Quentin de Crayencour – Le Germoir des fontaines

Quentin de Crayencour : et si le slowpreneuriat devenait l’évidence ? – Parole d’écopreneur.e – Rubrique Kaya. Midoricast : Podcast #230
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Ralentir pour mieux régénérer : le pari du slowpreneuriat. Et si “travailler moins pour vivre mieux” devenait plus qu’un slogan ?
Dans cet épisode de Parole d’Écopreneur, Quentin de Crayencour nous présente Le Germoir des Fontaines, une coopérative engagée dans la transformation régénérative des entreprises, il partage une vision à contre-courant : celle d’un entrepreneuriat plus lent, plus conscient et profondément humain.
Accompagné de Candice Enderlé, nous explorons ce que signifie “entreprendre autrement” : remettre du sens dans l’économie, régénérer plutôt que réparer, et replacer la nature et l’humain au cœur du modèle économique.
À travers son approche du scan régénératif, Quentin aide les organisations à identifier leurs impacts et à les transformer en leviers positifs. Loin d’un idéal théorique, il incarne cette cohérence dans sa coopérative : pas de hiérarchie, pas de salarié·es, mais des décisions prises collectivement, au rythme du vivant.
Un échange vibrant sur la vulnérabilité, la lenteur et la puissance du collectif. Un témoignage qui questionne notre rapport au temps, à la performance et à la nature : et si le vrai progrès était celui qui laisse respirer ?
Un épisode pour toutes celles et ceux qui aspirent à une économie régénérative, où l’on agit avec conscience plutôt que précipitation.
Cet épisode fait partie de la série Kaya – Parole d’écopreneurs. Il est produit pour Kaya par l’ASBL The Podcast Factory Org, enregistré chez transforma bxl et soutenu par la Loterie Nationale. À travers Kaya, nous donnons la parole à celles et ceux qui choisissent d’entreprendre autrement, avec authenticité, impact sociétal et congruence.
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Séquençage du podcast Le Germoir des fontaines avec Quentin de Crayencour :
- [00:00:00] Introduction au podcast
- [00:00:20] Qui est Quentin de Crayencour ?
- [00:00:57] Le slowpreneuriat
- [00:01:15] Que propose Le Germoir des Fontaines ?
- [00:01:44] Quelques exemples pour illustrer
- [00:02:47] Où placer un curseur ?
- [00:04:17] Le déclic pour entreprendre autrement
- [00:06:29] Inspirer, incarner contre injonctions
- [00:07:13] Qu’est-ce que « entreprendre autrement » ?
- [00:08:09] L’argent, un tabou
- [00:09:01] Pratiques qui incarnent les valeurs au quotidien
- [00:10:29] Ce qui rend fier
- [00:12:31] Plaidoyer politique
- [00:14:10] Et avec une baguette magique ?
- [00:15:23] Être membre de Kaya
- [00:16:35] Notre corps, notre lien à la nature
- [00:17:14] Appel à action et clôture
La transcription du podcast Le Germoir des fontaines avec Quentin de Crayencour :
Michel: [00:00:00] Bienvenue sur parole d’écopreneur, les parcours inspirants de celles et ceux qui entreprennent autrement. Un podcast « Kaya », avec le soutien de la Loterie Nationale. Avec au micro ma collègue Candice, bonjour Candice.
Candice Enderlé: [00:00:14] Salut Michel.
Michel: [00:00:14] Et on a au micro aussi en face de nous Quentin, du « Germoir des Fontaines ».
Quentin de Crayencour: [00:00:18] Bonjour Michel, bonjour Candice.
Michel: [00:00:20] Quentin, avant de parler de ton activité, et je sais que tu as une multi-casquettes mais on ne va pas parler de tout aujourd’hui, on va commencer par te présenter en quelques mots. Comment te présente tu toi aux gens?
Quentin de Crayencour: [00:00:28] C’est toujours complexe, moi j’aime bien parler de la totalité de ce qui fait mon être, c’est-à-dire la totalité de ma vie. Donc je suis marié, j’ai trois enfants: 16, 20 et 24 (Michel Godart: Ok) et je suis dans le Brabant wallon. Et j’ai comme objectif de pratiquer un titre de livre qui est « Travailler moins et vivre mieux » (Candice Enderlé: Ouiiiiii! – Michel: Ah je connais!). Et donc l’objectif c’est de faire en sorte que les activités que je fais me plaisent. Mais ce n’est pas uniquement les activités professionnelles, c’est aussi les activités de bénévole, les activités liées à mon jardin, aux activités avec la famille.
Michel: [00:00:57] Ah je parlais hier de slowpreneuriat, ça doit te parler alors?
Quentin de Crayencour: [00:01:00] C’est absolument un des mots importants qui se trouve sur mon site internet: le slow entrepreneuriat.
Michel: [00:01:04] Bon c’était le sujet d’une soirée « Humana » hier, avec le podcast de « hrmeetup.© », un des projets que j’anime avec Estelle Mentior et Lauriane donc… Je te mettrai en présentation, j’ai l’impression que vous aurez des choses à vous dire.
Quentin de Crayencour: [00:01:12] Michel, depuis que je t’ai rencontré, il y a déjà beaucoup de tâches avec toi qui va se passer? (Candice Enderlé: Oui!)
Michel: [00:01:15] Oh là là! Ok. Ensuite, tu peux nous dire un peu de quoi parle ton activité? Qu’est-ce que tu fais en fait?
Quentin de Crayencour: [00:01:21] Alors dans l’activité qui nous concerne aujourd’hui, « Le Germoir des fontaines », l’objectif c’est de faire en sorte à notre façon de pouvoir aider les entreprises à modifier leur modèle économique. Parce qu’on a une philosophie importante, c’est de comment aider les entreprises à régénérer les impacts négatifs qui a eu lieu par différentes entreprises et faire en sorte que ces impacts soient plutôt positifs.
Michel: [00:01:39] Waouh! Ça, c’est tout un programme, il y a du challenge derrière (Quentin de Crayencour: Absolument)!
Candice Enderlé: [00:01:42] La re génération c’est important hein!
Michel: [00:01:44] Tu peux illustrer par quelques exemples? Parce que je crois que c’est, ici dans le cas précis, c’est important de donner un ou deux exemples que l’auditeur et auditrice visualise un peu ce que ça représente.
Quentin de Crayencour: [00:01:52] Absolument. Alors, il y a plusieurs exemples, parce que la régénération peut se faire au niveau de l’humain ou au niveau de la nature ou de la planète. Alors au niveau de l’humain par exemple, il y a quelques années au niveau du Covid, on a aidé les entreprises locales sur la zone du territoire de Wavre à avoir des formations pour les aider à rebondir par rapport aux difficultés qu’ils rencontraient. Ça a été sur la thématique, sur comment devenir entrepreneur pendant la situation de chômage économique, ou comment arriver à jouer autrement avec les moyens financiers par rapport à la situation, c’est un exemple. Autre exemple plus actuel, on aide une entreprise à regarder comment est-ce qu’elle pouvait encore plus bouger au niveau de ses impacts positifs. Ils sont déjà hyper positifs sur ce qu’ils ont réalisé mais on a fait un rapport d’impact lié à tous les documents qui étaient à sa disposition, et liés à tout document qu’on trouve sur Internet, pour voir comment réduire les risques qui les concernaient. Comment faire en sorte de pouvoir modifier encore plus son modèle économique sur plein de sujets qui sont peut-être pas connus de sa part et donc d’augmenter sa capacité à pouvoir avoir des nouvelles idées pour régénérer au sein de son entreprise et modifier son entreprise, par exemple, voilà.
Michel: [00:02:47] La régénération ne va pas aller mettre un curseur, un bête exemple: le mail, moi je milite contre le mail, je pense que c’est un élément hyper chronophage des entreprises qui, paradoxalement à leur volonté de productivité, descend la productivité au maximum. Et en plus c’est une charge mentale pour l’humain mais énorme, qui est aussi un problème pour la déconnexion digitale. Est-ce que c’est le genre de sujet dans lequel vous allez aussi rentrer? Parce que tu vois, il y a un curseur qui va se placer à un moment donné.
Quentin de Crayencour: [00:03:08] Alors nous, on est plutôt sur une modélisation d’un modèle qu’on appelle le scan régénératif, qui vise à travailler sur différents axes, que ce soit la coopération, que ce soit la bio-inspirée, que ce soit tout ce qui est biosourcé, qui tient lieu à l’environnement, la planète, la nature. Et donc sur tous ces thématiques-là, on fait des parallèles avec ce qui est fort actuel, on en a beaucoup parlé, de tout ce qui est CSRD (Michel Godart: Exact) tous ces règlement Européen. Et on aide l’entreprise à pouvoir voir où il peut bouger. Donc par exemple, je vous ai dit tantôt qu’il fait énormément de projets liés à la capacité à régénérer, mais on lui a invité par exemple à modifier l’analyse du lac qui le concerne pour voir comment, moins impacté par exemple, les nageurs qui sont dans le lac (Candice Enderlé: Ah oui), avec des crèmes et autres pour faire en sorte que la pollution soit moins impactée, c’est une des solutions sur laquelle il peut bouger. Autre chose, c’est: il a une difficulté au niveau de la mobilité, parce qu’il n’y a pas de train et de bus, et donc on réfléchit avec lui sur comment résoudre le problème de mobilité pour les touristes qui viennent dans son activité et faire en sorte qu’il y ait moins d’impact par rapport à ça, ce sont des exemples. Au niveau des mails, c’est des choses qui sont vraiment hyper, hyper détaillées, ça pourrait revenir incessamment dans une thématique avec un client, mais pour l’instant ce n’est pas dans nos thématiques. Il y a des super fresque du climat numérique qui est déjà vachement bien faite pour arriver à savoir où sont les axes d’actions sur lequel on peut bouger.
Michel: [00:04:10] C’est tellement vaste que si on ne place pas où est le curseur, l’auditeur ou l’auditrice peut avoir peut-être difficile à visualiser jusqu’où vous allez agir.
Quentin de Crayencour: [00:04:17] Je comprends.
Candice Enderlé: [00:04:17] Qu’est-ce que tu faisais avant « Le Germoir de Fontaine »? Qu’est-ce qui t’a amené à changer ou à créer cette entreprise-là?
Quentin de Crayencour: [00:04:23] Alors je me suis rendu compte, ça fait plus ou moins 25 à 30 ans que je travaille sur la manière dont je fonctionne, pour être de plus en plus aligné avec la façon dont je suis. Et par rapport à ça, il y a autant des différents ateliers, formations ou retraites spirituelles, que j’appellerai ça, pour arriver à modifier la transformation intérieure. Et autant des adéquations avec le monde économique et société d’aujourd’hui, donc par exemple, un des grands déclics qui a fait accélération dans la transformation, c’est un atelier qui a consisté à savoir un peu quel était le métier qui me correspondait, dans lequel on m’a invité à créer ma propre job description, et de voir en fait quels étaient les types de tâches et d’activités qui me correspondaient (Candice Enderlé: Ah oui) et de créer le métier qui correspondait par rapport à ça. C’était il y a 25 ans, et c’était l’accompagnement à la création d’entreprise, et ça fait 25 ans que je fais de l’accompagnement création d’entreprise aux différents sujets. Et l’autre chose qui modifie aussi, ou qui a amené à la transformation, il y a des événements comme ça dans la vie, il y a une phrase que j’aime beaucoup qui dit « Il n’est pas nécessaire d’être malade pour aller mieux ». Donc, j’ai perdu un de mes meilleurs amis à 47 ans, à la suite d’un jogging, qui était un grand chef d’entreprise. Et en fait, il y a une phrase que j’entends beaucoup dire dans les médias, qui fait que les entrepreneurs ont souvent l’impression qu’ils sont intouchables, invincibles. Ça, c’est quelque chose que je trouve qu’il est important de se rendre compte, qu’on a la possibilité de se rendre compte qu’on peut être vulnérable. Et donc l’idée dans ma transformation aussi, c’est de faire en sorte d’être le plus en adéquation possible avec la façon dont je fonctionne et avec la manière dont la société est aujourd’hui.
Candice Enderlé: [00:05:36] Donc c’est accepter sa vulnérabilité, en faire une force en en tenant compte.
Quentin de Crayencour: [00:05:40] Absolument. Et c’est un travail énorme, je suis loin d’avoir fini, mais étape par étape, les personnes qui y travaillent, qui font le nécessaire pour pouvoir être plus en adéquation avec qui ils sont, peuvent voir automatiquement les changements qu’il y a. Et c’est souvent l’environnement et les autres qui peuvent dire la manière dont le changement se passe, on n’a pas toujours conscience soi-même de l’évolution qu’on veut avoir dans la transformation qu’on a et qu’on fait.
Candice Enderlé: [00:05:58] Ça montre à quel point la transformation intérieure est importante et peut irradier autour de soi pour créer le changement autour de soi.
Quentin de Crayencour: [00:06:06] Elle est hyper importante, c’est ça qui va probablement modifier la société. J’étais en train d’écouter un podcast sur l’évolution de l’extrême droite et la manière dont les gens fonctionnent, ils ré expliquaient que l’important c’est d’arriver à communiquer, à dialoguer avec les gens pour arriver à communiquer des choses positives, pour arriver à faire en sorte que la transformation se fasse auprès de l’environnement. Et je me souviens très bien d’un témoignage d’une personne qui disait que, en inspirant les autres, on peut arriver à modifier (Candice Enderlé: Oui) la manière dont la société se fait à son niveau (Candice Enderlé: C’est ça), petit à petit.
Candice Enderlé: [00:06:29] Et inspirer c’est pas dire aux gens ce qu’ils doivent faire, c’est incarner quelque chose.
Quentin de Crayencour: [00:06:33] Exact. C’est d’arriver à montrer simplement la cohérence qu’il y a, tout en sachant qu’on n’a pas la vérité vraie mais, d’au moins d’être juste et aligné par rapport à ce qu’on aime faire et ce qu’on veut faire
Michel: [00:06:40] Et ce sera nettement plus performant qu’aller en opposition parce qu’en fait on braque l’autre, il n’écoute plus, et la communication se coupe (Candice Enderlé: Oui). Tandis que quand on inspire, on ouvre un canal de communication, on ouvre un canal de réflexion. Et ça me fait penser aussi que, finalement, on doit prendre conscience des limites planétaires, c’est ce qu’on a besoin. Et quand tu dis « On doit prendre conscience de nos limites à nous en tant qu’humain », si on se rend compte qu’on n’est déjà pas capable de le faire, il ne faut pas s’étonner que si on n’est pas capable d’écouter la planète, quoi, tu vois? Il y a un lien entre les deux.
Quentin de Crayencour: [00:07:02] Oui, je me souviens très bien une phrase d’un grand spécialiste du cerveau, du cognitif, qui disait que quand on est avec beaucoup d’exercices de méditation et de relaxation, on a une ouverture sur la prise de conscience de l’importance du développement durable.
Michel: [00:07:13] Ouais, exactement, pas mal, c’est une belle réflexion. Finalement, entreprendre autrement, ça veut dire quoi pour toi? On a déjà des éléments de réponse dans tout ce que tu as dit mais si on devait résumer un peut?
Quentin de Crayencour: [00:07:21] Entreprendre autrement, il y a plein de façons de faire. Moi, la philosophie qu’on a avec « Le Germoir des Fontaines » et les différents acteurs qui y sont actifs, c’est de faire en sorte, à notre niveau, on puisse, comme je le disais, bouger soit l’axe économique, l’axe entrepreneurial. Il y a plein d’acteurs qui jouent sur plein d’autres sujets. Nous c’est d’aider les entreprises, et les futurs entrepreneurs, à voir de quelle manière ils peuvent faire un modèle économique qui correspond à la façon dont ils fonctionnent et qu’ils puissent quand même faire circuler de l’argent. Il n’y a pas de secret aujourd’hui, tout le monde n’a pas la chance d’être rentier, tout le monde n’a pas la chance d’être pensionné avec peut-être des moyens financiers pour être autonome, et donc les entrepreneurs de temps en temps doivent quand même arriver à trouver un modèle économique. Qui puisse faire circuler de l’argent et qui puisse être en adéquation avec ce que le marché, et ce que les gens, et ce que l’économie, demandent quelque part. Mais il y a moyen aussi de créer des choses qui va faire en sorte qu’on puisse aider les entreprises, et les différents partenaires, à faire des choses qui va intéresser l’autre et qui fait circuler de l’argent.
Michel: [00:08:09] Vous avez parfois des entrepreneurs, plus petites structures souvent, où l’argent est un tabou, problématique?
Quentin de Crayencour: [00:08:14] Ce qu’on remarque c’est que, mais c’est moins dans « Le Germoir des fontaines », c’est plutôt dans la manière dont on écoute, qu’on fonctionne avec les gens. Je viens d’avoir une réunion, notamment cette après-midi avec quelqu’un, qui se posait la question sur « En fin de compte, c’est quoi le juste prix? ». Beaucoup d’entrepreneurs n’ont pas toujours la possibilité d’identifier ce qui va être la bonne relation, tu parlais tantôt de troc que tu faisais toi dans tes activités de temps en temps, il y a des personnes qui peuvent éventuellement faire du troc, mais il y a un moment aussi il y a la nécessité de faire circuler de l’argent et donc de pouvoir identifier quel va être le prix qui correspond à la valeur ajoutée qu’on offre. C’est pas toujours facile pour beaucoup de gens de pouvoir avoir une estimation de la valeur qu’ils ont, parce qu’on est souvent en Belgique, on a beaucoup d’activités de services, peu d’activités de produits. Un des grands problèmes de notre société d’ailleurs, c’est de voir du coup quelle est la valeur que l’on a, nous en tant qu’humains, quand on offre quelque chose, qu’on offre un service.
Michel: [00:08:53] Ouais on échange souvent cette valeur contre du temps, temps-argent, alors qu’en fait, on devrait plutôt voir le résultat et la qualité du résultat de ce qu’on a délivré.
Quentin de Crayencour: [00:09:00] Notamment oui.
Candice Enderlé: [00:09:01] Moi je serais curieuse de savoir dans le quotidien, dans la manière dont fonctionne « Le Germoir de Fontaine », qu’est-ce que vous avez comme pratique qui incarne directement vos valeurs?
Quentin de Crayencour: [00:09:10] Nos spécificités, c’est ce qui nous anime tous, c’est que dans « Le Germoir des Fontaines » en tant que coopérative, on a différents coopérateurs. Et alors la spécificité c’est qu’on est tous indépendants (Candice Enderlé: Ah oui), C’est-à-dire qu’il y a personne qui est salarié, il y a personne qui a, comme tu disais, un processus de paiement, et donc il y a personne qui est le chef de personne. Ce qui est très intéressant et très challengeant parce que du coup, à ce moment-là, chaque décision, chaque action que l’on va entreprendre doit être mise en accord avec chacun d’entre nous. Alors on est 4 actifs, véritablement dans la coopérative, même s’il y a d’autres coopérateurs qui nous soutiennent dans le processus. Ce qui se passe quand on est quatre, c’est plus facile à réaliser, et heureusement, la chance qu’on a, c’est qu’on a des valeurs communes qui fait qu’automatiquement, quand on réfléchit à une action via un client, on a automatiquement un processus similaire. Je donne un exemple qui me vient en tête avec un client, c’est qu’à un certain moment il y avait un processus de subside. Le mécanisme du subside qu’il nous proposait n’était pas en adéquation avec nos valeurs, je ne vais pas rentrer dans le détail mais on s’est tous mis d’accord, on a dit « Non, ce n’est pas possible, ça ne fonctionnera pas comme ça ». Sur d’autres sujets idem hein? Quand on est sur le régénératif, il y a plein de façons de fonctionner. Et donc ça c’est super important et c’est la spécificité de notre fonctionnement, c’est notamment le côté qui est « personne n’est sûr de personne ». Ça, c’est un point important.
Candice Enderlé: [00:10:08] C’est ça, donc en fait, ce sont vos valeurs qui guident la gouvernance de votre coopérative.
Quentin de Crayencour: [00:10:13] Oui, les valeurs et la mission, et le mode d’actions concrètes que l’on établit et que l’on met pour les entreprises qui nous animent. Pour rappel, on fait vraiment ça tous en parallèle d’une autre activité (Candice Enderlé: Ok), Donc c’est quelque chose qui est difficile parfois à gérer, mais qui nous permet d’avoir un équilibre d’épanouissement par rapport à la mission et aux objectifs du « Germoir des Fontaines ».
Michel: [00:10:29] Moi, ce que j’entends beaucoup dans ce que tu dis, et je crois que les auditeurs et auditrices ne voient pas l’image mais l’entendre dans le micro, c’est ton sourire et la façon avec laquelle tu partages ta passion pour ce que tu fais, c’est inspirant déjà. Et j’ai envie de te demander du coup, c’est quoi qui te rend plus fière dans tout ce que tu es en train de nous expliquer? Quand tu te regardes dans le miroir le matin, alors tu te dis « Waouh, je l’ai fait, je le fais! »
Quentin de Crayencour: [00:10:47] C’est une question très compliquée. Tout en voulant rester humble, c’est de se poser toujours la question, qui rejoint un peu les remarques que j’ai faites tantôt, qui est de se dire « Est-ce que si on s’annonçait un cancer ou une mort dans quelques mois, est-ce que ce que l’on fait est la même chose que l’on ferait suite à cette annonce? ». La plupart des gens n’ont pas la date de leur fin de vie, sauf si on se base sur l’âge moyen de 82-83 ans. Si on transforme ça en un nombre de jours, moi je me souviens, c’est plus ou moins 27 882 jours. C’est la question qu’on pourrait se dire « Mais qu’est-ce que je vais faire de ces journées par rapport à la raison pour laquelle je suis ici? ». Je ne suis pas trop dans la réflexion de la mission mais au niveau du « Germoir des fontaines », on est clairement dans cette réflexion qui est « Comment est-ce qu’on peut aider les acteurs, ici la société, qui veulent modifier leurs choses, qui veulent changer les choses, qui n’ont pas toujours facile mais qui puissent être soutenues. Et alors à notre façon d’être plusieurs petits colibris qui va amener à, et cette fameuse phrase, trouver ma façon de changer les choses.
Michel: [00:11:36] J’aime bien l’action Colibris parce que, même si elle est parfois prise bateau ou répétée, moi je trouve qu’elle est hyper pertinente et importante, surtout dans ce qui nous motive tous et toutes.
Candice Enderlé: [00:11:44] Oui et c’est vraiment, on sent que c’est la contribution qui t’anime au quotidien.
Michel: [00:11:47] Oui, clairement.
Quentin de Crayencour: [00:11:48] Oui. Et tant sur l’humain que surtout, surtout, surtout, surtout sur la manière dont on peut aider la nature à trouver les ressources qui lui sont nécessaires pour que les autres, autour de nous et après nous, puissent profiter de cette beauté et profiter de tout ce qui existe.
Candice Enderlé: [00:12:03] Et quand tu dis la nature, c’est à la fois la nature qui est autour de nous, mais en nous, notre nature sauvage, qui est là, qui est présente, et qui n’a pas toujours l’occasion de s’exprimer.
Michel: [00:12:12] Qu’on refoule trop souvent, oui.
Quentin de Crayencour: [00:12:14] Absolument, ça c’est un débat encore plus compliqué parce que l’humain est d’une complexité énorme.
Michel: [00:12:18] Tout un podcast Candice!
Quentin de Crayencour: [00:12:19] Et comme je le disais, chaque individu, et c’est ça qui est chouette dans le Germoir, c’est qu’on a des personnes qui font beaucoup de choses pour travailler sur leur mode de fonctionnement, pour justement être le plus possible en adéquation, et être juste quand il y a des échanges, des discussions avec les futurs clients.
Michel: [00:12:31] Là je te suit sur une vague, je suis en train de surfer là, tu vois? Sur ton flux de paroles (Candice Enderlé: Oui) qui me motive à mort. Et je me dis « Aïe! À un moment, il y a la plage, ou le rocher, ou le mur ». Et souvent, c’est dans la société que ces murs se présentent, et ils sont représentés par des actions, des décisions qui sont politiques et le cadre social, le contrat social. Qu’est-ce qu’on pourrait faire dans le monde politique? Parce que tu sais que « Kaya » a beaucoup d’activités pour faire des plaidoyers et agir sur ce plan. Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour que finalement, tout ce que tu es en train d’expliquer auprès de ces entreprises soit une norme?
Quentin de Crayencour: [00:12:58] Alors je vais répondre à deux niveaux. La première c’est qu’en fait j’ai expérimenté la politique au niveau territorial-local, pour une fois de voir un petit peu comment ça se passait puisque, quelque part plutôt que me plaindre, je me suis dit « Mais comment est-ce qu’on peut bouger les choses avec un axe acte politique? ». Je ne vous cacherai pas que c’est très compliqué, ça amène toute une personnalité, un fonctionnement qui peut-être ne correspond pas complètement, parce que j’aime bien être dans l’action et pas uniquement dans le dialogue et dans la discussion. Et concrètement, mais c’est plutôt global, et ça ne répond pas complètement à la question mais un petit peu quand même, c’est que moi il y a un truc que j’aurais quand même envie, si possible avant la fin de ma vie, de vivre, c’est de voir s’il était possible d’expérimenter l’allocation universelle. Parce que je suis convaincu (Michel Godart: Ah ouais) que ça permettrait d’arriver à accélérer une adéquation entre, ce que je disais tantôt, entre travailler moins et vivre mieux, c’est-à-dire de faire en sorte que les gens qui veulent travailler et gagner plus: ben aucun problème. Et ceux qui veulent pouvoir ralentir, leur permettre d’avoir du temps bénévole et autre, sera beaucoup plus accélérant. Il y a une chose que j’ai retenue dans ce livre que j’ai lu, qui était assez incroyable, c’est que pour la politique et pour l’État, c’est très déstabilisant d’avoir la possibilité de laisser aux gens le temps de réfléchir. Or, c’est super important parce que c’est en prenant le temps de réfléchir qu’on peut modifier et changer les choses, et ça c’est quelque chose qui est important. Et je pense que l’Allocation universelle pourrait être un des outils politiques qui pourrait permettre de donner plus de temps aux gens qui veulent consacrer du temps aux choses qui sont positives, comme tu disais Michel, au niveau de ton temps bénévole, avec ton activité podcast par exemple.
Candice Enderlé: [00:14:10] Et je vais pousser un peu le curseur un petit peu plus loin, parce que là tu parles de mesures concrètes, on va dire. Mais imagine si tout était possible, si maintenant tu avais une baguette magique et tu pouvais changer en un coup quelque chose, ce serait quoi?
Quentin de Crayencour: [00:14:23] Faire en sorte que la nature ait la possibilité d’être reconnue juridiquement et aie un droit par rapport à la société. Et que donc, si à un certain moment quelqu’un veut abattre un arbre sans son autorisation, que quelqu’un, ou une structure, ou un avocat, puisse porter le droit de la nature qui ne parle pas, mais qu’il puisse à ce moment-là être dans les procès et d’avoir un beaucoup plus grand respect par rapport à les eaux polluée, la nature détruite, à tous les niveaux. Si c’est une chose qu’on doit changer, c’est remettre un droit à la nature, comme le font certains tribus aujourd’hui qui sont complètement en train d’être détruites.
Candice Enderlé: [00:14:50] Et certains conseils d’administration maintenant prennent des personnes pour représenter la nature dans leur conseil d’administration.
Michel: [00:14:57] Ça fait penser à Écocide hein? À Écocide (Candice Enderlé: Tout à fait). On est en lien avec ça hein (Candice Enderlé: Oui).
Quentin de Crayencour: [00:15:01] Il y a effectivement de temps en temps des petites choses. Moi je me suis surpris, à Londres il y a des bureaux d’avocats spécialisés là-dedans. Il y a effectivement des petites choses qui bougent aussi en France. En Belgique, on est encore très loin, surtout que quand on voit les différentes règles communaux sur l’environnement, il y a des décrets qui sont faits, mais il y a très peu de politiques qui les mettent en pratique. Et donc il y a effectivement encore énormément de choses qui peuvent être changées par rapport à ça.
Candice Enderlé: [00:15:19] Peut être un chantier pour « Kaya », un nouveau chantier pour « Kaya ».
Quentin de Crayencour: [00:15:22] Sûrement.
Michel: [00:15:23] Moi j’ai surkiffé le moment où tu as dit « Il faut qu’on ait du temps pour réfléchir parce que ça va nourrir l’esprit critique, et l’esprit critique c’est super important (Candice Enderlé: Bien sûr), ça doit revenir ». Et en parlant d’esprit critique, de réflexion profonde, qu’est-ce que ça te fait d’être membre de « Kaya » et comment tu vis ton expérience « Kaya »?
Quentin de Crayencour: [00:15:36] Alors je ne suis pas hyper actif au sein de « Kaya », par contre je suis dans différents petits clubs, et dans lequel je ne suis pas souvent présent, mais quelques fois où je vais dans les clubs plus classiques, je ressens tout de suite une énergie qui n’est pas la même que celle que je ressens au sein de « Kaya écopreneur ». Puisqu’il y a des personnes qui automatiquement en termes de, je vais trouver un peu, ça va être un peu bizarre mais, en termes vibratoires ou en termes de fonctionnement, qui correspond plus, parce qu’automatiquement ces personnes-là sont dans une philosophie qui correspond à la façon dont je fonctionne. Je dis souvent aux entrepreneurs dans mes autres métiers, c’est de trouver les clubs et les lieux qui sont en lien avec le type de clients, les types de cibles, le type d’énergie qu’il veut trouver. Vous avez des gens qui sont très contents dans les cercles gaulois, ou à l’UCM ou d’autres, mais il y a des gens qui sont super contents au sein de « Kaya écopreneur », qui vont retrouver les choses qui correspondent à leur motivation. Et j’espère que « Kaya » pourra continuer à grandir pour avoir plus de poids. Je repensais à « Canopéa » (Candice Enderlé: Oui, oui – Michel: Oui, oui) qui est aussi une structure qui bouge pas mal. Mais donc il y en a pas mal qui devrait beaucoup plus encore exister, et donc long chemin et longue vie à eux parce que je sais que ce n’est jamais évident, surtout aujourd’hui.
Candice Enderlé: [00:16:29] Tu te sens en résonance en fait?
Quentin de Crayencour: [00:16:30] Je me sent en résonance, en tout cas oui, de savoir qu’on n’est pas seuls à pouvoir et à vouloir modifier les choses.
Michel: [00:16:35] J’aime bien parce qu’on vient de parler de vibrations, de résonance, et je vais faire une petite remarque: la nature, tout est électrique dans la vie, tout est fait sur l’électricité, tout est une onde. C’est génial parce qu’en fait l’univers est une onde, on est dans la voix, dans le podcast, et la voix c’est une onde également, voilà pour le petit mot de conclusion.
Quentin de Crayencour: [00:16:50] Merci Michel. Alors si je peux me permettre encore deux petites secondes, moi j’ai été incroyablement surpris quand j’ai fait la marche pour le climat, qui explique un peu la trace de l’humain sur les milliards d’années d’existence. Et de savoir qu’on a du corps qui est à 80 % d’eau, il y a de l’eau qui vient de l’époque de l’existence de la terre, je trouve ça incroyable. Et donc pour rejoindre ce que tu disais, 80 % du corps c’est de l’eau et la vibration est liée à l’expérience de vie qu’on a eue, je trouve ça passionnant.
Candice Enderlé: [00:17:11] Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.
Michel: [00:17:14] Et on est dans des good vibes, et ce sera le mot de la fin. Alors j’invite les auditeurs et auditrices à nous faire une vibe sonore aussi. Dans le texte du podcast il y a un lien qui permet de laisser un message vocal à Quentin avec un encouragement, une gratitude, un mot, une question, et on fera franchement le relais pour transmettre ces questions et ces commentaires vers Quentin. Et alors Candice tu as aussi un message important pour nos auditeurs.
Candice Enderlé: [00:17:32] Oui, tout à fait. Si vous voulez être tenus au courant de ce qui se fait en matière d’écopreneuriat, et bien abonnez-vous à notre chaîne YouTube, et vous recevrez automatiquement les notifications de nouveaux « Parole d’ ecopreneur ».
Michel: [00:17:44] Il y a une transcription des podcasts mais on va, en plus, ajouter des sous-titres dans le format vidéo des podcasts sur YouTube, ce qui fait que les sourds et malentendants pourront lire le contenu de ces interviews, mais en plus, on pourra le traduire dans plusieurs langues (Candice Enderlé: Fantastique), voilà.
Candice Enderlé: [00:17:56] Merci Michel, merci Quentin.
Quentin de Crayencour: [00:17:58] Merci Candice, merci Michel.
Michel: [00:17:58] À très bientôt.
Candice Enderlé: [00:17:58] À bientôt
Quentin de Crayencour: [00:17:59] À bientôt.
Michel: [00:18:00] Vous avez écouté un épisode podcast « Kaya », Parole d’écopreneur », des parcours inspirants de celles et ceux qui entreprennent autrement. Un podcast « Kaya », avec le soutien de la « Loterie Nationale ».
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