Christian Lejour – Grammes

Christian Lejour – Grammes – Rubrique Kaya. Midoricast : Podcast #199
Dans ce nouvel épisode de Midoricast, produit par l’ASBL The Podcast Factory Org, nous accueillons Christian Lejour, cofondateur de GRAMMES, écopreneur dynamique et engagé.
Cet épisode fait partie de notre rubrique dédiée à la coalition Kaya.
Christian Lejour, sélectionné par Kaya pour cette capsule spéciale, partage son parcours et les initiatives écologiques qu’il porte. L’échange offre un regard unique sur des actions concrètes mises en place pour promouvoir la transition écologique et les entreprises durables. À travers ses projets concrets, Christian Lejour démontre comment chacun·e peut contribuer à un avenir plus vert, plus humain.
Nous invitons tou·te·s nos auditeur·ices à écouter cet épisode, à s’engager pour l’environnement et à envisager de rejoindre la coalition Kaya. Votre soutien et votre participation sont cruciaux pour amplifier ces initiatives et contribuer à une transition écologique réussie.
Vous êtes également encouragé·e·s à laisser un message vocal après l’écoute. Vos retours et témoignages sont précieux pour nous et pour l’ensemble de la communauté Kaya. Partagez vos impressions, vos idées ou vos propres expériences écologiques. Ensemble, faisons entendre nos voix pour un avenir plus durable !
Appel à l’action :
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Écoutez ce podcast avec Christian Lejour via notre chaîne Youtube (abonnez-vous : merci! ):
Séquençage du podcast avec Christian Lejour :
- [00:00:19] Introduction au podcast
- [00:00:37] Du rêve d’adolescent à ce jour…
- [00:02:19] Que faisait Christian Lejour avant ?
- [00:02:44] En quoi « GRAMMES » est-il différent d’une entreprise qui propose le même genre de produits ou services ?
- [00:05:12] Méthodes artisanales et travail au levain
- [00:05:54] La nature des relations est impactée
- [00:06:45] Quelle est la raison d’être de « GRAMMES » ?
- [00:09:06] Y a-t-il dans ta gouvernance quelque chose dont tu es très fier ?
- [00:12:17] Un moment d’émotions fortes : une action sociale remarquable
- [00:14:32] « GRAMMES » a une vraie finalité sociale
- [00:15:24] Étiquettes et labels
- [00:16:20] Que faire pour que « GRAMMES » ne soit plus considéré comme une alternative mais bien comme la norme ?
- [00:20:08] Et avec une baguette magique ?
- [00:22:39] Pourquoi es-tu membre de « Kaya » ?
- [00:24:59] Clôture du podcast et appel à action
La transcription du podcast avec Christian Lejour :
Michel Godart: [00:00:00] Ce projet podcast est une initiative créée et proposée par l’ASBL « The Podcast Factory Org », avec le sponsor de « transforma bxl – Innovation Playground », et vous retrouvez tous les épisodes sur le site « What’s Your Story point be ».
Michel Godart: [00:00:19] Bienvenue pour un nouvel épisode de « Midoricast », votre podcast sur les initiatives positives en faveur de l’environnement et de la transition. « Midori » veut dire vert en japonais, « Cast » pour broadcast, et aujourd’hui nous sommes dans la rubrique « Kaya ». Alors une rubrique un peu spéciale pour cet épisode puisqu’on a la joie et l’honneur d’avoir avec nous Candice, qui représente Kaya. Bonjour Candice
Candice Enderlé: [00:00:37] Bonjour Michel
Michel Godart: [00:00:37] Et alors on a Christian. Alors Christian, tu es notre invité de ce jour en tant qu’entrepreneur, et on va commencer par une question un peu classique chez moi et que j’aime beaucoup, c’est de parler de ton rêve d’adolescent à ce jour: qu’est-ce qui s’est passé et ce que tu as aligné?
Christian Lejour: [00:00:50] Bonjour à tous! Bonjour Michel, bonjour Candice. Mon rêve c’est bizarre parce qu’en fait cette question on me l’a déjà posée. J’ai raconté un rêve qui me traverse, un vrai rêve, que je vis encore la nuit, encore actuellement. Ce rêve c’est: je saute d’une falaise et je vole, et je vole au-dessus vers finalement des nouvelles dimensions, et je crois que c’est ça en fait mon rêve, c’est de créer toujours des nouveaux espaces de construction, de détruire les acquis pour aller vers de nouveaux acquis. Voilà, c’est un rêve permanent qui me poursuit.
Michel Godart: [00:01:23] Après ce petit mot de présentation, la réponse à ma question, est-ce que tu es aligné que ce rêve, est-ce que tu te sens aligné avec ce rêve actuellement encore? (Christian Lejour: Jamais) Jamais (Christian Lejour: Jamais) c’est un changement constant?
Christian Lejour: [00:01:30] En constance. En fait, pour moi, c’est l’équilibre instable qui permet de construire et je fonctionne comme ça, je me mets dans des situations de difficultés pour aller plus loin, pour trouver des réponses. Et cette initiative où je me suis fait finalement membre de « Kaya », les écopreneur, c’est également me confronter à des limites économiques, des contraintes dans lesquelles on est en terme de production, mais d’aller plus loin pour pouvoir les dépasser. Et de mettre une nouvelle production en place qui répondent mieux aux contraintes et défis environnementaux futurs qui ne sont pas à court terme et à très long terme, et si on continue aujourd’hui simplement à fonctionner sur le court termisme, en termes de rentabilité financière, on ne va jamais y arriver, on ne va jamais trouver de réponse, et on ne va pas pouvoir solutionner les problèmes à long terme.
Michel Godart: [00:02:19] Ton background, c’est quoi? Tu as étudié quoi?
Christian Lejour: [00:02:21] C’est une très bonne question. Je trouve que ça participe vraiment à cette réflexion, c’est comprendre le monde. Pour moi, comprendre le monde, ça nécessite finalement une certaine connaissance. Ben ça peut être de différentes manières, mais mon background c’est licencié en sciences économiques. Mais j’ai également fait, pour détruire tout ce que j’ai appris en sciences économiques, j’ai fait une année de sociologie des sciences.
Candice Enderlé: [00:02:44] Il a une vraie posture d’écopreneur en fait, quand je l’entends! (Michel Godart: Oui, exactement). Christian, est-ce que tu pourrais nous expliquer ce qu’est « GRAMMES », donc ton entreprise, et en quoi est-ce que « GRAMMES » est différent d’une entreprise qui propose le même genre de produits ou services?
Christian Lejour: [00:02:58] « GRAMMES » est un espace de production artisanale où il y a moyen de consommer sur place ou à emporter, des produits de boulangerie et de cuisine. Cet espace est un micro espace, 70 mètres carrés. Il faut pouvoir agencer tout ça, d’être rentable malgré tout et de pouvoir en vivre. C’est un espace dans lequel, finalement, tu es tellement micro, dans un quartier, dans une rue non commerçante. Je suis dans l’autre Saint-Gilles, hautement concurrentiel par rapport à tout ce qui est boulangerie, aujourd’hui, parce qu’avant ce n’était pas le cas, et surtout toutes les propositions en matière de restauration, il y en a à la pelle aujourd’hui dans le haut de Saint-Gilles. Comment se positionner différemment par rapport à toutes ces structures qui existent autour de soi? La différenciation se crée par rapport à l’esprit que tu mets dans cet espace. Donc 70 mètres carrés, on offre un atelier, une cuisine, un espace de consommation et une petite épicerie en plus. Le seul moyen, c’est une ouverture sur la clientèle, d’être à l’écoute de la clientèle, d’être flexible tout en restant dans un esprit artisanal et convivial. Et c’est ça qui permet, nous sommes en direct avec la clientèle, on a le temps, nous sommes les entrepreneurs, les créateurs, et on reste en accès avec la clientèle en permanence. Bien que, moi j’ai un système de production, je suis toujours au taquet, je suis un être rationnel, je suis absolument pas aussi ouvert que Angelica Magni, qui est la cofondatrice de « GRAMMES », qui elle gère la partie cuisine, et moi je gère la partie boulangère. Mais ça crée tout à fait un autre esprit, dans cet espace de consommation, et en même temps c’est un lieu qui favorise vraiment la partie artisanale et qu’on veut préserver, avec vraiment cette idée qu’on produit tout de manière artisanale. On sait les entrants et les sortants.
Michel Godart: [00:05:12] Alors moi tu attises ma curiosité, parce qu’on a parlé un peu offline, quand j’étais ado j’ai travaillé dans une boulangerie la nuit pour payer mes études, on faisait du pain à l’ancienne. Et donc tu parles de méthodes artisanales, genre on fait un levain avec la moitié d’une recette qu’on laisse fermenter et des choses comme ça?
Christian Lejour: [00:05:24] Tout à fait. La méthode de production que tu as connue, ça date d’il y a 20 ans, il y a des boulangers qui le font encore aujourd’hui, moi j’ai un autre levain, un autre type de levain, j’ai plusieurs levain et je fonctionne sur cette base-là. Mais ça change vraiment tout le rapport au temps, à l’espace-temps. Une production à base de levain, tu dois respecter le temps du levain, et ben ça a un impact énorme sur la manière de voir la vie et de voir finalement, le temps il est vraiment différent les uns que pour les autres.
Michel Godart: [00:05:54] Et même les relations avec tes clients du coup (Christian Lejour: Tout à fait), ça a un impact immédiat!
Christian Lejour: [00:05:57] Tout à fait, immédiat. Et une tranquillité, dans le sens où tu crées cet espace-temps, étant donné que ça prend du temps, on ne peut pas fournir ça tout de suite. Le fast food c’est pas possible, mais on crée nous, un fast food, vous venez chez nous, il y a moyen en un quart d’heure de manger, mais comment on fait? Comment on met ça en place? C’est tout à fait différent qu’un restaurant ou qu’une brasserie. Ici, tout est fait sur place malgré tout, mais on offre des produits biologiques, dans la mesure du possible biologiques, locaux, circuits courts, dans la mesure du possible toujours hein? Avec du goût, des saveurs, et sans adjuvants, sans additifs, donc pour permettre vraiment le côté naturel et artisanal du produit. Mais en fait, on fournit ces produits, vous venez manger sur place, on a un quart d’heure vous pouvez manger.
Candice Enderlé: [00:06:45] Tu parles de cet esprit que tu veux insuffler dans « GRAMMES », mais justement moi ça m’intéresse aussi de savoir quelle est la raison d’être de « GRAMMES » qu’est-ce qui vous a animé à le faire et à créer ce projet?
Christian Lejour: [00:06:56] Au début, il y a Michel qui m’a posé la question quel était ton rêve depuis que tu es jeune? Bon, maintenant, parlons de rêves, de création et de concrétisation, je crois que c’est plutôt ça. Et c’est là où on arrive, c’est un rêve, c’est réaliser leur rêve, à 54 ans pour moi, aujourd’hui hein? Ben on a démarré en 2020, mais à 54 ans, je réalise un rêve, c’est notamment toucher les aliments, les matières premières les plus essentielles qui touchent à la vie. Au départ, vraiment au départ, c’était avec des matières premières nobles, type chocolat, j’ai fait des pralines, moi dans ma cuisine, etc. Mise en place de tout ce qu’il fallait avec du marbre et tout papapapapa… Mais finalement, j’ai avancé dans mon projet et je me dis « Non, tournons vers l’essentiel, le plus vivant. Et qu’est-ce qui est le plus vivant pour moi? Avec qui est le plus grand partage? C’est le pain ». Et donc moi j’ai travaillé sur le pain, c’est dans cette idée-là. Et donc, là moi, je continuais, j’ai créé ce rêve, j’ai essayé de concrétiser, ça a duré 20 ans. J’ai commencé par une formation en boulangerie pâtisserie au « CERIA », pendant que je travaillais, en tant qu’employé. Et cette formation, je l’ai mis de côté pendant un moment, après deux ans, après avoir fait des stages, etc. J’ai mis de côté pour accompagner mes enfants dans leur formation à la vie, étant donné que il y a mes enfants qui sont nés entre temps, il fallait les faire grandir dans un environnement serein. J’ai terminé ma formation de boulanger, pâtissier et chocolatier, et glacier aussi hein? Il y a toutes ces fonctions. Et en 2015, pour finalement commencer à imaginer cette création d’une structure boulangère. Mais il y a Angelica Magni mon épouse, qui dit « Oh là, oh là! Et lui, il avance et moi mon rêve, j’ai aussi un rêve autour de l’alimentation! », et donc elle a commencé aussi des formations en cuisine. Et donc à ce moment-là, on a rejoint les deux rêves pour que tous les deux on puisse réaliser nos rêves respectifs autour de l’alimentation, saine.
Michel Godart: [00:09:06] Quelle belle complémentarité! Par rapport à justement cette création de société où tu es avec ton épouse, si je comprends bien, est-ce qu’il y a dans ta société quelque chose dont tu es très fier?
Christian Lejour: [00:09:15] Donc « GRAMMES » c’est une micro-entreprise, il y a deux fondateurs, Christian Lejour, moi, Angelica Magni, mon épouse. Et on fonctionne, ensemble, et on fonctionne chacun a ses compétences, ses capacités, ça permet une complémentarité. Et cette complémentarité, on la maintient également avec les travailleurs avec qui on est. Donc on est une micro entreprise, micro-espaces, on ne peut pas avoir dix employés, dix travailleurs à travailler ensemble c’est impossible, il y aurait plus de travailleurs que de clients pratiquement. Et c’est se dire que cette entreprise, donc on est situé dans l’autre Saint-Gilles, hautement concurrentiel comme j’ai dit, en même temps, dans une rue non commerciale, comment pouvoir vivre, et survivre, dans ce quartier, ce modèle-là? Et donc il faut être d’une certaine manière robuste pour pouvoir se protéger face aux aléas, et en même temps flexible et résilient, pour s’adapter en fonction de ce qui t’arrive dessus. Et en fait, c’est cette adaptation, cette flexibilité qui est particulièrement intéressante dans le business model, et c’est sur toutes les dimensions que ça se passe. Ça se passe vraiment sur, tant, au niveau des processus d’achat, des matières premières, être attentif aux besoins pour limiter les invendus, limiter les déchets également.
Michel Godart: [00:10:39] Là on est dans la vraie gouvernance hein!
Christian Lejour: [00:10:40] Et ça, c’est le business model mis en place, c’est vraiment cette idée qu’il faut être attentif sur tous les aspects, dans une forme de flexibilité, de possibilités d’adaptation. Une vision claire sur les flux financiers, des entrées et des sorties, de pouvoir s’adapter en fonction de la situation, de négocier les charges financières avec les banques, en même temps assurer, et ça, allez j’ai fait le tour des travailleurs, je ne sais pas que nous on en a beaucoup. Bon, malheureusement, on travaille qu’avec des étudiants, mais en même temps, c’est magnifique de travailler avec des étudiants. Mais on veut être un espace de formation pour ces étudiants, ils démarrent dans la vie, il faut qu’ils démarrent dans un environnement serein pour eux. Et aussi formatrice, mais en même temps rencontrant leurs attentes, leurs besoins, et donc j’ai fait le tour des étudiants pour savoir ‘Mais GRAMMES, est-ce que vous êtes contents de travailler avec GRAMMES? » Ils disent « Incroyable, incroyable! Franchement, on peut faire tout, en même temps dans une certaine forme de liberté que vous acceptez comment on est, on peut s’exprimer comme on est, et finalement vous êtes très respectueux parce que on les accompagne dans leur vie ». Moi quand je les prends, je les prends pas par la main, mais je leur dis, je leur montre le site sur les salaires minimums « Vous pouvez regarder, vérifiez, contrôlez. N’ayez jamais confiance en ce que je vous dis, je suis votre employeur, soyez critique par rapport à ce que moi je suis en tant qu’employeur, parce que vous devez gagner votre autonomie et vous construire ». Et dans ce cadre-là, ça leur permet d’avoir une flexibilité et une confiance parce qu’ils se disent « Je tiens compte des tenants et aboutissants pour GRAMMES, mais je peux me construire et essayer de trouver des solutions en même temps ».
Michel Godart: [00:12:17] J’aime bien dans ce que tu dis: il y a construire, il y a résilience, il y a accompagner, il y a fierté, il y a confiance, c’est des mots (Candice Enderlé: Transparence aussi) qui sont important, transparence. Ce qui me plait beaucoup c’est que quand on pose la question de gouvernance, les gens ils se disent « Ouais, c’est juste du people management », tu vas plus loin, tu as une réflexion sur les échanges avec les banques, sur tes fournitures, sur le non gaspillage, qui est un point très important aussi je pense. Mais tu voulais encore dire un point… Les émotions sont bienvenues (Christian est très émus).
Christian Lejour: [00:12:41] En fait, ce qui est important, c’est de tenir compte des souhaits et des capacités de ses collaborateurs, de ces travailleurs et travailleuses. Peu importe leur efficacité et productivité, il faut les accompagner pour améliorer leur exécution et leur comportement. Et ça permet vraiment de détruire les aprioris qu’on a par rapport à la différence de genre… Et de handicap… Et accepter de prendre quelqu’un, qui a un certain handicap, ça permet vraiment de se construire soi-même, toi qui n’as pas de handicap, c’était impressionnant…
Michel Godart: [00:13:38] C’est génial. Tu déclenches des émotions, les auditeurs et auditrices ne le voient pas mais, on a tous les larmes aux yeux ici un peu. Parce que c’est beau ce que tu dis, beaucoup de sociétés font ce que j’appelle du « value washing », on met l’humain en avant, mets ceci en avant, et puis concrètement quand tu es dans les lieux, tu te dis « Mais où elles sont vraiment ces valeurs vraiment vécues? »
Christian Lejour: [00:13:53] C’est plutôt en terme de construction et d’évolution des mentalités, qui sont importantes à maintenir (Michel Godart: Clairement). Et quand tu engages quelqu’un qui a un certain handicap et que tu l’accompagne, sans aide, en gardant les lois salariales qui sont d’application. Ben c’est un choix vraiment important qu’on fait, et c’est un investissement pour le futur, pour permettre de construire une autre société, mais par l’intermédiaire de l’entreprise et non pas d’une lutte politique spécialement.
Candice Enderlé: [00:14:32] Donc, si je comprends bien « GRAMMES » a une vraie finalité sociale aussi?
Christian Lejour: [00:14:35] J’ai un passé, de plus de 20 ans, de conseiller d’une part via une fédération d’économie sociale, d’autre part en tant que conseiller pour la Fédération des CPAS bruxellois, qui a une haute valeur ajoutée en terme social, et politique également. Donc quand on dit que j’ai une finalité sociale, ben toute entreprise a une finalité sociale à la base (Candice Enderlé: Oui). Maintenant, qu’est-ce qu’on considère comme finalité sociale? Je n’ai pas inscrit ça dans mes statuts comme je suis une entreprise en personne physique, donc je n’ai pas de société, voilà, je ne le marque pas, et je ne serai pas considérée comme une entreprise d’économie sociale ou avec finalité sociale, etc. Ni SFS comme on dit dans le milieu, mais c’est par la pratique que ça se passe
Michel Godart: [00:15:24] Tu le vis. Tu n’as pas besoin d’étiquette.
Christian Lejour: [00:15:26] Là on touche à un sujet très important, c’est de considérer, quand on ne se fait pas labelliser et étiqueter, sous une certaine forme bien spécifique, à ce moment-là, il y aura une série d’aides qui ne va pas pouvoir obtenir parce que tu ne t’es pas fait labelliser, reconnaître, agréer, peu importe, tout ce que vous voulez. Et donc à ce moment-là, tu perds tout ce bénéfice et alors il y a, finalement tu te sens un peu le dindon de la farce, étant donné que finalement ben tu ne pourrais pas toucher les autres aides, et les autres de toute façon ils peuvent le faire. Et donc c’est comme, c’est pas une concurrence déloyale, c’est un choix, j’ai qu’à me mettre en entreprise et mettre des statuts etc. Mais voilà.
Candice Enderlé: [00:16:04] C’est le choix de la normalité finalement, c’est le choix de se dire « Ok, comme toute entreprise devrait avoir une finalité sociale, je ne vois pas pourquoi je devrais faire des statuts spécifiques pour que ce soit le soit le cas, vu que ça l’est dans mon travail », est-ce que c’est ça?
Christian Lejour: [00:16:20] Tout à fait.
Candice Enderlé: [00:16:20] Christian, Tu sais que chez « KAYA » on plaide pour un changement de paradigme, et ce au travers de différentes propositions politiques, qu’est-ce que tu changerais dans le système pour que « GRAMMES » ne soit plus considéré comme une alternative mais bien comme la norme?
Christian Lejour: [00:16:34] En fait, favoriser le développement de « GRAMMES », cette mesure pourrait le faire par l’introduction, sur le marché, dans le modèle de l’économie, des prix, une charge empreinte carbone, considérant que tout un chacun, toute entreprise, génère une empreinte carbone, ou en rajoute par sa production, et c’est normal, mais il faut que cette empreinte carbone qui est générée par la structure puisse être intégré dans les prix afin de permettre un prix concurrentiel entre les différentes structures, en tenant compte des externalités négatives produites par chaque entité. Le modèle d’économie de marché actuel se base sur des prix d’entrants dont les externalités négatives ne sont pas chiffrées et ne sont pas intégrées. Tant qu’il n’y a pas une obligation pour chacun, pour chaque entité, d’intégrer les externalités négatives générées, notamment par l’empreinte carbone qui va être produite pour la production de ce service ou de ce produit, il y a une concurrence déloyale qui se met en place entre les différentes structures. « GRAMMES » a fait un travail pour réduire son impact négatif sur la planète, afin de réduire donc son empreinte carbone, sur différentes dimensions. C’est au niveau de réduire des invendus, réduire les déchets, réduire sa consommation énergétique en adaptant sa méthode de production. « GRAMMES » a fait Tout ce travail, est arrivé finalement à calculer pour soi-même, en utilisant des outils à gauche et à droite, qui existent, notamment je fais référence à Ecoscan qui est un module permettant de faire le calcul de son empreinte carbone, et est arrivé à la conclusion qu’elle produit finalement 280 kilos d’équivalent carbone pour 1 000 € de chiffre d’affaires dans le secteur de la restauration. Pour ce que j’ai trouvé et obtenu comme chiffre, mais ce n’est pas facile à les obtenir, dans la restauration, on est en moyenne 320 kilos d’équivalent carbone par 1 000 €, chiffre d’affaires hors TVA. Mais « GRAMMES », est-ce qu’il est bien positionné, ou pas, mal, comment il se positionne dans le secteur de la boulangerie? Comment est-ce que dans le grand secteur alimentaire, les chaînes alimentaires, combien est leur équivalent en carbone par 1 000 €? J’en sais rien. Pour trouver les chiffres, je ne sais pas où les trouver, comment se comparer et comment je peux faire un suivi de cela. Donc pour moi, il est fondamental que « GRAMMES » puisse se confronter aux autres et que les autres puissent également faire ce travail. Et donc grosso modo, il est obligatoire, et cette volonté de mettre en place des seuils d’empreinte carbone par secteur d’activité de manière légale ou réglementaire, et que chacun, sur cette base-là, a des objectifs à atteindre. Et qu’à partir du moment où ces objectifs ne sont pas atteints, il y a un certain coût en terme d’empreinte carbone. Et ce coût d’empreinte carbone doit être intégré dans les prix de vente, ceci permettra, pour les produits qui sont les moins impactant environnementalement, vont être moins chers et plus accessibles pour tous les milieux socioprofessionnels et économiques et sociales ,que des produits qui seraient avec un impact carbone beaucoup plus élevé.
Candice Enderlé: [00:20:08] Tout à fait, chez « Kaya » justement, on travaille à cette trajectoire de transition qu’on cherche à mettre en place pour les entreprises. Et du coup, moi je me demande comme ça, Christian, qu’est-ce que vous feriez si vous aviez une baguette magique?
Christian Lejour: [00:20:20] Bon, comme tu as compris Candice, la difficulté pour moi, c’est de pouvoir suivre mon empreinte carbone en permanence. Imaginez-vous, moi entrepreneur, offrant des produits alimentaires transformés, que nous transformons artisanalement, nous faisons des pizzas, et vous savez, la pizza sans basilic, ce n’est pas une pizza pratiquement. En tout cas, la Margherita.
Michel Godart: [00:20:42] On est d’accord.
Christian Lejour: [00:20:43] Bon, maintenant, le basilic, on l’achète où? Il y a différentes possibilités: un, nous avons le Kenyan, voilà un heureux élu. Kenya, j’achète du basilic du Kenya, ça vient par avion, ok, quelle est son empreinte carbone? Le basilic du Kenya est meilleur marché que le basilic que je trouve de l’Italie, donc. Mais le prix est meilleur marché, mais son empreinte carbone est beaucoup plus élevée, donc là, moi je ne sais pas le calculer, je ne peux pas savoir, mais j’aimerais bien que je puisse trouver l’empreinte carbone du basilic Kenya que j’achèterai, mais j’achète pas ça, bien évidemment. Donc il y a le basilic d’Italie, le basilic d’Italie, il vient comment? Par camion, comment il est produit là-bas? J’en sais rien, mais je n’ai pas son empreinte carbone non plus. J’aimerais bien donc la baguette magique qu’il y ait une traçabilité de l’empreinte carbone pour chaque produit, et qu’on puisse le tracer au fur et à mesure de sa trajectoire, de telle sorte que quand je l’achète, je sais quelle est son empreinte carbone ou bien qu’elle intègre ce coût dans le prix de vente. Maintenant, il y a aussi le basilic qui vient de Pays-Bas, qui arrive en camionnette, donc quelle est son empreinte carbone? On a du basilic belge aussi, mais en hiver on n’en a pas tout le temps non plus, mais comment tu fais une margarita sans basilic en hiver? Donc tout ça ce sont des questions, simplement sur un produit de base, le basilic, il y a moyen de se créer plein de questions pour finalement considérer, sans tenir compte bien évidemment de la manière dont elles ont été produites et générées hein? Je ne me permets pas d’aller encore aussi loin. Mais, pour moi, la baguette magique c’est d’avoir finalement cette capacité, cette possibilité d’avoir tous les outils de traçabilité de l’empreinte carbone pour chaque produit, que ça doit être quelque chose qui soit imposé.
Michel Godart: [00:22:32] Candice, on a une dernière question pour notre invité, il a un peu répondu au début (Candice Enderlé: Tout à fait, oui). Christian a répondu, il a donné des indices, mais j’ai envie d’aller un peu plus loin (Candice Enderlé: Oui), qu’est-ce que t’en penses?
Candice Enderlé: [00:22:39] Oui, je suis d’accord. Moi j’aimerais savoir pourquoi tu es membre de « Kaya », Christian.
Christian Lejour: [00:22:43] En fait, je considère, moi comme tout entrepreneur, doit avoir comme objectif, et c’est normal hein, même un chef d’entreprise, donc de comprendre tous les règles du jeu dans lequel on est. Que ce soit au niveau fiscal, au niveau salarial, au niveau financier, sanitaire, contractuel, donc il doit comprendre, sur la base de sa compréhension des règles du jeu qui sont en cours, il va devoir prendre des décisions. Ces décisions, il le prend vraiment en âme et conscience par rapport à cette lecture-là. Moi en tant que, micro-entreprise finalement, je considère que toutes ces contraintes, légales finalement, comme non prioritaires à long terme, il faut les, voir même il faut les préserver, parce que ce sont des acquis sociaux historiques, et il faut les maintenir, ceci permet à la société de fonctionner. Et une entreprise doit respecter ça dans la mesure du possible. Et je considère que « Kaya » est la plus à même de pouvoir porter les idées liées à cette baguette magique, considérant que les enjeux défendus par les autres structures, sont tout à fait valables aussi, mais pour moi ne sont non prioritaires, ça c’est une chose. Mais d’autre part, pourquoi je suis devenu membre de « Kaya »? C’est que moi aussi j’ai envie d’apporter quelque chose, et de donner quelque chose, je ne veux pas simplement recevoir quelque chose, mais j’ai envie de pouvoir donner et, ça, dans cet esprit-là, c’est un esprit de construction, tout en cassant les aprioris et les objectifs. Moi, quand je parle de ces considérations-là, on me colle tout de suite « Ouais mais donc finalement tu es écolo, etc. ». Non, je m’en fous d’être écolo ou MR ou Défi, peu importe, ceci est un enjeu que toute structure doit porter.
Michel Godart: [00:24:28] Et qui dépasse les étiquettes politiques.
Christian Lejour: [00:24:29] Et qui dépasse les étiquettes politiques. Et c’est ça qui crée aujourd’hui. La grande difficulté, justement, c’est que ça dépasse toutes les étiquettes politiques. Finalement, tout le monde a cet enjeu dans son programme politique, mais qui va être non prioritaire parce que les priorités de chaque parti vont être différentes.
Michel Godart: [00:24:48] Je vais faire une boutade. Moi ce qui me choque toujours, c’est de voir que les gens, on approche de la période d’élection, mettent leur tête sur une affiche, moi j’aimerais bien voir les propositions sur une affiche et pas leur tête (Candice Enderlé: Ben oui). On en a marre de voir leur égo.
Candice Enderlé: [00:24:57] Mais oui.
Michel Godart: [00:24:59] Voilà, petite parenthèse de clôture. Et je crois qu’on va terminer sur cette touche finale, merci pour les belles valeurs que tu vis au sein de ta société, de ton entreprise, merci pour ça. Merci Candice de m’avoir prêté ta parole aujourd’hui et ta voix.
Candice Enderlé: [00:25:09] Merci Michel, merci Christian aussi, et bienvenue dans la coalition hein, vraiment.
Christian Lejour: [00:25:13] Merci aussi Candice et Michel, et pour un meilleur futur.
Michel Godart: [00:25:17] Alors, pour les auditeurs et auditrices, sachez qu’il y a dans le texte de ce podcast un petit lien, avec la possibilité si vous cliquez dessus, de laisser un message vocal à Christian, à Candice, pour Kaya. N’hésitez pas, prenez votre courage à deux mains, vous cliquez sur ce lien, ça ouvre une fenêtre du navigateur, il vous dit « Autorisez-vous le micro? », répondez « Oui », enregistrez-vous. Vous pouvez réécouter avant d’envoyer autant de fois que vous voulez, et recommencer autant de fois que vous voulez. Et pour envoyer, vous écrivez votre adresse email, faites envoyer, et on reçoit le message. Et si vous dites qu’on peut, on le partagera sur les réseaux.
Christian Lejour: [00:25:45] Utilisez ce lien. Moi je suis à la recherche de toute nouvelle idée pour pouvoir avancer ensemble vers un meilleur monde. Il y a des nouveaux concepts que je reçois déjà actuellement: « ex innovation », c’est quoi, « Système socio-technique », c’est quoi? Comment intégrer tout ça dans cette dimension -là? C’est fondamental.
Michel Godart: [00:26:05] Merci, à très bientôt
Candice Enderlé: [00:26:06] À bientôt.
Michel Godart: [00:26:12] Ce projet de podcast est une initiative créée et proposée par l’asbl « The Podcast Factory Org », avec le sponsor de « transforma bxl – Innovation Playground », et vous retrouvez tous les épisodes sur le site « What’s Your Story point be ».
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