir la planète pour aller dire aux personnes que je les aime. Donc ça, ça va, c’est réglé. Je ne sais pas, je suis, on est en perpétuelle évolution ou on avance toujours mais… Je suis relativement content de ce que je fais là, de ce qu’on vit. Donc je ne vois pas pourquoi changer parce que dans un an c’est fini, à part effectivement passer encore plus de temps avec les enfants mais… En essayant de ne pas être dans le larmoyant quand même, parce que sinon ça n’a aucun sens. Mais vas-y que là on est parti pour le saut à l’élastique, et tout ça avec, comme ça il ose le faire une fois avec moi et après ils oseront le faire peut être sans moi, ce qui est quand même le but de tout le truc. C’est qu’ils osent tout faire mais sans moi.

[00:50:50] Olivier My: Bah super merci! C’est pas terminé (Vincent Ertveld: Ah). Parce que, ben on le sait bien, tout va par trois (Vincent Ertveld: certes). Et donc ce que je vais te proposer c’est…Alors du coup tu les as remis toutes ensemble, attend…

[00:51:01] Vincent Ertveld: J’ai triché peut-être?

[00:51:02] Olivier My: Ouais je vais t’enlever celle que tu as déjà faite.

[00:51:03] Vincent Ertveld: Ouais mais non, j’en prendrai une autre s’il faut mais…

[00:51:05] Olivier My: Et… Ce que je vais te proposer, c’est que tu vas en choisir trois, il ne reste plus beaucoup. Et habituellement ce que moi je fais, c’est que du coup tu me les donnes, et je choisis. Ce que je te propose, c’est qu’on va les lire, et on va demander au public de choisir.

[00:51:19] Vincent Ertveld: Ah, encore mieux!

[00:51:21] Olivier My: Donc du coup, attend j’essaye juste d’enlever celle que tu as déjà faite.

[00:51:30] Vincent Ertveld: Là on ne va pas faire difficile hein? On va faire comme une distribution aux cartes, voilà

[00:51:32] Olivier My: J’étais content d’essayer de mélanger mais en tout cas.

[00:51:36] Vincent Ertveld: Non mais oui mais, voilà.

Le choix du public

[00:51:38] Olivier My: Donc je vais vous les lire, et puis dès qu’on aura fait les trois, on essaiera de voir peut-être par les votes ce qui vous reste. « Si tu pouvais avoir un superpouvoir, lequel serait-ce, et comment l’utiliserais-tu? »

[00:51:54] Vincent Ertveld: Ok.

[00:51:56] Olivier My: La deuxième, « Si tu pouvais dîner avec n’importe qui dans le monde, qui serait-ce? ». Et la dernière c’est « Raconte-moi la dernière fois où tu as fait quelque chose pour la première fois ». Alors, à bras levés, qui est-ce qui est pour le pouvoir? Il y a unanimité qui ne lève pas le bras.

[00:52:24] Vincent Ertveld: La réponse c’est téléportation, pour ceux que ça n’intéressait pas.

[00:52:28] Olivier My: Il y en a beaucoup c’est ça! C’est super étonnant !

[00:52:30] Vincent Ertveld: On perd beaucoup de temps dans les transports quand même.

[00:52:31] Olivier My: Exactement. Donc c’est vrai, (Vincent Ertveld: ça dure une plombe pour rien) c’est très marrant. Je crois que dans 80 % de mes épisodes, où il y a cette question qui sort, c’est téléportation.

[00:52:41] Vincent Ertveld: Et pourtant le plus important c’est le voyage et pas la destination mais (Olivier My: C’est ça le sujet), malgré tout quand même.

[00:52:46] Olivier My: Qui est-ce qui est pour le dîner? Ah, on a cinq personnes. Et qui est-ce qui est pour la dernière de la première? Ah bon ben elle gagne celle-là, du coup : « Raconte-moi la dernière fois où tu as fait quelque chose pour la première fois? »

[00:53:07] Vincent Ertveld: C’est sans doute la pire parce que j’ai aucune idée là.

[00:53:10] Olivier My: Je pense que c’est pour ça qu’ils l’ont choisi.

[00:53:11] Vincent Ertveld: Oui. Ils ont le visage décomposé alors il y a un indice. J’aurais dû être, comme ça bien certain de moi : « J’assure là, je sais ». C’est la première fois que je fais un podcast en public, je triche ou pas quand je dis ça?

[00:53:26] Olivier My: Oui, un autre!

[00:53:28] Vincent Ertveld: T’es même pas un comique. Pomme, poire, pêche… Aucune idée en fait, qu’est-ce que j’ai fait pour la première fois il n’y a pas longtemps? Ce qu’il y a c’est que ma vie n’est pas exceptionnelle hein, c’est pas comme si j’étais en train de faire des dingueries tous les jours. Aussi bizarre que ça puisse paraître, mais c’est ridicule quand même de dire ça, je crois que le dernier match du Maroc c’est la première fois que j’allais voir un match du Maroc, un match de foot, dans un café. Je crois que c’est bien la première fois que ça m’arrivait, et j’étais avec des potes parce que ben voilà, et on a été… D’ailleurs, en partant d’ici je vais voir le match du Maroc dans le même café, chez Toufik, parce qu’il a des bons, il a des bons cookies, il faut bien une raison mais.

[00:54:17] Olivier My: C’était le troisième spot pub, voilà.

[00:54:20] Vincent Ertveld: Oui. C’est loin d’ici quand même hein. Donc on peut y aller tous ensemble et tout, mais ça va, ça va un peu détruire l’ambiance. Non mais je ne suis pas très lieu public, etc. On parlait tantôt, à table aussi d’ailleurs, des boîtes de nuit et tout, ça n’a jamais été mon truc parce que j’ai jamais, j’ai jamais été très fort dans la, dans la discussion, dans l’approche de quelqu’un que je ne connais pas. Et donc je ne suis pas, si on est entré en contact, je vais te parler sans problème, mais sinon c’est moins mon truc. Et donc voilà, aller dans un café pour regarder un match de foot, ça fait quand même deux trucs que je ne fais pas d’habitude: je ne vais pas dans les cafés, et je regarde de moins en moins de foot. Alors là, je regarde le foot à cause d’Alex, mon plus jeune qui est à fond sur la Coupe du monde. Mais alors en plus, aller dans un café pour regarder le match, ça c’est, oui!

[00:55:04] Olivier My: Ben bravo déjà, tu as trouvé! Tu as répondu à la question, merci beaucoup.

[00:55:07] Vincent Ertveld: C’était extrême comme réponse, je crois que j’ai changé à peu près la vie de la moitié du public, ou du tiers , par trois…

Où retrouver Vincent et KréaCity

[00:55:13] Olivier My: En tout cas merci beaucoup, Vincent (Vincent Ertveld: Merci à toi) pour tout ce moment passé ensemble. Merci à vous le public pour ce moment passé ensemble. Si les personnes veulent continuer la papote avec toi, comment est-ce qu’elles font pour te contacter?

[00:55:25] Vincent Ertveld: C’est KréaCity: k r a c i t y. Kreacity voilà, je pense que je suis le seul qui ait ce nom-là donc: Tape KréaCity, tu tomberas forcément sur moi. Le plus simple c’est toujours LinkedIn pour ceux que, même que ce soit professionnel ou pas, mais c’est sans doute l’endroit où j’ai le plus de discussions avec les gens, parce que, par nature c’est là que ça se passe. Mais voilà, Kreacity linkedin.

[00:55:49] Olivier My: Merci beaucoup à toi.

[00:55:51] Vincent Ertveld: Merci à toi.

[00:55:52] Olivier My: Et à la prochaine.

[00:55:53] Vincent Ertveld: J’espère! Merci beaucoup.

[00:56:03] Olivier My: Tout le plaisir. Merci

Les questions du public

[00:56:07] Alison Picalausa: Est-ce qu’il y a des questions?

[00:56:11] Olivier My: Il y a des questions, j’ai gardé les dix minutes pour toi.

[00:56:14] Vincent Ertveld: Bien vu!

[00:56:17] Amadine Barles: Je vais faire vite parce que je sais qu’Olivier il a un train à prendre (Olivier My: 17h10, ça va). J’ai une question parce que Vincent, tu as mentionné à un moment le fait que ta prof d’anglais était convoquée devant la classe pour que tu donnes cours à sa place. C’était donc ta première expérience d’enseignement. Comment elle s’est passée en vrai?

[00:56:33] Vincent Ertveld: Et bien Nawal a très bien répondu à ma question, voilà. Donc ça s’était très bien passé, bon j’ai eu l’occasion de poser qu’une seule question de vocabulaire, et Nawal avait la réponse donc heu… Je pense que comme prof d’anglais, je suis à un niveau relativement 100 %. Mais c’était assez idiot de ma part de toute façon, c’est un truc d’adolescent qui est dans la bravade du prof, ce que j’ai d’ailleurs à l’école aussi. Mais j’aime bien moi, quand ils sont un peu contre moi à l’école, j’aime bien parce que ça montre un peu de caractère. Et à onze-douze ans, quand tu arrives à répondre aux profs et à… À lui rentrer un peu dedans, moi je dois admettre que je trouve ça assez agréable, c’est une preuve de caractère pour moi donc j’aime bien.

[00:57:13] Amadine Barles: Et est-ce que tu penses qu’il y a quelque chose qui est né en toi à ce moment-là ou pas?

[00:57:15] Vincent Ertveld: Non (Amandine Barles: Non, ok) non c’était littéralement, à part l’esprit revêche, rien. C’était juste mon moment de, comment dire, c’était mon moment de bravade alors que j’ai toujours été un garçon assez sage jusque-là. Mais la deuxième, la deuxième cinquième secondaire j’étais beaucoup moins sage, beaucoup moins timide aussi mais bon voilà, peut-être que c’était ça le déclic. Peut-être.

[00:57:38] Olivier My: Peut-être.

[00:57:41] Alison Picalausa: D’autres questions ou remarques? Oui.

[00:57:48] Romain Oger: Il est au taquet Michel, il sort de nulle part avec son micro…

[00:57:51] Vincent Ertveld: Incroyable!

[00:57:51] Olivier My: Incroyable!

Le snack content nuit-il à la concentration ?

[00:57:53] Romain Oger: Moi aussi j’ai l’occasion de donner un petit peu de cours et tout, et je voulais savoir, toi qui a sûrement plus de recul que moi, est-ce que tu trouves qu’avec l’ère du snack content etc. Il y a un vrai problème de de concentration, de décrochage plus rapide où finalement, si on se fait juste une idée, ça a toujours plus ou moins existé.

[00:58:13] Vincent Ertveld: C’est quand même le problème du prof quand il n’écoute pas. Donc peu importe la génération qu’on a… Je vais répondre en double à cette histoire-là. De un, c’est toujours la responsabilité du prof d’être écouté, ou en tout cas d’être suivi. C’est toi qui décide, c’est toi qui dirige, c’est ta classe, c’est ton activité, tu as choisi l’activité, et ce que tu veux c’est qu’ils viennent avec toi. S’ils viennent avec toi c’est de ta faute, ça c’est mon principe de base. Après, d’un autre côté, il n’y a aucun enfant qui naît concentré, ça n’existe pas. Donc là encore une fois, c’est mon rôle de leur apprendre à se concentrer et à se mettre sur un sujet, et à rester dedans. Ce qui veut dire que comme tu le fais avec des petits enfants, et peut-être que tu dois recommencer plus loin en arrière, tu dois commencer par des sessions qui sont relativement light. Par exemple sur des histoires de mémorisation, personne ne naît en connaissant son vocabulaire de latin, mais tu peux acquérir une technique qui te permet de le retenir de plus en plus vite et de plus en plus rapidement. Ma responsabilité à moi, c’est de les mettre dans une situation où ils peuvent apprendre. Donc, peu importe ce qui se passe à l’extérieur, ce qui se passe dans ma classe est sous ma responsabilité. Est-ce que, parce qu’il y a quand même une autre part qu’il faut être honnête sur l’autre, est-ce que c’est plus facile maintenant qu’avant? Non, ok cool, c’est vrai, ils sont peut-être un peu moins concentrés, mais enfin, je crois que même dans les années 80, enfin moi j’étais à l’école, j’étais à la fin de mes primaires en 89. Et en secondaire après, quand c’était chiant c’était chiant. Mais ça c’est la faute du prof, principalement, ou la faute de la matière. Mais je pense que, encore une fois, en primaire, si tu arrives à rendre la matière de primaire ennuyante, c’est de ta faute. Si tu n’arrives pas à les prendre avec toi, c’est raisonnablement de ta faute. Si tu ne les mets pas dans des conditions où ils peuvent apprendre à se concentrer et à mémoriser de plus en plus, c’est ton métier gars. Donc, quelque part, voilà. Mais est-ce qu’ils n’ont pas les mêmes attentes, les mêmes envies, qu’ils rigolent pas de la même chose etc. Mais oui, mais enfin nous on rigolait pas de la même chose que nos parents non plus, on n’écoutait pas la même musique que nos parents non plus. Est-ce que le niveau baisse? Probablement, là par contre j’ai rien à dire. Mais mon métier à moi n’a pas changé en 25 ans, et mon métier à moi c’est de prendre un élève là où il est maintenant, et d’essayer de l’amener un peu plus haut. Ça n’a pas changé cette partie-là, et ça n’est pas la faute des enfants qu’on a en face de nous, de savoir qu’ils sont plus ou moins hauts par rapport aux enfants que j’avais il y a 25 ans. Ça, c’est mon problème d’adulte à moi, que eux ne doivent pas subir. Donc tout ça, moi je suis extrêmement cool avec ça, c’est ma responsabilité à moi de faire de mon mieux pour que. Et eux ils viennent avec ce qu’ils sont hein, parce qu’ils savent pas être autre chose eux, pas encore.

Comment transmettre une matière plus théorique ?

[01:01:21] Romain Oger: Et tu arrives à prendre un peu de liberté justement sur la façon, les formats dont tu vas enseigner? Alors moi c’est des élèves qui sont un peu plus grands (Vincent Ertveld: Ouais), mais en fait moi la difficulté que je peux avoir, quand je te parlais de concentration (Vincent Ertveld: Ouais), c’est que parfois tu as des moments de cours, en fait tu dois délivrer de l’information chiante en fait, du théorique et tu étais parfois obligé de passer par cette étape-là, parce que ce sont des bagages qu’ils doivent prendre. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, je trouve on est dans l’air du temps où, on va plus se challenger sur le format, la façon de faire et tout, et c’est très bien. Sauf que ben quand tu as fait le tour et que, en face tu n’arrives pas à capter cette curiosité par rapport à ce sujet-là, c’est pas tout le temps simple de relier tu vois?

[01:01:59] Vincent Ertveld: Et tu es, enfin je suppose que tu es en secondaire.

[01:02:02] Romain Oger: Alors je sais pas ce que c’est secondaire, moi c’est des BTS, donc c’est le deuxième niveau après le bac quoi grosso modo.

[01:02:07] Vincent Ertveld: Ok, voilà. Moi ce que je dis ne vaut que dans le primaire, c’est-à-dire que, mon expérience à moi est ultra limitée et donc je me permettrai de donner aucune leçon à personne d’autre, que l’enseignement primaire. Donc quand tu arrives plus haut, qu’il y ait plus de théorie et plus de choses abstraites, je l’ai dit tantôt avec les vecteurs mathématiques, à un moment ou l’autre, moi j’ai toujours pas compris l’intérêt. Donc quand mon grand a eu ça à l’école, et qu’il me demande à quoi ça sert, j’ai pas de bonne réponse. À part que, effectivement, ça forme l’esprit et c’est une forme de défi intellectuel de… Ici, dans ton cas à toi, tu dois donner de la matière, et elle est un peu sèche. Effectivement, mais ils n’ont plus douze ans non plus, et probablement qu’ils ont choisi là où ils sont. Donc là il y a peut-être, peut-être… Peut-être hein, j’en sais rien hein? Une forme de défi à avoir ou de concours à avoir sur – Claquement des doigts – « Tiens, qui va pouvoir me répéter ça de la bonne manière? Qui va pouvoir me dire ça correctement, etc ». Et ceux qui se taisent, c’est ceux qui ont le plus besoin de toi sans doute, même encore maintenant, parce que sans doute que eux sont moins outillés aussi pour retenir ou pour mémoriser des trucs. Peut-être qu’eux même n’ont pas choisi d’être là et à ce moment-là peut-être qu’il faudrait faire autre chose. Et ça, l’histoire de mes deux ans de droit, et du fait que je bascule, encore une fois moi j’ai eu beaucoup de chance parce que c’était acceptable à la maison, et moi j’étais prêt à le faire, et je m’en suis rendu compte, mais bon. Mais encore une fois, ce que moi je dis sur l’école se limite au primaire dans mon environnement, avec ce que moi je suis comme personne, je… Donneur de leçons, non. Mais en tout cas moi je sais ce que moi je veux par rapport à ma classe et dans l’environnement dans lequel moi je suis. Et donc par rapport à ma réponse de tout à l’heure, quand les gamins n’y arrivent pas, c’est de ma faute. Je ne dis pas que c’est de la faute du prof, je dis que c’est de ma faute. C’est plus simple, parce que là ça donne le le meilleur environnement pour la réponse.

[01:04:03] Olivier My: Je crois qu’il est l’heure.

[01:04:05] Alison Picalausa: Yes! Exactement!

[01:04:07] Olivier My: Merci beaucoup.

[01:04:08] Vincent Ertveld – off micro: Tu veux que je t’offre un bouquin?

[01:04:11] Olivier My – off micro: Ah c’est gentil merci.

[01:04:12] Vincent Ertveld – off micro: Tu veux que je signe peut-être pour toi? C’est le livre à Michel, donc on va….

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