Sylvie Droulans – Parole d’écopreneur.e

Sylvie Droulans, ConsomAction - Parole d’écopreneur.e - Kaya

Sylvie Droulans, ConsomAction – Parole d’écopreneur.e – Rubrique Kaya. Midoricast : Podcast #215

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Bienvenue sur Parole d’écopreneur.e, les parcours inspirants de celles et ceux qui entreprennent autrement, un podcast de Kaya avec le soutien de la Loterie Nationale.

Le vrac, un acte politique aussi !

Et si repenser nos emballages devenait une vraie stratégie de transformation systémique ? C’est le combat quotidien de Sylvie Droulans, fondatrice de ConsomAction et Vrac et consigne .

Dans ce nouvel épisode de la rubrique Kaya du podcast Midoricast, Sylvie partage avec conviction :

  • Comment la filière du vrac et du réemploi s’organise concrètement en Belgique
  • Pourquoi l’engagement politique est nécessaire, mais pas suffisant
  • En quoi les logiques de lobbying freinent l’ambition écologique européenne
  • Et ce qu’elle ferait avec… une baguette magique

Une conversation sans langue de bois, à la croisée du plaidoyer, de la transition économique et de la transformation culturelle.

À écouter pour comprendre les leviers cachés du changement, et pourquoi l’écologie, ce n’est pas que du bon sens, c’est aussi de la stratégie, du réseau… et de la persévérance.

Un épisode qui tombe a pic puisque, ce 10 juin 2025, l’AG de Kaya à voté avec une écrasante majorité et enthousiasme pour que Sylvie Droulans rejoigne le CA de Kaya !

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Néerlandais : De volledige transcriptie van deze podcast is beschikbaar als ondertiteling van de video in vijf talen: Frans, Nederlands, Duits, Engels en Spaans.
Allemand : Die vollständige Transkription dieses Podcasts ist als Untertitel des Videos in fünf Sprachen verfügbar: Französisch, Niederländisch, Deutsch, Englisch und Spanisch.
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Espagnol : La transcripción completa de este pódcast está disponible como subtítulos del vídeo en cinco idiomas: francés, neerlandais, allemand, anglais et espagnol

​Séquençage du podcast avec Sylvie Droulans :

  • [00:00:00] Introduction de l’épisode  
  • [00:00:10] Du rêve de l’adolescente au combat qui change le monde de demain  
  • [00:01:28] Le rôle de Sylvie Droulans au sein de ConsomAction  
  • [00:02:01] Les missions de ConsomAction  
  • [00:03:11] Un public B2B, mais pas que  
  • [00:03:13] L’importance de la communication  
  • [00:04:06] Agir au niveau B2C  
  • [00:04:51] Une fédération active sur toute la chaîne de valeur  
  • [00:05:43] Action territoriale dans un pays multilingue  
  • [00:06:27] L’élément déclencheur ?  
  • [00:07:31] GiveActions, des allié·es ?  
  • [00:07:38] Ça veut dire quoi entreprendre autrement ?  
  • [00:08:33] Et dans un univers digital ?  
  • [00:08:59] Challenger nos fournisseurs  
  • [00:09:58] Comment faire pour que le vrac devienne la norme ?  
  • [00:10:33] Le processus du changement  
  • [00:11:22] Une fierté dans la gouvernance de ConsomAction  
  • [00:12:25] Interpeller le monde politique  
  • [00:13:41] ConsomAction et Kaya  
  • [00:14:57] Si Sylvie avait une baguette magique…  
  • [00:15:37] Deux sites internet importants à retenir  
  • [00:16:21] Et la grande distribution alors ?  
  • [00:17:27] Le plus grand challenge  
  • [00:17:37] La preuve par ConsomAction  
  • [00:18:12] Comment aider ConsomAction ?  
  • [00:18:33] « Je soutiens, je milite, je défends »  
  • [00:19:07] Clôture de l’épisode  

La transcription du podcast avec Sylvie Droulans :

Michel: [00:00:00] Bienvenue sur parole d’écopreneurs, les parcours inspirants de celles et ceux qui entreprennent autrement. Un podcast Kaya avec le soutien de la Loterie Nationale.

Michel: [00:00:10] Bienvenue pour un nouvel épisode « Midoricast », votre podcast sur les initiatives positives en faveur de l’environnement. Nous sommes aujourd’hui au salon Batibouw. C’est une rubrique, comme vous l’aurez compris, Kaya. Et aujourd’hui j’ai l’honneur, parce que ça faisait longtemps que j’avais envie de te rencontrer Sylvie, j’ai l’honneur d’avoir Sylvie qui représente « ConsomAction ». Sylvie, la première question que je vais te poser, c’est de ton rêve d’adolescente à ce jour, qu’est-ce qui s’est passé ? Est-ce que tu es alignée avec ton rêve ? Ça va nous permettre de voir un peu ce qui a guidé tes choix d’études et ta carrière, de voir d’où tu viens pour finalement où tu es maintenant. Belle question hein ?

Sylvie Droulans: [00:00:40] Oui c’est une belle question, et ce qui est marrant c’est qu’en réfléchissant à cette question je me dis qu’en fait elle a complètement fait un sens inversé. Au départ, moi j’ai fait des études de marketing et donc je partais, j’imaginais aller vivre aux Etats-Unis.

Michel: [00:00:50] The Business is business.

Sylvie Droulans: [00:00:51] Voilà le big truc, c’était logique et tout. Et je ne vivais pas dans une famille avec des valeurs très engagées ou des choses comme ça, donc voilà, c’était le chemin qui me paraissait logique. Et puis c’est ma carrière professionnelle qui, petit à petit, m’a re questionnée où je me suis posé des questions par rapport au chemin que je voulais faire. Et je me suis de toute façon rendu compte que : un, les Etats-Unis ne sont pas pour moi parce que ce sont des gens qui restaient très superficiels et que j’avais quand même besoin d’une connexion plus proche. Et en fait, voilà, ben il y a eu après un moment spécifique dans ma vie qui m’a vraiment fait prendre une décision, une inversion de chemin, et à partir de ce moment-là ben les planètes se sont alignées et aujourd’hui j’ai le sentiment d’être dans l’alignement que je recherchais.

Michel: [00:01:28] Quel rôle joues-tu au sein de ConsomAction ?

Sylvie Droulans: [00:01:30] Je suis la directrice, mais je n’aime pas trop ce mot-là « la directrice » parce que ça fait un peu baba baba. Plutôt je dirais la fondatrice, la créatrice de ce projet, de ce petit bébé que j’ai voulu faire émerger il y a maintenant trois ans, qui aujourd’hui est bel et bien concret. Et mon rôle, c’est plutôt d’aiguiller, de pousser aussi, enfin moi j’ai tendance à dire qu’en fait on va toujours à contre-courant là, on a un peu le sentiment de : il y a tout le monde d’un côté, et puis nous on va de l’autre côté pour montrer qu’il y a autre chose (Michel Godart: J’aime bien moi, ça), voilà, oui, c’est bien, mais parfois c’est épuisant. Mais en tout cas on montre beaucoup les alternatives et ça demande évidemment d’aller à contre-courant et de montrer qu’il y a des alternatives, et d’appuyer sur le champignon continuellement.

Michel: [00:02:01] Pour ceux qui ne connaîtraient pas ConsomAction. Est-ce que tu peux faire découvrir votre activité, vos objectifs, vos missions ? Parce que c’est une mission que vous vous êtes donnée ?

Sylvie Droulans: [00:02:07] ConsomAction est vraiment né d’un besoin du secteur, et le secteur c’est qui ? C’est des commerces de vrac ou de réemploi, ça va être également des magasins bio, mais ça va être aussi tout ce qui est transformateur, producteur bio, alimentation durable et non alimentaire. Parce qu’on a aussi des gens qui font de la cosmétique ou de la détergence, en vrac. Et puis on a également des prestataires de services et de l’Horeca. Tous ces gens se disaient « Il y a plein de fédérations qui existent, représentatif des secteurs (Michel Godart: Dans lesquels ils sont) de commerce, voilà, mais ils n’ont pas du tout les valeurs qu’ils défendent. Et souvent ces magasins, avec la notion de vrac, de réemploi, ils vont jusqu’à se poser la question de : comment le producteur est rémunéré ? Quelle est l’origine des produits ? Où est-ce que je vais les acheter ? Est-ce que je vais au plus local possible ? Puis j’ai évidemment la notion de : le moins d’emballage possible, le moins d’impact au niveau environnemental. Et donc ils se disent « Ben nous, il nous faudrait une fédération qui nous comprennent dans nos réalités », et de là a émergé ConsomAction pour dire « Voilà, nous on va les fédérer ». On a vraiment deux grands rôles qui sont travailler sur la filière, parce que le vrac et le réemploi aujourd’hui ben c’est à peine émergent hein, on ne représente pas grand-chose et c’est souvent ça le problème, c’est que quand on est face à des grosses entreprises, leur parler de vrac et de réemploi, parfois ils sont là « Oui, mais ça ne représente rien » et pourtant… C’est un chemin nécessaire de transformation.

Michel: [00:03:11] Là, on est dans le B2B ?

Sylvie Droulans: [00:03:12] Oui, tout à fait du B2B.

Michel: [00:03:13] Donc B2B pour stimuler une prise de conscience et plus d’actions, donc c’est beaucoup de communication ?

Sylvie Droulans: [00:03:17] Voilà, tout à fait (Michel Godart: Ok). Et puis de soutien aussi, des droits, de permettre d’émerger mais aussi d’avoir une reconnaissance (Michel Godart: Ah oui, c’est important), voilà de pouvoir dire « Ils existent, à part entière par rapport à des grandes multinationales ou par rapport à… ».

Michel: [00:03:29] Et à leur valeur !

Sylvie Droulans: [00:03:30] À la grande distribution, et à leur valeur tout à fait (Michel Godart: Ouais, ouais). Et alors l’autre côté c’est : on a tout l’aspect filière, où là aujourd’hui la filière il faut la faire connaître un peu à tous. Parce qu’aujourd’hui ben, même si on a déjà entendu parler tant au niveau professionnel qu’au niveau personnel, du vrac, concrètement c’est quoi ? Est-ce que ça existe ? Est)ce qu’il y a des endroits où je peux y aller, etc. Et la filière va se dire « Au plus il y aura d’acteurs disponibles, au plus le consommateur pourra se tourner vers des produits sans emballage ou avec des emballages réutilisables ». Là, on fait tout un travail vers le B2C, on a des animations vers le grand public au travers de salons, d’événements, d’outils, de sites internet, etc. Pour sensibiliser à la question du vrac et du réemploi des emballages.

Michel: [00:04:06] Waouh, ça c’est vraiment inspirant hein! Est-ce qu’à un moment donné vous pouvez prendre action et dire « Nous on défend aussi les consommateurs ? », ou est-ce que ça ne rentre pas dans votre mission ?

Sylvie Droulans: [00:04:13] Aujourd’hui ça ne rentre pas vraiment dans notre mission parce qu’on n’a pas un pool de consommateurs qui viendraient nous donner des informations. Par contre, on a fait une étude pour comprendre le comportement des consommateurs, par rapport au vrac et au réemploi, et ça nous nourrit donc c’est quelque chose qu’on peut utiliser comme matière première pour faire des outils et des choses comme ça. Par contre, au niveau du secteur, oui, on est vraiment leur porte-voix, on est vraiment leur représentant. Indirectement, quand on est représentant du secteur, ben ça va éveiller des questions, il faut de la disponibilité de cette proposition vrac et réemploi, aller jusqu’au consommateur et indirectement être le porte-voix des consommateurs en disant « Ben si on veut que les consommateurs se tournent vers plus de vrac et de réemploi, et bien il faut soutenir des initiatives de ce type-là et permettre qu’il y en ait de plus en plus en Belgique ».

Michel: [00:04:51] Tu es en train de m’expliquer que tu assumes totalement le canal de communication, c’est-à-dire que tu vois le côté émetteur-récepteur en tenant compte des B2B, qui sont les émetteurs, et du récepteur, du client, qui peut devenir lui un émetteur de feedback vers le B2B, le canal est complet.

Sylvie Droulans: [00:05:04] Oui, ben c’est ce qu’on voulait. Nous, on voulait vraiment avoir une fédération qui soit sur toute la chaîne de valeur, c’est pour ça qu’on y intègre tous les acteurs depuis la production, transformateur (Michel Godart: Jusqu’à l’utilisateur et le consommateur) distributeur jusqu’aux consommateurs. Parce qu’en fait, si on n’avait pas ce maillon-là, il manque quelque chose.

Michel: [00:05:17] Oui, et le feedback aussi !

Sylvie Droulans: [00:05:18] Voilà tout à fait, le feedback, la mise en lien, mais aussi : nous, le vrac et le réemploi il n’y a pas de frontière, on pourrait avoir des secteurs où c’est vraiment très typé « silos », ben ici on n’a pas cette réalité-là. Le vrac, c’est transversal, ça doit toucher tous les acteurs pour que ça se mette concrètement bien en place. Et si je n’agis que sur la partie distribution, il me manque tout un élément en amont qui est la partie production, et si j’y mets plein d’emballages, de déchets jetables, ben ça n’a aucun sens. Il faut prendre la totalité jusqu’au bout.

Michel: [00:05:43] Il y a trois langues nationales, donc la première question que j’ai posée par rapport à ça c’est : vous êtes actifs uniquement en Bruxelles, Région bruxelloise et Wallonie ? Vous êtes aussi actifs en Flandre ? Est-ce qu’on peut en toucher un mot ?

Sylvie Droulans: [00:05:52] On est sur toute la Belgique. On a, par contre, essentiellement des actions actuellement sur le côté francophone, mais on a, par exemple notre site est traduit en néerlandais, mais on n’a pas de chargé de projet néerlandophone (Michel Godart: Dus welkom aan de nieuwe mensen van de Nederlandstalige kant ». het is momenteel niet gemakkelijk, en we willen zeker meer naar Vlaanderen gaan, en meer acteur in die kant te hebben, maar voilà, het is, voor dit moment het is niet gemakkelijk (Michel Godart: Prima). Mais à terme l’idée est d’en avoir un, et donc on travaille avec des systèmes de soutien financier régionaux, on est en discussion évidemment avec le côté flamand pour dire « Il faut : soit un équivalent, soit nous permettre, à nous, de pouvoir bien nous déployer à ce niveau-là ».

Michel: [00:06:27] Super, on a parlé un peu offline hein ! J’ai entendu qu’il y avait beaucoup de passion qui vient des tripes chez toi, c’est quoi l’élément déclencheur ? Il y a un moment où on fait un clic dans sa tête, non ?

Sylvie Droulans: [00:06:36] Ouais. He ben en fait, il est né vraiment d’un moment de vie personnelle, où ben on était, nous, déjà très engagé au niveau de l’alimentation bio, le fait d’utiliser des langes lavables, des choses comme ça, enfin pas mal d’outils déjà au niveau environnemental qui étaient positifs, à la naissance de nos enfants ça a été vraiment ce switch-là. Mais on avait zappé un élément qui était l’aspect de l’emballage et du déchet. En suivant une conférence sur, ben là, on va l’appeler la Papesse du zéro déchet qui s’appelle Béa Johnson, elle m’a vraiment ouvert les yeux sur « Il y a tout un volet d’action que tu n’as pas entrepris Sylvie ». Et donc moi, j’ai embarqué toute la famille dans cette histoire. Et c’est ça que, de là est né tout un projet de soutenir justement le zéro déchet. D’abord à l’échelle personnelle, puisque j’ai lancé un premier projet qui s’appelle Zérocarabistouille, et qui est de la sensibilisation grand public sur les questions du zéro déchet. Et puis de ça est né le contact avec le secteur, de dire « Ben il manque cet acteur qui va créer cette chaîne-là ». Je me suis dit « Qui de mieux que moi pouvait peut-être lancer ça ? » Et, d’autant plus que le secteur me connaissait, et avait confiance en moi dans ce rôle-là ».

Michel: [00:07:31] J’ai une question qui me traverse l’esprit, est-ce que tu connais les gens de Giveactions?

Sylvie Droulans: [00:07:34] Oui, tout à fait. On a déjà travaillé avec eux.

Michel: [00:07:35] On fait un petit coucou à Maxime alors !

Sylvie Droulans: [00:07:36] Voilà, on a déjà fait une campagne avec eux, tout à fait.

Michel: [00:07:38] Voilà, ça m’a fait penser à eux (Sylvie Droulans: Oui, tout à fait!) quand tu parlais de ça, je me dis « Tiens, il y a forcément un lien (Sylvie Droulans: Oui) qui doit avoir lieu ». Mais ça ne m’étonne pas que vous ayez travaillé ensemble, vous avez les mêmes valeurs qui sont derrière, les mêmes énergies, les mêmes envies. Ça veut dire quoi, pour toi, entreprendre autrement ?

Sylvie Droulans: [00:07:48] Ben je pense, déjà, entreprendre autrement c’est accepter qu’il y aura un monde différent et qui est peut-être déjà là devant nous, et il faut juste ouvrir la porte. Quand je dois défendre ce monde différent, c’est plutôt : je vais apporter les solutions et montrer que les alternatives, elles sont là, elles sont bien là, qu’il faut juste oser aller vers ces nouvelles alternatives. Et parfois oui, ça va demander une adaptation, ça va demander de se re questionner, de se challenger aussi peut-être sur certains business models. Quand nous on pousse les entreprises à intégrer plus de, par exemple d’emballages de réemploi, ben par rapport à vendre une bière dans une canette jetable ou l’avant dans une bouteille consignées, effectivement c’est un monde différent. Mais par contre, je trouve que ça apporte énormément de valeur, tant pour l’entreprise que pour les gens qui vont porter le projet. Et en même temps ben, surtout, on participe à un monde différent, et surtout meilleur aussi quoi.

Michel: [00:08:33] Clairement, je me dis « On est dans une ère digitale aussi » (Sylvie Droulans: Oui), donc ça rentre aussi en ligne de compte ?

Sylvie Droulans: [00:08:38] Tout à fait. On limite l’utilisation de ressources, donc tous nos achats, par exemple de matériel type téléphone, ordinateur, même bureau, etc sont en seconde main, ça c’est pour nous extrêmement important (Michel Godart: Exact). Pour l’aspect IT, on est chez Infomaniak, c’est déjà une chose mais on sait que par exemple, on utilise des plateformes ERP comme Odoo, des choses comme ça. Parce que quoi qu’on fasse, on doit trouver le rapport entre les deux qui est aussi l’efficience, etc.

Michel: [00:08:59] Mais est-ce que ça ne vaut pas la peine parfois de faire un mail : « Dites-nous un peu ce que vous faites pour l’écologie, parce que, on n’est pas les seuls à se poser des questions là-dessus! ».

Sylvie Droulans: [00:09:04] A tous les gens que je coache sur les questions environnementales, je leur dis « Le meilleur moyen pour faire changer la donne c’est, en tant que consommateur, contacter les marques qui vous posent problème et de les interpeller (Michel Godart: A fond) sur comment ils font ». Et nous on se re challenge régulièrement, mais après, je dois bien l’avouer que quand on est, on est déjà très heureux, on est cinq dans ConsomAction, et en trois ans de temps je trouve ça extrêmement (Michel Godart: C’est génial) chouette et génial. On est arrivé à stabiliser ces emplois, et normalement on va vers des voies plus de stabilisation plus long terme, donc ça c’est positif. Mais quand on est cinq, on n’a pas encore assez de temps que pour pouvoir prendre une vision un peu plus méta et se dire « On modifie ça ». Moi je pense que c’est important de se dire « Ok, je prends une décision à un moment « T », mais après « X » temps, il va falloir quand même vérifier qu’on est toujours dans le bon (Michel Godart: Et puis évoluer aussi) et / ou voir si on veut évoluer », ça c’est tout le temps. Et donc je pense que, malgré tout il faut régulièrement remettre en question, parfois mon équipe elle est un peu fatiguée de me voir en me disant « Voilà, on change ». Moi je suis très dans la résilience et donc j’écoute ce qui se passe, et je pense que ça c’est important mais il faut aussi arriver à stabiliser, surtout quand on a des équipes, qui elles, doivent un peu trouver leurs marques et se mettre dedans quoi.

Michel: [00:09:58] Comment est-ce qu’on pourrait faire en sorte que ce ne soit plus une exception mais une norme ? Parce que ce serait ça qui serait génial, c’est que ce que vous faites soit la normalité.

Sylvie Droulans: [00:10:05] C’est pour ça qu’on se bat! Nous aujourd’hui c’est ça qu’on utilise comme argument, c’est de dire « Le vrac, ça ne doit pas juste être anecdotique, ça ne doit pas être destiné (Michel Godart: Mais évidemment) qu’à un certain type de public.

Michel: [00:10:12] On ne peut plus se le permettre.

Sylvie Droulans: [00:10:13] Voilà. Et en même temps, aujourd’hui on sait qu’il y a des zones de désert vrac ou de désert réemploi, etc. On veut enlever aussi l’image négative de dire « C’est plus cher, etc ». Ben justement, le vrac peut permettre d’acheter la juste quantité, enfin, permet aussi de limiter le gaspillage alimentaire et de surtout aller vers des produits qui sont plus nourrissants, qui vont permettre… Donc il y a plein d’arguments, mais ça c’est notre rôle, c’est évidemment d’aller sur cette question de la norme.

Michel: [00:10:33] Donc vous trouvez des arguments qui contre ce qu’on appelle, ce que moi j’appelle les prétextes de « résistance au changement ». Quand on a sa zone de confort, c’est difficile de changer (Sylvie Droulans: Tout à fait), même quand on a une prise de conscience. Et donc là on a parfois besoin d’un petit coup de boost comme celui que vous donnez (Sylvie Droulans: Oui), pour dire « Oui mais, réfléchissez à… (Sylvie Droulans: Oui) Sans faire la morale, mais réfléchissez à… (Sylvie Droulans: Oui), et là on peut instaurer le changement !

Sylvie Droulans: [00:10:51] ben entièrement d’accord. Par contre je pense qu’il y a quand même pas mal d’assoces qui militent aujourd’hui (Michel Godart: Exact), et peut-être, voilà, on n’a pas suffisamment le travail de structurer ensemble. Donc nous on travaille beaucoup avec des collaborations et des partenariats entre associations, donc par exemple avec Kaya, on est en proximité aussi pour ces raisons-là. Ce qui est important de pouvoir se dire « Ok, on a chacun nos terrains d’action, on a chacun nos petits portefeuilles entre guillemets de matières ou de sujets, mais par contre, il y a plein de choses, de synergies possibles ». J’aime animer en fait ces collaborations, mais évidemment, ça rend la chose encore plus complexe (Michel Godart: Rires) parce que ça rajoute plus de travail (Michel Godart: Et c’est time consuming hein, chronophage), voilà, très fort.

Michel: [00:11:22] Alors je vais te demander : tu as dit que tu étais directrice, même si tu n’as pas le terme hein ? Est-ce qu’il y a une particularité, quelque chose qui te rend très fière dans ta façon de gouverner, ton projet avec tes équipes et les gens qui y travaillent ou les collaborateurs.

Sylvie Droulans: [00:11:32] Ben je pense : c’est l’écoute. Moi j’essaye vraiment d’être dans l’écoute et dans l’attention de ce qui se passe. Donc l’écoute, tant du secteur du marché, d’être toujours disponible. Par exemple nos membres, ils savent qu’ils peuvent me contacter à tout moment, alors, ça peut paraître parfois fou de se dire « Ah je peux contacter Sylvie alors qu’elle est déjà super surchargée » (Michel Godart: À une heure du matin quoi!). Ah mais moi je suis tout le temps contactable, mais c’est parfois, voilà, attention comme on parlait tout à l’heure des limites mais, c’est important de montrer cette disponibilité. Mais en tout cas, oui, je pense que c’est au travers de cette confiance et aussi le fait… Moi j’aime le terme facilitateur de solutions (Michel Godart: J’adore, j’adore) et donc j’invite tous mes acteurs, tant les acteurs concrets de terrain que mon équipe, à être des facilitateurs de solutions. Chacun est force de proposition, chacun peut amener une pierre à l’édifice. Après, ça demande de pouvoir voir comment on va la mettre dans le fameux, surtout si on est Batibow quoi, comment on va la mettre dans la construction de la maison. Mais en tout cas, ces regards parallèles, ces images, ces idées sont là pour ça, et donc je suis toujours ouverte à plein de nouveautés, il faut juste parfois un peu prioriser, ce qui est moins ma facilité puisque moi je veux tout faire.

Michel: [00:12:25] On va un peu parler du futur, du changement, il y a des acteurs qui pourraient vraiment changer la donne, c’est le monde du politique. Tu sais que Kaya, on est très actifs avec les plaidoyers pour les stimuler et les faire réfléchir. Qu’est-ce que tu penses qu’il faudrait faire?

Sylvie Droulans: [00:12:36] Déjà, nous, on a fait un mémorandum pour la nouvelle législature avec une vingtaine ou 25 actions concrètes qu’on peut utiliser pour justement faciliter le chemin vers plus de vrac, de réemploi, en Belgique. Mais pour moi, ce qui est l’enjeu majeur aujourd’hui, on a un outil qui vient d’émerger à l’Europe qui s’appelle le « PPWR » donc c’est « package & package waste regulation » donc qui est une réglementation en lien avec la problématique des (Michel Godart: La notion des déchets, mm) et surtout des emballages. Là, il y a les trois R qui sont considérés donc c’est refuser, réduire, réutiliser. Et, moi ce que j’attends de la Belgique aujourd’hui, c’est qu’elle s’approprie cette réglementation, elle n’aura de toute façon pas le choix, mais qu’elle soit plus ambitieuse, qu’elle ose aller plus loin et qu’elle n’attende pas juste la dernière limite pour commencer à concrétiser ça. Et la difficulté, c’est qu’en fait, la Belgique est tellement complexe dans sa structure, qu’en fait on va avoir extrêmement difficile à l’intégrer. Et nous, avec ses côtés régionaux, fédéraux, etc. Il y a toute une petite guéguerre qui est en train de se mettre en place. Je sais que nous, on a un gros chantier de travail à ce niveau-là, mais si on veut faciliter les choses, ben ce serait de nous permettre que ces choses se mettent en place et oser concrètement s’affirmer dans cette notion-là quoi !

Michel: [00:13:41] J’espère que ce message sera largement entendu. Comment tu te sens en tant que Ecopreneures au sein de Kaya et qu’est-ce qui t’a donné envie de rejoindre Kaya ?

Sylvie Droulans: [00:13:50] Et donc Kaya, c’est un peu naturellement qu’on est tombé ensemble, on va dire, on s’est rapprochés. Parce que, de un déjà les valeurs, les sujets qui étaient abordés, même si, honnêtement au niveau de Kaya, nous, il y avait juste l’action, juste et c’est avec des trémas évidemment, l’action relative à la TVA qui était vraiment en phase avec ce que nous on défend. Tous les autres sujets sont plutôt des sujets plus généraux, mais qui ont des impacts malgré tout parfois sur ce que nous on fait. Mais c’est plus par rapport aux acteurs, on a des acteurs communs, on soutient des valeurs communes, on a une vision de faire changer le monde, et de montrer que les alternatives elles sont là et qu’elles doivent être utilisées. Donc nous, on s’appuie sur Kaya, surtout le plaidoyer politique, et puis après nous, on vient rajouter notre plaidoyer politique plus spécifique au vrac (Michel Godart: Oui) et au réemploi. C’est un peu comme un puzzle, l’un sans l’autre ça n’irait pas, avec Benoît et Candice on est régulièrement en contact pour voir comment, ensemble, on assemble nos forces. Ce qu’on fait aussi grâce à ça, c’est que nous, par notre réseau on apporte encore plus de membres à Kaya, par le fait de ça aussi (Michel Godart: Ben évidemment) on se renforce. Et le fait que Kaya et ConsomAction, on puisse dire ce n’est pas anecdotique, il y a autant d’acteurs qui sont représentés, ça a un poids tout à fait différent (Michel Godart: Ah clairement, ouais) au niveau du politique, on en revient à ça, mais aussi au niveau du grand public, pour dire « C’est pas juste une petite sphère d’illuminés qui fait ça » quoi!.

Michel: [00:14:57] Alors on va clôturer par une touche positive et souriante, et amusante, avec un peu d’utopie. Imagine que je puisse te donner une baguette magique qui n’a aucune limite dans ses pouvoirs, qu’en ferais-tu, Sylvie ?

Sylvie Droulans: [00:15:09] J’en ferais deux choses. J’enlèverais le frein au changement, et je ferais qu’en fait ce serait naturel d’aller vers un (Michel Godart: Le changement) chemin différent. Ma baguette magique ce serait, ben à tous les coins de rue on aurait des magasins qui proposent du vrac, des produits de proximité, locaux, bio, durables, où en fait le consommateur n’a même plus à se poser la question de si oui (Michel Godart: Est-ce qu’on respecte les limites planétaires, ouais) ou non c’est bien pour la planète, c’est bon ou pas pour la santé? Parce qu’en fait, ça serait devenu la norme, c’est ça mon rêve, c’est que j’espère en tout cas participer à ça tous les jours par ma mission et par mon engagement en tout cas.

Michel: [00:15:37] Génial! Comment est-ce qu’on peut vous joindre ? Est-ce qu’il y a un site internet ? On peut le donner, oui (Sylvie Droulans: Oui), il y a un site internet, il est chez Infomaniak d’ailleurs.

Sylvie Droulans: [00:15:43] Voilà, ben il y en a deux. Il y a « ConsomAction point be », qui est notre site plutôt à l’attention du B2B, où là vraiment il y a tous nos services, il y a ce qu’on met en place, différents outils, etc. Et puis on a un autre site qui est à l’attention du grand public, et qui lui s’appelle « Vrac et consigne point be », et là on y trouve plein de trucs et astuces, des recettes (Michel Godart: Pour les consommateurs), pour les consommateurs. Mais on a régulièrement des campagnes, c’est sur ce lieu là qu’on va pouvoir voir les campagnes. On a par exemple le mois du vrac, on a le mois sans supermarché, on a le festivrac qui a un festival à l’attention du grand public pour tester, goûter, se faire plaisir au travers du vrac, du réemploi. Il y a plein de moments de rencontres, et c’est là où ils peuvent trouver des informations pour venir nous retrouver et aller au contact de tous nos acteurs.

Michel: [00:16:21] Imagine un groupe de grande consommation, tu as X milliers de mètres carrés pour vendre des produits, acheter les produits, ils vous contactent, ça serait perçu comment ?

Sylvie Droulans: [00:16:28] On n’aura jamais la grande distribution dans nos membres, ils ne répondent pas aux cases des valeurs. On a en fait une charte (Michel Godart: Voilà) et il faut répondre aux chartes.

Michel: [00:16:33] C’est ce que je voulais te demander.

Sylvie Droulans: [00:16:34] Par contre, si je regardes sous l’angle filière, je suis obligé de discuter avec la grande distribution. Aujourd’hui, la majorité des consommateurs sont dans des lieux comme ceux-là. Pour pouvoir changer les pratiques, il faut que partout on trouve du vrac, et donc il faut que ces acteurs soient en fait des mobilisateurs de changement (Michel Godart: Et qui s’y mettent) des comportements. Aujourd’hui si je vais dans ma grande distribution, je ne vois pas de vrac, donc je ne sais même pas que ça existe. À terme, si je le vois, je sais que ça existe, mais en même temps je vais pouvoir me questionner sur mon mode d’achat et où est-ce que je fais mes achats ? L’idée c’est ça, c’est cette transition de se dire « Les acteurs économiques, type grande distribution, ont un rôle à jouer pour faciliter », l’exemple des emballages de réemploi c’est une réalité aussi, si les gros acteurs ne jouent pas le jeu, on n’y arrivera pas juste avec les tout petits, malheureusement (Michel Godart: On est bien d’accord). Parce ce que ça demande une logistique, ça demande du volume, etc. C’est au niveau filière, il y a un enjeu majeur à ce niveau-là. Mais après les valeurs, le ressenti, tout ce qu’on veut mettre en place, c’est avec nos acteurs qu’on le fait. Nous, on doit jouer sur ces deux jeux-là, on n’a pas d’autre choix parce qu’on recrée quelque chose qui n’existe pas.

Michel: [00:17:27] Et c’est ça le gros challenge ?

Sylvie Droulans: [00:17:28] Ben un des gros challenges, c’est tout le temps ce côté où : « C’est anecdotique ce que vous faites, ça n’a pas de poids, ça n’existe pas ». On nous prend pour des rigolos, on fait avec peu d’argent ce que peut-être certaines.

Michel: [00:17:37] Mais vous démontrez le contraire pourtant ?

Sylvie Droulans: [00:17:39] Oui, ben on fait plein de choses concrètes, mais ça reste encore « Wouais mais on va les regarder de loin, on va les laisser faire leur petit truc », et ça c’est vraiment le plus grand défi. Et alors l’aspect lobbying, puisque évidemment, ben derrière les emballages (Michel Godart: Vous dérangez des gens) on se retrouve avec des grosses multinationales, mais surtout les gros pétroliers. Et si je parle de règlement européen, eh bien il y a eu un tel lobby qu’en fait on a dénaturé une grande partie des ambitions qu’il y avaient au départ, qui étaient hyper positives…

Michel: [00:18:03] Il y a de la désinformation qui se fait (Sylvie Droulans: Voilà, tout à fait) de la part des lobbies, il faut être clair.

Sylvie Droulans: [00:18:06] Et ça c’est vraiment pour nous, c’est sur ça qu’on doit tout le temps militer, tout le temps, voilà, on n’est pas à armes égales. C’est ça qui est très compliqué je pense.

Michel: [00:18:12] Comment est-ce que les auditeurs et auditrices qui nous écoutent aujourd’hui pourraient vous aider ?

Sylvie Droulans: [00:18:14] Ben il y a plusieurs choses, s’ils sont du secteur du commerce, distribution, etc et qu’ils se posent des questions par rapport à leur emballage, je pense que c’est intéressant de le faire. Ben déjà qu’ils viennent nous voir, qu’ils viennent nous poser des questions, on a un helpdesk pour répondre aux questions (Michel Godart: Wouaw), ces fameuses transitions, ces fameuses modifications, et on peut les mettre en contact avec un ensemble d’acteurs pour se lancer dans cette transition.

Michel: [00:18:33] Le standard va chauffer les gars hein!

Sylvie Droulans: [00:18:34] Voilà, tout à fait, ben très bien. Donc ça, c’est déjà une première chose. S’ils sont déjà dans le vrac ou qui veulent devenir membres, ben c’est évidemment une manière de nous aider puisqu’on est financé en partie par des subsides, mais aussi par les adhésions. C’est une manière de dire « Ben si je fais partie de ce réseau, je le soutiens, je milite et je le défends ». Et puis, pour tout ce qui est consommateur, c’est d’essayer justement, peut-être, au quotidien, de se dire « Mais qu’est-ce que je peux faire à mon échelle ? ». Et une des actions, peut-être concrètes qu’ils pourraient faire à leur propre échelle, c’est de se dire « Ben tiens, quand je mets un emballage à la poubelle, comment je peux éviter cet emballage ? » (Michel Godart: Génial). Et donc la solution, elle est dans les (Michel Godart: D’aller vers le zéro déchet notamment quoi!) alternatives. Voilà, tout à fait !

Michel: [00:19:07] Super. Sylvie, j’ai envie de te poser plein de questions, tu es tellement passionnante et passionnée que je pense qu’on pourrait avoir 1h de podcast sans (Sylvie Droulans: Avec plaisir) aucun problème avec toi. Tu reviens quand tu veux, mais je crois qu’on va collaborer (Sylvie Droulans: Oui), on va essayer de collaborer ensemble. Moi, ça m’inspire, quand je sens les passions… Moi j’ai mis sur mon profil LinkedIn « Chasseurs de passion », c’est pas pour rien tu vois (Sylvie Droulans: Ah magnifique ça), ça me parle.

Sylvie Droulans: [00:19:22] C’est beau ça.

Michel: [00:19:23] Clairement c’est un beau moment qu’on vient de passer ensemble, je te remercie infiniment pour ce temps que tu me consacres, qui est précieux, (Sylvie Droulans: Merci aussi) parce que je sais que tu es débordée, et tu as fait le déplacement au salon ici, donc Waouh! Merci!

Sylvie Droulans: [00:19:31] Ben merci beaucoup Michel, et puis continue à inspirer les gens comme tu le fais avec ton podcast qui est magnifique

Michel: [00:19:35] Cool, (Sylvie Droulans: Merci) merci!

Michel: [00:19:35] Vous avez écouté un épisode podcast Kaya, paroles d’écopreneurs, des parcours inspirants de celles et ceux qui entreprennent autrement. Un podcast Kaya, avec le soutien de la Loterie nationale.

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