Victor Kisielewicz – BatiTerre

Victor Kisielewicz - BatiTerre - Kaya

Victor Kisielewicz : upcycling et convictions, élan de l’emploi passion ? – Parole d’écopreneur.e – Rubrique Kaya. Midoricast : Podcast #233

Laissez un message vocal à Victor Kisielewicz avec une question, un commentaire, un encouragement ou un remerciement ici

Dans cet épisode de Parole d’écopreneur·e, la série de Kaya au sein de Midoricast, Michel rencontre Victor Kisielewicz, responsable technique chez BatiTerre, au salon Batibouw 2025.

Victor raconte son parcours atypique : une passion profonde pour le bois, une formation de menuisier-charpentier, puis une transition vers l’économie circulaire appliquée à la construction. Son témoignage dévoile comment une intuition simple “rien ne devrait être jeté quand cela peut encore vivre”, s’est transformée en mission professionnelle et en vision du monde.

L’entreprise BatiTerre récupère, démonte, trie et revalorise des matériaux issus de chantiers de rénovation ou de démolition. Bois, outillage, éléments structurels, pièces techniques : tout ce qui peut retrouver une utilité est remis dans la boucle. Victor revient sur les défis techniques, économiques et culturels du réemploi, sur les limites actuelles du secteur et sur l’importance d’aligner pratiques, valeurs et impact.

On parle également de ce qui doit changer : législation, mentalités, mécanismes de marché, modèles économiques. Et surtout, Victor met en lumière la dimension sociale du projet : créer de l’emploi durable, collaborer avec les missions locales, et démontrer que l’upcycling à grande échelle peut transformer un secteur entier.

Un épisode qui questionne le lien entre convictions, économie circulaire et la place de l’emploi passion dans la transition du secteur.

Écoutez ce podcast et abonnez-vous, merci !

Pour vous abonner, choisissez votre App favorite via le bouton « See All » dans la liste proposée sur notre Linktree.

Pour les personnes sourdes, malentendantes ou rencontrant des difficultés d’audition, nous proposons une transcription intégrale en fin d’article.
Faites un don pour soutenir notre démarche : Triodos — IBAN : BE73 5230 8097 4160 — BIC : TRIOBEBB

Abonnez-vous à la série Kaya pour rencontrer d’autres acteurs et actrices du changement.

Appel à l’Action pour les Écopreneur·e·s :

  • Êtes-vous un·e entrepreneur·e engagé·e pour l’environnement ?
  • Rejoignez la coalition Kaya et faites partie d’un réseau dynamique qui soutient et promeut des initiatives écologiques.
  • Ensemble, nous pouvons faire une différence significative.
  • Rejoindre la communauté « Kaya » : https://www.kaya-ecopreneurs.be/devenez-membre

Liens Utiles :

Vous pouvez également avoir un impact positif :

  • Consommez différemment et préférez les produits locaux, durables, en vrac ou avec consignes !
  • Partagez, aimez et/ou commentez ce podcast pour lui donner plus de visibilité et permettre à nos invité.e.s de se retrouver sous les projecteurs autant que possible.

Écoutez ce podcast avec Victor Kisielewicz via notre chaîne Youtube (abonnez-vous : merci! ):

Français : La transcription intégrale de ce podcast est proposée en sous-titrage de la vidéo en cinq langues : français, néerlandais, allemand, anglais et espagnol.
Néerlandais : De volledige transcriptie van deze podcast is beschikbaar als ondertiteling van de video in vijf talen: Frans, Nederlands, Duits, Engels en Spaans.
Allemand : Die vollständige Transkription dieses Podcasts ist als Untertitel des Videos in fünf Sprachen verfügbar: Französisch, Niederländisch, Deutsch, Englisch und Spanisch.
Anglais : The full transcript of this podcast is available as video subtitles in five languages: French, Dutch, German, English, and Spanish.
Espagnol : La transcripción completa de este pódcast está disponible como subtítulos del vídeo en cinco idiomas: francés, neerlandais, allemand, anglais et espagnol

Séquençage du podcast BatiTerre avec Victor Kisielewicz :

  • [00:00:10] Introduction & contexte Batibouw
  • [00:00:26] Le rêve d’adolescent
  • [00:01:02] BatiTerre : mission et secteur d’activité
  • [00:01:20] L’upcycling en pratique chez BatiTerre
  • [00:01:34] Diversité des matériaux et services élargis
  • [00:01:51] Les services complets : collecte, tri, conseil, vente
  • [00:02:07] Public cible
  • [00:02:29] Le rôle de Victor chez BatiTerre
  • [00:03:30] La passion comme moteur du réemploi
  • [00:04:30] De la passion et des valeurs
  • [00:04:59] Entreprendre autrement
  • [00:05:47] Alignement personnel & rénovation écologique
  • [00:06:04] Comment le public perçoit BatiTerre
  • [00:06:40] Croissance, limites et tri des projets
  • [00:07:00] Fierté
  • [00:07:56] Que pourrait faire le monde politique ?
  • [00:08:49] Contraintes économiques & comportements du secteur
  • [00:09:18] Kaya, une voix qui porte plus haut !
  • [00:09:49] Le rôle de Kaya dans le plaidoyer sectoriel
  • [00:10:06] Rêver un autre futur : la baguette magique !
  • [00:10:53] Où trouver BatiTerre ?
  • [00:11:30] Les matériaux impossibles à réemployer
  • [00:12:35] Appel aux ingénieur·es : R&D nécessaire
  • [00:13:04] Conclusion & message final

La transcription du podcast BatiTerre avec Victor Kisielewicz :

[00:00:00] Michel: Bienvenue sur Parole d’écopreneur, les parcours inspirants de celles et ceux qui entreprennent autrement. Un podcast Kaya avec le soutien de la Loterie nationale.

[00:00:10] Michel: Aujourd’hui, exceptionnellement avec du bruit autour de nous parce que nous sommes au salon Batibouw, et nous sommes au salon Batibouw avec Kaya parce que nous collaborons avec le cluster Écoconstruction. Et dans ce cluster, il y a un membre qui est en face de moi qui se prénomme Victor, enchanté Victor.

[00:00:25] Victor Kisielewicz: Enchanté, Merci de m’accueillir.

[00:00:26] Michel: On va un peu parler de toi avant de parler de ton entreprise et ta présence au salon. Et j’ai une question fétiche que j’aime beaucoup, tu n’as pas été prévenu, c’est une surprise (Victor Kisielewicz: Ok). C’est de ton rêve d’adolescent à ce jour, Que s’est-il passé? Et est-ce que tu es aligné avec ce rêve?

[00:00:40] Victor Kisielewicz: De mon rêve d’adolescent? Ouf! Je ne sais pas si c’est un rêve mais en tout cas c’était une envie, c’était de toucher au bois, j’ai toujours été attiré par cette matière et donc de travailler cette matière, donc j’ai fait effectivement une formation de menuisier charpentier et un parcours assez décortiqué puisque j’ai pas non plus travaillé de manière classique et continue là-dedans. Tout ça, m’a en tout cas amené à déboucher ici chez BatiTerre, l’entreprise dans laquelle je travaille maintenant, et le bois fait partie de ma vie encore au travers de cette entreprise, donc j’en suis très content en tout cas.

[00:01:02] Michel: BatiTerre, tu peux nous en toucher un mot, c’est quel secteur, de quoi on parle?

[00:01:06] Victor Kisielewicz: BatiTerre c’est une entreprise de récupération de matériaux de construction. L’idée, c’est de préserver, sauvegarder les matériaux de démolition, de rénovation et de les remettre sur le marché du réemploi. Et finalement aussi du neuf, puisqu’avec des matériaux de seconde main, on peut finalement arriver à du neuf.

[00:01:20] Michel: Donc, c’est de l’upcycling grand format?

[00:01:23] Victor Kisielewicz: Voilà, exactement. Et on va vraiment aller chercher tout type de matériaux. L’idée est vraiment d’englober un maximum de ces matériaux qui touchent au domaine de la construction. On va écarter la partie fourniture, tout ce qui est meuble, tout ce qui est accessoire entre guillemets

[00:01:34] Michel: Le bois de coffrage, des choses comme ça.

[00:01:36] Victor Kisielewicz: Voilà, et on va même aller plus loin, on va aller chercher même de l’outillage, des accessoires, tout ce qui est vraiment dans le domaine de la construction de manière très, très large.

[00:01:42] Michel: Ah ouais

[00:01:43] Victor Kisielewicz: Ça va être aussi des éléments de sécurité. Voilà, on essaie de toucher un maximum de ces matériaux pour toucher aussi un maximum de personnes concernées par tous ces éléments.

[00:01:51] Michel: Pas mal.

[00:01:51] Victor Kisielewicz: Et alors autour de ça, on a développé énormément de services. On va non seulement collecter ces matériaux, aller les chercher, aller les démonter nous-même, mais on va aussi proposer des accompagnements pour conseiller, pour aussi déterminer quels sont les matériaux intéressants à récupérer. On va forcément vendre ces matériaux sur notre plateforme et sur notre site à Bruxelles et maintenant aussi à Liège.

[00:02:07] Michel: Et vos clients B2B et B2C? C’est les deux?

[00:02:10] Victor Kisielewicz: C’est un peu les deux. L’idée générale c’est de vendre un matériau tel qu’il est dans son état, mais on va aussi proposer un service de remise en forme et d’adaptation de ce matériau. Là je reviens justement typiquement sur le bois, mais qui va parfois demander d’être ajusté selon la demande. Et donc on propose aussi ce service, que le client puisse vraiment aller jusqu’au bout de son projet avec un matériau initialement, pas spécialement prévu pour ça, mais qui va pouvoir être adapté.

[00:02:29] Michel: Quel est ton rôle?

[00:02:30] Victor Kisielewicz: Je suis responsable technique, donc ça veut dire que je vais prendre en charge toute la gestion opérationnelle des opérations qu’on fait chez BatiTerre. Donc, ça veut dire toute la gestion des chantiers de déconstruction.

[00:02:39] Michel: Tu as dû apprendre ça?

[00:02:40] Victor Kisielewicz: Alors, j’ai clairement dû apprendre ça.

[00:02:40] Michel: Parce qu’au début c’est le bois, mais tu as plein de matériaux que tu ne connais pas.

[00:02:42] Victor Kisielewicz: Donc effectivement, j’ai dû pas mal rechercher, regarder autour de moi, apprendre des autres sur les matériaux, sur la manière de travailler aussi puisque finalement la déconstruction en tant que telle, démonter un matériau proprement, ben c’est quelque chose qui est quand même très peu fréquent aujourd’hui. C’est un métier qui s’est créé finalement au travers de ce qu’on fait tous les jours. Je vais prendre en charge tous ces aspects-là, et alors je prends aussi en charge, puisque c’est aussi un service qu’on propose, la gestion de petits projets de remise en œuvre. Donc on va nous même replacer les matériaux, sur demande des clients, pour des projets de petite ou moyenne ampleur. On essaie de rester à l’échelle de notre entreprise aujourd’hui, on n’est pas encore une multinationale qui peut produire des chantiers astronomiques, mais voilà. On essaie de faire de l’exemple en fait, au travers de ces petits projets, pour montrer aux entrepreneurs et aux clients, aux particuliers que c’est possible d’avoir un chouette résultat et d’avoir un résultat vraiment propre et fini, similaire à du neuf finalement, avec des matériaux qui ont été issus d’un bâtiment démoli.

[00:03:30] Michel: C’est quoi le déclic qui s’est fait? Est-ce que tu t’es dit le bâtiment c’est un secteur qui est quand même avec un gros impact environnemental, ou est-ce que c’est plutôt un déclic autre qui s’est fait?

[00:03:38] Victor Kisielewicz: Pour moi personnellement, de nouveau bon on revient un peu à travers ce matériau qu’est le bois que j’ai toujours apprécié, j’ai toujours eu cette idée, voilà, une chute de bois a toujours un potentiel. Je pense que énormément de passionnés de bois pourront vous le dire, ils ont des stocks de chutes qui gardent au cas où cette pièce va servir un jour. Et en fait, au travers de BatiTerre j’ai pu vraiment développer cette idée-là, mais au travers d’un ensemble de matériaux qui touchent la construction. Et en fait se dire « Bah voilà, en fait ces matériaux, oui, isolés de manière perdue au milieu d’un chantier de déconstruction, de démolition, ils ont l’air anodins, ils ont l’air inutiles. Et en fait, si on les extrait de cet environnement et qu’on les reconditionne, et qu’on les remet en vente, ben en fait, ils ont un potentiel, ils ont une demande ». Et donc c’est vraiment ça qui m’a aussi parlé, c’est de me dire « Il y a tellement de choses qui sont jetées aujourd’hui ». Effectivement, je pense que le domaine de la construction représente, je pense, un des plus gros pourcentage de déchets en Belgique, si pas dans le monde. Je me suis vraiment dit mais voilà, BatiTerre c’est un projet qui me parle vraiment à fond parce que déjà ça mélange une passion, et en plus ça va vraiment toucher un aspect écologique qui me touche quand même énormément.

[00:04:30] Michel: Sur tes valeurs.

[00:04:31] Victor Kisielewicz: Clairement liées à mes valeurs

[00:04:32] Michel: Est-ce que ça te manque malgré tout pas, du coup, de t’éloignes un peu du bois? Parce que j’entends que le bois c’est passions aussi hein?

[00:04:37] Victor Kisielewicz: Ouais, ouais. Bah écoute, clairement, il y a eu un écartement par rapport à ça. Bon forcément, moi je garde une activité un peu de hobby avec ce matériau-là. Mais j’arrive finalement, au travers de nos petits projets de remise en œuvre et de nos demandes, d’essayer de replacer un peu cette passion aussi (Michel Godart: De toute façon tu vas être amené à y toucher…) dans les projets de BatiTerre.

[00:04:50] Michel: À un moment ou l’autre.

[00:04:51] Victor Kisielewicz: On récupère du bois structurel, on récupère du bois de menuiserie, et on a des demandes parfois voilà de retravailler ce bois pour le client. Donc j’arrive à retrouver un peu cette passion au travers de cette activité-là. Donc c’est vraiment chouette.

[00:04:59] Michel: Ça veut dire quoi pour toi d’entreprendre autrement? Est-ce que tu te sens entrepreneur autrement dans ton projet ici?

[00:05:04] Victor Kisielewicz: Alors entreprendre autrement, ça veut dire je pense, réfléchir beaucoup plus à l’impact de ce qu’on va créer, de ce qu’on va construire. Alors je pense que ça n’a pas de limite en terme de taille, je pense que ça peut toucher le petit projet particulier de rénovation d’un kot de poule, comme ça peut toucher la rénovation d’une tour d’immeuble dans le centre de Bruxelles.

[00:05:18] Michel: On est d’accord

[00:05:19] Victor Kisielewicz: Alors bien sûr il y aura des limites. La limite financière est toujours malheureusement présente, mais ça n’empêche que la réflexion doit pouvoir être faite et la question doit pouvoir se poser je pense, dans tous les cas. L’apport de matériaux, les sources de matériaux de réemploi ne sont pas encore suffisantes pour répondre aussi à toutes les demandes qui existent, mais je pense qu’on peut chacun à son échelle apporter cette réflexion en tout cas son projet. Et, au travers de cette réflexion, ben apporter des solutions du coup plus adaptées pour des matériaux soit plus écologiques. Pas forcément de réemploi, mais parfois plus écologiques. Ou des matériaux de réemploi si on peut se le permettre.

[00:05:47] Michel: Tu te sens aligné entre la mission de l’entreprise, ce que tu fais et tout ce qui se passe autour (Victor Kisielewicz : Ouais, ouais, ouais. Ouais). Il y a un alignement et une cohérence pour toi?

[00:05:53] Victor Kisielewicz: Ouais vraiment. Parce que moi-même j’ai rénové il y a deux trois ans, et voilà j’ai vraiment essayé d’avoir cette idée en tête, d’apporter un maximum de matériaux de réemploi, de réfléchir sur les matériaux que j’allais utiliser et sur les matières que j’allais pouvoir rénover, et donc oui.

[00:06:04] Michel: Comment perçoit le public, votre approche. Est-ce qui vient à vous ou c’est vous qui devez aller vers les gens?

[00:06:08] Victor Kisielewicz: J’ai eu la chance de rentrer chez BatiTerre au tout début de sa création, j’ai vraiment pu voir une évolution. Au début, on a clairement dû, on a eu de la chance que Rotor, qui est une autre entreprise de récupération de matériaux, a pu un peu ouvrir cette voie à Bruxelles.

[00:06:19] Michel: On les salue, on les remercie alors.

[00:06:21] Victor Kisielewicz: Exactement (Michel Godart: Voilà), grâce déjà à cette mise en place de l’idée. On a dû d’abord contacter nous même un peu, voilà essayer de trouver les clients, essayer de trouver les personnes qui pourraient collaborer nous. Et puis petit à petit, on s’est rendu compte qu’en fait les demandes allaient commencer à affluer et on a du « de moins en moins chercher » (Michel Godart: C’est bon signe). Donc les gens sont venus à nous, c’était très bon signe. On a même vu parfois un peu sélectionner, faire le tri parce que malgré tout, on reste une entreprise de taille moyenne, voire petite.

[00:06:40] Michel: Un peu victime de son succès par moment.

[00:06:42] Victor Kisielewicz: Et voilà, et donc parfois on a dû faire des choix, mais on se rend compte qu’effectivement, la philosophie, en tout cas chez nos clients, est bien présente. L’idéologie de vouloir réfléchir autrement, parce que c’est un peu ça l’idée aussi, est bien là. En tout cas, on ne doit pas chercher à convaincre les personnes qui viennent chez nous puisqu’elles sont déjà convaincues, ce qu’on doit essayer de convaincre c’est tout ce qui ne viennent pas. Tous ceux qui n’ont pas encore ouvert la porte de notre entrepôt et…

[00:07:00] Michel: Bon, si vous nous écoutez auditeur-auditrice, et que vous êtes concerné, vous savez qui contacter hein: BatiTerre. Est-ce qu’il y a quelque chose qui te rend très fier dans ton travail?

[00:07:07] Victor Kisielewicz: Oui, l’idée générale de l’entreprise déjà qui est de préserver ses matériaux. Je pense qu’on n’a pas les chiffres parce qu’on n’a pas les moyens de pousser là, mais je pense qu’il y a une fierté aussi en terme de quantité de matériaux qu’on voit passer chez nous, qui rentre, qui sort, qui retrouve une seconde vie et qui évite du coup le container. C’est des volumes et des volumes immenses de matériaux, donc ça c’est vraiment une fierté, on sent vraiment qu’on a un impact. Et au-delà de ça, BatiTerre on est aussi une entreprise d’économie sociale, donc ce qu’on essaie de faire, ce qui n’est pas toujours facile, parce que voilà, le domaine de la construction financièrement est très compliqué à gérer, surtout quand on fait du réemploi et pas du neuf. Mais on essaye de promouvoir la réinsertion de personnes écartées du marché de l’emploi au travers de collaborations, comme avec la Mission locale de Bruxelles avec qui on travaille très souvent, on les salue d’ailleurs, pour des chantiers de déconstruction. Et on a comme projet à plus long terme de nous-même engager des personnes, donc écarté du marché de l’emploi, pour leur offrir une solution durable, d’emploi durable, et non pas un tremplin simplement.

[00:07:56] Michel: Vous faites votre part du travail, vous faites votre taf comme on dit (Victor Kisielewicz: Oui). Mais il y a d’autres gars qui devraient faire, ou d’autres femmes qui devraient faire leur taff aussi, ce sont nos amis les politiciens et politiciennes (Victor Kisielewicz: Exact). Qu’est-ce qu’ils pourraient faire à leur niveau pour que ton entreprise dans laquelle tu t’épanouis devienne une norme (Victor Kisielewicz: Oui) et soit plus répandue dans ses pratiques dans le marché belge?

[00:08:13] Victor Kisielewicz: Forcément, la première chose à laquelle on pense quand on pense politique, c’est de se dire mais quand est-ce qu’il y aura une obligation, si pas d’inclure du réemploi, mais au moins de recycler un minimum. Mais pas seulement, aujourd’hui il y a ce fameux certificat vert que tout le monde essaie de brandir, que tout le monde essaie d’obtenir, et qui s’obtient assez facilement en faisant en sorte que les matériaux, du bâtiment qui va être détruits ou rénovés, soient repris par une entreprise comme la nôtre. Mais ce qu’on veut nous pousser de plus, c’est que ces bâtiments qui vont être rénovés et construits ne vont pas seulement mettre du matériau sur le marché, mais vont aussi eux même aller chercher des matériaux pour leurs nouveaux projets. Ce qu’on aimerait forcément, c’est que l’obligation entre guillemets, ou un minimum de réutilisation de matériaux, au sein même du bâtiment.

[00:08:49] Michel: Et là y’a rien à faire, il faut légiférer pour que ça passe.

[00:08:51] Victor Kisielewicz: Et là, effectivement, le problème c’est que financièrement aujourd’hui, pour une entreprise se dire « Ben non, moi récupérer des matériaux de seconde main que mon entrepreneur va prendre deux fois plus de temps à placer, pour lequel il va galérer, pour lequel je vais peut-être devoir compléter, ben ça va me coûter trop cher. Aucune chance que je fasse ça, moi, je vais aller chercher du neuf, à un seul endroit, je suis sûr que ça va se passer pico-bello sans aucune contrainte ». Ben voilà, forcément le choix est vite fait, quand on a des chantiers d’ampleur comme on peut voir toutes les tours en rénovation sur Bruxelles. Et donc, s’il n’y a pas de règles, s’il n’y a pas de normes qui sont imposées, alors…

[00:09:18] Michel: On recours à la facilité et le moindre coût (Victor Kisielewicz: Voilà). Et parfois jeter coûte moins cher malheureusement (Victor Kisielewicz: Malheureusement), c’est un peu ce que j’entends parfois (Victor Kisielewicz: On en est encore là. On en est encore là, ouais, ouais, ouais). Bon, là il y a un gros changement Messieurs les politiciens, mesdames les politiciennes, si vous nous écoutez (Victor Kisielewicz: Voilà). Comment tu vois ce travail que Kaya fait, c’est pertinent j’imagine?

[00:09:32] Victor Kisielewicz: Oui, c’est pertinent. Ils ont une voix qui porte plus haut que la nôtre, j’imagine, par rapport à ça. Ils représentent un secteur, ils représentent un ensemble d’autres acteurs et donc ils arrivent à avoir une importance plus flagrante dans ces discours-là. C’est assez important, je pense à notre échelle, d’avoir ce genre d’initiatives qui puissent, ben voilà, porter ce genre de message et essayer d’aller toucher les personnes concernées.

[00:09:49] Michel: C’est des choses sur lesquelles vous faites parfois un travail de se dire « Bon, on va peut-être essayer de faire aussi un plaidoyer, une sensibilisation du monde politique ».

[00:09:55] Victor Kisielewicz: On aimerait, je pense, dans l’idée. Maintenant ici, voilà, à l’échelle de notre équipe, mais voilà de nouveau c’est une question de temps, c’est une question de moyens, on reste une entreprise économique, mais malgré tout, on doit pouvoir payer nos équipes et s’y retrouver. Mais on aimerait.

[00:10:06] Michel: Alors on va entrer un peu dans le rêve et le plaisir.

[00:10:08] Victor Kisielewicz: Allons-y.

[00:10:08] Michel: Imagine que je te donne une baguette magique qui a les super-pouvoirs, tu n’as aucune limite. Tu changerais quoi là tout de suite pour que les choses s’améliorent?

[00:10:15] Victor Kisielewicz: Ah ! Qu’est-ce que je pourrais changer comme ça? Je pense que je changerais la mentalité des gens, simplement.

[00:10:19] Michel: Simplement, culturellement et la mentalité.

[00:10:22] Victor Kisielewicz: Revenir à cette idée non pas de faire de l’argent avec les matériaux, parce que c’est ça aussi le vrai défi, c’est que, à partir du moment où les démolisseurs, les entrepreneurs se rendent compte qu’un matériau, « Ah ben il y a une demande, il y a, du coup il y a moyen de faire de l’argent, ça devient une vraie compétition de récupérer des matériaux de force ». C’est plus une conviction, c’est une compétition. Et donc je pense que, rien que de changer les mentalités et de revenir vraiment juste à cette idée simple de se dire « Je récupère pour préserver, et pas pour faire de l’argent, pas pour jeter ». Alors ça serait déjà génial, je pense qu’on aurait déjà fait un très, très, grand pas, et je pense qu’on aurait un entrepôt à moitié vide de matériaux et rempli de clients à faire la file.

[00:10:53] Michel: Alors je vais te demander, avant qu’on se quitte, de me donner l’adresse d’un site internet où on peut se rendre pour aller s’informer, parce que le podcast est un peu court, on est dans le bruit (Victor Kisielewicz: Oui bien sûr, bien sûr) donc on ne fait pas quelque chose de très long, mais je crois qu’on a attiré la curiosité des auditeurs et auditrices (Victor Kisielewicz: Ah j’espère, j’espère). La meilleure façon de se renseigner mieux, c’est de vous contacter. Le premier point de contact c’est le site internet.

[00:11:09] Victor Kisielewicz: Trois fois W, BatiTerre point be (Michel Godart: Voilà), là vous aurez déjà toutes les informations sur nos différents services, les accompagnements qu’on peut vous proposer. Vous avez aussi un lien directement qui renvoie vers notre catalogue, où vous trouverez tous les matériaux qu’on propose, qui sont forcément mis à jour, on essaye au jour le jour, selon les rentrées et les récupérations qu’on fait. Via ça vous avez aussi les différents contacts pour les besoins et les différents services qu’on propose.

[00:11:30] Michel: J’imagine qu’il y a quand même des matériaux, franchement, avec la meilleure volonté du monde, on sait pas récupérer (Victor Kisielewicz: Oui, oui). Alors c’est quoi le challenge et c’est quoi ces matériaux où là on sait qu’on doit baisser les bras parce qu’on n’a pas de solution pour l’instant. Je dis bien « pour l’instant » (Victor Kisielewicz: Pour l’instant, exact). Les sciences et les recherches évoluent.

[00:11:42] Victor Kisielewicz: Ouais, donc ça effectivement, ben nous on a appris à faire des choix, a aussi un petit peu à s’aligner à la demande, mais au-delà de la demande on s’est aussi aligné à ce qui était possible et ce qui était moins contraignant.

[00:11:51] Michel: Ma question elle a aussi un autre but, c’est (Victor Kisielewicz: Ouais) qu’on ne vienne pas vous contacter pour vous filer des matériaux qui finalement (Victor Kisielewicz: Ouais, ouais, ouais), vous allez devoir dire non et c’est une tare, tu vois?

[00:11:57] Victor Kisielewicz: Le premier qui me vient en tête, c’est le verre.

[00:11:59] Michel: Le verre est difficile à recycler?

[00:12:00] Victor Kisielewicz: Quand je dis le verre, je parle des parois vitrées, je parle des portes en verre, 100 % en verre. Malheureusement c’est un matériau qui est magnifique, que je pense qui apporte un certain cachet dans des projets, qui peut avoir son utilité. Mais malheureusement, c’est un matériau fragile, c’est un matériau qui demande énormément de coûts de manutention et de logistique, et qui pour nous, malheureusement, apporte trop de contraintes par rapport à ce qu’on peut offrir derrière et qui du coup va… Le problème c’est que le produit qu’on va récupérer va du coup atteindre un coût trop élevé si on veut pouvoir le rentabiliser (Michel Godart: Toujours ce problème d’argent hein?). Toujours ce problème d’argent, malheureusement. Donc voilà, c’est un matériau qui est compliqué et qui malheureusement en plus n’a pas non plus encore de solution idéale de recyclage.

[00:12:35] Michel: Bon, les ingénieurs qui nous écoutent, et ingénieures.

[00:12:37] Victor Kisielewicz: Ouais, non là il faut pouvoir se pencher sur la question, je pense qu’il y a pas mal d’initiatives qui sont déjà en cours. Mais voilà, c’est un matériau, enfin on le voit encore, nous, dans des bâtiments qui vont être démolis. C’est que des façades vitrées sont arrachées à la grue…

[00:12:46] Michel: Mais quand je fais un appel à l’ingénieur, c’est pas seulement la recherche sur des solutions parce qu’il y en a certainement, (Victor Kisielewicz:Ouais) c’est plutôt comment faire en sorte que les solutions soient tellement économiques, qu’elles soient possibles (Victor Kisielewicz: Ouais, exact) et rentables pour vous (Victor Kisielewicz: Ça serait idéal). Ça aussi c’est une forme de recherche (Victor Kisielewicz: Exact, exact, ça serait idéal), on va quand même le signaler. On peut rêver hein Victor?

[00:13:02] Victor Kisielewicz: Il faut rêver (Michel Godart: On rêve), il faut rêver.

[00:13:04] Michel: Je crois que ce sera le mot de la fin de ce podcast. Qu’est-ce que t’en penses?

[00:13:06] Victor Kisielewicz: Un tout grand merci.

[00:13:07] Michel: Merci à toi (Victor Kisielewicz:Tout à fait) et à très bientôt. Dans le texte du podcast, chers auditeurs et auditrices, il y a un lien. Si vous cliquez sur ce lien, il y a un répondeur vocal et vous pouvez laisser un message vocal à Victor, je lui transmettrai. N’hésitez pas à poser une question. À très bientôt pour de nouvelles aventures podcast.

[00:13:19] Michel: Vous avez écouté un épisode podcast Kaya, parole d’écopreneur: des parcours inspirants de celles et ceux qui entreprennent autrement. Un podcast Kaya avec le soutien de la « Loterie Nationale ».

Tous nos podcast de Midoricast

Play

#PodiBUZ, la marque éditoriale de The Podcast Factory Org ASBL-VZW.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.