« Yves, le frère que j’ai eu » au festival PodBXL 2026

Replay PodBXL Live 2026 : Vincent Gerles présente le podcast documentaire « Yves, le frère que j’ai eu » – Podcast #038 PodBXL
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Comment raconter l’histoire d’Yves Domergue sans enfermer la mémoire dans la colère ou la haine ?
Lors de PodBXL Live, le journaliste Vincent Gerles présente son podcast documentaire « Yves, le frère que j’ai eu » et échange avec le public autour de la mémoire, de la transmission, du récit documentaire et de la dictature argentine.
Le podcast documentaire « Yves, le frère que j’ai eu » retrace le combat d’Éric Domergue pour retrouver la vérité sur la disparition de son frère Yves Domergue pendant la dictature argentine.
Au fil de cette rencontre, Vincent Gerles revient sur la naissance du projet, le choix du podcast comme médium, la réalisation sonore, le travail de mémoire et répond aux nombreuses questions du public.
La discussion aborde également l’opération Condor, la place de cette histoire dans la mémoire collective, la transmission auprès des jeunes générations ainsi que la possibilité d’une version espagnole du podcast.
- Intervenant : Vincent Gerles
- Podcast présenté : Yves, le frère que j’ai eu
- Événement : PodBXL Live
- Sous-titres disponibles pour la version youtube : Français • English • Español • Deutsch • Nederlands
- Quiz interactif disponible
- Photographies : Nico Hawk Photography
- Production éditoriale pour cet épisode enregistré à PodBXL : #PodiBUZ — The Podcast Factory Org (asbl)
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Merci à tous nos partenaires : Love Health Center et son équipe qui ont régalé les participants ( tout au long de la journée, MT Production BE (Anton Vodenitcharov et son équipe) pour la captation vidéo, Pyxis Belgique pour le prêt de matériel, The POD et Info-lux.com pour leur soutien et leur relais.
Liens utiles :
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Séquençage du podcast de Vincent Gerles « Yves, le frère que j’ai eu » | PodBXL Live 2026 :
- [00:00:04] Court extrait du podcast
- [00:00:49] Générique qui résume la punch line
- [00:00:54] Pourquoi raconter cette histoire aujourd’hui ?
- [00:07:29] Diffusion du premier épisode en public
- [00:33:02] Retour sur le premier épisode
- [00:34:15] Pinochet plus souvent retenu
- [00:36:37] Pourquoi Yves Domergue est resté en Argentine
- [00:38:01] Des militaires français pour former les milices
- [00:39:02] La « guerre sale », l’opération Condor et les disparitions
- [00:39:17] Questions sur les ambassades et l’État de droit
- [00:41:38] Pourquoi avoir choisi le podcast plutôt que la télévision ou un livre ?
- [00:43:43] Les prochains projets de Vincent Gerles
- [00:46:52] Une traduction pour une audience en Amérique latine ?
- [00:47:55] La réalisation sonore et les choix de narration
- [00:50:40] Le podcast comme ressource pédagogique
- [00:53:12] Le travail de mémoire peut-il conduire à la paix ?
- [00:55:12] Conclusion et remerciements
La transcription du podcast de Vincent Gerles « Yves, le frère que j’ai eu » | PodBXL Live 2026 :
Court extrait du podcast
[00:00:04] Éric Domergue: Le 5 mai 2010, ils me téléphonent, ils me disent si je peux passer par leurs bureaux à Buenos Aires. Je prends l’ascenseur, je sonne à leur porte et au moment de sonner la porte, je sens une petite décharge très particulière. Et j’efface immédiatement de ma tête « Non, non, c’est pas possible, c’est pas possible! ». Et il a un dossier sous le bras, on s’assied, il ouvre le dossier, et il me dit « On a retrouvé Yves ».
Générique « Yves, le frère que j’ai eu » qui résume la punch line
[00:00:49] Générique: Yves, le frère que j’ai eu le 24 mars sur toutes les plateformes.
Pourquoi raconter cette histoire aujourd’hui ?
[00:00:54] Vincent Gerles: Voilà. Bonjour à toutes et tous. Alors pourquoi le 24 mars puisque c’était les 50 ans cette année en Argentine, la commémoration du coup d’État du général Videla. Donc cette année, il y a eu énormément de commémorations de la société civile pour commémorer, ils n’ont pas évidemment fêté ça, mais commémorer donc le coup d’État du général Videla et d’une junte militaire, un coup d’État qui a démarré donc le 24 mars 76 jusqu’en 1983. Et donc moi, j’ai eu l’occasion de faire un sujet sur la disparition d’un Français, il faut savoir qu’il y a eu 24 Français disparus pendant la dictature militaire en Argentine, et pas mal d’Européens. Je pense qu’il y a eu des Belges et en tout cas beaucoup d’Européens qui sont qui sont disparus pendant cette période. Alors très rapidement, moi je me présente, je viens de Nantes, je suis journaliste professionnel, donc je viens de Bretagne. Et j’ai, on m’a servi vraiment sur un plateau cette histoire qui est tout à fait incroyable, l’histoire d’un jeune français qui s’appelle Yves Domergue. Et la voix que vous avez entendue dans cette bande annonce est celle de Eric, son frère. Donc le podcast en fait, c’est l’histoire vraiment, c’est une quête, une enquête racontée par un frère qui avec beaucoup d’élégance, beaucoup de distance aussi, rentre pas du tout dans le pathos, Éric, raconte la disparition de son frère en 1976, donc pendant le début de la dictature militaire en Argentine. Il faut savoir que entre le 24 mars et le mois de septembre, les militaires se sont déchaînés véritablement sur la population argentine. Il faut savoir qu’il y a eu 30000 disparus, c’est à dire 30000 morts, que toutes les familles argentines ont été touchées, ou en tout cas peu ou prou touchée par cette dictature, dictature d’extrême droite donc des militaires bien aidés par l’église aussi, faut savoir que le rôle aussi de l’église argentine. Et puis, comme toujours, les Français ne sont jamais loin quand il y a des mauvais coups, puisque les tortionnaires argentins ont été formés par les militaires français d’Algérie, donc voilà petite, petite aparté. Donc moi on m’a offert vraiment sur un plateau ce sujet, je vais très, très rapidement vous expliquer le contexte. J’ai un ami à Nantes qui avait monté un dispositif qui s’appelle Innov’Art, c’est une collaboration avec l’université de Rosario, donc l’école de design de Nantes et Rosario, et il a travaillé notamment sur les féminicides et les disparus. Il voulait faire travailler ces étudiants un peu sur le design mémoriel, comment on aménage un espace de mémoire. Il faut savoir qu’il y en a beaucoup en Argentine, d’anciens commissariats, des bois, des bosquets, des parcs, etc. Pour honorer la mémoire des disparus, c’est vraiment très, très, vivace la mémoire des disparus en Argentine. Et quand il revient d’Argentine, il a fait beaucoup de séjours là-bas, il a participé à des colloques, on mange ensemble un midi il me dit j’ai rencontré un français incroyable, il s’appelle Éric Domergue, il m’a raconté l’histoire de son frère. Il me raconte, et je lui dis « Ben il faut faire un podcast, il faut absolument qu’on fasse un sujet là-dessus ». Donc, toute la préparation, je l’ai faite avec lui, donc il s’appelle Laurent Neyssensas, donc je tiens à lui rendre hommage parce que c’est vraiment un travail collectif. Et puis on a préparé, on a fait des visios avec Éric Domergue, qui habite toujours en Argentine, qui est vraiment le héros de ce documentaire. Et puis bah voilà, Éric a accepté de me parler. Donc je suis parti en Argentine au mois d’octobre, avec Laurent, qui s’est vraiment improvisé un peu le fixeur de ce documentaire. Et puis, ben j’ai rencontré grâce à Éric et à Laurent, plein, plein d’autres Argentins. J’ai eu notamment l’occasion de rentrer dans le centre médico-légal d’anthropologie médico-légale qui travaille sur les restes des disparus donc c’est, vraiment ils m’ont ouvert les portes pour pouvoir faire un documentaire très, très complet. Donc en fait, ce documentaire, c’est la petite histoire entre guillemets de Yves Domergue, racontée par son frère, mais c’est la petite histoire dans la grande, ce qui permet aussi de parler de l’aspect politique, de l’aspect historique, de l’aspect scientifique et puis de l’aspect mémoriel. Donc c’est un récit vraiment très, très poignant, très touchant. Éric Domergue, que je salue, qui est de l’autre côté de l’Atlantique, toujours en Argentine, il est en pensée avec nous puisque je lui ai dit que je venais ici présenter. Donc voilà, il est très, très content que cette histoire se diffuse. À chaque fois, il me dit toujours, il me dit « Moi, cette histoire ne m’appartient plus, mais il faut la diffuser au plus grand nombre pour que la mémoire subsiste ». C’est quelqu’un qui est très engagé politiquement, ainsi que toute la société civile argentine qui résiste. Puisque, vous le savez peut-être, ben ils ont un président qui est un peu particulier actuellement. Donc, c’est très, très difficile pour les Argentins de continuer à faire vivre cette mémoire, puisque le président Milley est plutôt un président d’extrême droite, fan de Donald Trump, et qui plutôt en train de mettre tout sous le tapis et même de réhabiliter les tortionnaires. Donc c’est très compliqué pour la société argentine qui veut faire ce travail de mémoire. Donc je trouve qu’il y avait vraiment une urgence, entre guillemets, de faire ce… De faire ce sujet. Donc voilà, je n’en dis pas plus parce que tout le contexte politique, etc. Vous allez le retrouver un peu dans ce premier épisode, donc voilà vous allez plonger tout de suite là-dedans. Il y a quatre épisodes, et juste cette histoire et un symbole en Argentine. Il faut savoir que c’est un ressortissant français, mais c’est une histoire qui a eu un écho très important en Argentine. L’histoire de Yves Domergue est très, très connue en Argentine, et il y a des photos de lui. Enfin voilà, quand vous allez dans les musées etc. La photo qui sert donc de cover pour le podcast, c’est la photo donc de Yves Domergue qui a été prise par son frère juste avant sa disparition. Et c’est une photo qui est utilisée en Argentine, énormément, donc qui est connue, cette histoire est très, très, connue. D’ailleurs, Cristina Kirchner, qui a été présidente de l’Argentine à un moment donné, a eu, il y a eu des commémorations, des hommages, etc. Et elle a rendu hommage à Yves Domergue donc voilà, ce n’est pas une histoire qui est méconnue en Argentine, mais qui est méconnue en tout cas en Europe hein, pour le coup, voilà. Donc on va écouter, je crois, le premier épisode et puis après questions-réponses, vous pourrez évidemment me dire tout ce que vous avez ressenti ou pas, aimé ou pas, parce que nous on aime bien avoir des retours aussi et sur les choix qu’on a pu faire de réalisation donc… Donc voilà, c’est parti.
Diffusion du premier épisode du podcast « Yves, le frère que j’ai eu » en public
[00:07:29] Éric Domergue: Actuellement on est devant chez moi, la seconde maison qu’on a eu à Buenos Aires entre 1969 et 1974. Ici, à gauche de la porte d’entrée c’était le salon salle-à-manger. Actuellement il y a une piscine pour bébé, c’est un centre de matro-natation. À droite le garage, et au premier étage, à gauche, c’était la chambre de mes parents. Et à droite celle de certains de mes frères. Et derrière, comme on était très nombreux, il y avait une autre chambre de mes frères. Il y avait la chambre de ma sœur et au deuxième étage, sur la terrasse, tout au bout, on ne le voit pas de la rue, c’était la chambre que nous partagions avec Yves.
[00:08:03] Vincent Gerles: Buenos Aires, octobre 2025. Je suis dans le quartier cossu de Belgrano, devant une maison blanche coincée entre des immeubles résidentiels, celle où habitaient dans les années 70 la famille Domergue.
[00:08:16] Éric Domergue: Et derrière, il y avait un jardin, un bout de jardin avec des plantes.
[00:08:19] Vincent Gerles: Des Français arrivés en Argentine en 1959.
[00:08:24] Éric Domergue: C’est la dernière maison que nous avons habité tous ensemble quand mes parents et mes frères sont partis en octobre 74, on est parti de cette maison-là. Et moi c’est là où j’ai vécu avec Yves pour la dernière fois, au deuxième étage, tous les deux seuls dans notre chambre. Dans notre refuge.
[00:08:50] Vincent Gerles: Éric nous raconte l’histoire de son frère aîné, Yves, lié à une des périodes les plus sombres du pays : la dictature du général Videla, de 1976. Pour les 50 ans du coup d’État, voici un récit contre l’oubli, un hommage à celles et ceux qui œuvrent sans relâche depuis le début pour la mémoire des disparus. C’est une histoire singulière, unique, la quête d’une famille persévérante et qui devient, avec son dénouement, un symbole en Argentine. C’est aussi l’histoire de 23 autres Français et même de 30000 personnes disparues pendant cette période, les Desaparecidos.
[00:09:29] Générique: Yves, le frère que j’ai eu. Premier épisode.
[00:09:33] Éric Domergue: C’était mon exemple Yves, en effet, j’ai toujours dit que si Yves n’avait pas pris cet engagement ou n’était pas resté en Argentine, ma vie aurait été aussi tout à fait différente. Non, je serais rentrer avec la famille, on serait tous rentrés avec la famille en France et on serait en France, avec un Éric Domergue 100 % différent. Vraiment! Oui, oui, c’était, c’était mon exemple, imagine qu’on partageait tout. Non, parce que comme on était les deux aînés et après il y avait la seule fille, donc on avait toujours la chambre pour nous deux, on allait au foot ensemble, on faisait les camps scouts ensemble, on avait même des copains ensemble, etc etc. Donc on partageait énormément. Ils avaient un an et demi de plus que moi, donc c’était vraiment mon exemple. Et quand il a pris cet engagement politique, il m’en parlait, et bon, je me suis formé, je comprenais pas très bien, j’étais assez nul, et bon ben je me suis formé à son exemple quoi et… et vraiment à tel point que, après, ses anciens camarades me disent « Lui, il a 22 ans, C’était vraiment un dirigeant révolutionnaire », il était très jeune, c’était… Bon, moi à 20 ans j’étais un ignare, mais j’ai quand même beaucoup appris avec lui, et j’ai suivi son exemple. C’est pour ça que quand je suis rentré en France en 75, dès le premier jour, j’ai préparé mon retour en Argentine pour être avec lui. Il n’y a que Yves qui restait définitivement en Argentine, il a dit « Non, je ne rentre pas en France ». Avec ma sœur Brigitte, nous sommes restés quand même quelques mois de plus pour passer notre bac, mais après, en 75, au début 75, on est retournés en France aussi. Et moi bon, j’ai passé un an à Paris pour préparer mon retour en Argentine. Et bon, j’ai débarqué de nouveau en Argentine en mars 1976, quelques jours avant le coup d’État militaire.
[00:11:48] Annonce Radio: Et à partir de l’après-guerre, le contrôle opérationnel de la junte militaire.
[00:11:55] ?: Je me rappelle que mon père mon sont allés à l’école pour mes… Pour retourner à la maison. Je me rappelle parce que la radio, la radio de ce moment-là, de la voiture, répète que les forces militaires viennent à occuper le gouvernement de l’Argentine. Ça, je me rappelle très, très bien, j’ai deux ans.
[00:12:20] Annonce Radio: Annonce Radio continue… Comandante.
[00:12:23] Éric Domergue: Yves a été bachelier en décembre 71, et donc en 72 il est entré à la fac. C’était l’époque en Argentine, un moment d’effervescence politique. Tous les jeunes étaient impliqués. Il y avait vraiment une militance massive à tout niveau : syndica, les étudiants, la politique, etc. Et bon, il a commencé à militer avec la gauche à l’université, au centre d’étudiants, qui était d’ailleurs même clandestin, le parti révolutionnaire des travailleurs. Donc son engagement avec son pays d’adoption, son engagement avec la situation argentine, a fait que, en 74, il avait 20 ans, il dise simplement « Non, moi, mon, mon lieu, mon engagement, c’est avec l’Argentine et le reste en Argentine ». Mes parents n’ont pas aimé ça du tout, bien sûr, mais bon il était majeur, il avait 20 ans, donc ils n’ont rien pu faire. Ça s’est plutôt bien passé quoi, c’était des débats à la maison, mais très, très civilisés c’est… Mon frère Yves discutait très souvent avec, surtout avec mon père, mais dans des termes très corrects tous les deux, non ils n’étaient pas d’accord. Mes parents ont toujours été très conservateurs, donc bon avoir un fils tellement à gauche, c’était pas le plus grand plaisir quoi. Mais bon, ils ont accepté ça, ils n’ont rien pu faire, et voilà. Et Yves Il est, il est resté. Son idée était tous les certains temps d’aller en France pour voir la famille, etc. Il n’a pas coupé tous les ponts.
[00:14:20] Yves Domergue sur cassette audio: Je vais faire le tour un peu de tout ce qui peut vous intéresser, en essayant de ne pas trop répéter ce que j’ai dit dans les lettres. Bien enfin, en dehors du lycée ce que je fais en général, enfin je continue, je vois encore, enfin je vois des français. Tu peux être spécialement toi maman, tu peux être Contente sur cet aspect-là.
[00:14:36] Éric Domergue: Oui, à partir du départ de mes parents et de ma famille en 74, on s’envoyait des cassettes, c’est à dire quand moi j’étais avec Yves ici, on enregistrait entre les deux cassettes en racontant notre vie, en racontant des souvenirs, en posant des questions à mes parents, à mes frères, etc. Et on l’envoyait en France. Quand Yves était seul en 75, donc lui il enregistrait ses cassettes tout seul, et il les envoyait comme ça c’était un contact beaucoup plus proche qu’on avait pu construire en famille.
[00:15:08] Yves Domergue sur cassette audio: La police à la faculté devient de plus en plus brutale, vraiment de plus en plus sauvage. Tout d’un coup, dans la faculté, il y a eu des hurlements qui ont eu lieu, enfin en plein cours. Donc tous les élèves ont, enfin tous les étudiants sont sortis. Le hurlement d’une personne, ce n’était pas une foule. Donc une fois passé tout ça, enfin toute la police en civil est rentrée, une quinzaine de flics en civil sont rentrés, et ont commencé à faire rentrer tous les élèves dans là, chacun dans leur classe. Et comme les élèves devant, enfin qui étaient indignés étant donné que les cris démontraient qu’ils avaient été brutalisés, enfin qu’on avait dû lui casser la gueule directement. Alors enfin, tout le monde était impressionné, indigné, puis ils refusaient de rentrer dans leur classe. Alors les flics sont devenus hystériques et ils ont commencé à… Ils ont, enfin d’abord il y en a un qui avait une mitrailleuse, qui a commencé à viser tous les étudiants en les menaçant, enfin d’un ton vraiment menaçant, ce qui a été assez impressionnant. Et ensuite, ils sont devenus de plus en plus hystériques, ils ont commencé à prendre des étudiants au hasard, ils leur ont cassé la gueule, mais devant tout le monde. Ils les ont jetés par terre, ils ont donné des coups de pied et ils leur ont sauté dessus, il y en a qui sont partis en saignant même. Enfin, vraiment un spectacle horrible.
[00:16:20] Vincent Gerles: Pas de WhatsApp à l’époque, mais les bonnes vieilles cassettes conservées par la famille depuis des années. Et la voix de Yves. Yves Domergue qui nous plonge dans la terreur qui s’installe petit à petit. Entre 1974 et 76, toute la famille Domergue est en France, sauf lui. Son frère Éric, de son côté, ne pense qu’à une chose retourner en Argentine. Et malgré le climat de violence qui annonce le prochain coup d’État, il prépare en douce son voyage. Il a mis en place un stratagème même pour ne pas éveiller les soupçons de ses parents.
[00:16:54] Éric Domergue: Il n’y avait plus de place dans l’appartement qu’il avait loué à Epinay pour tout le monde. Donc, mon père a loué une succursale, un petit appartement à 200 mètres de là où Brigitte et moi, et même le quatrième, le numéro quatre, si tu veux, Jean-Luc, nous sommes installés. Non, donc Yves nous écrivait à rue Maurice Ravel, où nous habitions nous, non. Et dans la même enveloppe, il y avait deux lettres. Une lettre en général, oui pour dire que tout va bien, je ne sais pas quoi, etc. J’étudie, je travaille, fais ci, fais ça, il fait beau, il fait pas beau, etc. Et l’autre avec toutes les consignes pour préparer mon retour en Argentine. Comme ça, moi je montrais la lettre générale à mes parents, à mes frères, regardez Yves nous à écrit etc. Et, l’autre, je la gardais pour moi. On faisait ainsi et comme ça on a préparé pour le retour, j’ai commencé à travailler dans l’entreprise de nettoyage industriel où mon père était directeur. Et là, à ce moment-là il savait déjà que j’allais rentrer en Argentine et il était sympa quoi, parce qu’il m’a pas mis de bâtons dans les roues quoi. Parce qu’il aurait pu très bien me dire « Non, bon écoute, va travailler ailleurs » ou je sais pas quoi. Et, mais non, il m’a fait travailler dans son entreprise et bon, comme ça j’ai réuni assez d’argent pour payer mon billet de bateau. Et j’ai pris le bateau vers l’Argentine, début mars, mon frère m’a dit dans la dernière lettre « Écoute, quand tu arriveras en Argentine, quinze jours plus tard, on ne sait pas si le gouvernement péroniste tiendra le coup encore ou s’il y aura un coup d’État, parce que c’est un coup d’État très annoncé ».
[00:18:37] Vincent Gerles: Le coup d’État a eu lieu le 24 mars 1976, et dès les premiers mois une politique de répression d’une brutalité inouïe va s’abattre sur les Argentins. Des centaines de travailleurs, de syndicalistes, d’étudiants et de militants politiques ont été enlevés à leur domicile, sur leur lieu de travail ou même dans la rue. Des lieux de détention et de torture sont créés un peu partout dans le pays.
[00:19:00] Éric Domergue: Mes parents étaient inquiets. Ils étaient très inquiets mais personne n’a jamais imaginé ce que serait la dictature de 76.
[00:19:08] Vincent Gerles: Sandra, Veronica, Miguel et Anna-Maria ont vécu cette période.
[00:19:12] Éric Domergue: Personne, personne.
[00:19:18] Annonce Radio: Jo….. Rafael Videla, Comandante general de la Questo Argentino.
[00:19:28] Sandra: Un jour je sors de chez moi, habillée comme ça avec un long t-shirt qui faisait un peu mini-jupe, c’était plein été, il faisait chaud.
[00:19:37] Annonce Radio: ….
[00:19:40] Sandra: J’avais mes cheveux comme ça, bouclé en l’air et tout, et j’avais gagné un peu de sous à mon boulot, je voulais m’acheter une bague que j’avais vu pas loin de chez moi.
[00:19:50] Annonce Radio: ….Du patriotismo, el cargo des membres de la junta militar.
[00:19:53] Sandra: Je sors de chez moi, je commence à parcourir les rues et, ben il y avait des policiers qui n’étaient pas loin. Moi j’arrive, écoutez bien, je me suis fait arrêter par le policier qui était là, qui m’a dit « Documents ». Alors j’ai dit « Ben j’ai pas mes documents ». Il m’a dit « Comment ça se fait que tu n’as pas tes documents? ». « Ben voilà, je vais m’acheter une bague, je ne suis pas sorti avec les documents, voilà ». Il m’a dit « Mais qu’est-ce que tu crois toi » et moi si je te fait disparaître maintenant alors? ». Il appelle un mec comme lui, qui était en face de chez lui, et puis là, j’aperçois un Ford Falcon, donc je me suis vu disparaître. Je me suis dit « Punaise, ça tourne mal ». Et le monsieur il m’a dit « Écoute » », il m’a dit « Tu sais ce que tu vas faire? Tu vas prendre un taxi et tu vas aller chez toi, là, direct », il m’a dit. Parce que si moi je t’ai fait disparaître, qu’est-ce que tu fais toi? Alors j’ai dit « J’appelle mes parents », « Tu appelles tes parents, si moi je te laisse, tu comprends bien ça? Alors maintenant tu prends ton taxi et tu te barre d’ici, mais en vitesse ».
[00:21:11] Speaker 10: Tous les jours, on avait des camarades qui ne rentraient plus, qui n’étaient plus là. On voyait dans la rue, je me souviens à douze ans de voir une voiture qui mettait par la force une personne à l’intérieur.
[00:21:26] Speaker 11: Mon oncle, Bernardo Gallitelli, il a été pris par le militaire en laissant le temps que mon père, ma mère et mes deux sœurs puissent s’échapper par le toit. Et ils ont vécu en clandestinité en Argentine pendant presque un an, jusqu’à ce que c’est orani… Une des organisations frères, de l’organisation du P.O. en Argentine, leur ai donné la possibilité de passer la frontière par Eldorado a Misiones, tout en clandestinité.
[00:22:05] Sandra: Et nous écoutons, si nous écoutons dans la nuit les automobiles qui s’arrêtent, les personnes qui.. Qui sont, qui marchent très vite, qu’ils courent et, sur le port… Ça c’est, on écoute, les cris mais personne sorte de chez, de sa, de sa maison. Oui, oui, oui, c’est ça. J’ai entendu ça.
[00:22:43] Traduction de la voix d’Ana Maria: Je m’appelle Anna Maria Careaga, j’ai été kidnappée à l’âge de seize ans alors que j’étais enceinte de moins de trois mois. J’ai été emmenée dans un centre clandestin de détention, de torture et d’extermination, connu sous le nom de Club Atlético ou CA Centro Anti subversio. Il s’agissait d’un lieu situé dans le sous-sol d’un bâtiment appartenant à la police fédérale, situé sur l’avenue passé aux colonnes entre Cochabamba et San Juan. J’y suis resté près de quatre mois dans des conditions de vie inhumaines, torturée, les yeux bandés, enchaînée, et j’ai été soumise à des situations terribles. Et après quatre mois, ils ont fini par me libérer. J’ai été kidnappée le 13 juin et libérée le 30 septembre.
[00:23:47] Vincent Gerles: Ana Maria que vous venez d’entendre, c’est la fille d’Esther Balestrino de Careaga, l’une des fondatrices des mères de la place de Mai. Ces femmes avec leurs petits foulards blancs qui marchaient chaque jeudi pour protester. Elles tournaient autour de la pyramide de mai parce que la police de la dictature interdisait les rassemblements immobiles et leur ordonnait donc de circuler. Elle fut tuée en décembre 1977, lors d’un vol de la mort. Cette pratique, initiée par les Français en Algérie, utilisée par les militaires argentins, était de jeter les opposants vivants d’un avion dans le Rio de la Plata.
[00:24:27] Musique locale ambiante: …..
[00:24:29] Vincent Gerles: Alors je retourne chez Éric, et je marche dans le quartier très vivant de San Telmo. Partout dans la ville, vous avez des plaques devant les maisons sur le trottoir, avec le nom des personnes enlevées chez elles. Sur les murs, le chiffre 30 000 écrit en grandes lettres noires et puis des pochoirs qui représentent le foulard des grands-mères de la place de Mai, soit sur les trottoirs, soit sur les murs. Là aussi, c’est très visible cette période. Éric et Yves sont donc en septembre 1976, tous les deux à Buenos Aires, dans ce climat oppressant et les choses vont se précipiter.
[00:25:20] Éric Domergue: Donc, j’ai vécu le coup d’État ici en Argentine, et les premiers jours et les mesures de sécurité qui étaient encore beaucoup plus fortes. Donc je ne savais jamais comment contacter Yves, c’est Yves qui pouvait me contacter. Et bon, on avait des différentes méthodes quoi. À l’époque, je travaillais dans une boulangerie, j’étais dans l’arrière-boutique et aussi dans la boutique, et donc de temps en temps il venait, passait par la boutique, il achetaient deux petits pains parce qu’il n’avait pas de sous donc. Et au moment où il passait devant moi, devant le comptoir, simplement il me disait « Demain à 5 h ». Non, Après-demain à 3h. Et on le savait déjà où était fixé le rendez-vous. Le rendez-vous était dans une rue qui s’appelle Sucre, qui était près de notre quartier d’enfance, donc un quartier on connaissait bien. Et donc lui il empruntait la rue depuis le haut, moi depuis le bas, et un moment donné on se rejoignait tous les deux et on prenait le premier coin à droite, et on bavardait comme si, comme si de rien n’était. On parlait surtout de la famille, je lui montrais les lettres, c’est moi qui recevait les lettres de ma famille. Donc, et on parlait de tout sauf de politique, ou en tout cas pas de militance, peut-être de politique générale mais pas de militance, non. Alors il ne savait jamais comment, quand, comment le contacter, je ne savais jamais ce qu’il faisait. Comme Yves participait d’un mouvement Clandestins, il n’avait pas le droit de me parler de ces activités. Pour deux raisons, l’une parce que il ne fallait pas que d’autres personnes sachent ce que faisait un autre, mais en plus pour me protéger. Parce que bon, si moi j’avais eu un problème, si j’avais été pris par exemple, je n’aurais pas pu répondre aux questions qu’on m’aurait posé quoi, non, c’est une façon de me protéger. D’après ce que j’ai pu reconstruire un petit peu, les années suivantes avec des camarades à lui que j’ai pu rencontrer, surtout en exil. C’est surtout qu’il a été instructeur, prof si tu veux, dans des écoles politiques du parti, clandestines évidemment. Donc il enseignait le matérialisme, historique, l’histoire argentine, l’histoire du marxisme, l’histoire des révolutions, l’économie politique, etc. À d’autres militants, surtout à des jeunes. Non, parce que le parti révolutionnaire des travailleurs formait aussi intellectuellement si tu veux ses propres militants. Tous les certains temps, ils me disaient simplement lors de nos rencontres « Écoute, ne t’inquiète pas, si pendant quelque temps je ne vais pas te voir, je ne te contacte pas parce que j’ai quelque chose à faire. Simplement ». Ça voulait dire qu’il devait partir quelque part mais comme il ne me donnait aucune piste, je ne pouvais pas savoir où il allait. Et bon, ça, ça arrivait de temps en temps. Et début septembre, c’est arrivé aussi. Simplement on s’est vu dans cette rue Sucre, et bon, et avant de nous quitter, il m’a dit « Bon écoute, t’inquiète pas, pendant un certain temps, quelques jours ou quelques semaines, je me souviens pas ». Et, voilà, et le temps passait, le temps passait, le temps passait. Septembre, fin septembre, je commence à m’inquiéter. Il n’y a pas de nouvelles de lui, la consigne qu’il m’avait laissée, évidemment c’était que si un jour il lui passait quelque chose, quelque chose, si un jour il lui arrivait quelque chose, il fallait que j’aille au consulat de France à Buenos Aires. Personne ne ,m’a dit « Ah, on a vu que ton frère a été enlevé ou on a vu que ton frère est en prison ou », rien. Le temps passait et il n’y avait pas de nouvelles de lui. Donc j’ai attendu un maximum, beaucoup même, et, et ce n’est que début novembre que je suis allée au consulat. J’ai d’abord contacté une amie de la famille, une amie de mes parents qui nous aiment, nous aimaient beaucoup, qu’elle nous a vus grandir, on était très proches, et je l’ai contactée, même clandestinement. Je lui ai donné rendez-vous dans une église, tout se passait de cette façon-là, même pour cette pauvre dame. Non, je l’ai appelée, je lui ai fixé rendez-vous dans une église, et là je lui ai simplement dit que « Je n’ai plus de nouvelles d’Yves, il faut qu’on aille au consulat ». Je ne voulais pas y aller moi-même parce que je me suis dit « Si j’y vais moi, ils vont me dire de partir aussi », et moi je voulais rester à l’époque. Et donc c’est elle qui s’occupait, elle m’a contacté quelques jours plus tard, elle m’a dit « Bon, ils ont prévenu ton père ». Moi, j’avais d’abord prévenu ma sœur par une lettre qu’un ami lui apportait en main parce qu’il voyageait en France. Donc la nouvelle était déjà arrivée au sein de la famille, et, ce que mon père et le consulat ont accordé, se sont mis d’accord c’était, bon que je rentre en France le plus tôt possible. Pour pas que je suive le même sort que, qu’Yves. J’ai mis quelques semaines à me décider, mais j’étais très rapidement orphelin de mon frère. C’était l’Argentine, une énorme prison. Même beaucoup de copains étaient déjà en prison. Ma propre militance était au minimum parce que les principaux dirigeants de notre parti du PRT, du parti révolutionnaire des travailleurs avaient été tués à la mi-juillet. Donc c’était un peu la catastrophe, quoi, donc finalement je me suis dit « Bon, je n’ai plus rien à faire en Argentine, je n’ai plus mon frère, je n’ai plus ma référence, j’ai plus mon parti » et je suis rentré en France. Et c’est, c’est l’occasion en France de commencer une campagne pour essayer de sauver la vie de mon frère.
[00:32:26] Vincent Gerles: Qu’est devenu Yves Domergue? Comment sa famille va t elle se mobiliser? Quelle fut l’attitude et le rôle du gouvernement français de l’époque? C’est à suivre dans le deuxième épisode.
[00:32:38] Générique: Yves, le frère que j’ai eu, un documentaire sonore de Vincent Gerles en quatre épisodes. Prise de son montage Vincent Gerles. Réalisation, mixage, Vincent Gerles et Capucine Frey. Musique originale : Frédéric de la Hogue. Illustration visuelle: Mister Gwen.
Retour sur le premier épisode du podcast « Yves, le frère que j’ai eu »
[00:33:02] Vincent Gerles: Voilà donc le premier épisode, merci. Et donc j’introduis effectivement le deuxième épisode, on retourne plutôt en France où en fait il y a eu une grosse campagne de mobilisation. Alors peut-être pour certaines et certains qui sont ici, qui se souviennent, c’était en 1978, le Mondial en Argentine et en France. Alors je ne sais pas si c’était le cas aussi en Belgique, il y a eu quand même des campagnes de boycott du Mondial argentin pour souligner quand même qu’il y avait une dictature militaire et des disparus. Donc, il y a quand même eu un petit moment où on en a beaucoup parlé. Alors, on a beaucoup plus parlé du Chili et de Pinochet, c’est vrai que quand je discute avec des gens qui me disent « Ah, tu as fait un sujet sur l’Argentine, c’est Pinochet? ». Je dis « Non, non. Pinochet c’est le Chili, et l’Argentine c’est Videla ». Mais c’est vrai que, je ne sais pas, il était plus médiatique peut-être Pinochet, en tout cas ça durait plus longtemps. Et Videla, on a un peu oublié, c’était il y a 50 ans. Mais en tout cas, il y a eu plein de campagnes en France, et donc une mobilisation quand même assez importante en France, je me souviens même que les joueurs de l’équipe de France qui avaient participé au Mondial 78 représentaient un disparu sur leur maillot. Donc, alors ils n’ont pas mis sur le maillot, en-dessous quand même, faut pas aller je vais dire… Mais fallait pas froisser les militaires, mais voilà.
Pinochet plus souvent retenu
[00:34:15] Public 1 Homme: Si je peux me permettre, dans les écoles belges, en tout cas moi quand j’étais à l’école, on nous apprenait plus Pinochet en effet historiquement dans les écoles (Vincent Gerles: C’est ça). Juste un témoignage.
[00:34:22] Vincent Gerles: Oui, oui, oui c’est ça. Donc le Chili a été plus médiatisé, il y a eu des films aussi, etc. Donc le deuxième épisode, c’est vraiment la mobilisation. Et ce qui est très touchant, c’est qu’on entend beaucoup de documents que j’ai pu récupérer par la famille, c’est-à-dire des extraits d’émissions de télé à la télé française, à la radio avec le père. Et là je voudrais rendre hommage vraiment à Jean Domergue qui est, qui n’est plus là désormais, mais qui s’est battu vraiment pour son fils. Et petit, petit aparté mais en tout cas ce que je tiens à souligner, il l’a dit Éric, il vient d’une famille très conservatrice. Son père était très, très, conservateur. Et pourtant son père, il le dit en souriant, souvent il dit « Ben c’est un lecteur du Figaro, il a voté pour Giscard » et ben s’est battu vraiment pour tous les disparus français qui étaient quand même plutôt des gens de gauche. Il faut savoir que le gouvernement français a fait peu, parce que c’était des jeunes aux cheveux longs, étudiants et un peu gauchistes, et le gouvernement français n’a pas du tout bougé. Mais le gouvernement français a bougé quand il y a eu deux religieuses qui ont été tuées par les militaires argentins. Et là, quand il y a eu les deux religieuses, alors là, il y a eu un tollé en France, effectivement beaucoup plus important. Mais quand c’était des jeunes comme Yves Domergue, quand même très marqué à gauche, gouvernement français n’a pas fait grand-chose. Et ce qui est très beau, c’est qu’effectivement Jean Domergue, monsieur très conservateur, s’est vraiment battu pour tous ces jeunes. Et je tiens à souligner, vraiment c’était un monsieur de droite à l’époque mais la droite humaniste qui jamais aurait toléré effectivement l’extrême droite. En tout cas, il y avait quand même une frontière à l’époque, et c’est bien de rappeler que maintenant c’est beaucoup plus poreux, en tout cas en France. Mais qu’à l’époque il y avait encore des gens de droite qui étaient des gens humanistes et qui savaient se battre pour des nobles causes, ce qui est peut-être moins le cas maintenant, en tout cas. Et puis le troisième épisode, c’est vraiment un épisode charnière puisque là on se balade dans toute l’Argentine puisqu’il y a eu vraiment le dénouement et vraiment des personnages très importants. C’est comme dans une enquête, il y a vraiment le commissaire et puis les personnages annexes, et puis le quatrième qui est vraiment pour refermer le sujet sur la mémoire et surtout sur la situation actuelle, donc en Argentine, voilà. Donc si vous avez des questions ou des remarques, n’hésitez pas.
Pourquoi Yves Domergue est resté en Argentine
[00:36:37] Public 2 Homme: Qu’est-ce qui a emmené Yves justement en Argentine? C’est quoi son parcours en fait? Parce que c’est ses origines ou c’est son militantisme c’est?
[00:36:45] Vincent Gerles: Alors, c’est vrai qu’on le dit rapidement au début, en fait c’est la famille Domergue qui est partie s’installer en Argentine. Le père a eu besoin de travailler, il a eu une opportunité de travail donc ils sont arrivés dans les années 50 jusqu’au milieu des années 70. Et puis ensuite, le père, là encore pour des raisons professionnelles, a décidé de repartir avec sa famille. Et il y a uniquement le frère aîné qui est resté, donc lui qui s’est senti vraiment argentin et surtout investi d’une militance. Puis c’est vrai qu’il y avait aussi, à l’époque ils étaient très marqué par Cheguevara, enfin il m’a raconté un peu Éric, c’était vraiment en Amérique latine, il y avait un bouillonnement, etc. Donc l’Argentine était quand même un pays très instable politiquement et le coup d’État, c’est vrai, qui a été annoncé, mais c’est vrai qu’il y avait des turpitudes politiques pendant toutes ces années 70, avant 76. Et ce qui donnait envie aux jeunes de s’engager, donc il est resté vraiment pour sa militance, mais les autres sont repartis, toute la famille est repartie sans jamais retourner. Et il n’y a que Eric qui est revenu un petit peu en Argentine, voilà, je ne sais pas si j’ai répondu à ta question mais en fait c’est vraiment le père et la mère qui ont emmené les enfants dans les fin des années 50 en Argentine pour bosser en fait. Il n’y avait pas de raison.
Des militaires français pour former les milices
[00:38:01] Public 2 Homme: Et puis les militaires dont tu parlais, français, qui ont formés en fait…les milices quoi !
[00:38:06] Vincent Gerles: Oui, alors là, ça c’est sûr que après la guerre d’Algérie et dans cette période, il y a beaucoup de militaires français. Et il y a un très, très bon livre qui a été écrite par Marie-Monique Robin, donc une journaliste française qui a écrit un livre qui s’appelle « Escadrons de la mort, l’école française », et qui montre comment les militaires français, voilà, savent exporter malheureusement leur savoir-faire. Et notamment donc sur le terrain sud-américain, faut savoir que ça s’inscrivait dans ce qu’on appelle la guerre sale, qui était soutenue aussi par la CIA, puisque les Américains ne sont jamais bien loin. Et la guerre sale c’était évidemment de soutenir l’extrême droite, ça a été le cas en Colombie, au Paraguay aussi, avec Stroessner, en Chili, voilà, contre le communisme. C’était on soutient l’extrême droite, évidemment pour pas que le communisme s’installe, ce qui a fait effectivement les beaux jours des dictatures sud-américaines telles que la junte militaire de Videla.
La « guerre sale », l’opération Condor et les disparitions
[00:39:02] Alison: Y a-t-il des guerres propres?
[00:39:04] Vincent Gerles: Oui c’est ça. Mais là effectivement pour l’Amérique du Sud, on a, ils ont appelé ça l’opération Condor. Et le concept de la guerre sale, qui était de faire disparaître les opposants systématiquement.
Questions sur les ambassades et l’État de droit
[00:39:17] Public 4 Homme: Est-ce qu’il y a eu des attaques contre des ambassades ou des consulats, par exemple contre des gens qui cherchaient refuge dans ces lieux-là? À cette époque…
[00:39:24] Speaker 4: Alors des attaques de la part de?
[00:39:29] Public 4 Homme: En fait c’est des militaires, du régime à l’époque, est-ce qu’il y a eu des attaques contre des gens qui fuyaient la dictature dans les ambassades et dans les consulats?
[00:39:36] Vincent Gerles: Non, ils n’ont pas été jusque-là. Alors me, alors ce qu’il faut savoir, je vaux là aussi ne pas être manichéen. Il y a eu aussi des mouvements de guérillas d’extrême gauche, qu’on a appelé les Montenero dans le nord de l’Argentine, il y a eu des attentats. Faits par l’extrême gauche, etc. Mais ce que dit souvent Jean Domergue, j’ai entendu certains documents, il disait « Bon ok, même si mon fils a fait des choses délictueuses, illégales, etc. Il mérite d’être jugé, un état de droit mais doit juger et non pas faire disparaître ou en tout cas tuer les gens ». Mais il n’y a pas eu contre les ambassades, il n’y a pas eu vraiment ce type de choses. Mais ce qui est le cas dans ce type de dictature, c’est que beaucoup d’opposants politiques ont été enlevés, donc torturés, enlevés, on les a fait disparaître mais, évidemment, il y a toujours des gens qui prennent prétexte de ces moments-là pour se venger du voisin, de la voisine, pour… Enfin voilà, il y a des délations, etc. Donc il y a eu plein, plein de gens. Et le témoignage de Sandra que j’ai mixé exprès avec la voix du général Videla, parce qu’on a voulu faire ça exprès, c’est à dire Videla c’est l’ordre, c’est la morale, c’est la religion. Et cette jeune fille qui est dans la rue et qui se fait arrêter par les militaires alors qu’elle va juste acheter une bague. C’est pour juste expliquer que vous étiez dans la rue, il y avait des militaires qui passaient, vous n’aviez pas vos papiers d’identité sur vous, vous pourriez vous faire disparaître et enlever. Donc c’est pour ça, on voulait vraiment avoir cette voix, ce formalisme, cette voix de Videla. C’est un document qui est très, très facile à trouver sur YouTube, vous le voyez en costume, en uniforme militaire et qui dit « Ben voilà, l’Argentine maintenant, c’est l’ordre, c’est la morale, c’est la religion ». Et en même temps, ces jeunes qui passent dans la rue, elle va juste acheter une bague la pauvre gamine, et elle est à deux doigts de se faire enlever, donc voilà. Mais pour répondre à ta question, contre les ambassades, je sais pas s’il y a eu directement des attaques contre les ambassades, pour le coup.
[00:41:32] Alison: D’autres questions?
« Yves, le frère que j’ai eu » : pourquoi avoir choisi le podcast plutôt que la télévision ou un livre ?
[00:41:38] Public 5 Homme: Moi c’était plus une question sur le format, parce qu’en fait ce réçit il est incroyable, tu aurais pu en faire un livre, tu aurais pu en faire de la vidéo. Pourquoi du coup tu es parti sur de l’audio et sur du podcast?
[00:41:47] Vincent Gerles: Alors moi je viens de la radio, j’ai fait ma carrière à Radio France. Donc c’est vraiment un média que j’adore, je trouve que c’est le média, surtout dans une société dominée par l’image, qui peut-être des fois un peu intrusive, je trouve que le podcast c’est génial. Je pense que, j’ai fait les deux, j’ai fait un peu de télé à Nantes sur une télé locale, et très honnêtement j’ai, alors j’aime pas utiliser ce terme, mais obtenu des résultats beaucoup plus probants en termes de, de qualité, en tout cas de force de témoignage en radio qu’en télé. Le dispositif télé pour moi est plus intrusif, ne serait-ce que la distance que vous avez avec les gens, alors que on est tout près de la personne quand on fait un podcast. Et les gens ils se livrent plus facilement. Donc pour moi le format radio c’était évident, Laurent Neyssensas dont j’ai parlé au début a fait une installation d’art plastique qu’on a présenté au Festival des arts numériques de La Rochelle. Donc là il a fait avec des écrans télé qu’il a mis en rond et pour simuler le parcours, en tout cas le mouvement que faisaient les femmes de la place de Mai. Donc on a fait une installation d’art plastique, qu’on aimerait bien d’ailleurs essayer de présenter ailleurs. Et il a fait beaucoup, beaucoup de photos puisqu’il m’a accompagné sur ce projet, et il est photographe à l’origine, il a fait de très, très belles photos, et on voudrait faire un webdoc où on voudrait donc mettre des photos. Il y a des photos vraiment terribles, notamment dans les centres de torture, à l’ESMA, etc. Avec des extraits de sons et d’interviews, donc faudrait faire un espèce de format un peu hybride. Mais là ça a été un gros, gros travail, moi je bosse en même temps, et donc ça a été un gros, gros travail cette année, ça m’a pris un temps quand même important. Donc le format, je trouvais que des épisodes de 25 minutes c’était pas mal, voilà. Et puis ben la radio je trouve que c’est le meilleur support en fait.
[00:43:37] Alison: Encore des questions? Des réactions peut-être? Voilà.
Les prochains projets de Vincent Gerles
[00:43:43] Public 6 – Homme: Voilà, on va on va pouvoir suivre les quatre épisodes
[00:43:46] Vincent Gerles: C’est ça, c’est pour ça que j’ai rien trop dit hein? (Public 6 Homme : Voilà, non c’est très, très bien) Sur les autres hein? pour vous inciter à.
[00:43:50] Public 6 – Homme: Absolument. Comme ça maintenant, on a faim d’aller voir (Vincent Gerles: C’est ça), mais après, qu’est-ce qu’il y aura? Il y aura d’autres choses ou ça s’arrête là?
[00:43:59] Vincent Gerles: En général moi j’aime bien passer à autre chose. Ça m’a appris beaucoup, à un moment donné j’en rêvais, ça a été un peu des fois difficile parce que je vous dis je suis allé quand même visiter le laboratoire médicaux d’anthropologie médico-légale, là-bas où j’ai fait des interviews devant les restes de disparus. Donc autant vous dire que c’est quand même assez plombant, hein. Et puis dans les centres de torture, enfin, à un moment donné… pfff. Là, à Noël et puis en février, là ça commençait vraiment donc, je pense qu’il faut des fois passer un peu à autre chose. En ce moment, je suis un peu dans la diffusion alors, le gros avantage que j’ai eu sur ce sujet c’est que personne dans les médias français a fait quoi que ce soit, très, très peu. Il y a eu juste Mediapart pour celles et ceux qui connaissent qui a fait un petit sujet, et très peu, ce qui fait que j’ai eu beaucoup de presse en fait, j’ai eu un article dans Le Monde, j’ai eu un article dans Télérama, dans La Croix, etc. Parce que finalement j’étais un des seuls, en tant qu’indépendant, à faire un vrai sujet sur ces commémorations, etc. Donc là, vraiment il y a eu, je ne l’ai pas fait pour ça mais y a eu un alignement de planètes, ce qui fait que j’ai eu une bonne couverture presse. Et puis j’ai la RTBF qui m’a contacté aussi, donc l’émission sur la première, par ouï dire, je pense que vous connaissez peut-être. Donc voilà, qui m’ont contacté pour le pour le diffuser. Et puis Blast aussi, le… Voilà le média Blast, en France, mais il y a eu assez peu de choses en fait en France, et c’est normal parce qu’il y avait la guerre qui se déclarait en Iran, enfin bon, il y a eu plein de trucs au mois de mars, souvenez-vous enfin bon. Voilà, l’Argentine c’était il y a 50 ans hein? Donc il y a plein de gens qui s’en foutent un peu. Donc ce qui fait que bah moi je trouve que la boucle est bouclée, d’une certaine manière, et puis bah moi je pense à d’autres sujets maintenant, très honnêtement.
[00:45:44] Public 6 – Homme: Oui c’est un petit peu ça aussi que je voulais savoir, s’il y avait d’autres sujets, bon celui-ci est clôturé, un autre parce que c’est…
[00:45:50] Vincent Gerles: Alors il y avait un autre, une autre opportunité. Mais peut-être que… C’est que dans les disparus français, il y a une femme qui s’appelle Marie-Anne Erize, qui a un parcours un peu particulier, qui a disparu à San Juan. Et elle, c’était une femme qui a connu très bien la Jet-set française, Georges Moustaki, etc. Qui était mannequin et qui aussi donnait beaucoup de son temps auprès des pauvres dans les favelas argentins. Et il y a eu un livre sur elle, donc c’est vraiment la deuxième… Et à un moment donné on a failli faire aussi un sujet-là sur elle, on s’est dit on va à San Juan et puis après on s’est dit avec Laurent « Non, non, on ne va pas se perdre. Yves Domergue c’est déjà suffisamment fort, si on commence à parler d’une autre personne ». Et après on s’est posé la question, on s’est dit « Ben ça va nous donner l’occasion de retourner en Argentine, déjà, et puis d’aller à San Juan, de voir d’autres gens et tout ». Puis, je crois qu’on a abandonné un peu l’idée parce que bon, c’est un peu lourd et puis passer un peu à autre chose, c’est quand même un peu plombant comme, comme sujet, d’ailleurs j’espère que je ne vous ai pas trop plomber la matinée?
Une traduction du podcast « Yves, le frère que j’ai eu » pour une audience en Amérique latine ?
[00:46:52] Public 7 Femme: Merci pour ce podcast. Est-ce que… Donc j’entends que tu dis qu’il est, qu’il est clôturé mais est-ce qu’il a vraiment été produit uniquement pour l’audience francophone ou est-ce que l’idée de le traduire? Est-ce qu’il trouverait une audience en Amérique latine?
[00:47:08] Vincent Gerles: Et ben oui. Et ben en fait j’ai demandé à Éric, donc on est devenus copains maintenant, enfin il nous a accordé vraiment sa confiance, il m’a accordé sa confiance, on est toujours en contact sur WhatsApp sans arrêt. Il m’a dit « Ok, je le traduis ». C’est-à-dire que lui il traduirait sa voix en espagnol, en argentin. Et puis il faut que je refasse toutes les traductions. Alors vous avez entendu Anna-Maria? Et puis il y a d’autres personnes qui vont qui parlent aussi en argentin dans les autres épisodes, donc j’ai mis juste une traduction française, donc il suffirait de l’enlever. Mais il faudrait que je refasse toutes mes voix et il faudrait que Éric traduit… Alors il a dit oui, je lui ai proposé, et effectivement, pour l’Espagne et pour toute l’Amérique latine ça pourrait être intéressant. Je suis en réflexion parce que c’est encore pas mal de boulot, peut-être, mais c’est vrai que c’est une bonne idée.
La réalisation sonore et les choix de narration
[00:47:55] Public 7 Femme: J’ai une autre. Merci, j’ai une autre question. En tout cas bravo pour tout le travail d’habillage. Aussi il y a une grosse partie d’habillage sonore etc. Je me demandais de ce côté-là, qu’est-ce qui a conduit les choix? Parce qu’on a parlé du format podcast, moi je me disais « Tiens, tu es journaliste, tu aurais pu faire du live en fait, tu aurais pu être dans une émission où… ». Et tu as plutôt choisi le podcast, là il y a le pourquoi, ou quelle différence avec l’émission en live. Et puis ben dans le podcast tout l’habillage, qu’est-ce qu’il y a…
[00:48:26] Vincent Gerles: Alors, à la fois ben, je pense que ça doit être la même chose en Belgique pour les podcasteurs indépendants. Moi je suis, maintenant j’enseigne en école de journalisme, en école de communication, j’ai quitté Radio France. Donc là, vraiment, je fais des sujets qui me plaisent, ou que je trouve important de faire en tant qu’indépendant. Donc vraiment, je n’avais aucun financement, absolument rien, ça m’a coûté de l’argent. Voilà, et je suis content de l’avoir fait, mais pour l’instant, ça ne m’a rien rapporté du tout. Après, ça me légitime en termes de journalisme parce qu’effectivement les écoles de journalisme qui me, qui me font appel à moi, dit « Ah oui, quand même, on a des intervenants qui savent bosser ou en tout cas qui font des choses », donc ça c’est important. En termes de choix, ben par exemple le travail sur la musique, moi je n’avais jamais travaillé avec un designer sonore, donc là j’ai travaillé avec un designer sonore breton qui travaille beaucoup pour des installations plutôt d’arts plastiques. Je n’avais jamais travaillé avec ce type de personne, et en fait, ce qui s’est passé c’est que, je lui faisais écouter, j’envoyais un épisode et puis à lui de placer la musique entre guillemets ou voilà. Moi je ne voulais pas mettre de tango, il a, il a, il a mis la musique qui pourrait ressembler un peu à du bandonéon à un moment donné, moi je voulais pas : et à la fois de la musique non libre de droit et puis de mettre des trucs de tango qui font toujours l’Argentine, enfin bon voilà, ça va cinq minutes. Et donc je voulais vraiment plutôt travailler avec un designer sonore, mais c’était la, c’était compliqué parce qu’en fait, nous avec Capucine, qui est aussi la personne qui réalise avec moi, qui vient à la fin, on n’arrêtait pas de changer des trucs. Bon voilà, c’est. Et donc on lui renvoyait des nouvelles versions et lui il mettait des sons partout. Donc c’est nous qui avons enlevé, qui avons remixé derrière, parce qu’à un moment donné je lui ai dit « Non, Frédéric, dans un podcast il faut que de temps en temps ça respire, que les gens ils parlent sans qu’il y ait rien derrière, etc. On n’est pas dans un film américain, donc il faut y aller tranquille ». Et donc j’ai enlevé, alors il a été un peu déçu au départ et puis après il a compris, parce que lui il n’avait jamais travaillé pour du podcast, il fait plus des installations d’arts plastiques. Et donc il était un peu vexé qu’on lui enlève des trucs de temps en temps, mais je lui ai dit « Mais non, regarde, il faut que ça respire, c’est une question de rythme, etc. ». Donc voilà, c’est, c’était un choix de travailler comme ça.
Le podcast comme ressource pédagogique
[00:50:40] Public 1 Homme: Juste une remarque, le devoir de mémoire à géométrie variable hein? Pour faire référence à ce qu’on disait tantôt sur la mémoire et le devoir de mémoire (Vincent Gerles: Oui, oui). Il y a une dernière question ici, je te passe le micro.
[00:50:49] Public 2 Homme: Oui. Il y avait deux aspects, tu parlais de en Argentine, moi je parlais aussi de la communauté en France, argentine, à savoir qu’il y avait eu des rencontres avec une diffusion de ton podcast. Et puis la deuxième question c’était aussi sur l’exploitation éventuellement pédagogique avec, dans le domaine de l’enseignement en histoire, donc avec des avec des profs d’histoire où là ça peut, d’Espagnols aussi, ça peut être transversal en fait, pluridisciplinaire en fait, dans (Vincent Gerles: C’est une très bonne idée) dans cette approche-là. Moi je travaille un peu comme ça, j’aime bien des pistes où le podcast il peut aussi devenir un objet et être saisi par des enseignants et, et être un point d’ouverture du programme en histoire en fait, là-dessus et être saisi par des enseignants.
[00:51:38] Vincent Gerles: Alors pour répondre à la première question, la communauté argentine en France, alors j’ai réussi à la toucher grâce à Brigitte Domergue. Alors vous entendrez beaucoup, pour celles et ceux qui vont écouter, Brigitte, Brigitte, Brigitte, ma sœur Brigitte, etc. Et, ma sœur Brigitte bah, début mars c’était genre 20 jours ou 24 jours avant le lancement du podcast, On n’arrêtait pas de l’entendre et Capucine qui faisait le mixage me dit « Mais attends Brigitte Domergue, il faut qu’on l’entende à un moment donné là, tu en parles tout le temps, il en parle tout le temps Éric ». Donc j’ai envoyé un petit message à Éric sur WhatsApp, j’ai dit « Bon, ta sœur là, on peut la… », « Oui elle habite à Paris, etc ». Donc, j’ai fait l’aller-retour dans la journée et j’ai pas regretté parce qu’on l’entend très peu, mais ce qu’elle dit, à un moment, c’est vraiment super. Et vraiment c’était super chouette, et, et elle est mariée avec un Argentin, et elle milite beaucoup en France avec la communauté argentine. Donc voilà c’est pour ça que je parle d’elle, et elle, elle le diffuse beaucoup auprès de la communauté argentine, voilà, donc c’est elle un peu mon contact. La famille Domergue est très, très, en tout cas, Brigitte et Éric, ce sont vraiment des gens qui bougent beaucoup pour la mémoire des disparus. Et Éric fait beaucoup d’interventions dans les écoles en Argentine, mais même en France, il est allé dans une école à Paris qui s’appelle l’école Jean Mermoz. Et qui, il y a une plaque en hommage à son frère, etc. Et il a fait pas mal d’interventions dans des écoles. Donc là, ben moi le podcast s’il y a des profs qui m’appellent c’est open, ils le prennent et ils le diffusent.
Le travail de mémoire peut-il conduire à la paix ?
[00:53:12] Public 8 Femme: Moi, j’ai été fort touché, et je le suis encore. Mais est-ce que tous ces témoignages, est-ce qu’ils font de sorte que l’humain change? Est-ce que ces témoignages ramène à la paix, ou est-ce que ça ramène encore à plus de colère et plus de massacres? Parce que moi, chez nous, je suis araméen d’origine…. Et j’entends dernièrement aussi beaucoup parler du génocide arménien, araméen. Mais où est-ce que ça nous amène? Est-ce que ça nous conduit? Parce que moi, je n’ai plus envie d’entendre ça en fait, j’entends beaucoup de chez nous, les Araméens, oui ils ont été massacrés. Oui c’est vrai, mais pourquoi je vais rester dans cette tristesse ou dans cette colère, ou dans cette haine envers tout ce qui s’est passé? Est-ce qu’il y a un moyen de switcher et d’aller vers la paix, vers l’amour? Pourquoi ils se sont manifestés? Voilà.
[00:54:13] Vincent Gerles: Justement le travail de mémoire on en fait évidemment ce qu’on en veut, mais Éric. Éric est resté en Argentine, il n’a pas de haine. Parce que moi une fois je lui ai demandé, je lui dis « Mais tu es resté quand même dans le pays dans lequel tu as vécu toutes ces difficultés, ton frère, etc ». Et non, lui, ce travail de mémoire c’est aussi pour justement qu’on aille vers autre chose qui est d’en faire un travail positif. L’idée, et je trouve que la démarche d’Éric elle est pas dans le pathos, il ne se plaint jamais, il a beaucoup d’élégance. Vous l’entendrez quand il parle de son frère, de cette période-là, il n’y a vraiment pas de haine, voilà. Il est journaliste de profession aussi, Éric Domergue, il travaille pour la télévision et la radio argentine. Et je trouve que voilà, c’est tout à fait ça, il faut se l’approprier pour que… Mais pas rester figé, etc. C’est dire « Ça existait, il ne faut pas l’oublier », et voilà, plutôt dans cet esprit-là, effectivement. Tout à fait.
Conclusion et remerciements
[00:55:12] Alison: Merci beaucoup. On va clôturer si vous le voulez bien (Vincent Gerles: Merci à vous, merci beaucoup). Merci Vincent, encore un tonnerre d’applaudissements. Merci.
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