Vanakkam ASBL : « Podcasthon » – Épisode Bonus #006 Le Podcast High Tech

Vanakkam ASBL : « Podcasthon » – Épisode Spécial #006 Le Podcast High Tech
Dans cet épisode bonus qui rentre dans le cadre du Podcasthon, un évènement organisé par Altruwe et qui comptabilise plus de 350 podcasteur.ice.s depuis cet enregistrement, nous avons choisi de mettre en avant l’ASBL « Vanakkam ».
Et nous vous invitons à faire un don pour cette association visant à réduire la pauvreté, la faim dans le monde, à rendre l’eau potable accessible à tous, à prodiguer des soins médicaux aux populations qui n’en ont pas les moyens, à assurer la scolarité des enfants et améliorer les moyens de communication.
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À notre micro nous recevons une véritable passionnées de la médecine, une personne pour qui le serment d’Hippocrate le Grand signifie réellement quelque chose et prends tout son sens : le docteur Fabienne Nsanze (Blanche).
Dans cet épisode spécial Podcasthon (un évènement proposée par Altruwe) pour notre projet « Le Podcast High Tech », il nous a semblé une évidence de choisir cette association en particulier tant elle est indispensable dès la première couche des besoins repris dans la pyramide de Maslow !
Ce projet revient pour parler Tech et éthique, le podcasthon ne pouvait mieux tomber…
Blanche, elle, rentre juste de l’Inde au moment où nous enregistrons ce podcast, elle y était accompagnée du photographe professionnel Nyl Baczynskyj qui nous fournis les photos qui illustreront le format vidéo de ce podcast, mais aussi des photos qui, à elles seules, parleront et témoigneront de la situation sur place ainsi que des actions portées par cette association sur le terrain.
Vanakkam ASBL oeuvre et concrétise des projets visant à réduire la pauvreté, la faim dans le monde, à rendre l’eau potable accessible à tous, à prodiguer des soins médicaux aux populations qui n’en ont pas les moyens, à assurer la scolarité des enfants (au moins pour le cycle primaire) et améliorer les moyens de communication.
Vanakkam signifie bonjour en tamil (ou tamoul), la langue régionale parlée dans le sud de l’Inde dans l’État du Tamil Nadu (Madras). C’est aussi la langue officielle à Singapour, au Sri Lanka, en Malaisie et en Birmanie.
Le thème du High Tech, les évolutions tant technologiques que médicales, ne doivent pas nous distraire d’une réalité bien triste : l’homme investit à coup de milliards pour la conquête de l’espace, devenu un lieu touristique pour les plus fortunés, mais pendant ce temps des populations n’ont même pas de l’eau potable et ne peuvent scolariser leurs enfants…
Et si Vous… Nous, changions la donne ? Un don, même symbolique, fera déjà la différence ! Si vous n’en avez pas les moyens : partagez, commentez et likez ce podcast pour lui permettre un maximum de visibilité ! Grâce à ce geste une personne qui a plus de facilités pourra le découvrir et faire un don !
Autre suggestion : laissez un message vocal de gratitude ou d’encouragement pour cette association et son équipe ! Précisez dans votre message si on peut le partager sur les réseaux et ainsi faire entendre votre voix ! Nous relayerons et diffuserons si vous l’autorisez ! Le voicemail c’est par ici !
Liens utiles :
- Site Internet de l’ASBL
- Le site du Podcasthon pour vos dons !
- Site Internet d’Altruwe
Écoutez ce podcast via notre chaîne Youtube (abonnez-vous : merci! ) :
Séquençage du podcast, épisode bonus du « Podcasthon », avec Vanakkam :
- 00:18 Introduction, contexte Podcasthon et présentation de l’invitée
- 02:04 La médecine : une passion et un dévouement aux autres
- 04:03 La santé fait partie de l’équation de la transition et de l’écologie qui nous préoccupe tant
- 05:17 Présentation de Vanakkam ASBL
- 06:04 On parle de misère ou d’autre chose ?
- 07:25 L’élément déclencheur du projet Vanakkam : une rencontre
- 07:50 Signification du mot Vanakkam
- 08:12 Qui a créé l’association Vanakkam ?
- 09:23 Le message de Vanakkam porté par les enfants
- 10:02 La mission de l’ASBL Vanakkam se définit comment ?
- 10:30 À peine rentrée d’Inde avec un voyage organisé par Vanakkam
- 11:03 Les conditions de logement sur place
- 11:54 Une présence pour Vanakkam : le médical uniquement ?
- 12:17 Un accès à un hôpital ?
- 13:31 Des enfants déscolarisés donc au travail ?
- 14:17 Une présence de Vanakkam régulière sur place ?
- 14:24 Un suivi sur place de Vanakkam : ce qui se passe et ce qui est fait de l’argent
- 14:49 Les enfants font un spectacle, ils chantent pour remercier Vanakkam
- 15:20 Vanakkam récolte-t-elle assez de dons ?
- 15:44 Les réalisations de Vanakkam sur place pour toutes ces années
- 16:18 Une salle informatique créée par Vanakkam, un besoin devenu presque incontournable
- 17:19 Une solidarité entre villes et villages ?
- 18:26 La gestion des déchets : un véritable défi
- 19:49 Une image de saleté, un cliché
- 20:29 Les besoins criants, urgents, identifiés par Vanakkam
- 21:44 Et sur le plan médical ?
- 22:44 Le plus éprouvant quand on est en mission sur place avec Vanakkam
- 23:18 De fortes convictions, des valeurs qui restent présentes quoi qu’il arrive
- 24:12 Une gratitude énorme là-bas, un sentiment de dû ici
- 25:22 Apprendre à gratifier la vie
- 25:56 Appel aux dons
- 26:07 L’adresse du site et où faire des dons
- 26:11 Combien de temps passé sur place ?
- 27:28 Pas de possibilité de faire un don ? Vous pouvez quand même agir, on vous explique et clôture du podcast
Le transcript du podcast, épisode bonus du « Podcasthon », avec Vanakkam :
Télécharger la transcription du podcast : Vanakkam (sans les times codes pour les assistants de lecture).
Michel Godart: [00:00:00] Ce projet podcast est une initiative créée et proposée par l’ASBL « The Podcast Factory Org » avec le sponsor des transforma bxl – Innovation Playground. Et vous retrouvez tous les épisodes sur le site« What’s Your Story .be »
Jingle intro: [00:00:16] Recherche de fréquence radio (mode anciens postes de radio : grésillements), une chaîne se capte et le son se stabilise : on entend « You’r listening The Podcast Factory ».
Michel Godart: [00:00:18] Bienvenue pour un nouvel épisode « Le Podcast High Tech » Belgique. C’est un épisode très spécial aujourd’hui puisqu’on rentre dans l’action du Pocasthon, et le Podcasthon c’est quoi ? C’est plus de 300 podcasteurs et podcastrices qui ont décidé d’octroyer un épisode spécial dans leur série à une association qu’ils ont envie de stimuler, de sponsoriser et de promouvoir auprès de vous, chers auditeurs, afin que vous puissiez faire des dons et vos dons seront bienvenus via le site du podcasthon.org. Alors, moi aujourd’hui, dans cette émission, j’ai choisi de recevoir une association qui est Vanakkam et elle est représentée par Blanche Nsanze. Est-ce que tu peux tout d’abord commencer cette interview par une petite présentation ? Donc nous dire un peu qui tu es dans la vie, ce que tu fais et surtout pourquoi est-ce que tu as rejoint cette association ? Et puis après on va passer à l’explication de qu’est-ce que cette association fait concrètement.
Blanche Nsanze: [00:01:06] Eh bien je suis médecin de formation, depuis déjà plus d’une vingtaine d’années. Je suis active dans beaucoup de domaines de la médecine puisque je trouve qu’il y a très peu de spécialités qui peuvent, à elles seules, prendre la santé dans sa globalité. Je suis médecin du travail à 100 %, je suis médecin coordinateur dans un home pour personnes handicapées 10 %. Je suis médecin spécialisée en médecine fonctionnelle et régénérative et esthétique 50 % et je suis impliqué dans des missions sur le terrain humanitaire depuis de nombreuses années. J’ai aussi fait des missions pour BEFAST lors des catastrophes naturelles dont étaient victimes certains pays. Donc voilà, dès que j’ai un peu de temps libre, je suis toujours médecin… Donc je fais de la médecine bénévolement, par plaisir et par envie d’apporter ma petite pierre à l’édifice de la santé.
Michel Godart: [00:02:04] Ce qui m’impressionne, Blanche, c’est qu’en fait tu dis « Ben je vais approcher la médecine dans sa globalité » et tu la vis pleinement dans sa globalité en fait. Tu nous parles d’esthétique, tu nous parles d’handicap, tu nous parles de dévouement de soi… Et je dirais que la façon dont je reçois, moi, ton message, c’est que tu es une passionnée en fait.
Blanche Nsanze: [00:02:20] Ah ben oui, moi je suis médecin 24 h sur 24, tout le temps.
Michel Godart: [00:02:22] H24 et sept sur sept.
Blanche Nsanze: [00:02:24] Je ne trouve pas ça comme « un métier ». J’allais dire, si devait avoir des points de comparaison, c’est comme ça que devraient être les enseignants.
Michel Godart: [00:02:32] La vie de tous.
Blanche Nsanze: [00:02:32] La vie de tous. On est, (Michel : C’est Socrate!) on est habité.
Michel Godart: [00:02:35] Fais de ton métier une passion et tu ne travailleras plus jamais un jour de ta vie… Donc en fait tu ne bosses pas!
Blanche Nsanze: [00:02:39] Non, moi je bosse pas (Michel : Rires). C’est ça, c’est exactement ça.
Michel Godart: [00:02:42] Tu te laisses le temps de t’occuper des autres (Blanche Nsanze : C’est ça)
Blanche Nsanze: [00:02:44] Et puis j’adore, si je ne faisais pas ça je ne sais pas qu’est-ce que je ferais d’autre! Donc heu… Et dans la vie de tous les jours j’ai l’impression que donner un conseil certains diraient « Ben t’as fait une consultation » Ben, j’ai, on m’a posé une question, j’ai la réponse, je l’ai donnée, donc j’ai un peu du mal à (Michel : Tu es dans l’humain) à différencier le moment où je travaille officiellement et le moment où ben ce n’est pas du travail puisque ça revient toujours à la même chose. Quelqu’un a un problème, il pose une question, si je la réponse, je la donne, si je ne l’ai pas, je la cherche… Et si je la trouve pas, je la cherche encore parce que…
Michel Godart: [00:03:19] Tu es curieuse.
Blanche Nsanze: [00:03:19] Je suis curieuse et je pense que dans la vie il y a toujours une réponse. Souvent on n’a pas les outils pour la trouver. Et en médecine, je suis souvent confrontée à ce genre de dilemme. Il y a un prof qui m’avait dit, et je l’avais bien retenu, vous ferez de la médecine des cas désespérés. Ca veut dire je vois beaucoup de gens qui ont fait un parcours incroyable, ils ont cherché, et on leur a répondu Vous n’avez rien. Je trouve ça inadmissible. Si les gens sentent qu’ils ne sont pas bien, c’est qu’ils ont quelque chose. Alors à nous de trouver ce qu’ils ont et leur trouver la solution pour qu’ils aillent mieux. Parce que c’est trop facile de dire non, non, non, mais en fait on a fait tous les examens, Vous n’avez rien! Ben non, les examens qu’on a fait n’ont pas pu mettre en évidence de quoi vous souffrez, ça c’est une bonne réponse et on continue à chercher. Donc voilà.
Michel Godart: [00:04:03] Je n’ai qu’un mot : respect, parce que franchement tu places déjà la barre très haute. On parle d’environnement et de transition et moi j’ai inclus, je suis pratiquement persuadée que tu seras d’accord avec moi, la santé fait partie de l’équation de la transition et de l’écologie.
Blanche Nsanze: [00:04:13] Oh ben ça c’est (Michel : C’est clair) le moins qu’on puisse dire, la moitié de mes patients en médecine fonctionnelle sont en burnout. Il y a un dysfonctionnement socio-organisationnel et on remet tout à du psycho-individuel. Comme si les gens qui ne supportent pas cette société schizophrénique, c’était leur faute. Non, non, on n’est pas obligé d’être (Michel : Non, c’est la société qui est malade). La société est malade et les gens qui n’arrivent pas à prendre la distance nécessaire avec un « pokerface » pour survivre, eh bien il en souffrent et ils développent des maladies bien réelles. Alors c’est le stress, le stress a bon dos, mais les mécanismes biologiques ou psychobiologiques, physio-pathologiques derrière le stress, ils sont bien réels. La fatigue des surrénales c’est pas un concept, une vue de l’esprit, ça se mesure avec une prise de sang.
Michel Godart: [00:05:00] Et on ne peut pas l’inventer
Blanche Nsanze: [00:05:02] Et on ne peut pas l’inventer (Michel : Clairement). Et c’est une épidémie que je dois dire que dans les sociétés, entre guillemets, moins développées, les gens ne souffrent pas. Donc peut-être que, qu’il y a une solution à revenir basiquement à nos besoins primordiaux.
Michel Godart: [00:05:17] Alors, ce n’est évidemment pas le sujet de ce podcast aujourd’hui, mais ça me donne juste envie de faire une chose, c’est de te réinviter pour une prochaine émission, parce que ce serait un superbe débat à avoir avec toi, tu es la mieux placée je pense pour ça. On a déjà démontré par ton témoignage ici que tu es une action sociale locale, mais tu vas plus loin, tu vas ailleurs porter ton message, tes activités, et ton dévouement, et ton don de toi. Et on va parler de Vanakkam. Est-ce que tu peux me dire, Blanche, en quelques mots, qui est Vanakkam et qu’est-ce qu’ils font ?
Blanche Nsanze: [00:05:42] Alors Vanakkam c’est une A.S.B.L qui a été créée en 2007 à l’initiative de citoyens, de la région de Frasnes-lez-Anvaing dans le Hainaut, dans la Wallonie picarde. Et ces gens avaient rencontré une personne qui venait d’un petit village qui s’appelle Arcot Kuppam et qui leur avait parlé de la situation dans laquelle les habitants du village étaient.
Michel Godart: [00:06:04] On parle de misère.
Blanche Nsanze: [00:06:04] C’est la misère, donc ce sont des paysans qui vivent de leurs récoltes, qui ont quelques animaux comme des chèvres ou des moutons, des poules, mais qui ont tout juste à peine (Michel :De quoi survivre) de quoi survivre. Dans les villages comme chez nous ou comme par-là, on est moins pauvres que dans les villes. Donc ce n’est pas des mendiants, ils ne meurent pas de faim, mais ils mangent très peu. Heureusement qu’il y a de la solidarité dans le village entre eux pour pouvoir troquer.
Michel Godart: [00:06:34] Et les aider à tenir peut-être.
Blanche Nsanze: [00:06:36] Les aider à tenir et puis, si quelqu’un a une meilleure récolte de riz et que son voisin a des œufs, ils vont faire du troc. Mais par rapport à nos standards, c’est la misère la plus totale. Ce qui est marquant, c’est que les gens ont toujours un grand sourire, mais ils n’ont rien de superflu. Ils sont contents s’ils ont juste un toit, de l’eau, qu’ils n’ont pas toujours, ils vont dans la rivière pour se laver et cuisinent à même le sol, les images…
Michel Godart: [00:07:05] Ce qui serait ici insoutenable quoi.
Blanche Nsanze: [00:07:07] Voilà, c’est complètement insoutenable. Mais déjà, je ne suis même pas sûr qu’on arrive à faire du feu sans avoir du gaz. Enfin là, euh je ne sais même pas comment ils font du feu, ils ont pas d’allumettes. Je suppose qu’ils font avec une méthode ancienne.
Michel Godart: [00:07:19] Des méthodes ancestrales, oui
Blanche Nsanze: [00:07:20] Des méthodes ancestrales. Il n’y a pas d’électricité, il n’y a pas d’eau courante, il n’y a pas d’égouts. Les toilettes, il n’y a pas.
Michel Godart: [00:07:25] Et donc ces citoyens se sont dit « Ben, on va aider ce village » parce que ce monsieur les a sensibilisés en fait.
Blanche Nsanze: [00:07:29] Oui, tout à fait. Ils ont créé l’association, ils ont été sur place, ils ont vu, ils ont rencontré le chef du village. Le chef du village, il fait tous les rôles : il est le médiateur, il organise la vie du village, il s’occupe du culte, il fait le culte, il fait la fonctions de maire, il gère les conflits entre les gens.
Michel Godart: [00:07:50] Qu’est-ce que ça veut dire le mot Vanakkam, il a du sens, il a une signification ?
Blanche Nsanze: [00:07:54] Vanakkam en tamoul, qui est la langue locale, c’est l’Inde du Sud, le Tamil Nadu, parce que bon l’Inde c’est un sous-continent, donc ils sont 1 400 000 000 d’habitants, ça veut dire « bonjour ». Tout le temps, pendant la journée, quand tu croises les gens, tu dis Vanakkam.
Michel Godart: [00:08:07] Tu cites l’ASBL tous les jours.
Blanche Nsanze: [00:08:08] Ah ouais, t’es dit Vanakkam, Vanakkam et les gens te répondent Vanakkam. Tout le monde est toujours content de nous voir.
Michel Godart: [00:08:12] Qui sont ces braves bénévoles qui ont créé l’association ? Est-ce que c’est les mêmes personnes depuis le début ? Comment ça se passe ? Et qui sont les personnes clés ?
Blanche Nsanze: [00:08:18] En fait les membres fondateurs c’est un couple, c’est Isabelle Delbecq qui est notre actuelle présidente et son mari Alex Opielka, ils sont là depuis le début, depuis 2007. Tous les membres de l’association sont des bénévoles, ils ont tous été plusieurs fois en Inde, ils se relaient à tour de rôle pour faire le voyage mais Isabelle et Alex, c’est le moteur de l’association. C’est eux qui organisent le voyage tous les deux ans, qui sensibilisent autour d’eux pour que des groupes différents puissent avoir accès à ce voyage. Et localement, au niveau des écoles communales de la commune de Frasnes, ils sont aussi très actifs pour que les enfants de sixième primaire puissent partir en voyage avec eux et leur faire découvrir l’Inde via le village d’Arcot Kuppam. Et c’est d’ailleurs comme ça que j’ai aussi connu Vanakkam puisqu’en 2014 ça m’avait été proposé alors que mon fils était en sixième primaire, et quand deux ans plus tard, j’avais un autre fils qui était en sixième primaire, je suis retournée. Maintenant j’ai plus d’enfants en sixième primaire mais je suis quand même retournée… (Michel : Rires)
Michel Godart: [00:09:23] Tu es restée l’enfant qui va, qui retourne sur place.
Blanche Nsanze: [00:09:26] Qui retourne sur place, mais les petits ambassadeurs, c’est comme ça qu’on les appelait, les petits ambassadeurs. Frasnois pour l’Inde, ce sont eux aussi qui ont permis de porter ces projets parce que les enfants sont des excellents ambassadeurs. Leur témoignage, quand ils rentrent chez eux dans leur famille, a vraiment un impact et c’est sur ce modèle là que ça a fonctionné et que ça fonctionne depuis des années. Le Covid un petit peu perturbé le dernier voyage et c’est comme ça que cette année les enfants n’étaient plus de la partie. Enfin très peu, avec deux enfants qui étaient de la partie, mais c’était lié au fait que le voyage de 2020 (Michel : A chamboulé les choses), a chamboulé…
Michel Godart: [00:10:02] Ben on va revenir à ça. En tout cas, moi je vais déjà aussi faire un petit coucou à tous ces enfants et les remercier, et leur dire bravo parce que vous changez la société. Alors merci les enfants, vous êtes super ! Ils ont le cœur neutre et naturel, et pur surtout. La mission de l’ASBL s’est définie comment ?
Blanche Nsanze: [00:10:15] Trois axes principaux : l’accès à l’eau potable, l’éducation, la santé, par des actions concrètes. Une des premières actions, ça a été la construction d’une école. Ils ont construit l’école, ça a pris un certain nombre d’années et puis chaque fois qu’on y retourne on va voir comment va l’école, une année, on a repeint l’école…
Michel Godart: [00:10:30] Je précise que tu reviens juste d’Inde, même pas sept jours après, malgré la fatigue et la différence des horaires et ton travail, et ton emploi du temps surchargé. J’aimerais souligner la bonté, ton dévouement de venir en plus aussi encore témoigner au micro pour aider cette association et être leur ambassadrice aujourd’hui en fait.
Blanche Nsanze: [00:10:45] Oui, mais c’est vraiment avec plaisir. Moi ça fait la troisième fois que j’allais à Arcot (Michel : En Inde) et je dis Arcot Kuppam parce que Arcot. Bon, il y a l’Inde, on pourrait aller, les gens vont en Inde (Michel : Ouais) de manière touristique, Il y a des magnifiques choses à voir, des beaux temples, apprendre à connaître leur culture en visitant les sites touristiques. Mais nous, on vit au village dans Arcot…
Michel Godart: [00:11:03] Pas dans un hôtel cinq étoiles !
Blanche Nsanze: [00:11:05] Ah alors là, non, pas du tout, pas du tout. On a logé dans une maison qui a été réaménagée pour nous parce que quand on ne vient pas, elle est plutôt à l’abandon. Donc ils se sont quand même bien démenés pour pouvoir nous accueillir. Ils ont fabriqué les lits avec des matières recyclées, on paye pour qu’ils les fabriquent et après le chef du village les redistribue aux habitants. Comme ça, d’un côté ben nous on a pas transporté de lits pour arriver, et puis après, les lits ils servent aux plus démunis du village. Comme on a pas d’eau, ils ont réactivé un service de pompes là pour avoir de l’eau dans une sorte de grande citerne. Puis on avait dit à tout le monde de ramener des pastilles de chlore. On leur a laissé les pastilles de chlore parce que c’est bien d’avoir, d’arriver à pomper l’eau, mais bon il faut quand même un petit peu la désinfecter. Donc on leur a laissé les pastilles de chlore, donc c’est à l’ancienne, c’est comme si on campait.
Michel Godart: [00:11:54] Tu as dit y a trois volets, toi tu vas là pour le côté médical uniquement ?
Blanche Nsanze: [00:11:56] Oui, principalement. Après, je participe à la vie dans le village avec les autres participants du voyage, mais les villageois sont informés que nous venons et qu’il y a un médecin qui est présent. Je les reçois et il y a toutes sortes de pathologies.
Michel Godart: [00:12:11] Dues à l’insalubrité et le manque d’hygiène. Parce que tu me dis il n’y avait pas d’égout.
Blanche Nsanze: [00:12:15] C’est surtout des plaies, des plaies non soignées donc heu…
Michel Godart: [00:12:17] Ils ont pas d’hôpital ?
Blanche Nsanze: [00:12:19] Ben si il y a un hôpital, mais il faut être riche pour aller à l’hôpital.
Michel Godart: [00:12:21] Je formule ma remarque autrement, ils n’ont pas accès à l’hôpital…
Blanche Nsanze: [00:12:24] Voilà, ils n’ont pas accès à l’hôpital. D’ailleurs, le chef du village, lui, est quand même gravement malade. La famille s’est vraiment endettée et a dû vendre des terres pour pouvoir payer les soins. Donc il avait, il y a quelques années, j’ai encore des photos, je me disais « Tout autour il y avait des belles rizières ». Et ben ils ont dû vendre leur terrain pour pouvoir soigner le papa. L’accès est conditionné aux moyens financiers, ça c’est clair et on peut y aller à la limite une fois par semaine, mais c’est déjà le parcours du combattant. Donc là, les soins de plaies avec des abcès, on se comprend bien ça fait plus de six mois qu’il a son abcès, donc évidemment qu’il ne va pas très bien. Parce qu’ils travaillent à pied nu dans les rizières, donc courbé en deux. Donc à part les plaies non soignées, il y a les douleurs articulaires liées au fait d’être aussi longtemps dans l’eau. Donc il y a quand même beaucoup de douleurs articulaires et douleurs de dos. Parfois il y a des plaies de brûlures parce que le système électrique est tellement défaillant qu’ils se font électrocuter. Il y a quand même beaucoup de brûlures d’électrocution. S’ils ne sont pas morts, ils sont vraiment bien brûlés. Voilà, donc j’avais pris du matériel pour pouvoir soigner ces pathologies-là. Je leur ai laissé sur place en expliquant comment ils pouvaient utiliser ne fût-ce qu’avoir du désinfectant (Michel : C’est déjà un changement quoi!) et des pansements… Ben oui !
Michel Godart: [00:13:31] Mais ça veut dire aussi que les enfants sont au travail ? Bon, il y a une école qui a été créée mais il étudiait pas avant alors, ils travaillaient ?
Blanche Nsanze: [00:13:37] Ça dépend du niveau socioéconomique de la famille. Les très, très, pauvres : on voit bien que les enfants ne vont pas à l’école. Mais si la famille a assez de revenus, ils peuvent se permettre d’envoyer les enfants à l’école. Donc dans le village…
Michel Godart: [00:13:50] Il y a déjà des injustices dans le village même si je comprends bien.
Blanche Nsanze: [00:13:52] Ben oui, il y a certains enfants qu’on voit bien qui ne vont pas à l’école. Bien que l’école soit normalement obligatoire… Ils travaillent mais d’une manière qui pourrait nous sembler pour nous pas nécessairement pénible. Ils gardent les troupeaux de chèvres, ils ramassent du bois, parce que ramasser le bois sec ça permet de faire du feu pour pouvoir cuisiner. C’est du travail sans que je n’ai en tout cas vu qu’ils faisaient du travail lourd, ça non. Mais conduire les animaux, c’est souvent les femmes et les enfants.
Michel Godart: [00:14:17] Ce voyage, il est régulier, tu vas régulièrement là-bas chaque année ou… ?
Blanche Nsanze: [00:14:20] Ce n’est pas chaque année. Les membres de l’association essayent d’y aller tous les deux ans.
Michel Godart: [00:14:24] Donc il y a un suivi tous les deux ans (Blanche Nsanze : Oui), sur place, de ce qui se passe et de ce qui est fait de l’argent finalement ?
Blanche Nsanze: [00:14:28] Tout à fait. C’est parce qu’on a des personnes de confiance au village. Ce n’est jamais à des personnes inconnues entre guillemets, et c’est sans intermédiaire. Le seul intermédiaire, c’est ces personnes-là, mais ça ne passe pas par les instances officielles. Et on a rencontré les gens qui avaient reçu l’argent, ils nous ont reçus, ils nous reçoivent tout le temps en grandes pompes.
Michel Godart: [00:14:47] Mais ils vous montrent aussi ce qu’ils ont fait de l’argent.
Blanche Nsanze: [00:14:49] Oui, ils nous montrent mais en plus ils nous le montrent. Enfin les enfants ils font un spectacle, ils chantent.
Michel Godart: [00:14:56] Il y a une gratitude qui est présente.
Blanche Nsanze: [00:14:57] Bah oui, on est reçu comme si on disait des Princes, c’est un [00:15:00] truc de fou. Par exemple, je voyais bien qu’ils n’avaient pas de quoi nous offrir à boire, par exemple. Eh bien, ils ont partagé une pastèque. Donc on a tous eu un morceau de pastèque (Michel : Trop fort). Donc bien évidemment, il fait chaud, il fait 30 degrés, tout le monde a soif mais… Voilà donc c’est leur façon de nous recevoir s’ils ont pas d’eau à nous donner, ou d’autres choses, mais ils ont coupé une pastèque.
Michel Godart: [00:15:20] Tu m’as dit depuis quand l’association elle existe ? (Blanche Nsanze: 2007). 2007, donc ça fait quand même quelques années. Alors les résultats pour toutes ces années de travail et d’investissement, de récolte de dons. Déjà, est-ce que vous récoltez assez de dons ?
Blanche Nsanze: [00:15:30] Mais pour l’instant on fonctionne sur un mode très classique, on fait des soupers…
Michel Godart: [00:15:36] Des actions ici pour récolter de l’argent pour là-bas. C’est ça ? (Blanche Nsanze : Oui, oui) D’accord.
Blanche Nsanze: [00:15:39] C’est principalement des soupers. Et alors on cuisine indien, et on fait des soupers indiens.
Michel Godart: [00:15:44] Alors, les réalisations donc sur toutes ces années de l’association là-bas. Donc, ils ont contribué à créer un puit, si j’ai bien compris, une école.
Blanche Nsanze: [00:15:50] Oui, il y a plusieurs écoles, donc il y en a en plusieurs (Michel : Ah oui quand même) villages. Oui, autour d’Arcot. Donc y a l’école d’Arcot, il y a l’école de Nédumbaram, il y a encore une autre école à Arakkonam, donc ce sont les écoles primaires. Après, il y a une ville que j’oublie le nom, c’était une école pour les filles, pour qu’elles apprennent à coudre. Et puis à Chennai c’était un centre social tenu par un père capucin, et là on a acheté les PC. Parce que…
Michel Godart: [00:16:18] Une salle informatique.
Blanche Nsanze: [00:16:19] Oui, une salle informatique. Parce que le but de ce service Center, c’est de développer l’autonomie des gens localement pour qu’ils aient accès au monde du travail. Et donc, comme partout, les compétences informatiques sont importantes et donc pour lutter contre la fracture numérique. Mais ça c’est Chennai, Chennai c’est Madras, c’est la capitale du Tamil Nadu. Donc là ils sont en ville, et donc en ville c’est important d’avoir aussi les compétences numériques pour pouvoir s’insérer dans le marché du travail. Les vitesses d’évolution sont quand même très dépendantes de où tu vis.
Michel Godart: [00:16:50] C’est disparate en fait.
Blanche Nsanze: [00:16:52] Arcot c’est le village, village, on ne va même pas parler du fait d’avoir accès à Internet. Alors qu’en ville, Chennai je ne sais pas combien de millions d’habitants, mais c’est vraiment une mégalopole importante. Et donc ils ont les problèmes des villes où les gens ne savent pas cultiver. S’ils doivent survivre, ils doivent survivre en ayant un travail et le travail des villes passe quand même en partie par le fait d’avoir accès à l’informatique et de comprendre comment ça fonctionne.
Michel Godart: [00:17:19] J’ai une question qui va te paraître peut être bête pour quelqu’un qui n’est jamais allé sur place, qui comprend pas forcément à la réalité sur place, et c’est peut-être une question que les auditeurs vont se poser. Tu dis il y a une solidarité locale entre les paysans, dans le village, entre les gens du village. Est-ce qu’il y a une solidarité qui pourrait être existant entre les villes qui sont peut-être un peu plus aisées, et ces villages où il n’y a pas de lien qui se fait ? Il n’y a pas de sensibilisation dans ce sens, localement ? Parce que c’est quand même un pays l’Inde, c’est énorme.
Blanche Nsanze: [00:17:42] Quand on pense que l’Europe toute entière c’est 500 millions d’habitants et que l’Inde c’est 1 400 000 000 d’habitants. C’est un peu comme si vous me demandiez s’il y a un lien entre Bruxelles, quand on dit Bruxelles la capitale de l’Europe, et un petit village au sud du Portugal… Les distances sont tellement grandes. On a vu sur la route qu’ils commençaient à faire des routes macadamisées avec des égouts, mais ça c’est plus on se rapproche des grandes villes. Donc on dit « oui là ça va, ils vont faire des égouts ». Mais au village on n’a pas le macadam qui arrive au village mais alors là les égouts, on n’y est pas encore du tout.
Michel Godart: [00:18:17] Et la ville la plus proche ne peut rien faire ou ne va pas aller dans cette capacité.
Blanche Nsanze: [00:18:22] Ce qu’on appelle la ville la plus proche, elle n’a pas non plus encore ses égouts hein !
Michel Godart: [00:18:26] À un moment on se dit tiens, il y a quand même une proximité relative on va dire. C’est clair par rapport à notre territoire, on pourrait se dire tiens, il y a quand même une aide qui peut s’instaurer localement aussi.
Blanche Nsanze: [00:18:34] En tout cas, je pense que le défi est tellement énorme (Michel : Oui c’est ça), c’est inimaginable que… Ça viendra des citoyens. Je ne vois pas comment l’État à lui tout seul, vous allez voir sur les photos quelque chose qui, en tant qu’Européen, choque quand on arrive pour la première fois en Inde, après on s’habitue malheureusement, c’est les déchets. Donc ici on est drillé à trier les déchets, là-bas, il n’y a pas de service de collecte des immondices. Alors les déchets organiques, les gens ils les compostent, ça, ça va. Mais les plastiques (Michel : Oui, ça c’est l’horreur), les plastiques, ça c’est l’horreur. Il n’y a pas de ramassage des plastiques, alors ils recyclent ce qu’ils peuvent. Donc par exemple, nous, on nous avait bien dit ne pas écraser vos bouteilles d’eau parce qu’ils vont réutiliser les bouteilles d’eau et reconditionner, réutiliser, les reconditionner. Mais à part faire ça, si c’est pas organisé à un niveau supérieur, je ne vois pas comment le citoyen tout seul. Enfin, il faut un peu se dire aussi que chez nous, si les éboueurs font la grève pendant une semaine, la ville ne ressemble plus à rien. Donc là-bas, si il y en a pas du tout, qui n’a jamais eu…
Michel Godart: [00:19:37] On imagine l’ampleur.
Blanche Nsanze: [00:19:38] L’ampleur elle est énorme. Ils font ce qu’ils peuvent je pense, à certains endroits on voit qu’il y a des décharges auxquelles ils mettent le feu pour ces incinérateurs à ciel ouvert mais…
Michel Godart: [00:19:47] Ca reste un défi quoi !
Blanche Nsanze: [00:19:49] C’est ça que Monsieur tout le monde par ici se dit « Ah l’Inde c’est sale ». C’est sale sur les places ou sur le territoire public. Parce que devant chaque maison, mais ça c’est impressionnant, au village, tous les jours, les femmes nettoient la terre battue devant leur maison. Tout autour, vous voyez, il y a des immondices, mais devant leur maison, c’est balayé, propre. Mais la maison est propre, les gens sont très propres, mais naturellement ils ne savent pas.
Michel Godart: [00:20:16] Il doit faire avec leur contexte dans lequel ils vivent.
Blanche Nsanze: [00:20:18] Ben ils ne savent pas gérer la saleté de leur ville. Ils savent gérer leur propre domicile, et leur jardin, et des choses comme ça, mais pour le reste… Et je les comprends, mais en tout cas…
Michel Godart: [00:20:29] Quels sont les besoins criants, urgents, qui manquent encore là-bas pour changer les choses ? Quels sont les besoins qui sont identifiés pour les prochaines années, dans ce projet ?
Blanche Nsanze: [00:20:37] En fait, les besoins les plus urgents, c’est tout ce qui concerne l’accès à l’eau potable. On a quand même chaque année des demandes de nouveaux sites de pompage parce qu’il y a de l’eau dans les nappes phréatiques, mais il faut simplement pouvoir les…
Michel Godart: [00:20:48] Les pomper
Blanche Nsanze: [00:20:49] Les pomper et après l’accès à la citerne, elle est libre, donc ça bénéficie à tout le village. C’est souvent géré par ou bien les religieux, ou bien par le maire de la ville en tout cas, ça c’est une chose importante. Et après l’entretien des écoles : parce que ok on les a construites, donc celles qui sont les plus anciennes, qui ont une dizaine d’années, elles ont besoin d’être entretenues, réparées. Il y en a plusieurs dont le toit fuit, si on ne fait rien, ça va s’écrouler et ils n’ont pas les moyens de payer les travaux de réfection des toitures. Au centre de Chennai, ils ont une belle terrasse sur le toit, si on leur permet de mettre un toit sur la terrasse, ben ça fait une salle de cours en plus, ben ça va leur permettre de gagner de la place pour pouvoir accueillir plus d’élèves et encore développer leur projet éducatif pour sortir les enfants des rues ou donner accès au monde du travail par des formations diplômantes. Ça, c’est le, concret, c’est le plus urgent.
Michel Godart: [00:21:44] En termes de médecine ?
Blanche Nsanze: [00:21:45] Mais en terme de médecine, c’est difficile d’aller donner de l’argent pour la médecine parce qu’il faudrait un médecin sur place et en permanence. Il y a quelques années, en 2014, quand je suis venue, le dispensaire était encore plus ou moins en état. Il y avait une infirmière qui venait une fois par mois et ici le dispensaire il a disparu. L’infirmière n’est plus là, s’il n’y a pas un médecin qui vient de l’association au village, eh bien, il y a personne qui vient en tant que médecin. Alors s’ils sont gravement malades, eh ben ils se débrouillent pour aller jusque la ville la plus proche pour aller se faire soigner sinon.
Michel Godart: [00:22:18] Ils sont livrés à eux-mêmes.
Blanche Nsanze: [00:22:19] ils sont tout à fait livrés à eux-mêmes, donc il n’y a pas de solution. Et on a toujours refusé de donner de l’argent pour donner de l’argent. Donc ça ne sert à rien d’aller dire « Bon ok, on va donner de l’argent, ils pourront aller payer pour aller chez le médecin », mais je pense que ce n’est pas vraiment une bonne solution. Il faut plutôt que l’argent aille dans les choses concrètes, parce que je pense que si on disait « Ben oui ok vous avez de l’argent, vous le gardez au cas où vous tombez malade, vous allez savoir vous payez un médecin », c’est pas…
Michel Godart: [00:22:44] Quand tu vas là-bas (Blanche Nsanze : Oui). C’est quoi le plus éprouvant ? Parce que tu es quand même pas à ta première année, ça reste encore éprouvant, je le sais, je me doute, non ?
Blanche Nsanze: [00:22:51] Je ne dirai pas le terme éprouvant. Moi je trouve que ce n’est pas éprouvant dans le sens où les gens, ils vous le rendent au centuple. Ils ont une gratitud incroyable, quelque chose qui vous semble vraiment banal, comme donner un paracétamol ou un Dafalgan à quelqu’un qui vous dit qu’il a mal, et qui vous remercie dix fois, dix fois… Oui, cette, cette gentillesse qu’ont les gens et alors ils ne se plaignent pas…
Michel Godart: [00:23:17] C’est ça qui est fou hein ?
Blanche Nsanze: [00:23:18] Et c’est aussi impressionnant. Et ils sont contents de nous voir sans être (Michel : Ils sont pas en dépendance), oui, c’est ça. Et à chaque endroit où on est arrivé, on était béni. Ça c’est un truc qui est vraiment impressionnant parce que…
Michel Godart: [00:23:34] Ils ont une foi, une conviction qui reste présente, des valeurs qui restent présentes quoi qu’il arrive.
Blanche Nsanze: [00:23:37] La religion hindouiste est vraiment tournée vers l’autre puisque plus tu fais le bien autour de toi dans ta vie actuelle, plus tu améliore ton karma. Et comme ils croient à la réincarnation, ils auront une meilleure vie dans la vie suivante. Donc ils sont naturellement gentils et ça je pense que c’est vraiment lié à leur foi hindouiste et même quand on va visiter des temples, alors qu’on est occidentaux, ils savent probablement qu’on ne croit pas nécessairement en leur dieu. Ils nous bénissent quand même… Et nous souhaitent toujours tout le meilleur pour nous.
Michel Godart: [00:24:12] Quand je t’entends dire ça, j’ai juste envie de dire mais est-ce qu’il ne faudrait pas secouer tout le monde ici une bonne fois ? Et foutre deux paires de claques à chacun pour qu’il se réveille et qu’il se rende compte « Mais quelle chance on a »! Et de remettre de la gratitude et des valeurs chez nous ? Et ce genre de préoccupation chez nous, c’est notre société qui en a besoin mais urgent ! Ça va jusqu’à un point : je suis certain qu’il y en a, en les écoutant, ils vont se dire « Mais pourquoi aller aider en Inde alors qu’il y a de la misère par ici ? » Qu’est-ce que tu as envie de dire quand tu entends une ânerie pareille ?
Blanche Nsanze: [00:24:34] Ben moi j’essaye d’aider aussi par ici, mais je vois la médecine par ici où les gens ils partent du postulat que tout leur est dû. Je n’ai pas cette gratitude, en tout cas pas au même niveau en Belgique, quoique j’ai des patients qui m’offrent des cadeaux. C’est parce que la gratitude, c’est le fait que tu te dises tu as fait quelque chose et la personne elle te remercie du fond du cœur. Et remercie du fond du cœur c’est, nous on parle toujours en argent. Quand je parle de cadeau, c’est parce que moi je travaille avec des personnes handicapées, et ils me payent en cadeaux. Donc ils me font des dessins et ils vont vous dire « Merci docteur » et ils m’ont donné un dessin. C’est cette, cette disproportion, entre ici on a l’argent, t’as payé, t’y a droit parce que tu as payé, ok. Et là, ils regardent le geste !
Michel Godart: [00:25:19] Voilà, c’est ça. Et c’est ça qu’on doit réapprendre peut-être.
Blanche Nsanze: [00:25:21] Peut-être.
Michel Godart: [00:25:22] C’est un message à passer en tous cas à nos compatriotes ici.
Blanche Nsanze: [00:25:24] J’espère, mais je pense qu’on aurait moins de dépression si on arrivait à être vraiment mais « Thankful », si on arrivait à avoir de la gratitude pour les instants présents. On est en vie : merci. (Michel : On a un toit, merci), on a un toit, merci. (Michel : Et on mange) On a à manger (Michel : Merci), merci. Déjà ça, on aurait aucune raison de devoir se plaindre. Je pense que revenir aux fondamentaux qui font qu’on est bien et on devrait être heureux, ça aiderait. Parce que franchement, je l’ai dit au début, j’ai pas vu de gens dépressifs en Inde hein ?
Michel Godart: [00:25:56] Alors Blanche, maintenant les auditeurs ils nous écoutent. Qu’est-ce qu’on pourrait leur donner comme manière de vous aider ? Des dons c’est la priorité je pense. Pas attendre de faire des diners, des soupers. On pourrait aussi faire des dons spontanés.
Blanche Nsanze: [00:26:05] Tout à fait. On peut faire des dons.
Michel Godart: [00:26:07] On peut donner l’adresse du site où on peut se rendre pour aller faire des dons ?
Blanche Nsanze: [00:26:09] Vanakkam .be
Michel Godart: [00:26:11] Tout simplement. Et là j’ai été voir, il y a le compte en banque qui est mentionné et de toute façon, je vous rappelle chers auditeurs, que cet épisode il rentre dans le cadre du Podcasthon et qu’on va, nous, fournir les informations au podcasthon. Et que sur le site podcasthon.org, vous aurez cette association qui sera reprise. Et on vous demande vraiment : faites des dons, parce que ces gens-là, on ne parle pas d’un petit confort, on ne parle pas d’un burnout, on parle de survivre. Et je crois que ça c’est vraiment le mot-clé qu’il faut retenir dans cette interview et dans cet épisode. Et moi je veux te remercier Blanche, parce que non seulement tu viens me consacrer ton temps qui est précieux en tant que médecin et multi actives, à mon micro, et en plus tu agis pour ça et tu as été là-bas, passer… Combien de temps tu es passé là-bas en Inde ?
Blanche Nsanze: [00:26:46] Quinze jours (Michel : Quinze jours, oui) c’est chaque fois des voyages de quinze jours et moi j’attends avec impatience de pouvoir retourner. Et voir aussi que, ce qu’on a récolté sur le terrain, sert. On retourne chaque fois sur les lieux de nos actions voir comment les projets ont été mis en œuvre, voir qu’ils fonctionnent.
Michel Godart: [00:27:08] C’est gratifiant pour vous aussi ça !
Blanche Nsanze: [00:27:09] Ah ben oui. Et on est reçu, je vous l’ai déjà dit mais, comme des rois. Parce que eux, si nous on ne venez pas, on n’est pas dans une région touristique, donc on est les seuls occidentaux (Michel : A aller là-bas). A allez là-bas, c’est pas un village qui se trouve sur un circuit…. Alors on est, je ne sais pas combien de milliers de kilomètres des grands sites touristiques super connus.
Michel Godart: [00:27:28] Ouais ils sont dans l’oubli ici. Si vous n’êtes pas là ils sont dans l’oubli (Blanche Nsanze :Ah oui), tout simplement. Moi j’ai envie de dire aux auditeurs : vous pouvez faire des dons, et je vous invite à le faire. Et je peux aussi comprendre que vous n’avez peut-être pas les moyens de faire un don, mais dans ce cas-là, un don que vous pouvez faire c’est : il y a un message répondeur à ce podcast, et il y a un lien qu’on mettra dans l’article. Vous pouvez cliquer sur ce lien et laisser un message de gratitude déjà verbal, un message vocal pour Blanche et ses collègues de l’association Vanakkam, déjà ça c’est aussi une façon d’agir. Une autre façon d’agir, que vous pouvez faire si vous n’avez pas les moyens de faire un don, c’est de partager ce podcast, de liker, de le commenter et de le faire circuler sur les réseaux parce qu’il sera plus visible. Et plus visible lui donnera une chance d’avoir quelqu’un qui a peut-être plus de moyens qui fera, lui, un don plus généreux, voilà, ça c’est une première chose que je vous demande de faire après nous avoir écouté et je vous remercie pour ça. Donc n’oubliez pas de laisser un message vocal et alors retournez sur le site podcasthon.org et faites s’il vous plaît des dons pour Vanakkam. Cherchez, vous allez trouver l’association, c’est très, très, facile. Blanche, sache que tu es la bienvenue à mon micro quand tu le souhaites et on remercie Altruwe d’avoir organisé ce Podcasthon et tous les podcasteurs qui participent. A très bientôt pour de nouvelles aventures podcast, au revoir!
Jingle outro: [00:28:26] Recherche de fréquence radio (mode anciens postes de radio : grésillements), une chaîne se capte et le son se stabilise : on entend « You’r listening The Podcast Factory ».
Michel Godart: [00:28:29] Ce projet podcast est une initiative créée et proposée par l’ASBL « The Podcast Factory Org » avec le sponsor des transforma bxl – Innovation Playground. Et vous retrouvez tous les épisodes sur le site« What’s Your Story .be »
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