Loreta, son histoire

L’histoire de Loreta

L’histoire de Loreta. « Tu ne changeras pas, c’est toi que j’aime », l’amour au-delà du cancer – Podcast #002 Au Cœur du Relais

Écoutez, partagez, et si vous le souhaitez, laissez un message vocal à Loreta via le lien en description.

Dans ce deuxième épisode du podcast « Au Cœur du Relais », Loreta nous ouvre son cœur avec une sincérité bouleversante. Son combat face au cancer, vécu pendant plus de vingt ans, est profondément marqué par une complicité rare et douce avec son mari, son pilier dans l’adversité.

À travers son témoignage, on ressent cette force fragile d’un amour qui dépasse les corps, qui ne laisse rien effacer de l’essence même d’une personne. Quand elle partage cette phrase pleine de tendresse de son mari : « Tu ne changeras pas, c’est toi que j’aime », c’est une lumière d’espoir et de guérison qui éclaire aussi son cœur, lui rappelant que ce qu’on porte en soi ne peut être effacé.

Pendant l’épreuve, un sentiment de culpabilité peut s’immiscer, surtout lorsque l’on veille sur l’autre. Pourtant, dans ce doux clin d’œil à l’âme partagée, il y a la libération d’un poids invisible. Parce que l’amour vrai accompagne, soutient sans juger, et transcende les silences.

Ce témoignage est une invitation à écouter, à ressentir, à comprendre à quel point la force collective du Relais pour la Vie, soutenue par vos dons, aide au quotidien celles et ceux qui luttent. En participant, en partageant, en donnant, vous devenez cette lumière pour ceux qui avancent dans l’ombre.

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Note Importante :

Ce podcast se veut un espace de parole libre et bienveillant, où les battants et battantes peuvent aussi se déposer, partager, transmettre leurs expériences, leurs espoirs, leurs vécus et leurs épreuves. Un tel espace nécessite, de la part de chaque auditeur et auditrice, une écoute empathique, ouverte, sans jugement. Il est également essentiel que cette parole déposée ne soit pas freinée par la crainte d’une censure. La confiance est au cœur de ce projet : aucun passage ne sera coupé du simple fait qu’il contient une critique, un ressenti ou un constat vécu. Les histoires et les visions appartiennent à celles et ceux qui les partagent.

Notre intention, et cela se reflète dans la manière dont nous posons nos questions, est de créer un espace sans tabous, où tout peut être exprimé avec sincérité et aussi questionné. Nous n’avons aucune volonté de dénoncer ni d’accuser qui que ce soit, et certainement pas les médecins ou les soignants. Bien au contraire, nous souhaitons mettre en lumière les réalités, les émotions et les questionnements pour permettre un dialogue plus juste et humain.

Si certaines paroles peuvent paraître dérangeantes, il est important de se rappeler que toute critique exprimée avec sincérité peut devenir une formidable occasion de réflexion, d’évolution et d’amélioration.

D’autre part, le répondeur mis en place permet à chacun et chacune d’exercer un droit de réponse libre, pour autant que les propos restent respectueux et bienveillants. Merci à toutes et tous pour votre humanité, votre ouverture et votre compréhension.

Les acteurs et actrices qui pourraient se sentir concernés par cette note ne le sont jamais à titre personnel. C’est d’un système dans son ensemble dont il est question, un système qui, pour évoluer, a besoin d’écoute, de dialogue et de prises de conscience.

Liens Utiles :

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Séquençage du podcast avec Loreta :

  • [00:00:00] Introduction et contexte
  • [00:00:40] L’intention de Loreta
  • [00:00:59] L’âge de Loreta et âge du dépistage
  • [00:01:24] Un cancer dépisté grâce à une campagne de prévention
  • [00:02:29] Un mari soutenant
  • [00:02:31] La peur au ventre
  • [00:02:44] L’annonce du cancer factuelle
  • [00:03:44] Vulgarisation et préparation aux traitements
  • [00:04:00] Les moyens de s’informer il y a plus de 20 ans !
  • [00:04:27] Effets de la chimiothérapie
  • [00:06:14] De multiples récidives
  • [00:06:52] Une meilleure communication du corps médical depuis
  • [00:07:34] Soigner, et faire face à l’administration
  • [00:08:08] L’impact sur la féminité et le couple
  • [00:09:43] La vie, le miracle qu’on danse entre la naissance et la mort.
  • [00:11:19] Quels rituels en place pour prendre soin de soi
  • [00:12:06] Transformer sa maladie en apprentissage
  • [00:12:52] C’est dans ce silence que l’amour se cache trop souvent
  • [00:13:26] Participations et interventions au Relais pour la Vie
  • [00:13:37] Pourquoi participer au Relais
  • [00:13:52] Le mérite des organisateurs, équipes et bénévoles
  • [00:14:16] L’ambiance et le vécu de ce Relais
  • [00:15:11] Un message aux auditeurs et auditrices
  • [00:15:30] Un message pour tous les acteur·ice·s du Relais
  • [00:15:41] Clôture de l’épisode
  • [00:16:12] Appel à action et appel aux dons

La transcription du podcast avec Loreta :

Télécharger la transcription du podcast.

Michel: [00:00:00] Bonjour et bienvenue pour un nouvel épisode « Au cœur du Relais ». Nous sommes au Relais pour la vie de Braine-l’Alleud, nous sommes dans la chaîne Podcast qui y est dédiée, et une chaîne podcast qui va faire vivre ce relais non pas une journée, ni deux jours, ni 24 h, ni 48 h, mais toute l’année. Parce que, chers auditeurs et auditrices, dans le texte du podcast vous avez un lien, et vous pouvez réagir et laisser un message vocal aux témoignages que vous allez écouter. Aujourd’hui, j’ai croisé une charmante personne avec un beau sourire, qui ne s’est pas encore présentée donc je vais d’abord lui demander, et je vais découvrir avec vous chers auditeurs et auditrices, son prénom.

Loreta: [00:00:30] Je m’appelle Loreta.

Michel: [00:00:32] On a discuté avant de se mettre au micro Loreta, et tu es d’accord de partager ton vécu, ton expérience et de déposer ton histoire?

Loreta: [00:00:40] Tout à fait.

Michel: [00:00:40] Quelle est l’intention qui te pousse à faire ce témoignage, et de déposer ton histoire?

Loreta: [00:00:44] D’abord parce que je voudrais que les gens qui reçoivent l’annonce d’un cancer ne laissent pas tomber les bras, ça c’est la première chose, parce que tout est possible et on ne sait pas de quoi on peut être capable, sauf dans l’adversité. Et ça, je l’ai découvert et j’ai envie de le partager.

Michel: [00:00:59] Est ce qu’on peut te demander? Je sais que ça ne se fait pas chez les dames, une approximation de ton âge?

Loreta: [00:01:04] Ben j’ai 72 ans.

Michel: [00:01:06] D’accord. À quel âge a-t-on dépisté ton cancer?

Loreta: [00:01:09] Alors il y a 21 ans, je n’avais jamais été malade, je pense que je n’avais même pas d’aspirine dans ma pharmacie, je pense que je n’avais même pas de pharmacie. Et je suis allée faire une mammographie un petit peu, bah parce que c’était le moment, parce que j’avais reçu une invitation à le faire.

Michel: [00:01:24] Donc tu as réagi à une campagne de prévention.

Loreta: [00:01:26] Voilà, à une campagne de prévention, mais en me disant « Bon, j’y vais parce que c’est là, mais ça ne me concerne pas ». Et puis, quand le verdict est tombé, là franchement je suis tombée de haut, j’ai reçu comme un obus en plein estomac, et la première réaction que j’ai eue c’est de m’asseoir au bord du trottoir et pleurer. Mais très vite, je me suis relevée, d’abord parce que j’avais un époux qui était terriblement à mes côtés, qui m’a vraiment supportée parce que je pense que, à plusieurs reprises j’aurais laissé tomber. Et la deuxième chose, je me suis dit « Attends, t’asseoir au bord du trottoir et pleurer, ça sert à quoi? Ça t’angoisse, ça ne te donne pas de force, ça ne te donne rien. Donc relève-toi, souris et avance. Tu verras que ça va venir ». Et puis pour le reste, ben j’ai eu une première chimio où comme beaucoup de personnes, j’ai perdu mes cheveux, j’ai grossi avec la cortisone etc. Mais j’avais, et ça je trouve que c’est important, les accompagnants aussi, j’avais un mari qui ne m’a jamais dit « Vivement que ce soit terminé quoi ». Il m’a vraiment toujours encouragée.

Michel: [00:02:29] Il était présent.

Loreta: [00:02:29] Il était vraiment, vraiment, présent.

Michel: [00:02:31] Est-ce que tu avais de la peur, aussi, au ventre?

Loreta: [00:02:34] Ben ça c’est clair. Disons que quand je me suis présentée à ma première séance de chimio, ne sachant pas ce qui m’attendait et avec très peu d’explications, je me suis dit « Ça va aller ».

Michel: [00:02:44] Moi un aspect que je trouve important et qui peut être à améliorer, c’est une piste d’amélioration que je suggère, c’est que le corps médical, parfois j’ai l’impression que sa communication n’est pas assez préparée à transmettre une information, un verdict… Est-ce que c’est ton sentiment ou est-ce que je me trompe?

Loreta: [00:02:58] Non, c’est mon sentiment aussi. Et en fait en plus je…

Michel: [00:03:01] Parce que tu as parlé que c’était assez violent quand même, quand à la réception de l’information.

Loreta: [00:03:04] Ben j’ai eu quand même… L’annonce a été faite par un médecin qui, à mon avis, ne connaissait ni le tact ni la diplomatie. Ça a été très brutal, et j’étais seule parce que je voulais y aller seule. Et là, franchement, je suis vraiment tombée, comme on dit vulgairement « Le cul par terre ». Je me dis « Non, pas moi ». Et en fait, la première chose que j’envisageais à ce moment-là c’est « Je vais mourir ». Et la première question que j’ai posée c’est « J’en ai encore pour combien de temps à vivre? ». Et là il m’a regardé, il m’a dit « Bah ça j’en sais rien, je ne suis pas madame Soleil », il me dit « Vous allez faire vos chimios, vous allez faire… » Donc j’avais une chimio néoadjuvante comme on appelle, c’est-à-dire avant les rayons, avant l’opération. Et là j’y suis allée vraiment la fleur au fusil.

Michel: [00:03:44] Mais est-ce qu’il t’a expliqué, est-ce qu’il a vulgarisé?

Loreta: [00:03:46] Non. Absolument pas.

Michel: [00:03:47] Dans quel ordre allaient arriver les soins et en quoi il consistaient?

Loreta: [00:03:49] Non, il m’a juste dit on va faire la chimio, ce sera douze séances, donc toutes les trois semaines, et puis après on va opérer et puis après il y aura des rayons. Mais moi, tout ça, je connaissais pas, c’était totalement inattendu pour moi.

Michel: [00:04:00] Comment on affronte ça? Tu fais des recherches, tu t’informes?

Loreta: [00:04:03] Non, non. Ben, il y a 21 ans aussi.

Michel: [00:04:05] Que les communications n’étaient pas les mêmes, les outils n’étaient pas les mêmes

Loreta: [00:04:08] Les communications n’étaient pas les mêmes. Et puis je suis allée un petit peu comme une petite fille curieuse en me disant « Bon, on verra bien ». Et quand je suis arrivée, je me suis assise, l’infirmière m’a quand même donné quelques mots d’explication, elle m’a dit que j’allais perdre mes cheveux, que ce ne sera pas toujours facile, que la digestion allait devenir difficile, enfin qu’il y a tous des petits à-côtés, des inconvénients, mais elle me les avait pas vraiment décrits.

Michel: [00:04:27] C’est un bel euphémisme en fait hein! Parce qu’en fait ce sont les effets secondaires assez violents de la chimio.

Loreta: [00:04:31] C’est-à-dire que moi je me suis retrouvée trois jours après l’injection, je n’arrivais même plus à tendre le bras pour prendre un verre, j’étais mais morte fatiguée. Et ça je ne l’appréhendais pas donc on va à la deuxième séance, on y va déjà avec un peu plus de craintes, et on sait que ça va s’amplifier. Et là, quand la 12ᵉ a été finie, là j’ai poussé un grand ouf. Mais je n’étais plus la même qu’avant. Physiquement, je n’étais plus la même, mais mentalement non plus. Et là, quand ça a été terminé, je me fichais pas mal de l’opération, je me fichais pas mal des rayons qui devaient encore venir. Je me suis dit « Yes, j’y suis arrivée ». Et il y a comme une fierté en moi qui est arrivée, qui a surgi de nulle part et je me suis dit « Mais au fond, (Michel Godart: On peut se battre) tu es forte, tu m’as fait » (Michel Godart: On peut se battre), oui. Je voudrais signaler un truc, j’ai perdu mon mari il y a sept ans d’un cancer, c’est vrai que la solitude est difficile, mais ce qui me pèse le plus, c’est que lui, je pense, pour me protéger, ne me l’a pas dit et je ne l’ai pas vu. Parce que c’est comme vieillir ensemble, on se lève tous les matins, on ne voit pas les rides qui apparaissent… Et là, moi je ne le voyais pas changer, et puis quand c’est arrivé et qu’on s’est retrouvés aux soins palliatifs, je me suis dit « C’est fini ». Et là, j’ai beaucoup culpabilisé de ne pas (Michel Godart: IL avait un cancer?) avoir été l’accompagnante. Oui, un cancer du poumon foudroyant, qui s’était généralisé. Mais il aurait pu se soigner avant, mais il ne l’a pas fait, il ne l’a pas fait pourquoi? Je ne le saurai jamais, parce qu’il m’a jamais répondu. Mais beaucoup de gens me disent, connaissant notre couple, « Mais il avait probablement pas envie de passer ce que tu as passé, parce que lui, il a vécu de près aussi. Et peut-être pour me protéger, pour dire ‘elle y est arrivé, elle est plus loin dans le chemin’, voilà quoi ». Et puis après quand tout est fini, on est en rémission, on est content. Mais rémission ne veut pas dire c’est fini.

Michel: [00:06:14] Oui parce que tu m’as parlé tout à l’heure, tu m’as dit, ça fait plusieurs…(Loreta: Oui) années, 20 ans, tu m’as parlé de 20 ans?

Loreta: [00:06:20] Ça fait 21 ans mais j’ai eu 8 rechutes, en fait j’ai fait des métastases au foie, et à chaque fois c’était nouvelle…, c’était re-chimio re-chimio, re-chimio. Donc ça veut dire qu’à un moment donné, le corps il encaisse. Je pense même, je vais vous raconter une petite anecdote, qu’un soir on se promenait avec mon mari, il y avait l’éclairage public qui s’éteignait quand je passais dessous, donc je me suis dit « Ça y est, je deviens bionique parce (Michel Godart: Radioactive ou… Je vois) avec tout ce que j’ai avalée ». Et là, ici, maintenant, je suis en chimio, je veux dire de traitement avec un produit qui s’appelle L’herceptine que je reçois toutes les trois semaines, à vie.

Michel: [00:06:52] Et là, il n’y a pas de perte de cheveux? Ces symptômes sont…

Loreta: [00:06:54] Non, non. Je les ai juste perdus à la première fois (Michel Godart: Ok). Mais il y a eu d’autres inconvénients pendant les autres chimios. Et j’ai remarqué quand même qu’au niveau du corps médical, il y a eu quand même plus d’informations, c’était beaucoup plus cool, je suppose qu’on les a un peu formés aussi à ce moment-là. Maintenant, la seule chose qui est dommage, c’est que on se rend compte qu’il y a de gros problèmes au niveau de la santé, au niveau du personnel, etc. Qui n’en peut plus, qui n’a plus le temps de s’occuper des patients, des rendez-vous qui prennent des mois et des mois. Je pense qu’il y a un effort à faire de ce côté-là parce que le personnel médical, moi je leur tire mon chapeau. Les infirmières, mais elles vous disent aussi « Aujourd’hui, on n’a plus le temps de parler avec un patient ».

Michel: [00:07:34] Et elles ont beaucoup (Loreta: Parce que…) d’administrations aussi!

Loreta: [00:07:35] Elles ont beaucoup d’administrations. Heureusement, maintenant, le traitement que je reçois, c’est toutes les trois semaines, donc trois fois à la maison et une fois à l’hôpital où il y a tous les autres contrôles, etc. Mais sinon, c’est fastidieux aussi de se rendre tout le temps à l’hôpital, c’est pas la porte à côté. Parfois, on ne sait pas mettre les rendez-vous le même jour, mais je pense qu’ils font ce qu’ils peuvent. Moi le personnel médical, moi, je leur tire mon chapeau. Et plus j’ai un oncologue qui est vraiment presque devenu un ami à force des années, et qui m’explique bien les choses. Et j’ai toujours été clair avec lui, j’ai dit « Le jour où tu te rends compte que ça ne va plus, il faut me le dire ».

Michel: [00:08:08] J’ai envie de te poser une question qui est peut-être un peu délicate, et pardonne moi pour ça mais, je crois que c’est important aussi de pouvoir de temps en temps parler de ces aspects-là, tu sais que bien entendu, quand on annonce quelque chose d’aussi terrible, on sait qu’on va devoir se battre, qu’on a des choses à mener comme combat pour ça, pour sa santé, et qui est: la priorité c’est de vivre, on est bien d’accord?

Loreta: [00:08:25] Tout à fait.

Michel: [00:08:26] Mais l’être humain est fait d’une pyramide de besoins, bien définis, et dans cette pyramide, il y a la sexualité et quand on parle d’un cancer du sein, l’image féminine est aussi impactée. Est-ce que ce sont des sujets qui, dans ta génération, dans ton vécu, dans ton parcours, ont été des questionnements pour toi par rapport à ton ressenti de femme?

Loreta: [00:08:45] C’est clair que tu perds une partie de ta féminité dans la mesure où tu peux faire un choix: ou bien tu fais l’ablation d’un sein, de deux seins par prévention, ou mettre une prothèse donc on te le propose. Moi, je suis quelqu’un, assez bizarrement d’avoir fréquenté autant les hôpitaux, je n’aime pas les opérations, j’ai peur des anesthésies. Mais je pensais aussi à mon mari et je lui ai simplement posé la question, je dis « Voilà… »

Michel: [00:09:07] Tu as pu avoir un dialogue ouvert.

Loreta: [00:09:09] J’ai pu avoir un dialogue ouvert, je lui ai simplement dit « Voilà, qu’est-ce que je fais, je fais une reconstruction ou pas? », et là il a eu une réponse merveilleuse et il m’a dit « Mais tu sais ma pépette, j’ai pas épousé une paire de seins, je t’ai épousé toi. Et toi tu ne changeras pas ». Et ça, je trouve cette réponse merveilleuse.

Michel: [00:09:26] Mais t’as mariée l’homme rare! Rire

Loreta: [00:09:28] Parce que j’ai croisé dans les salles d’attente des femmes dont le mari s’était barré parce que (Michel Godart: Mais non?) il ne retrouverait plus la féminité de sa femme, et peut-être la peur aussi, le mot cancer fait peur.

Michel: [00:09:39] Attends, tu, tu me dis que… (Loreta: Oui, oui, oui, oui) des gens ont prononcé ces mots?

Loreta: [00:09:43] Oui, oui. Oui parce que bon les besoins chez chacun sont différents. Franchement, moi il y a des femmes qui m’ont dit ça, bon c’est comme ça, c’est la réalité. Et c’est clair que, on parlait justement du problème de la sexualité, c’est clair que pendant les chimios, c’est pas un truc qui te vient à l’esprit, mais il faut que tu aies aussi un conjoint qui accepte la situation, et chacun a ses propres besoins, c’est compliqué. Mais maintenant j’ai toujours eu une philosophie aussi, parce que il y a toujours aussi, on parle de ce problème-là, mais la peur de la mort…. J’ai peut-être une phrase qui résume tout: en fait il y a deux choses inéluctables dans la vie, tu arrives à un endroit, à un moment, quelque part, que tu n’as pas choisi, tu nais. Et au bout, qui est inéluctable aussi, tu meurs. Donc de toute façon, un jour tu vas mourir (Michel Godart: C’est clair), donc à partir du moment où tu as accepté ça. Et entre les deux il y a un petit machin très sympa qui s’appelle la vie.

Michel: [00:10:41] Et les choix.

Loreta: [00:10:42] Oui, mais, la vie il faut la vivre, il faut la vivre pleinement, c’est pas demain. Demain n’arrivera peut-être jamais, que t’aies un cancer ou pas d’ailleurs. Donc je pense que les gens ne se rendent pas compte que la vie est précieuse, et je pense qu’on se cache. Il y a des gens qui vivent toute leur vie dans la peur de la mort, ben qu’ils ne se tracassent pas, ils vont y passer, on y passera tous. Bon, quelque part c’est peut-être compliqué pour ceux qui restent, mais pour nous, quand c’est fini, c’est fini, bon voilà. Ça, ça reste ma philosophie et puis j’ai une phrase, qui est en anglais, et que j’utilise tout le temps c’est « Take the best, fuck the rest » – Rires.

Michel: [00:11:19] Je suis admiratif, j’aime bien cette philosophie de voir les choses. Dis-moi, qu’est-ce que tu fais? Alors je sais, tu te soignes, tu fais une chimio, tu as une régularité de traitement, mais est-ce que tu mets en place des petits rituels, des petites choses au quotidien qui t’aident au niveau de ta santé? Qui prend soin de toi?

Loreta: [00:11:35] Alors chaque jour que j’ai quelque chose à faire, que je sorte ou que je reste chez moi, je prends soin de moi, je me maquille, je m’habille correctement. Mon rituel c’est le jardin, moi j’adore les plantes, etc. et je commence à découvrir les plantes médicinales, et je me fais des tas de tisanes et de petits trucs et ça m’amuse beaucoup. Mais une chose importante: tous les matins, je m’assis au bord du lit et je mets un pied à terre et je dis « Yes! Encore un jour de plus, Je suis vivante! »

Michel: [00:12:02] C’est un cadeau.

Loreta: [00:12:03] Ouais.

Michel: [00:12:03] Tu m’as parlé de cadeau. Cadeau de la vie?

Loreta: [00:12:05] Oui.

Michel: [00:12:06] Tu peux me partager un peu ce que tu ressens par rapport à ça? Pourquoi est-ce un cadeau?

Loreta: [00:12:10] Ben c’est un cadeau et c’est une chance parce que d’abord ça m’a permis de me connaître, de connaître les choses que je ne connaissais pas de moi, comme la force, l’empathie. Et puis ça m’a permis aussi d’essayer d’évacuer tout ce qui est négatif dans ma vie. Je te plaît? C’est bien. Je ne te plais pas? C’est bien aussi, ça ne concerne que toi, avance dans la vie, essaye de vivre tes rêves, va dans… Fréquentent des gens qui te sont positifs, avec lesquels tu te sens bien, profite de la vie. J’ai rien de mieux à dire, c’est que je crois que la vie est un cadeau, on ne s’en rend pas toujours compte et on dit toujours « Quand je serai retraitée, je ferai ça, quand j’aurai payé ma maison, je ferai ça ». Mais non, t’as envie de le faire? Fais-le maintenant.

Michel: [00:12:50] Ouais il pourrait être trop tard demain.

Loreta: [00:12:51] Oui. Ouais…

Michel: [00:12:52] On l’oublie trop souvent (Loreta: Ouais). C’est un peu comme cette attitude en Europe, qui est fort ancrée, où on a peur tellement de la mort que j’ai l’impression qu’on ne veut pas la voir au point de mettre ses vieux dans des maisons de repos (Loreta: Oui ça je trouve ça…). Alors qu’en fait, j’ai eu quelques occasions de travailler en maison de repos, je trouvais ça triste de voir ces gens toute l’année (Loreta: Ouais), face à une vitre, en train de regarder des oiseaux dans les arbres, mais quand ils meurent toute ta famille arrive (Loreta: Oui) mais on ne les voit jamais toute l’année (Loreta: Mais tu sais), et c’est interpellant.

Loreta: [00:13:11] Mais il y a un truc qui est vraiment marrant, c’est quand tu es vivant, il n’y a jamais personne qui vient te trouver, qui te prend dans ses bras et qui te dit « Tu sais, toi je t’aime », mais une fois que tu es mort, tout le monde t’aime (Michel Godart: Ouais). C’est bizarre hein?

Michel: [00:13:22] Ouais, c’est un amour qui était dissimulé (Loreta: Oui). C’était de la pudeur peut-être hein?

Loreta: [00:13:25] Oui, peut-être.

Michel: [00:13:26] On va un peu parler du Relais, c’est ta première participation au relais?

Loreta: [00:13:29] Non, je crois que celui de Braine-l’Alleud, c’est la 13ᵉ ou 14ᵉ fois que je le fais (Michel Godart: Une fidèle alors) peut-être plus, oui.

Michel: [00:13:37] Wouah! Qu’est-ce qui t’a motivée à venir, au départ?

Loreta: [00:13:38] Mais en fait, c’est parce que je ne connaissais pas du tout et c’est quelqu’un qui m’a dit « Ah, le relais pour la vie, est-ce que tu veux venir témoigner? ». Donc, je suis venu la première année, puis j’ai témoigné, je crois pendant trois ou quatre ans. Je leur ai dit à la fin, je dis « Choisissez quelqu’un d’autre parce qu’ils vont toujours voir la même ».

Michel: [00:13:52] Et là regarde tu vas témoigner pour du long terme, parce que le podcast c’est: réutilisable et ré écoutables des milliers de fois.

Loreta: [00:13:57] Et puis j’ai trouvé que franchement, tous ces gens qui travaillent autour du relais, c’est un travail de longue haleine parce que (Michel Godart: Ouais) c’est toute une année de travail.

Michel: [00:14:04] Il y a beaucoup de mérite.

Loreta: [00:14:05] Et en plus maintenant, plus ça avance, moins ils ont de chance de trouver des sponsors, des gens qui veulent, parce que le cancer est tellement banalisé que « Pfff bon, c’est bon quoi », on ne donne plus tellement.

Michel: [00:14:16] Oui et non. Oui, il est banalisé, mais ce qui est en train de se passer, c’est qu’il y a de plus en plus (Loreta: Ah oui). Il manque de prévention, alors je ne parle pas de prévention genre les tests que tu as fait (Loreta: Oui, oui, oui) qui ont permis de dépister, mais je parle de prévention sur l’hygiène de vie (Loreta: Oui, oui) et ce qu’on accepte dans ce qui nous entoure comme environnement. Quel regard portes tu, toi qui fréquente le relais depuis autant d’années, sur l’ambiance et le vécu de ce relais?

Loreta: [00:14:35] Moi j’ai toujours trouvé ça chouette parce qu’il y en a pour tous les goûts. Et puis on voit vraiment que tous les gens, que ce soit les gens qui préparent à manger dans les stands, que ce soit les gens qui sont sur scène, tous ces gens viennent pour une cause. Et on sent vraiment ça parmi les gens…

Michel: [00:14:49] Tu sens ça dans les tripes?

Loreta: [00:14:50] Oui, oui, oui, oui. Oui, les soins aussi offerts aux battants, le petit repas, je trouve que c’est une convivialité où tu as l’impression que les gens se comprennent. Parce que quand tu parles à des gens qui n’ont pas eu ton vécu, ben t’as beau leur expliquer, ils savent pas très bien de quoi tu parles. Ici, tu parles à des gens qui ont eu le même vécu que toi.

Michel: [00:15:08] Ça fait du bien.

Loreta: [00:15:09] C’est un peu comme une tribu.

Michel: [00:15:11] Ouais, on se reconnaît tous (Loreta: Oui), ça fait du bien, ça fait un bien fou (Loreta: Oui). Qu’est-ce que tu donnerais comme conseil aux gens qui nous écoutent, auditeurs et auditrices?

Loreta: [00:15:18] Moi je dirais profiter de la vie au maximum, vivez vos rêves, ce que vous avez envie de faire, faites le maintenant, et surtout dites aux gens que vous aimez, que vous les aimez. N’attendez pas qu’il soit dans une boîte en bois.

Michel: [00:15:30] Pour tous ceux qui sont dans les stades aujourd’hui, les bénévoles, tous ceux qui font que cet événement existe, tu leur dirais quel message?

Loreta: [00:15:35] Moi, je leur tire mon chapeau et je dis « Continuez à venir et surtout gardez votre sourire », parce qu’ils sont tous souriants.

Michel: [00:15:41] C’est ça qui est magique hein? (Loreta: Oui) et parfois pourtant, dans ce public souriant, il y a des gens très malades et (Loreta: Oui, oui, oui) qui souffrent. Et ils ont le sourire banane, parce que c’est ce que je vois aujourd’hui: des sourires banane.

Loreta: [00:15:50] Oui mais moi il est collé.

Michel: [00:15:51] C’est bien. J’ai beaucoup d’admiration pour le témoignage que tu viens de nous porter, j’espère que j’ai eu les bons mots pour toi?

Loreta: [00:15:57] Tout à fait.

Michel: [00:15:57] Merci. Merci beaucoup pour ça.

Loreta: [00:15:59] Je pense qu’il ne faut pas avoir de tabous. C’est une situation qui existe, ben parlons-en.

Michel: [00:16:03] J’ai pas eu de tabous, t’as vu, moi je parle même de sexualité s’il le faut.

Loreta: [00:16:06] Non mais! Mais franchement il n’y a aucun sujet tabou et autant que les gens soient informés avant que ça ne leur arrive.

Michel: [00:16:12] Exact, exact. Je vais profiter de ta présence et de ton témoignage très riche, et de ton partage, et du fait que tu as déposé ton histoire avec nous pour encore te remercier. Et puis dire aussi, à ceux qui nous écoutent et à celles qui nous écoutent, que le but de ce relais, c’est avant tout aussi une récolte de fonds (Loreta: Oui). C’est une solidarité, c’est une communauté, mais c’est aussi une récolte de fonds donc, s’il vous plaît, vous qui entendez ce podcast, n’oubliez pas que vous pouvez aussi agir. Alors de deux façons, vous pouvez partager, liker et commenter ce podcast, première action possible est gratuite et ne vous coûte pas grand-chose. Vous avez une deuxième action possible, c’est de cliquer sur un petit lien qui est dans le texte descriptif, ça mène vers un répondeur vocal et vous pouvez laisser un message, un témoignage, un remerciement à mon invitée, un encouragement, un mot gentil ça fait toujours du bien à entendre, ça c’est la deuxième action que vous pouvez prendre. Et la troisième action, c’est que si vous avez un peu de moyens, ben faites un don, soyez généreux, le relais pour la vie de Braine-l’Alleud en a besoin, et l’argent est utilisé à bon escient.

Loreta: [00:17:05] La recherche a besoin de tout le monde et ceux qui ont les moyens, effectivement: donnez, parce que demain c’est peut-être vous qui devrez profiter entre guillemets, des résultats, voilà. Donnez, donnez, donnez, donnez.

Michel: [00:17:17] Il y a une chanson comme ça hein, « Donnez, donnez-moi ».

Loreta: [00:17:20] Donne, donne, donne.

Michel: [00:17:22] Merci, merci beaucoup. Et je te souhaite (Loreta: Mais avec plaisir) un très agréable moment et merci pour ce partage.

Loreta: [00:17:27] Avec plaisir.

Michel: [00:17:28] Ça m’a donné beaucoup d’émotions et je suis très enchanté de te connaître.

Loreta: [00:17:31] Ben moi aussi (Michel Godart: Merci) merci!

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