Geert Degrande – Re-story

Geert Degrande – Re-story – Rubrique Kaya. Midoricast : Podcast #197
Repenser le journalisme autrement et construire un avenir plus vert enemble : Rencontre avec Geert Degrande, membre de la coalition des écopreneurs et écopreneuses de Kaya.
Dans ce nouvel épisode de Midoricast, pour sa rubrique « Kaya », nous avons le plaisir de recevoir Geert Degrande, co-fondateur de « Re-story », une plateforme journalistique innovante qui donne la parole à celles et ceux qui construisent un avenir plus durable.
Geert Degrande nous partage sa vision d’un journalisme engagé et nous explique comment « Re-story » se distingue par son approche coopérative et son focus sur les initiatives positives.
Au cours de cet entretien, nous abordons des sujets variés tels que :
- Le rôle du journalisme dans la transition écologique : Comment les médias peuvent contribuer à changer le regard que nous portons sur le monde et inspirer de nouvelles actions ?
- L’importance de la diversité des voix : Pourquoi est-il essentiel de donner la parole à tous les acteurs de la transition, y compris les citoyens et les entreprises engagées ?
- L’économie du zèbre : Une alternative à l’économie traditionnelle, qui met l’accent sur l’impact social et environnemental tout en étant rentable.
- Les défis et les opportunités de l’entrepreneuriat vert : Comment surmonter les obstacles et créer un avenir plus durable ?
Cet épisode est une invitation à repenser notre rapport aux médias et à nous engager pour un monde plus juste et plus respectueux de l’environnement.
Appel à l’action :
N’hésitez pas à laisser un message vocal sur notre plateforme pour partager vos réactions et vos questions à Geert Degrande.
Vos témoignages nous sont précieux pour enrichir les échanges et co-construire un avenir plus durable ensemble.
Pour aller plus loin :
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Séquençage du podcast avec Geert Degrande :
- [00:00:18] Introduction et contexte
- [00:00:31] Présentation de Geert Degrande
- [00:01:17] Qu’est-ce qui différentie Re-story ?
- [00:02:32] Est-ce qu’un citoyen peut rejoindre la coopérative?
- [00:02:52] Changer la posture du journalisme, un challenge?
- [00:04:57] En flamand et en français ?
- [00:05:05] Qu’est-ce qui a changé dans ta vie en devenant écopreneur ?
- [00:06:17] Le « Journativisme »
- [00:07:39] Une pratique dont tu es particulièrement fier ?
- [00:08:19] Qu’est-ce qui faciliterait le développement de la coopérative?
- [00:12:08] Quels changements sont à faire dans un avenir proche pour que ta coopérative ne soit plus considérée comme une alternative mais bien comme la norme?
- [00:12:35] Quels sont les principaux freins ?
- [00:13:39] Et si tu avais une baguette magique ?
- [00:15:47] Comment te sens-tu maintenant dans ta position d’écopreneur?
- [00:16:41] Pourquoi es-tu membre de « Kaya » ?
- [00:17:20] Une Belgique unie ? Le rôle des médias
- [00:18:58] Quels conseils donnerais-tu à d’autres écopreneurs, écopreneuses?
- [00:19:11] Clôture du podcast et appel à action
La transcription du podcast avec Geert Degrande :
Michel Godart: [00:00:00] Ce projet podcast est une initiative créée et proposée par l’asbl « The Podcast Factory Org », avec le sponsor de « transforma bxl – Innovation Playground », et vous retrouvez tous les épisodes sur le site « What’s Your Story point be ».
Michel Godart: [00:00:18] Bienvenue pour un nouvel épisode « Midoricast »! Alors « Midori » veut dire vert en japonais, « Cast » pour Broadcast, et c’est un podcast sur l’environnement, la transition, l’écologie, dans une rubrique « Kaya ». Et aujourd’hui je reçois Geert, enchanté Geert.
Geert Degrande: [00:00:30] Enchanté.
Michel Godart: [00:00:31] On va commencer par un petit mot pour te présenter toi. Comment te présenterais-tu?
Geert Degrande: [00:00:34] Je m’appelle Geert Degrande, j’ai 65 ans, j’ai cinq enfants, je suis journaliste, copywriter depuis plus de 40 ans. J’ai écrit beaucoup de livres, comme ce qu’on appelait avant le nègre littéraire. Mais comme on ne peut plus utiliser ce mot, on dit maintenant prête-plume (Michel Godart: Oui). Donc heu (Michel Godart: C’est joli aussi hein?) c’est beaucoup plus joli en tout cas, j’ai écrit beaucoup de livres pour d’autres. Il y a quatre ans, j’ai fondé avec un collègue « Re-story » et c’est une plateforme journalistique en fait, dans laquelle on donne la parole aux gens qui ouvrent de nouvelles voies dans l’économie, la société, l’enseignement, l’agriculture, et qui prouvent qu’il est possible d’agir différemment de ce qu’on fait de manière classique.
Michel Godart: [00:01:17] Ah que ça fait du bien d’entendre ça, merci beaucoup. Alors maintenant que tu as parlé de qui tu es, et de l’entreprise que tu représentes, comment est-ce que tu pourrais la distinguer de ses concurrentes?
Geert Degrande: [00:01:26] Je crois qu’il n’y a pas beaucoup de concurrents parce qu’on a commencé avec « Re-story » en se disant « Il y a beaucoup de gens qui mériteraient une place dans les médias classiques et qui ne la trouvent pas ». Donc on a essayé d’être différent, au niveau contenu en premier lieu, mais en deuxième lieu aussi au niveau de notre structure à nous, parce qu’on a choisi d’être une coopérative. On a démarré il y a quatre ans, actuellement on a 120 coopérateurs et en fait on fait trois choses: on a la plateforme journalistique, qui donne donc la parole aux gens qui prennent des initiatives, on a aussi une newsletter qui parait tous les quinze jours. Deuxièmement, on fait de l’interaction avec nos coopérateurs, c’est à dire qu’on organise des événements, qu’on a organisés aussi des webinaires avec eux. Troisièmement, on propose aux entreprises qui sont en train de réaliser la transformation, la transition vers un monde que nous espérons meilleur, de les accompagner au niveau du storytelling. Donc, en fait, on fait ces trois choses-là. Il n’y a aucune autre société qui propose le même service.
Michel Godart: [00:02:32] On va parler maintenant de la posture, parce que tu as parlé du contenu, de la qualité du contenu et du média, est-ce qu’il faut être journaliste pour vous rejoindre ou pas? Est-ce qu’un citoyen peut vous rejoindre?
Geert Degrande: [00:02:39] Il peut certainement nous rejoindre, parmi nos 120 coopérateurs on a de tout, on a des femmes de ménage, on a des grands-parents, on a des professeurs à l’université, et on a beaucoup d’entrepreneurs aussi.
Michel Godart: [00:02:52] Donc ce n’est pas un monde journaliste, on va déjà (Geert Degrande: Non) casser ce cliché, c’est important (Geert Degrande: Ouais). Et je disais donc, par rapport à la posture aussi, il y a des festivals de podcasts hein, je prends ce thème là comme exemple, et quand tu t’y rends, tu y rencontres beaucoup de journalistes et des gens des médias classiques alors que la culture est complètement différente. Déjà par la posture de qui on est quand on invite des gens, la préparation ou non, l’impulsion de l’improvisation ou pas, j’en ai parlé sur le vouvoiement, c’est peut-être ça qui est le plus difficile à casser non quand on lance un type de projet comme celui-là? Parce que toi c’est ce que tu me dis, tu intéresses tout le monde! C’est un challenge?
Geert Degrande: [00:03:21] C’est certainement un challenge, mais on a beaucoup d’ambition, et ce qu’on dit c’est qu’on veut changer l’image du monde que les gens en ont. On a démarré quand on a lu dans « The Economist » un dossier qui s’appelait « The Next Capitalist Revolution ». J’avais lu dans le même Week-End une interview avec Raoul Hedebouw, le président du « PTB », qui disait « Le capitalisme que nous connaissons actuellement, il va périr, c’est presque terminé ». Et je me suis dit encore « C’est un peu normal qu’il dise ça parce que le « PTB », on dit quand même que c’est un parti communiste », mais on ne peut pas dire que « The Economist » et le « PTB » soient dans le même registre, pourtant ils avaient à peu près le même message (Michel Godart: Ouais). Alors, mon collègue et moi, nous avons proposé aux journaux flamands « De Standaard » et « De Morgen » de faire un dossier pareil à celui de « The Economist », mais ils n’en voulaient pas, ils n’étaient pas intéressés à ce moment-là. Depuis lors beaucoup de choses ont changé, parce que je vois par exemple dans le « Trends Tendances », les sujets ont changé beaucoup, on parle beaucoup plus de sociétés et d’entreprises à impact qu’avant. Mais à ce moment-là ils n’en voulaient pas du tout, et c’est comme ça qu’on a démarré avec « Re-story », on a démarré donc un Crowdfunding avec une société française qui s’appelle « Kisskissbankbank », qui était spécialisée surtout dans le domaine de la musique et qui voulait se lancer un peu en Flandre aussi, je ne sais pas ce qui est advenu de ça depuis, je ne pense pas qu’ils aient réussi. Mais en tout cas nous avions fait ce crowdfunding avec eux, ça nous a permis de démarrer le site et de commencer à publier des articles qu’on ne retrouve donc pas dans les médias classiques.
Michel Godart: [00:04:57] En flamand et en français où…?
Geert Degrande: [00:04:58] On écrit en néerlandais, mais les textes on peut les lire aussi en anglais et en français, mais ce sont des traductions automatiques.
Michel Godart: [00:05:05] Quelle est la majeure différence entre ta vie d’avant et aujourd’hui, dans ton alignement que tu du sens peut-être?
Geert Degrande: [00:05:10] Oui, quand même. Grâce à « Re-story » j’ai rencontré beaucoup de gens, dont je ne savais pas qu’ils étaient en fait aussi occupés à faire quelque chose qu’on peut voir comme éléments pour aider à la transition. Par exemple, j’ai rencontré un directeur de prison, quelqu’un qui est directeur de prison depuis plus de 40 ans et qui dit en fait: « Les prisons, il faudrait les supprimer. Parce qu’il y a personne qui sort des prisons, mieux qu’il est entré ». Et lui, il a aussi fait la déclaration du 30 novembre, avec d’autres gens, qui donnent ce point de vue pour changer de société, et ce qui a changé beaucoup pour moi, dans ma vie, c’est le fait de rencontrer ces gens. J’ai rencontré aussi un médecin qui prend soin des médecins quoi. Donc c’est ça qui a changé beaucoup pour moi, le fait de rencontrer des gens qui, par leur profession ou, ça peut être de tout hein, il y a des gens qui s’occupent de la transition à partir du fait qu’ils voient qu’il y a beaucoup de déchets, il y en a d’autres qui s’occupent du sujet à partir de l’énergie ou de la mobilité, il y a plein de choses. Et ce que nous essayons de faire aussi c’est de les réunir via notre plateforme.
Michel Godart: [00:06:17] On a une société qui fonctionne avec des clichés très vite « Bobo-écolo, complotiste… », enfin on met des mots facilement sur les gens dès qu’on n’est pas directement d’accord, plutôt que de se questionner soi. Je ne critique pas, je ne juge pas, c’est juste une observation. Est-ce que vous êtes confrontés dans votre plateforme à une étiquette politique qu’on vous colle malgré vous? Et quelle étiquette on vous donne?
Geert Degrande: [00:06:33] On se profil nous-même comme, pas comme journaliste mais comme « journativistes ».
Michel Godart: [00:06:37] Activistes et journalistes
Geert Degrande: [00:06:39] C’est un choix délibéré mais qui ouvre le débat, déjà (Michel Godart: Ouais). Parce que les gens se demandent « Un journativiste, est-ce que vous allez sur les barricades? Est-ce que… »
Michel Godart: [00:06:48] L’activisme qui interpelle dans le Mot-valise?
Geert Degrande: [00:06:50] Oui, exactement. Là, ça nous donne l’occasion de dire, d’expliquer que le sens des mots, c’est peut être souvent ça qu’il faut changer. Parce que si vous demandez à 100 personnes: le succès, c’est quoi? Il y en a peut-être nonante, quatre-vingt-dix, qui vont répondre avec quelque chose qui est très matériel (Michel Godart: Oh que oui). Ils vont parler de voitures, de voyages, etc. Alors qu’il faudrait écrire un nouveau récit, un « Re-story » pour dire il y a d’autres significations (Michel Godart: Joli), et pas uniquement au mot succès, mais à plein de mots où il est possible d’apporter une autre définition. On a été confronté un peu à ça, on l’a devancé en choisissant le mot « journativiste », parce que ça ouvre les débats et comme ça les gens voient, ce n’est pas la distinction classique gauche-droite, ça va beaucoup plus loin.
Michel Godart: [00:07:39] En termes de gouvernance maintenant, puisqu’on est dans une coopérative, est-ce qu’il y a un sujet qui te rend particulièrement fier de toi dans cette gouvernance? D’être en coopérative c’est une fierté déjà?
Geert Degrande: [00:07:50] C’est une fierté déjà, parce que personne ne l’a fait avant nous. D’autre part, je dois dire, il faut chercher aussi hein? On a des coopérateurs qui sont venus chez nous par sympathie, et nous on veut vraiment impliquer les gens, et ça, c’est pas toujours facile. Certaines personnes qui sont venues chez nous par sympathie, ils se disent « Bon, on est devenu coopérateurs, mais pour le reste, on ne veut pas vraiment participer ». Mais ça commence à s’améliorer parce qu’au fur et à mesure, on a appris à mieux s’organiser à ce niveau-là.
Michel Godart: [00:08:19] Est-ce qu’il y a d’autres points qui vont faciliter ton activité dans les sujets sur lesquels tu es occupé, avec « Kaya », à travailler?
Geert Degrande: [00:08:24] Nous on espère en tout cas accompagner encore plus de sociétés et d’entreprises dans leur communication sur ce qu’ils font au niveau de la transition.
Michel Godart: [00:08:33] C’est uniquement externe ou c’est aussi en interne dans l’entreprise cette communication, parce qu’il y a déjà des organismes existants en terme de communication interne en entreprise.
Geert Degrande: [00:08:39] Oui, mais c’est les deux. On travaille par exemple pour la « VDK Bank » qui commence à être connue aussi un peu en Wallonie parce qu’ils ont repris « New-B ». Avant, ils étaient uniquement actifs en Flandre et maintenant ils sont actifs dans les deux parties du pays, en ayant repris « New-B », et pour eux par exemple on rédige la newsletter. Mais pour une autre société, c’est un bureau d’ingénierie qui s’appelle « Haedes » et qui a comme baseline « Engineering Soul », et pour eux on a écrit les textes sur le website. Donc on a défini les cinq mots qui définissent leurs actions, pour vraiment dire aux gens: les ingénieurs c’est aussi très humain. Parce que souvent on pense, ça aussi c’est une pensée ancrée un peu dans notre esprit, que les ingénieurs ne s’occupent que des chiffres, mais en fait leurs travaux, c’est quelque chose de très humain. Et par exemple, au Portugal, ils s’occupent beaucoup des problèmes d’eau, l’or bleu sur lequel on aura beaucoup de problèmes dans l’avenir. Et donc nous espérons pouvoir nous développer encore un peu plus, en travaillant avec ce genre d’entreprises, avec ces sociétés. Et on a un bel exemple en France, je ne sais pas si vous le connaissez, mais c’est le site « L’ADN » point eu, ce sont trois frères, les frères « de Blanzy » qui ont commencé une espèce de « Re-story » en France, un peu avant nous. Nous, on a commencé il y a quatre ans, ils avaient commencé il y a six ans je pense. Et en fait ils avaient le même point de départ: publier les histoires qui ne se retrouvent pas dans les médias classiques. Et puis au fur et à mesure, ils se sont développés aussi en faisant ces travaux-là, donc en accompagnant les entreprises qui sont en train de réaliser la transition économique, ce que nous appelons aussi l’économie du zèbre. Je ne sais pas si vous connaissez ce concept.
Michel Godart: [00:10:23] Déjà entendu, oui. Mais je te laisse expliquer pour les auditeurs et auditrices qui ne connaîtraient pas.
Geert Degrande: [00:10:26] En fait l’économie zèbre, ou les entreprises zèbre, c’est un concept qui a été inventé par Mara Zepeda, une américaine qui démarrait une société, et qui ne trouvait pas d’argent chez les sociétés de capitaux à risque parce qu’eux ils n’était intéressé que par les licornes, c’est à dire le plus vite possible avoir 1 milliard comme valeur boursière, peu importe si la société fait des bénéfices ou pas. Mara Zepeda a dit « Mais, moi je ne veux pas être licorne, je ne veux pas avoir une société qui s’associe à un animal qui n’existe que dans les contes de fées. Si on veut donner un nom d’un animal à ma société, je veux que ce soit le zèbre », Ah? le zèbre, pourquoi? Eh bien parce que ce qui caractérise le zèbre, ce sont les rayures noires et blanches, et elle, elle a dit « Bon, les deux sont tout aussi importantes, il y a, peu importe la couleur qu’on choisit, soit le blanc, soit le noir, mais ça représente les bénéfices financiers ou la santé financière plutôt. Et l’autre couleur représente la valeur sociétale qu’une société, qu’une entreprise a l’obligation de réaliser ».
Michel Godart: [00:11:34] Ce qui est marquant, c’est que cette métaphore du zèbre, elle est aussi appliquée pour des groupes « HP – Haut Potentiels » et des gens qui pensent en arborescence, c’est une petite parenthèse à faire (Geert Degrande: Tout à fait), c’est quand même interpellant le lien qu’il y a entre les deux (Geert Degrande: Tout à fait). Est-ce que les entreprises viennent vers vous en disant « Votre communication finalement, ça va être notre moyen de canal de communication pour insuffler d’autres valeurs ». Est-ce que c’est mis parfois dans ce sens?
Geert Degrande: [00:11:54] C’est le but, mais ce n’est pas encore explicitement dit. En plus, il faut dire, bon a notre coopération, mais la gestion journalière, on n’est que trois hein? Pour faire tout ce qu’on veut faire, c’est beaucoup (Michel Godart: Oui), c’est vraiment beaucoup.
Michel Godart: [00:12:08] Je n’ai pas de mal à l’imaginer. S’il y avait un changement à faire dans un avenir proche, pour ton projet, pour qu’il ne soit plus considéré comme une alternative mais finalement une normalité, tout le monde devrait faire comme vous. Quels changements il faudrait faire?
Geert Degrande: [00:12:18] Il faudrait peut-être revenir à ce qu’on vient de dire, chercher d’autres définitions pour plusieurs mots.
Michel Godart: [00:12:24] Tu retrouves ces aspects-là dans les mesures que « Kaya » propose.
Geert Degrande: [00:12:26] Oui, d’après les contacts qu’on a eu par exemple avec Thibaut Georgin et avec Candice (Michel Godart: Clairement), on voit vraiment qu’on est sur la même longueur d’onde.
Michel Godart: [00:12:35] Quels sont les principaux freins? Parce qu’on parle de l’ambition, de la volonté, mais j’imagine que quand on vient avec une démarche comme la tienne, on fait des observations sur les freins et les blocages des gens. C’est quoi les principaux?
Geert Degrande: [00:12:44] C’est la peur du changement, souvent.
Michel Godart: [00:12:46] Ah la résistance au changement!
Geert Degrande: [00:12:47] Je dis souvent « Chaque élection, est gagnée en utilisant le mot change, changement, verandering », mais quand quelqu’un, ou quand il y a des initiatives qui prônent vraiment le changement, un vrai changement, un autre système économique, là il y a quand même beaucoup de résistance.
Michel Godart: [00:13:05] C’est lié à la zone de confort.
Geert Degrande: [00:13:06] À la zone de confort et au fait que c’est quand même très souvent le financier qui prend le dessus.
Michel Godart: [00:13:12] On en parle souvent, oui. Oui.
Geert Degrande: [00:13:13] Aux Etats-Unis, il y a eu un mouvement après l’assassinat de George Floyd, il y a le « Black Lives Matter » qui est très remonté, et à ce moment-là beaucoup de sociétés ont engagé des responsables « haut niveau » pour s’occuper de l’inclusion et de la diversité. Et maintenant ce sont les premiers, quand on voit que les résultats financiers ne sont plus ce qu’on en attend, ce sont ces managers qui sont licenciés les premiers.
Michel Godart: [00:13:38] C’est fou hein?
Geert Degrande: [00:13:39] C’est fou
Michel Godart: [00:13:39] C’est incroyable, c’est juste choquant. Moi j’aime bien un peu l’utopie, le rêve, je crois que sur ce point-là, on va se rejoindre tous les deux de ce que je ressens. Si tu avais une baguette magique Geert, là, tout de suite maintenant, avec un super pouvoir, tu peux tout imaginer. Tu ferais quoi, en premier?
Geert Degrande: [00:13:52] Que les gens se rappellent ce qu’on s’est dit souvent pendant la période Covid: « Prenez soin de vous et prenez soin des autres », parce que prendre soin des autres, après la pandémie, il me semble qu’on l’a de nouveau oublié souvent!
Michel Godart: [00:14:05] L’égo a repris trop de place.
Geert Degrande: [00:14:06] L’égo a de nouveau repris trop de place (Michel Godart: Oui, c’est ce que je ressent »). Enfin c’est pas général hein, mais heureusement qu’il y a des initiatives comme « Kaya », comme « Écopreneur », comme d’ailleurs un magazine qui s’appelle « Zèbre » aussi en Wallonie. Comme nous, comme « Re-story », on rencontre beaucoup de gens qui sont en train de réaliser de très belles choses. D’ailleurs, on a publié un article l’année passée sur un monsieur hollandais qui s’appelle Henry Mentink, un monsieur de 70 ans, c’était le premier à lancer aux Pays-Bas le covoiturage, les voitures partagées. Et l’année passée, il est allé à pied de Nijmegen aux Pays-Bas à Paris, avec une brouette. Il a fait ses 500 kilomètres à pied avec une brouette, et dans la brouette il y avait de la terre qui lui était envoyée de partout. Et il est allé demander aux quartiers généraux de l’UNESCO de ne plus reconnaître un monument tel quel, ou une ville lambda, comme patrimoine mondial, mais de reconnaître la terre entière comme patrimoine mondial. Il a réussi à avoir rendez-vous avec les dirigeants de l’UNESCO, ils ont applaudi et puis ils n’ont rien fait évidemment. Mais pourquoi je raconte ça? Pour dire que lors de son périple, il a dit par après, et d’ailleurs il a posté beaucoup là-dessus, que tous les 20 kilomètres en fait, il avait rencontré quelque chose qui lui donnait de l’espoir. Il y avait soit des agriculteurs qui le faisaient autrement que de la manière classique, il y avait des institutions où l’on prenait soin des jeunes avec des problèmes mentaux, donc ils étaient très optimistes parce qu’ils voyaient que beaucoup de gens étaient quand même en train de changer, de s’investir, et d’être conscients de la nécessité de la transition.
Michel Godart: [00:15:47] On ne dira pas dans l’histoire si finalement ils ont gardé la brouette pour y planter des fleurs en mémorial de sa démarche, malheureusement, non? Merci pour ton authenticité en tout cas, moi tu me redonnes de l’espoir, et c’est agréable d’entendre ça. Comment tu te sens maintenant dans ta position d’écopreneur?
Geert Degrande: [00:16:01] Ce qui m’interpelle un peu, c’est que les gens qui comprennent le mieux ce qui est en train de se passer, et qui comprennent le mieux la nécessité de réaliser cette transition, ce sont dans la majorité des cas des personnes qui ont vécu quelque chose dans leur vie personnelle. Et pendant le covid on avait pensé que beaucoup de gens allaient réfléchir un peu plus, et ça a été fait par plusieurs personnes, d’ailleurs j’ai un ami qui organise des promenades dans le désert ou en Norvège et il trouve toujours preneur pour ça, donc il y a beaucoup de gens qui se cherchent. Mais les gens qui le comprennent le mieux, ce sont très souvent des personnes qui ont vécu quelque chose de très personnel.
Michel Godart: [00:16:41] Pourquoi es-tu membre de « Kaya » finalement? C’est quoi l’élément qui a fait clic?
Geert Degrande: [00:16:44] Pour essayer de reconstruire les ponts entre la Flandre et la Wallonie, parce qu’on vit dans une société où, c’est incompréhensible pour moi en tant que Flamand, qu’il y a tellement de Flamands qui pensent qu’une Flandre indépendante, ça va être mieux que si on collabore ensemble, on a beaucoup plus de traits communs. Il y a beaucoup plus qui nous joint de ce qui nous sépare, et ça c’était pour moi la principale raison. Ça, c’est aussi une « Re-story » hein? C’est faire autrement parce que aucun journal flamand ne fait encore attention à ce qui se passe en Wallonie.
Michel Godart: [00:17:17] Ou alors c’est pour critiquer ou mettre une division entre les gens
Geert Degrande: [00:17:19] Ou alors c’est pour critiquer ou pour…, oui.
Michel Godart: [00:17:20] Ma langue natale c’est le français mais je vis en Flandre, ma femme est une flamande, tu vois, donc je suis hyper concerné par ce que tu fais comme constat. Et c’est vrai que quand on regarde le JT, on le regarde dans les deux langues: en Flandre et côté wallon. Et côté wallon, quand on parle d’un fait politique, ils ont un côté vicieux de venir tout le temps mettre « Et en Flandre? Et les Flamands? » Attendez, « Les Flamands », c’est quoi les Flamands, on est en Belgique, l’Union fait la force non? C’est pas ça la devise nationale belge? Je suis un peu choqué, moi de l’extérieur, de me dire c’est quoi le but de toujours pointer « Les Flamands »? On est en Belgique, c’est le même pays les gars, moi ils m’énervent. Qu’on donne comme sentiment de « Ah ils sont fachos dans le nord du pays, ils sont intolérants, etc. », j’y vis depuis plus de dix ans, jamais on m’a fait sentir quoi que ce soit, j’y suis bien et je ne suis pas entouré de fachos, c’est pas du tout vrai, c’est une fausse image que les politiques ont dans la bouche, que les journaux ont dans la bouche, mais la vérité elle n’est pas là. La vérité c’est que des citoyens bienveillants il y en a partout, et des mauvais il y en a partout (Geert Degrande: Tout à fait). Résumons ça comme ça (Geert Degrande: Tout à fait). Ça me tenait à cœur de le partager avec toi, là tu touches un point, tu as remarqué hein? Un point sensible. Est-ce qu’il y a d’autres choses que « Kaya » pourrait faire?
Geert Degrande: [00:18:16] Franchement, je ne sais pas. Je crois que vous faites de très bonnes choses, j’espère qu’on pourra rejoindre encore beaucoup de ces choses et qu’on pourra… D’ailleurs, j’ai eu un entretien hier avec les gens du magazine Zèbre, et on a peut-être l’idée de trouver une alternative au « Black Friday » qui domine l’économie. Dans les journaux économiques c’était « Oh, il n’y a que 13 milliards qui ont été dépensés à Black Friday, ça ne prédit pas de bonnes choses pour l’économie ». J’en ai parlé aux gens du magazine Zèbre, moi j’ai envie d’organiser, avec « Kaya », avec qui le souhaite, mais surtout dans tout le pays, une alternative au « Black Friday » qui s’appellerait, par exemple, « Zebra Friday »
Michel Godart: [00:18:58] Joli, j’aime bien, la métaphore elle est nickel. T’as le sens du maniement des mots et des métaphores, chapeau! On va clôturer cette interview par un conseil, un conseil que tu aurais envie de donner à d’autres écopreneurs, écopreneuses. Quels conseils leur donnerais-tu?
Geert Degrande: [00:19:10] Garder l’ouverture d’esprit!
Michel Godart: [00:19:11] Beau message aussi ça! décidément, tu m’as beaucoup inspirée aujourd’hui (Geert Degrande: Merci!), c’était vraiment agréable d’échanger avec toi. J’invite les auditeurs et auditrices à réagir. C’est à dire que dans le texte du podcast, il y aura un lien. Ce lien vers une page internet est un Voice mail, il y aura un petit Pop-Up « Activez le micro », dites oui. Vous pouvez vous enregistrer en train de parler et assurez-vous qu’il y ait de la bonne qualité, vous pouvez réécouter avant d’envoyer, et laisser un message à Geert. Avec un commentaire, une gratitude, un remerciement, une question, pourquoi pas? On transmettra. Et si en plus la personne au micro nous dit « Je suis d’accord qu’on partage sur les réseaux sociaux », et bien quand je partagerai l’épisode, en commentaire, j’irai mettre le lien pour entendre la voix de la personne en cliquant sur ce lien. Et toi tu peux aussi cliquer sur ce lien et répondre avec le même Voice mail vers la personne, et donc on pourrait faire un podcast interactif. Je le répète dans tous les épisodes, j’avoue, les gens sont très timides. Le Voice mail ne mange personne, donc messieurs dames, lancez-vous, osez parler à Geert. À très bientôt, merci pour ton temps et d’être venu jusqu’ici depuis Gand, tu as fait une longue route et je voulais saluer ça aussi.
Geert Degrande: [00:20:05] Merci beaucoup
Michel Godart: [00:20:06] À bientôt
Geert Degrande: [00:20:07] À bientôt
Michel Godart: [00:20:07] Ce projet podcast est une initiative créée et proposée par l’asbl « The Podcast Factory Org », avec le sponsor des « transforma bxl – Innovation Playground », et vous retrouvez tous les épisodes sur le site « What’s Your Story point be ».
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