Yves Moulin : Crédal

Yves Moulin : Crédal

Yves Moulin : Crédal. Midoricast : Podcast #149.

A mon micro : Yves Moulin. Sur le site de Crédal vous lirez ceci :

Une coopérative de finance éthique qui construit une société inclusive et durable, où l’argent est mis au service du bien commun.

Derrière Crédal se trouve toute une équipe engagée pour soutenir un changement de société, à travers nos activités de placement éthique, de financement alternatif et d’accompagnement solidaire de projets.

Et nous vous proposons ici d’écouter Yves Moulin nous présenter plus en détail Crédal, de son histoire à leurs 3 pôles d’activité ce jour.

Ensuite je vous propose un témoignage d’un participant (Léo) et d’un des accompagnants : Thiago Nyssens

Envie de laisser un message vocal à Yves, Thiago ou Léo ? Un encouragement, une gratitude, une question?  C’est ici : on transmettra vos messages (mentionnez juste bien dès le début à qui est destiné ce message).

Nous étions les 8 & 9 octobre 2022 au salon Hope à l’Arsenal de Namur et, en partenariat, nous vous présentons leurs exposants de ce week-end. Rencontres formidables où ces passionnés nous racontent en quelques minutes leurs projets de coeur.

Pour les personnes malentendantes ou ayant des troubles de l’audition nous proposons une transcription en fin d’article.

Nous avons besoin de vos dons pour assurer les ressources nécessaires à ces productions… c’est par ici. Merci !

Écoutez ce podcast via notre chaîne Youtube (abonnez-vous : merci! ) :

Séquençage du podcast avec Yves Moulin :

  • 00:15 Introduction et présentation
  • 01:00 Quel est le nom du projet ?
  • 01:22 La signification du nom
  • 01:25 L’histoire du projet
  • 03:06 Les enjeux ont évolué ?
  • 04:03 Le tabou argent
  • 05:12 Quelles sont les activités de Crédal
  • 06:02 Est-ce que Crédal est considéré comme une banque ?
  • 06:24 Les 3 activités principales
  • 07:30 Pour garantir sa pérennité
  • 08:12 L’accompagnement
  • 09:54 La passion de l’humain
  • 10:17 Comment s’imbriquent les 3 pôles d’activité : un ordre, une logique ?
  • 11:42 Attention on parle de crédit, de coûts et de rembourser !
  • 13:47 Quels sont les moments où vous allez dire clairement « non »
  • 14:13 Quels sont les filtres ?
  • 14:57 Toujours un feedback
  • 16:39 Pas de crédit si c’est se mettre en danger
  • 17:08 Où trouver Crédal
  • 18:55 Clôture de l’interview avec Yves
  • 20:28 Témoignage atelier : Ceedeffect
  • 21:30 Des échanges alignés aux études en ingénieur de gestion ?
  • 22:15 De la nourriture saine pour les poules
  • 23:09 Où en est le projet
  • 23:21 En parallèle encore avec les cours ?
  • 23:36 Quel était le besoin ou le constat ?
  • 24:09 Clôture de l’intervention de Léo Vancompernolle Vromman
  • 24:21 Thiago, l’objectif de l’atelier proposé par Crédal ce samedi ?
  • 24:50 Pas de jargon, l’accessibilité de l’information
  • 25:41 Les travers classiques observés chez les apprenants ?
  • 27:08 Un artisan de la passion
  • 27:31 Quelle est la proportion de réussite ?
  • 28:40 Plus de « une vie, une carrière »
  • 29:12 Un dernier mot pour nos auditeurs
  • 29:39 Clôture du podcast

Ou écoutez ce podcast via InstagramTV :

Le transcript du podcast avec Yves Moulin :

00:00 Michel : Ce projet podcast est une initiative créée et proposée par l’ASBL The Podcast Factory Org avec le sponsor des transforma bxl innovation playground

00:09 Jingle intro : Recherche de fréquence radio (mode anciens postes de radio : grésillements), une chaîne se capte et le son se stabilise : on entend « You’r listening The Podcast Factory ».

00:15 Michel : Bienvenue pour un nouvel épisode Midoricast, votre podcast sur les initiatives positives pour l’environnement, pour la société, pour un monde meilleur dans le futur. C’est un projet qui est créé par l’ASBL « The Podcast Factory Org ». Et notre ASBL est partenaire du salon Hope à Namur, à l’arsenal où nous nous trouvons ces 8 et 9 octobre 2022… Et là, chers auditeurs, vous vous dites « Mais zut alors la date est dépassée, j’ai raté le salon ». Et bien pas de panique parce que l’année prochaine ce salon il se répète comme chaque année, au même endroit ou quasi, et donc ce sera facile de vous documenter pour y revenir l’année prochaine, et vous aurez certainement l’occasion de voir tous les exposants que nous vous proposons au micro pour les mettre en avant. On va avoir donc la possibilité de rencontrer Yves qui est face à moi, et on va parler d’entrepreneuriat. Alors, Yves, enchanté.

00:29 Yves Moulin : Bonjour, enchanté.

01:00 Michel : On m’a dit que vous étiez le meilleur en communication. Il va faloir bien défendre votre label (Yves Moulin : Oui, oui, je sens. Je sens la pression qui monte là d’un coup) et votre réputation ! – Rires. Pas de panique on peut couper, on peut dire des bêtises (Yves Moulin : Oui, ben c’est très bien ça, oui), ça c’est l’avantage des podcasts (Yves Moulin : Oui, oui), maintenant si je ne le fais pas, on est mal ? (Yves Moulin :Non, non, je suis prêt, sans filet). Alors, après avoir présenté le prénom, ce qui m’intéresse c’est le nom du projet. On va commencer par-là, les bases !

01:20 Yves Moulin : Et bien « Crédal » 

01:22 Michel : Crédal, ça veut dire crédit ? 

01:23 Yves Moulin : Alors crédit alternatif

01:25 Michel : Ahhh, joli jeu de mot (Yves Moulin : Au départ c’est ça) ! On appelle ça des mots-valises. C’est un peu comme le Podcast, Pod : iPod, cast : broadcast (Yves Moulin : Ah ben je ne savais pas), et là c’est Crédal : Crédit ? (Yves Moulin : Alternatif), alternatif. Avant de me dire ce que vous faites, moi ce qui m’intéresse : dans un projet, quand on porte un projet avec son cœur, avec une passion et avec une cause sociale en plus. Souvent derrière, il y a une histoire. L’histoire elle est intéressante parce qu’elle fait sens et elle donne toute sa saveur à un projet. Et donc ce qui m’intéresse ici, ça va être de savoir : qui a démarré ce projet ? Est-ce que c’est vous ?

01:54 Yves Moulin : Alors, non. Ça a démarré il y a 38 ans, en 1984 (Michel : Waouh). 

01:58 Michel : Ah oui (Yves Moulin : Ah oui, quand même hein !), alors là c’est la grosse surprise (Yves Moulin : Oui, oui). Parce que dire alternatif et crédit il y a 38 ans (Yves Moulin : c’est ça), c’est mon effet waouh de mon week-end (Yves Moulin : Ben voilà) là vous m’avez scié dès le départ. Alors effectivement vous êtes doué en communication, vous me sciez dès le départ – Rires

02:10 Yves Moulin : Et donc ce sont des assos qui étaient activés en Belgique, et entre autres en Afrique du Sud, qui luttaient contre l’apartheid et qui avait (Michel : Plein de belles valeurs) de l’argent à côté ici en Belgique sur des comptes d’épargne classiques (Michel : Ouais). Et puis qui se sont rendus compte que la banque, dans laquelle ils avaient placé leur argent, soutenait le régime de l’apartheid. Et ils se disent « mais ça n’a pas de sens, on se bat contre un régime, et notre argent, notre épargne qui est de côté, soutient (Michel : Ce régime) le régime contre lequel on se bat. Et donc, que peut-on faire ? » (Michel : Wow). C’est comme ça qu’est né cette coopérative financière citoyenne. Où ils se sont dit « on va sortir notre argent des banques et on va le mettre au service des projets auxquels on croit ». Et donc c’est comme ça que Crédal est née et s’est lancée dans, au départ, dans le crédit aux associations. Et donc permettre aux associations de se développer en leur octroyant des microcrédits ou des crédits. Et ainsi ben : faire vivre l’argent dans l’économie réelle, locale et sociétale plutôt que de laisser entre les mains des banquiers. 

03:06 Michel : Alors moi qui voulais une petites histoires, là j’ai l’histoire (Yves Moulin : Bam !), ben la grosse histoire, bam, du solide et du crédible. Et ça franchement moi ça me donne la chair de poule, c’est juste phénoménal quoi, c’est géant. Alors à l’époque j’imagine les enjeux, ce n’était pas les mêmes que maintenant. On a évolué vite avec le GIEC je pense, il y a eu un coup d’accélérateur à ce moment-là !

03:22 Yves Moulin : Ben donc, oui. Alors les enjeux pour moi ils sont les mêmes et ils sont de plus en plus urgents, et de plus en plus (Michel : Ouais c’est le niveau d’urgence qui monte) abordables pour les gens en fait de se dire « Ah Ben oui finalement, au niveau éthique, on sait aujourd’hui ce qui s’est passé dans les banques », entre autres en 2008 avec les crises de subprimes, on a découvert que les banques n’étaient pas finalement les gentils et les bons qu’on pensait toujours (Michel : Rires, oui). Et qu’il y avait aussi des produits toxiques qui existaient et que parfois notre argent était mal utilisé. Donc voilà, ben nous on suit notre bonhomme de chemin et les crises on les a vus les unes après les autres. Et puis on est toujours là parce que justement l’argent « est » au service d’une économie réelle et pas d’une économie financière virtuelle. 

04:03 Michel : Et c’est le nœud du problème souvent, et d’ailleurs les gens font des projets de causes et de valeurs : souvent ils ont le même problème que moi j’ai eu à une époque et sur lequel je travaille encore actuellement, c’est le tabou argent, l’argent sale, l’argent me freine (Yves Moulin : Oui, oui), l’argent j’ai pas envie de l’utiliser. Il me repousse en fait et il me gêne… Et finalement il faut trouver le moyen et le bon équilibre de mettre la valeur par rapport à ce qu’on fait, et mettre l’argent dans l’équation, parce que malheureusement on vit dans un monde qui ne tourne qu’autour de ça !

04:26 Yves Moulin : Oui, oui, tout à fait. Parce qu’on reste dans une société axée sur une croissance infinie, verticale (Michel : Ouais) et puis oui cet argent ben…

04:34 Michel : Avec l’imaginaire que les ressources sont illimitées mais c’est faux, pas de chance. Rires  

04:36 Yves Moulin : Oui, oui c’est ça, et donc à un moment donné il faut, oui, il faut se réveiller et se dire « mais que peut-on faire ?». Et même sur l’urgence climatique, la première chose que l’on peut faire, on se dit « ouais mais qu’est-ce que je vais faire ? Couper le Wifi, mettre mon chauffage sur 19 où arrêter de prendre l’avion ? ». Et ben non, c’est assez étonnant (Michel : Les enjeux sont bien plus loin) mais si on s’y intéresse, la première chose à faire c’est sortir votre argent des livrets d’épargne. Parce que rien qu’en Belgique il y a 300 milliards d’euros sur les livrets d’épargne et donc, cet argent qui dort là-bas, il permet aux banques en fait de financer les structures qu’elles désirent financer. Et là si vous creusez un petit peu vous verrez que ce n’est pas toujours joli, joli !

05:12 Michel : Ah c’est moche, ouais, mais c’est même très moche d’ailleurs ! Alors j’imagine que de son origine à sa création, à maintenant, on l’a dit : on a déjà migré. Mais est-ce qu’on est resté dans du crédit alternatif ou on a étendu ? Parce que quand j’ai vu l’atelier qui a eu lieu hier, j’ai l’impression que les activités, elles, se sont agrandies (Yves Moulin : Oui. Oui, oui, tout à fait !) le champ, le spectre c’est agrandi. 

05:32 Yves Moulin : Ben oui, à force d’avancer d’abord le spectre s’est agrandi, l’équipe s’est agrandie, aujourd’hui c’est 54 personnes (Michel : Waouh) au service de 3 métiers. Donc le premier métier ben on vient d’en parler, c’est le placement (Michel : Ouais), donc redire aux gens : mais placez une partie de votre épargne, ne mettez jamais tous vos œufs dans le même panier, même (Michel : Donc placement et conseil), voilà, c’est ça. Et dire « mettez cet argent chez Crédal et on va à 100%, en toute transparence, vous montrer à quoi sert cet argent » puisque tous les trimestres on publie la liste des projets qui sont soutenus !

06:02 Michel : Est-ce que vous êtes considéré comme une banque ? 

06:04 Yves Moulin : Non (Michel : D’accord). Donc ça c’était un choix de ne pas demander l’agrément bancaire.

06:09 Michel : Alors, vous êtes quoi ? Vous êtes d’une plateforme de crowdlanding ? 

06:11 Yves Moulin : On est une coopérative financière citoyenne (Michel : C’est juste ça), donc voilà, les gens… (Michel : Pour les statuts, c’est fixé, c’est établi) oui, c’est ça on… En fait on utilise l’argent vers des projets qui ont du sens. On donne un sens à l’argent, à l’épargne des gens.

06:24 Michel : Wow c’est beau, là franchement. C’est… J’en prends pour mon grade aujourd’hui, c’est génial quoi, là je kiffe, je surkiffe, on est dans la route du kif (Yves Moulin : Voilà). Alors on va en venir à ces fameux ateliers d’hier, donc c’est une des activités qui sont venues se greffer par votre agrandissement. On va peut-être faire un topo général des activités qui se sont ajoutées ?

06:41 Yves Moulin :Oui ben donc c’est ça. Donc 3 métiers : le premier, le placement. Le 2e, le crédit. Le 3e, l’accompagnement (Michel : Ah voilà, et c’était l’accompagnement hier !) puisqu’on s’est… c’est ça. Et donc l’accompagnement parce que dans le crédit on va soutenir des associations, on en parlera peut-être après, aussi des entrepreneurs ou des personnes en difficulté. Mais on se rend compte aussi que les gens, avant de vouloir se lancer comme entrepreneur, ou même dans une association ou une coopérative, ont besoin d’être accompagné et donc de faire mûrir leur projet. Parce que même si on veut défendre de nobles causes il faut pouvoir rester sur le long terme. Et donc rester sur le long terme c’est aussi construire un modèle qui tient la route, même si on se dit qu’on veut défendre un autre type d’économie, on reste dans un modèle économique, l’activité doit être rentable. Les mots bénéfices, rentabilité, ne sont pas des mots tabous, simplement c’est « à quelle cause est-ce qu’on les met ? » 

07:30 Michel : Est-ce que quelque part en toute franchise et en toute authenticité, c’est pas aussi un moyen de s’assurer que le capital investi, il est sécure ? 

07:36 Yves Moulin : Donc là aujourd’hui, en 2022, je ne peux pas vous dire ce qui va se passer en 2023 (Michel : Donc il y a de toute façon une zone de risque) mais je peut vous raconter que depuis 84, si vous demandez le nombre d’euros qu’on a perdu de nos coopérateurs : il est de 0 (Michel : C’est vrai ?). On n’a jamais perdu 1€ de l’argent de nos coopérateurs (Michel : Donc il y a une bonne analyse, il y a une bonne gestion du projet). Oui, oui, le travail que – moi je fais partie de l’équipe microcrédit professionnel – on passe beaucoup de temps en fait à analyser les dossiers avant de les valider et à rencontrer les personnes, à comprendre leur profil et leur capacité à entreprendre (Michel : Quel talent il faut, il faut être le multi, l’homme-orchestre), voilà. Oui c’est ça il faut être couteau Suisse (Michel : Combien de métiers il faut ? Rires), ou Rémy Bricka oui, c’est au choix – Rires.

08:12 Michel : Ici il y avait un atelier hier, comme je l’ai dit sur l’accompagnement. J’y ai participé personnellement, alors je m’intéresse à l’entrepreneuriat, moi j’avais mon tabou sur l’argent aussi. Et puis comme j’ai des valeurs et des croyances fortes sur mes valeurs, bah il y a des contradictions avec l’argent comme pour beaucoup de gens ! Donc vous connaissez le phénomène, vous êtes confronté à ça tous les jours je pense (Yves Moulin : Oui, tout à fait). Et donc moi ce que j’ai aimé par contre c’est que quand je suis dans votre atelier, moi qui m’intéresse à l’entrepreneuriat depuis un moment déjà pour lancer mon ASBL aussi, c’était un questionnement. J’ai participé, j’ai écouté attentivement et j’ai écouté les participants et ce que j’ai adoré c’est que vous n’êtes pas rentré dans le piège qui, moi, me repousse. Vos collaborateurs ne sont pas rentrés dans le jargon, genre le « Added value proposition », voilà tous ces discours de « les 3 règles d’or », enfin bref… Vous êtes passé complètement dans un langage vulgarisé, accessible à tous. Et on sent, par cette approche, qu’il y a une véritable volonté d’aider. Alors je ne vous lance pas des fleurs pour plaisir d’en lancer. Je vous lance ces fleurs parce qu’elles sont sincères, elles sont pensées, elles sont vécues, c’est comme ça que j’ai ressenti les choses. J’ai appris des choses, alors que je m’y intéressé et que je pensais avoir déjà pas mal d’infos. Donc je dirais à tous ceux qui nous écoutent, franchement, n’ayez pas d’apriori, j’ai même entendu des ingénieurs, qui étudient l’ingénierie de gestion, participer et qui ont eux-mêmes aussi appris des choses ! D’ailleurs ils ont témoigné, on entendra témoignage après : « Waouh, Waouh, Waouh ». 

09:26 Yves Moulin : Mais, c’est de s’intéresser autant à la personne qu’à son projet. Nous quand on est, donc du côté crédit – Je reviens toujours à ça parce que ça, ça reste mon boulot. – Quand on analyse un dossier, on peut avoir un projet plus ou moins moyen et une bonne personne. Ou un très bon projet, une moyenne personne. Et ben il vaut mieux soutenir un projet moyen avec une bonne personne qui a le bon profil. Parce qu’on sait qu’elle va faire ce qu’il faut (Michel : Et elle va se battre) pour le porter, elle va se battre (Michel :Ah ouais, clairement) et son projet évoluera. Et donc (Michel : Vous ne seriez pas…) s’intéresser vraiment à la personne c’est la clef.

09:54 Michel : J’ai l’impression que vous êtes un chasseur de passion.

09:56 Yves Moulin : Mais c’est ça qui est magique, hein, dans le métier (Michel : Rires). Enfin, moi si j’y suis c’est pour ça, c’est que… C’est d’entendre des gens, encore aujourd’hui, enfin je les ai entendus depuis des années (Michel : Passionnée), mais que ce soit COVID, Post COVID, maintenant toutes les crises qui vont s’enchaîner les unes après les autres. Il reste des gens passionnés qui ont l’envie de lancer quelque chose et qui cherchent, tant bien que mal, quelqu’un qui est prêt à les écouter et les soutenir. 

10:17 Michel : Et ici en plus c’est pas n’importe quoi, c’est changer le monde (Yves Moulin : Ah oui, oui, clairement. Oui, oui) c’est trouver des solutions et ça, ça doit vous donner un kiff mais terrible d’effectuer un travail pareil (Yves Moulin : Ah ben oui, là, moi je prends mon pied tous les jours). J’aime bien l’expression. Est-ce que vous pouvez m’en dire plus sur comment vous fonctionnez avec ces 3 activités ensemble ? Il y a un ordre, il y a des étapes à suivre, ça vient un peu dans tous les sens en fonction des besoins de chacun qui vient vous rencontrer ? 

10:38 Yves Moulin : Ouais, on est plutôt sur une approche large, c’est à dire que la personne va arriver avec son profil. Et alors il y a quand même des allers-retours, c’est, bien souvent les gens débarquent d’abord pour demander un crédit ou un microcrédit (Michel : Ils pêchent l’info – Rires) voilà. Et puis très vite nous on va challenger la maturité du projet. Et là, donc nous en première ligne c’est quatre-vingts pour 100 des projets qu’on réoriente vers de l’accompagnement d’abord (Michel : Ah ouais !). Parce que les gens arrivent trop (Michel : Accompagnement en termes de développement personnel ?), non de développement du projet. Parce qu’ils arrivent pour demander un crédit mais le projet n’est pas mûr et donc ils vont aller se casser (Michel : Ah oui, forcément, oui. D’accord, d’où les accompagnements que vous…) la figure dans 3 Min. si on les laisse faire. Et donc c’est de dire « non, non, attendez, avant le crédit » alors ils prennent les infos et ça c’est une belle démarche, c’est-à-dire « Allez un peu de challenger votre projet. Allez vérifier sa faisabilité ». Voilà ça c’est plutôt sur le partenariat entre les crédits professionnels et l’accompagnement. Par contre dans le micro-crédit social accompagné, ben là ce sont plutôt des personnes qui ont un besoin d’un microfinancement juste pour leur vie de tous les jours. Et qui vont arriver chez nous bien souvent par le « bouche à oreille ». Et qu’on va pouvoir soutenir alors dans ce produit très spécifique qui est le micro-crédit social accompagné.

11:42 Michel : Donc c’est un crédit, donc ça veut dire qu’il y a un intérêt, ça veut dire (Yves Moulin : Oui) qu’on va devoir rembourser, il faut bien aussi être précis hein ?

11:47 Yves Moulin : Et d’ailleurs dans le micro-crédit social c’est qu’on va aller vers les personnes qui vivent une certaine pauvreté, on se dit « oui mais on va leur faire du crédit, c’est justement ça l’endettement, la spirale de l’endettement. On va encore les enfoncer un peu plus donc : comment est-ce qu’on peut proposer du microcrédit a des personnes qui sont déjà dans des situations précaires ? » et donc il s’agit de ne pas oublier le mot accompagner (Michel : Ah oui) et de se dire que (Michel : C’est la clé, c’est le mot clé). Alors c’est le premier mot clé puis c’est de dire « mais on ne va pas octroyer des crédits pour n’importe quoi », on est bien sur des besoins de la vie de tous les jours. Qui permettent en fait d’améliorer le quotidien des personnes, que ce soit réparer une voiture où acheter une voiture, parce que bien souvent ce sont des personnes qui ont des emplois précaires. Donc multisites pour travailler, avec des horaires incompatibles avec les transports en commun, donc ce n’est pas une envie d’avoir une voiture, c’est (Michel : Un besoin), c’est une nécessité pour vivre ou survivre. Voilà et puis ce sont parfois des personnes qui ont eu des accidents de vie, il faut se remeubler un peu rapidement, c’est de trouver une réponse via le microcrédit pour s’en sortir. 

12:43 Michel : Vous venez de vous transformer en 30 secondes en magicien quoi. Rires communs. Je vous ai fait rire !

12:47 Yves Moulin : Mais, comme vous avez dit, c’est important, ça reste du crédit (Michel : Oui). Donc chaque fois qu’on présente l’activité on leur dit « Alors on est sympa, et effectivement coopérative citoyenne engagée et cetera, ça c’est sympa » (Michel : Mais vous êtes souriant en plus donc ça aide ! – Rires) mais oui, c’est ça. Et en plus on a cette passion-là, on y est avec nos tripes… En attendant les gens vont signer un crédit, un contrat de crédit. Et comme je leur dis toujours, et là je les glace dans mes présentations (Michel :Mais il y a des clauses), je dis « On fera tout ce qu’il faut pour récupérer nos fonds » (Michel : Ah ouais). Et on va utiliser tous les moyens juridiques entre nos mains pour récupérer les fonds (Michel : Ouais). Et donc ça on ne doit pas non plus se dire, prendre ça à la légère quoi… (Michel : Ce n’est pas les bisounours, vous êtes transparents). Ouais ben ça les bisounours, on peut être bisounours heu… (Michel : Je vous ai provoqué volontairement parce que je connaissais la réponse que vous alliez m’apporter – Rires) et être bienveillants et empathiques – Rires. Je milite pour les bisounours (Michel : Ça marche, je suis assez d’accord avec vous je dois dire)

13:35 Michel : Est-ce qu’on a fait le tour de la présentation de ce projet pour vous, de dire ce qui est essentiel en un temps qui est restreint ? Est-ce qu’on a dit ce qui est le plus important ? 

13:42 Yves Moulin : Oui je pense que là il y a, on a les clés pour comprendre qui est Crédal et ce qu’il fait. 

13:47 Michel : Dernière question quand même pour moi. Quels sont les moments où vous allez dire clairement, bon : non. Parce que, ok on peut accompagner, parce que ce n’est pas prêt, ce n’est pas mature. Puis il y a des cas où on peut carrément dire « Ben non, là ça ne va pas le faire, même avec un accompagnement » : ça arrive ? 

14:00 Yves Moulin : Oui donc ça arrive tous les jours (Michel : Bah oui je m’en doute). Toujours dans le côté crédit professionnel, donc 80% là on réoriente pour la maturité du projet, souvent. Et dans les 20% restants il y en a à peu près la moitié qu’on ne va pas accepter. 

14:13 Michel : Ça peut être quoi ? Des gens qui sont complètement à l’ouest psychologiquement parce qu’ils ont un burn-out, il ne se sont encore pas soignés, ou c’est autre chose, ou c’est plutôt une immaturité de personnalités ? C’est quoi ce qui fait titiller à ce moment-là ?

14:22 Yves Moulin : Souvent ce qui va arriver c’est la personnalité de la personne et sa situation actuelle. Moi, avant de travailler chez Crédal, j’étais membre des comités de crédit. Donc là ce ne sont que des bénévoles en fait, qui viennent rendre des avis sur les dossiers, c’est eux qui valident ou non le travail que nous nous faisons comme conseiller. Et à l’époque, quand j’étais de l’autre côté de la barrière, il y a toujours une question qu’on se pose en comité c’est « OK, mais si le projet ne fonctionne pas, sachant que la personne doit rembourser son crédit ? Dans quelle situation est-ce qu’elle va être ? ». Et si on se rend compte qu’on va la mettre dans une situation (Michel : De misère) très compliquée, il arrive de dire « mais non, c’est trop juste »

14:57 Michel : Ah oui donc c’est pas un filtre aux personnes. Le but ici c’est d’expliquer : voilà dans quel cas on va avoir un non (Yves Moulin : Oui) et pourquoi on a un non (Yves Moulin : Oui, oui). Parce que, vous savez, souvent on donne un nom dans les organismes financiers mais on ne vous donne pas les détails (Yves Moulin : Non c’est ça). C’est un peu comme le recruteur : « Désolé vous ne convenez pas à la fonction » oui, mais qu’est-ce qui ne convient pas ? Je peux m’enrichir de ce feedback moi !

15:13 Yves Moulin : Oui, et toujours, toujours, on va revenir avec les raisons pour lesquelles (Michel : Voilà) on ne va pas octroyer un crédit. Et aussi le fait que des personnes ont cette impression magique qui vont faire augmenter leur chiffre d’affaires en 3 ans ou faire fois 4 puis fois 8. Et donc il y a parfois des visions un petit peu décalées de la réalité (Michel : Trop Utopistes) ben oui, c’est ça et donc en même temps on a envie… (Michel : C’est quand on aime trop son projet et qu’on est passionnés ça !), mais oui. Ben c’est normal, je comprends tout à fait (Michel : Rires), on croit en son bébé, on veut le voir grandir. Mais notre rôle aussi c’est de la responsabiliser en disant « mais attendez, on va d’abord voir quel est le minimum… » (Michel : Non, non Monsieur, il aura 25 ans demain ! et il a 3 ans – Rires), oui c’est ça, c’est ça. Il va à l’université, c’est, il est précoce !

15:51 Michel : Non on se comprend bien, on se comprends bien (Yves Moulin : Voilà donc). Donc ça c’est important de faire un point d’arrêt sur la raison du refus et comment on le motive, comment on le l’explique, parce que je crois que le feedback est aussi important que le non. Parce que le feedback fait grandir, le feedback permet de repositionner et puis surtout protège. Parce que, concrètement, si je vais chez vous et vous me dites non… Frustré je vais ailleurs mais je vais à un organisme avec moins de scrupules (Yves Moulin : Ouais), qui n’est pas dans la bienveillance et le monde bisounours comme on le disait tantôt (Yves Moulin : Oui, oui) en rigolant. Ben je vais peut-être tomber sur des requins qui ont vraiment aucun problème à prendre des risques pour moi (Yves Moulin : Oui c’est ça et qui vont…) et c’est se mettre en danger. En fait vous êtes même bienveillant jusqu’à dire non quand il le faut. 

16:22 Yves Moulin : Oui c’est ça. Ou des personnes qui sont déjà entrepreneurs, qui viennent nous voir parce que la situation est critique et de pouvoir leur dire à un moment donné « mais écoutez, j’entends bien que vous aurez besoin de crédit pour relever la tête, mais on va creuser votre tombe » (Michel : C’est ça) et donc c’est même parfois dire un entrepreneur « écoutez, il vaut mieux vous mettre en faillite » 

16:39 Michel : Ouais, (Yves Moulin : Alors c’est… ) on va pas t’aider à t’enterrer quoi !

16:41 Yves Moulin : J’ai passé d’entrepreneur, j’ai fait faillite. Donc je peux aussi leur témoigner « écoutez, ce n’est pas grave, on se relève de ça aussi » et donc c’est… (Michel : C’est un traumatisme, ça reste un traumatisme mais on n’en meurt pas, voilà) oui, oui, ça n’a rien de… Non, c’est ça. Et rien n’est immuable, on peut se relever. Mais c’est toujours de se dire « c’est sûr que la réponse de facilité c’est j’octroie un crédit et puis je laisse le service juridique gérer ». Mais on sait qu’on a une responsabilité sociétale de ne pas laisser les gens s’enfoncer. Si on se rend compte, en analysant le dossier, que ça ne va pas bien se passer.

17:08 Michel : Vous venez de dire le mot clé que j’attendais hein : « Responsabilité sociétale » des entreprises. Et notamment de collectivités de crédit ici hein ? Donc chapeau, moi j’ai beaucoup appris en vous écoutant aujourd’hui et j’ai l’impression que votre projet va rendre service à beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde. Et j’invite les gens à venir l’année prochaine, parce qu’ils nous entendront mais le salon sera fini. A revenir l’année prochaine, j’imagine vous referez des ateliers comme celui-là ? (Yves Moulin : Oui, on est là) Parce que vraiment j’ai, je le dis hein : votre atelier m’a permis d’y voir les choses différemment et de façon plus claire, plus structurées, plus faciles parce qu’il n’y a justement pas ce jargon et pas de ces clichés faciles qu’on lâche. On sent vraiment qu’il y a des tripes des gens qui s’y mettent. Il y avait 3 personnes qui sont intervenues mais chacune d’elles, quand elle intervenait, il y avait la pertinence de son intervention qui était vraiment pointue, qui faisait plein de sens, qui faisait du bon sens. Et quand moi je les ai provoquées un petit peu en lâchant des jargons pour voir comment ils allaient réagir, les titiller un petit peu, ils ont été capables de rebondir. Et là on sent qu’il y a une vraie maitrise et c’est rassurant. Et donc je vous invite vraiment, chers auditeurs, à aller vers Crédel. 

18:08 Yves Moulin : Ben voilà et si vous ne voulait pas attendre 365 jours pour le salon HOPE de l’année prochaine, vous allez sur crédal.be (Michel : Ça allait être ma dernière question : où est-ce qu’on vous trouve) ah Ben voilà. Et ben on nous trouve là et puis on nous trouve un peu partout en Wallonie et à Bruxelles. Mais le plus simple, la porte d’entrée, ça reste quand même notre site Internet, on vient de le refaire ici au printemps donc…

18:24 Michel : Un détail important, on est dans un pays compliqué (Yves Moulin : Oui), j’habite en région flamande, je peux faire appel à vous ?

18:29 Yves Moulin : Alors nous on réoriente en priorité vers notre partenaire « Hefboom » (Michel : Ah voilà, ça me menait vers ça) voilà parce qu’il existe aussi d’autres organismes de microcrédit avec qui on travaille régulièrement (Michel : En Flandre c’est « Hefboom »), oui c’est « Hefboom ». (Michel : Dans la région germanophone ?) c’est nous qui rayonnons (Michel : Et Bruxelles c’est vous aussi) et Bruxelles aussi (Michel : Ben voilà donc…) et puis encore d’autres qui existent donc heu (Michel : Oui, voilà. Mais bon c’est sympa en tout cas de…), voilà. Il ne fait pas hésiter et puis parfois on leur dit mais « allez voir peut-être chez un autre si ça ne se passe pas bien chez nous » enfin voilà il y a… L’idée aussi c’est de travailler en réseau quoi, il faut qu’on sorte de cette logique… 

18:55 Michel : Ben d’ailleurs vous l’enseignez dans l’atelier vous l’enseignez ! (Yves Moulin :  Ah Ben voilà) c’est un des points qui sont sur le tableau : développer son réseau les amis ! Alors justement, en parlant de réseau, puisqu’on clôture cette interview, moi je vais proposer une action pratico-pratique aux auditeurs qui ne leur coûte rien, qui est super facile : c’est de faire un like, un partage et un commentaire sur ce podcast. Pas pour ma promo, parce que je l’ai dit je ne suis pas un fan de ma propre promo, par contre en le faisant ils vont faire circuler cette interview sur les réseaux sociaux et un peu montrer aux algorithmes ce truc en vaut la peine, c’est ça le but. Et en le faisant on sera beaucoup plus nombreux à entendre votre voix et cette interview. Et donc on sera beaucoup plus nombreux à dire que vous existez, à proposer aux gens de vous contacter pour se lancer et faire un crédit conscient chez vous, avec intelligence et accompagnement. Donc voilà chers auditeurs, aidez notre invité à avoir la portée qu’il souhaite, à avoir son action positive sur la société. Et je vais aller plus loin, vous pouvez même laisser un message vocal sur ce podcast ! Vous allez sur vodio.fr, vous cherchez le projet Podcast « Midoricast », et dedans vous retrouvez notre ami Yves dans les interviews qu’on mettra en ligne. Et il y a un petit bouton téléphone, vous parlez, écoutez le résultat avant de l’envoyer parce que parfois si la communication est mauvaise on n’entend rien, on ne comprend rien, on ne pourra pas réagir. Mais nous en tout cas à l’ASBL « The Podcast Factory Org », on s’engage à : ces messages vocaux, on les lui forward et donc il pourra les écouter. Ça peut être un mot d’encouragement, une question. Mais si vous avez une question, laissez de quoi répondre hein, donner votre mail contact hein sinon (Yves Moulin : Oui, oui, c’est mieux) ! C’est mieux, sinon on ne peut pas répondre, voilà. Yves, c’est un chouette moment d’échange (Yves Moulin : Ben voilà merci. Merci pour l’invitation), on a bien rigolé (Yves Moulin : C’était un plaisir de partager aujourd’hui avec vous) à bientôt (Yves Moulin : A bientôt) au revoir. 

20:28 Michel : Alors aujourd’hui on est dans une salle avec Crédal qui a proposé à des jeunes et d’autres moins jeunes de passer de l’idée à un projet d’entrepreneuriat et de donner quelques trucs et astuces. Alors voilà, la question est simple, est-ce que vous avez le sentiment d’avoir une réponse aujourd’hui à votre projet d’entrepreneuriat ? On peut d’ailleurs parler de de l’idée de départ, si vous le voulez. Vous présenter, l’idée de départ et qu’est-ce que vous avez appris, qu’est-ce que vous retirez de cette expérience ?

20:49 Léo Vancompernolle Vromman : Alors bonjour, je m’appelle Léo Vancompernolle Vromman et je suis venu avec mon partenaire Rémy Stoz pour notre projet « Ceedeffect » qui est de la nourriture locale et durable pour poules. Donc effectivement aujourd’hui nous avons revu un petit peu des choses que nous avons déjà eues en cours, notamment parce que nous sommes tous les 2 en ingénieur de gestion avec option entrepreneuriat, mais ce sont des choses qui étaient toujours très intéressantes à entendre, à réentendre. On a eu plusieurs pistes pour un petit peu, peut-être, des collaborations à faire avec de nouvelles entreprises, plein de bonnes idées, de chouettes échanges, voilà. On espère que les échanges aboutiront à du concret. 

21:30 Michel : Alors en général quand on s’informe de l’idée à l’indépendant, on s’informe avec l’école hein, on suit les cours d’ingénieur de gestion c’est clair, c’est explicite. Mais toutefois on a toujours les conseils des proches, des amis, et cetera. Et puis quand on vient dans un événement comme celui-ci on ne sait pas trop à qui on a affaire et qui présentera quoi. Tout se rejoint systématiquement dans la même direction ou est-ce qu’il y a parfois des nuances qui sont interpellantes, qui vous intéressent, comme quand on parle d’approche Lean-Startup ou des choses comme ça ? Est-ce qu’elles sont discutées d’abord dans le cursus scolaire ? 

21:56 Léo Vancompernolle Vromman : Oui, oui, bien sûr. On a beaucoup parlé du modèle Lean-Startup donc en entrepreneuriat. Après ici, effectivement, parfois il y a des interventions qui sont plus pertinentes, d’autres un petit peu moins, mais c’est toujours intéressant d’avoir des points de vue dans tous les sens pour toujours prendre le mieux et avancer. 

22:15 Michel : Alors votre projet est pour les poules ? Alors je sais, j’ai vu, des petits sourires, je ne sais pas pourquoi mais dès qu’on parle de poules il y a un petit sourire, ces animaux sont tellement sympathiques. Moi je connais des gens qui font des composts, qui remplacent les composts par des poules, enfin il y a plein de projets intéressants autour de la poule. Comment on fait pour approcher les gens avec une idée qui fait déjà rire un petit peu dès le départ, c’est un frein ça ou c’est quelque chose qui vous fait faire dire « challenge » ? 

22:35 Léo Vancompernolle Vromman : Non, je pense que c’est justement quelque chose de challengeant et, au final, effectivement parfois ça fait un peu rire les gens. Mais je pense que c’est du rire qui justement, attise un petit peu en eux de la curiosité qui fait que, finalement, ils nous écoutent peut-être un peu plus. Après, c’est certain que quand on parle de nourriture pour poule, bah, on n’est pas aussi sérieux que quelqu’un qui parle un petit peu de travailler dans la finance ou autre. On le sait très bien mais voilà pour nous c’est quand même très important et peu importe dans quel milieu on travaille, l’important c’est toujours de vouloir avoir un impact positif à tous les niveaux. 

23:09 Michel : Vous en êtes où dans ce projet, personnellement ? 

23:11 Léo Vancompernolle Vromman : Donc, actuellement là on voit différents experts de la nutrition, on a des contacts de terrain et on aimerait bien maintenant bientôt nous lancer.

23:21 Michel : Dès la sortie de l’école ou en parallèle encore avec les cours ?

23:34 Léo Vancompernolle Vromman : En parallèle avec les cours. Normalement si on teste l’idée, on avance, essais-erreurs. Et si jamais on peut se permettre de déjà le lancer, on serait motivé effectivement à le lancer. 

23:36 Michel : Alors on précise avant de clôturer que le projet, il s’agit de redonner une alimentation saine aux poules. La question que je me suis posée personnellement c’est : suite à un constat : comment ? 

23:44 Léo Vancompernolle Vromman : En fait, c’est surtout le côté local, durable, oui et effectivement complète dans l’alimentation pour les poules. En fait ça part d’un constat, c’est que la grande majorité de la nourriture pour poule est importée et bien souvent même, en plus, hors Europe. Donc nous on s’est dit que on voulait redonner la souveraineté alimentaire en Belgique et pourquoi pas en commençant d’abord par de la nourriture pour poule.

24:09 Michel : Écoutez, tout ce que je vous souhaite de tout cœur c’est une belle réussite, c’est un beau projet, ça me parle en plus, moi j’aime bien cet aspect de de conscientiser les choses. Merci pour le témoignage c’est très sympa, je vous souhaite une belle journée et à très bientôt. Au revoir. 

24:21 Michel :  J’ai une des personnes intervenantes qui devant moi, qui est Thiago 

24:23 Thiago Nyssens : Oui donc notre objectif c’est surtout de montrer aux gens que : entre le moment où on a une idée et le moment où le projet se crée, il y a plusieurs étapes qu’on peut aider à structurer en fait, les gens sont un peu perdus et ne savent pas par quoi commencer. Avec notre expérience d’accompagnement à l’entrepreneuriat on peut vraiment les aider, valider chaque étape, et savoir qu’il y a moyen de mettre de l’ordre là-dedans et d’en faire quelque chose de tout à fait réalisable. J’aime bien utiliser l’image de couper l’éléphant rondelle pour voilà, avoir des petites étapes qu’on peut atteindre au fur et à mesure. 

24:50 Michel : Moi, ce que j’ai beaucoup apprécié, parce que j’ai participé évidemment à cet atelier, j’ai remarqué que vous n’avez pas trop utilisé de mots jargon. Pourtant, la tentation est grande en général hein ? On utilise souvent le « Project management », l’approche « Lean start-up », « Le persona », « La fiche Persona », « Le Business Model Canvas », tu vois et ce n’est pas ce que j’ai entendu mais je l’ai entendu avec d’autres mots, est-ce que c’était voulu ? 

25:09 Thiago Nyssens : C’était voulu, pas tant que ça, c’est juste qu’il y a des mots qui sont des mots techniques qui sont très importants comme le persona et cetera. Mais c’est vrai qu’on n’a pas spécialement cette tendance d’angliciser tout et d’utiliser le jargon. Peut-être qu’on a aussi l’habitude, avec les personnes avec qui on travaille, ce sont plutôt les artisans, c’est peut-être des personnes qui ne sont pas issues de ce milieu start-up, entrepreneurial et donc on a l’habitude d’utiliser un autre vocabulaire pour dire les mêmes choses. On travaille avec des agriculteurs, avec ben oui je l’ai dit, des artisans donc oui, c’est vrai : on peut expliquer ces choses sans utiliser des anglicismes. 

25:41 Michel : Il y a des choses qu’on remarque quand on apprend les choses aux autres ou quand on les aide, quand on les accompagne. Ici on parle vraiment presque d’un atelier d’intelligence collective, on échange. Mais malgré tout il y a des constats qui se font, quels sont les constats que toi tu fais ? Quelles sont les difficultés que les gens, qui mènent un projet conscient, ont ou quels sont les travers dans lesquels ils rentrent le plus facilement peut-être ? 

25:59 Thiago Nyssens : Alors un des travers qui est assez répandu c’est que ce sont des personnes qui sont tellement convaincues par leur projet qu’ils acceptent de faire ça pendant des années dans des conditions où ils ne se respectent pas vraiment. Ça peut les user très fort, donc ça c’est un travers qu’on voit beaucoup, qu’on essaie de travailler en amont. Il y a aussi, je pense, un travers d’idéaliser certains métiers. Donc on a beaucoup un public aussi de gens qui viennent d’une transition professionnelle, qui vient plutôt d’un métier de service, un métier universitaire et qui idéalise des métiers manuels. Il y a déjà un manque de formation mais ça on les aide en amont, mais aussi parfois une idéalisation des métiers (Michel : Ce sont des croyances). Oui, on romantise certains métiers et cetera, et parfois le concret n’est pas exactement pareil. Et moi ce qui me fait vraiment, enfin tout ça, ça me pose la question de l’éducation à la base et des études. On est dans un système où les métiers manuels sont très, très dévalorisés. Pourtant beaucoup de personnes peuvent y trouver beaucoup de plaisir et moi j’ai des enfants et j’aimerais bien quand ils grandissent de pouvoir leur dire qu’ils peuvent vraiment être heureux et stimulé intellectuellement par un métier Manuel parce que c’est très stimulant intellectuellement un métier manuel, ça fait du sens. Donc voilà je, moi-même d’ailleurs je pense à ma reconversion dans quelques années. 

27:08 Michel : J’ai l’impression quand j’écoute que j’ai face à moi un artisan de la passion. 

27:11 Thiago Nyssens : Ouf, c’est un, c’est un grand mot mais je pense que oui, on doit faire des choses qui nous passionnent et qui nous emplissent d’énergie. Et moi dans mon métier le fait de rencontrer des gens qui sont passionnés, moi je travaille dans l’alimentaire, donc qui font des bons produits, qui me font goûter des bons produits et qui peuvent parler de la passion qu’ils ont pour leur artisanat, c’est quelque chose qui me passionne en effet, voilà, oui. 

27:31 Michel : Thiago, encore une question pour toi. Est-ce que vous prenez le thermomètre, tu vois ? Est-ce que vous prenez la température ? Combien de projets j’accompagne, combien de projets réussissent, combien de projets se plantent et la raison principale du plantage ce serait quoi ? 

27:43 Thiago Nyssens : Alors, on accompagne environ une vingtaine de projets par an, enfin moi une vingtaine de projets par an. Tous les projets que j’accompagne n’aboutissent pas à une création mais je ne parlerai pas de réussite parce qu’il y a aussi une réussite dans le fait d’avoir analysé la possibilité d’un projet. D’avoir trouvé un métier dans quelque chose qui est lié à ça, d’avoir avancé dans sa vie finalement, même si ça n’a pas donné lieu à un projet entrepreneurial (Michel : Trouver du sens), trouver du sens. Donc ça, pour moi c’est : il y a toujours une réussite de l’accompagnement et on le voit, les gens se sont réorientés, ont été quelque chose qui leur vont mieux. Et après, sur le temps long, il n’y a pas toujours une pérennisation des projets sur 5, 10 ans. Les faillites sont vraiment réduites hein, il y a des statistiques qui disent qu’avec l’accompagnement, les faillites sont réduites mais en fait on est aussi dans une génération où les gens ne font plus un métier toute leur vie. Donc, il y a des gens qui se lancent dans l’agriculture, qui font ça pendant 10 ans et qui ont envie d’arrêter, qui ont envie d’autre chose. Et je trouve que c’est bien aussi de pouvoir rebondir, faire plusieurs choses différentes dans la vie, donc je ne parlerai pas d’échec je parlerais juste de changement, voilà.

28:40 Michel : J’aime beaucoup ce que tu dis parce que c’est un constat aussi qu’on fait dans les entreprises, dans le milieu corporate, c’est que les gens ne font plus une carrière dans une boîte, ils ont des vies, des parcelles de projets qui se cumulent, qui font un peu un effet domino et de lego. On fait des Légos avec des projets, c’est un peu comme ça que tu vois les choses si je comprends bien ?

28:54 Thiago Nyssens : Ouais, exactement et c’est une grande question, moi je travaille beaucoup avec des néo agriculteurs. Et en fait ce sont des personnes qui veulent se lancer dans l’agriculture mais qui ne veulent pas faire ça toute leur vie, et donc… Voilà, il y a aussi des coopératives, des fermes collectives qui permettent de faciliter l’entrée et la sortie de ces personnes. La société change profondément, il faut accompagner ça. 

29:12 Michel : Un dernier mot pour nos auditeurs, tu aurais envie de leur dire quoi ? Tous ces gens qui t’écoutent aujourd’hui et qui ont envie de faire, de démarrer un projet, de leur dire quoi ? A part « venez nous voir évidemment » mais… 

29:19 Thiago Nyssens : J’ai envie de leur dire que c’est, ça peut-être paraître un peu bateau, mais que chaque personne est vraiment différente et ce qui remplit de quelqu’un d’énergie, ce qui passionné quelqu’un, n’est pas la même chose que l’autre. Et trouver le projet qui nous remplit d’énergie ben c’est possible et gagner sa vie décemment en le faisant c’est possible aussi. En tout cas je vois pas mal de personnes qui y arrivent. 

29:39 Michel : Thiago, j’ai mis sur mon profil LinkedIn « je suis chasseur de passion », je crois que j’ai à côté de moi un passionné, ça fait très plaisir à voir, merci beaucoup. 

29:46 Jingle Outro :Recherche de fréquence radio (mode anciens postes de radio : grésillements), une chaîne se capte et le son se stabilise : on entend « You’r listening The Podcast Factory ».

29:50 Michel : Ce projet podcast est une initiative créée et proposée par l’ASBL The Podcast Factory Org avec le sponsor des transforma bxl innovation playground.

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Michel Godart

Passionné par la technologie, l'humain, féministe et écoresponsable, Michel Godart a pour objectif de vulgariser un maximum l'information. Dans tous ses projets podcast, il souhaite inspirer par les exemples qu'apportent ses invités au micro. Le podcast est pour Michel un garant de démocratie : c'est un média produit PAR le citoyen POUR le citoyen !

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