« Handi’Cape & Cinéma » au festival PodBXL

Handi’Cape & Cinéma - Géraldine Blanchet et Luc Boland au festival PodBXL 2025

Replay PodBXL 2025 : Handi’Cape & Cinéma – Représenter le handicap au cinéma : un échange fort entre Géraldine Blanchet et Luc Boland

Replay du festival #PodBXL – Épisode spécial “Handi’Cape & Cinéma” – Podcast #035 PodBXL

Notre répondeur Vocal pour laisser un message vocal à Géraldine Blanchet ou à Luc Boland en réaction à ce podcast « Handi’Cape & Cinéma » : ici

Dans cet épisode enregistré au festival PodBXL, Géraldine Blanchet accueille Luc Boland, fondateur du Extraordinary Film Festival, pour explorer comment le cinéma peut enfin refléter la réalité et la dignité des personnes en situation de handicap. Luc partage son parcours personnel, l’histoire bouleversante de son fils Lou, la naissance de la plateforme Annonce Handicap, et la genèse du TEFF, devenu un rendez-vous majeur dédié aux films qui changent les regards.

L’épisode dévoile les coulisses du festival, ses enjeux d’accessibilité totale, son impact pédagogique auprès de milliers d’élèves, et la manière dont des œuvres souvent invisibles trouvent enfin un espace pour exister.

On y parle aussi de cécité, de polyhandicap, de chiens guides, de musique, de parentalité, de transmission et de création artistique. Et surtout : de la puissance du cinéma lorsqu’il ne masque plus la différence, mais l’accueille pleinement.

Handicap & Cinéma est un podcast enregistré au festival PodBXL, produit par Planète Projet, avec le soutien de The Podcast Factory Org asbl. La transcription complète est disponible dans la description, ainsi que toutes les ressources citées.

Question pour vous :

  • Quel film vous a déjà fait changer votre regard sur le handicap ?
  • Partagez-le en commentaire, ça aide vraiment à faire progresser la représentation inclusive.

Ce podcast, c’est aussi un hommage aux participantes du festival : relever le défi du live, devant un public engagé, n’est pas anodin. Chapeau à toutes celles et ceux qui ont osé partager leur parcours, et merci au public dont la présence et les questions ont enrichi la discussion.

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Attention les messages vocaux seront partagés en public, si vous ne souhaitez pas rendre public votre intervention, mentionnez le dans votre message.

PodBXL ne s’arrête pas là : dès septembre 2025, la communauté continue de se tisser lors des soirées #podMeetup, chaque dernier mardi du mois. Venez rencontrer, échanger, créer du lien entre podcasteurices engagé·es, autour de valeurs d’inclusion, d’environnement et de solidarité.

Plus nombreux nous serons, plus loin nous pourrons porter les voix de celles et ceux qu’on n’entend pas assez, plus puissant sera le média podcast et plus belle, plus riche sera notre communauté. Car, pour rappel, PodBXL est le festival POUR, PAR et AVEC les podcasteurices.
Un podcast proposé par The Podcast Factory Org, avec le soutien de transforma bxl & Plugin Company. Nous sommes membre de la coalition KAYA – Écopreneur·es, et partenaires du Love Health Center.

Liens utiles :

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Ressources

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Français : La transcription intégrale de ce podcast est proposée en sous-titrage de la vidéo en cinq langues : français, néerlandais, allemand, anglais et espagnol.
Néerlandais : De volledige transcriptie van deze podcast is beschikbaar als ondertiteling van de video in vijf talen: Frans, Nederlands, Duits, Engels en Spaans.
Allemand : Die vollständige Transkription dieses Podcasts ist als Untertitel des Videos in fünf Sprachen verfügbar: Französisch, Niederländisch, Deutsch, Englisch und Spanisch.
Anglais : The full transcript of this podcast is available as video subtitles in five languages: French, Dutch, German, English, and Spanish.
Espagnol : La transcripción completa de este pódcast está disponible como subtítulos del vídeo en cinco idiomas: francés, neerlandais, allemand, anglais et espagnol

Séquençage du podcast Handi’Cape & Cinéma :

  • [00:00:05] Présentation du podcast
  • [00:00:27] Statistiques handicap et cinéma
  • [00:01:35] Présentation de l’invité et contexte
  • [00:03:16] Introduction au sujet
  • [00:03:40] Présentation de Luc Boland, fondateur et réalisateur
  • [00:04:48] Trois mots pour se définir
  • [00:05:11] Rêve d’une société plus inclusive
  • [00:05:38] Rapport personnel au handicap et expérience
  • [00:07:27] Impact du handicap sur la vie personnelle
  • [00:10:25] Documentaire et fondation créée pour Lou
  • [00:11:02] Patrescence et handicap
  • [00:11:52] Annonce du handicap
  • [00:14:13] Restaurer le rôle des parents et leur expertise
  • [00:15:18] Ressources disponibles sur le sujet
  • [00:15:38] La question des chiens d’assistance
  • [00:17:04] Chienne samoyède, compagnon familial et rapport avec Lou
  • [00:20:02] Film avec chien d’assistance au festival 2025
  • [00:21:41] Présentation du festival The Extraordinary Film Festival
  • [00:23:00] Film espagnol « Cuerdas » et importance des films handicap
  • [00:24:43] Musique du festival par Lou B.
  • [00:28:54] Valeur des courts-métrages sur le handicap
  • [00:30:14] Accessibilité totale du festival TEFF
  • [00:31:20] Film pédagogique « Noémie » sur handicap et inclusion
  • [00:35:08] Présence de chiens guides au festival
  • [00:35:28] Film « La Disgrâce » sur des visages marqués par la violence
  • [00:38:28] Film coup de cœur « The Blind Man Who Didn’t Want to See Titanic »
  • [00:40:46] Pourquoi ce film a touché Luc Boland
  • [00:45:32] Gros partenariat
  • [00:46:38] Conclusion et citation du festival sur l’inclusion
  • [00:47:07] Clôture de l’épisode

La transcription du podcast Handi’Cape & Cinéma :

Géraldine Blanchet: [00:00:05] Handicap et cinéma, c’est le podcast cinéma qui parle de handicap et de chien d’assistance.

Géraldine Blanchet: [00:00:27] 16 % de la population vit avec un handicap, mais leur représentation à l’écran ne dépasse pas 0,6 %. Les récits sont souvent stéréotypés, voire stigmatisants. Comment rendre le cinéma plus accessible et inclusif autant dans les salles que dans sa production? Je suis Géraldine Blanchet, intervenante cinéma spécialisée en responsabilité sociétale et environnementale. Je suis animatrice accréditée de la Fresque du film et avec Planète Projet, j’œuvre pour un cinéma plus engagé. En parallèle, je suis famille d’accueil pour Handichiens qui éduque et remet gratuitement des chiens d’assistance. Dans ce podcast, mes invités, qu’ils soient en situation de handicap ou non, partagent une passion commune pour les chiens guides et d’assistance. Bénéficiaires, bénévoles ou professionnels, ils partagent des récits incroyables et dévoilent leurs films coups de cœur. Ensemble, nous découvrons des initiatives qui font avancer l’accessibilité et l’inclusion dans le cinéma. Bonne écoute!

Géraldine Blanchet: [00:01:35] Bonjour à tous et à toutes. C’est un épisode un peu particulier pour moi puisque nous sommes aujourd’hui en Belgique, à PodBxl, le festival de podcast de Bruxelles organisé par « The Podcast Factory Org », Une incroyable association dans laquelle Michel Godart, qu’on peut applaudir tous bien fort, fait de la production de podcasts, de la post-production, de la formation et il soutient des podcasteurices engagées, dont Handicap et Cinéma. Donc je suis très touchée d’être là aujourd’hui, merci Michel. Avec tout ça, avec beaucoup de professionnalisme et d’humanité. Et nous sommes aujourd’hui précisément à transforma, un coworking incroyable à Evere, l’une des communes de Bruxelles, et nous enregistrons donc en live et en public. Alors, d’ailleurs j’ai une petite proposition à vous faire le public. Tout à l’heure, on a reçu un podcast magnifique qui s’appelle Diversino qui parlait de neurodiversité, tout à l’heure aussi avec mon invité on va parler de handicap. Donc je vous propose deux alternatives aux applaudissements. La première, vous le connaissez peut-être, c’est l’applaudissement pour le public sourd. Et la deuxième, c’est pour faire moins de bruit et pour respecter ceux qui ont besoin d’un petit, d’une ambiance un petit peu plus calme, donc on peut applaudir comme ça, ça vous permet en plus de réagir tout le long du podcast puisque cet applaudissement-là s’entend pas donc, faites -vous plaisir pendant tout le cours de cet enregistrement, n’hésitez pas à manifester votre présence.

Géraldine Blanchet: [00:03:16] Dans cet épisode, on va parler d’un festival de films avec une programmation extraordinaire, on va parler de cécité et de polyhandicap. C’est un épisode qui se promet riche car nous avons avec nous un expert du sujet croisé du handicap et du cinéma. Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir à mon micro Luc Boland, bonjour Luc

Luc Boland: [00:03:40] Bonjour!

Géraldine Blanchet: [00:03:40] On peut l’applaudir. Alors, Luc tu es fondateur de l’association sans but lucratif EOP qui veut dire « Extra and Ordinary People » avec un beau point d’exclamation. Tu es aussi le fondateur et directeur artistique de « Extraordinary Film Festival », pardonnez mon accent. Un festival bisannuel sur la thématique du handicap, et tu es aussi scénariste et réalisateur, tu as d’ailleurs signé un documentaire « Lettre à Lou » sur ton fils Lou, dont tu nous parleras tout à l’heure et que le public connaît peut-être, puisque Lou a été rendu célèbre par sa participation à des émissions comme The Voice et incroyable talent. Donc il s’agit de Lou B. Et tu es aussi auteur d’un livre sur Lou qui s’appelle « La folle épopée de Lou B. ». Luc est-ce que j’ai tout dit?

Luc Boland: [00:04:44] Oh oui! En gros oui.

Géraldine Blanchet: [00:04:45] C’est déjà pas mal.

Luc Boland: [00:04:47] C’est beaucoup.

Géraldine Blanchet: [00:04:48] Alors, pour te présenter, est-ce que tu pourrais simplement nous donner trois mots qui te définissent. Voilà, sans réfléchir plus que ça, quels sont les trois premiers mots qui te viennent quand on parle de toi?

Luc Boland: [00:04:59] Rêveur, utopiste, humaniste.

Géraldine Blanchet: [00:05:01] Rêveur, utopiste et humaniste, déjà, c’est un beau programme, il y a des applaudissements (Luc Boland: On essaye) dans la salle.

Luc Boland: [00:05:06] On essaye

Géraldine Blanchet: [00:05:06] Ouais. De ces trois mots-là, lequel est le plus prédominant?

Luc Boland: [00:05:11] Rêveur.

Géraldine Blanchet: [00:05:11] Rêveur. Tu rêves d’une société différente?

Luc Boland: [00:05:15] Oh oui, totalement.

Géraldine Blanchet: [00:05:15] Avec une inclusion peut-être plus, plus importante?

Luc Boland: [00:05:19] Oui, bien sûr. Oui, c’est, moi c’est ce qui m’habite depuis toujours, depuis que je suis tout petit et j’avais une maman qui avait un nez rouge. Dans le sens le nez du clown de quelqu’un qui n’était pas heureux, heureuse. Et dès ce moment-là, du haut de mes cinq ans, j’ai voulu changer le monde.

Géraldine Blanchet: [00:05:35] Waouh!

Luc Boland: [00:05:36] Voilà.

Géraldine Blanchet: [00:05:38] On va commencer par parler de ton rapport au handicap (Luc Boland: Oui). Est-ce que tu peux nous dire toi comment tu te situes par rapport au handicap? Quelles expériences tu en as?

Luc Boland: [00:05:46] Ben d’abord, j’ai eu une expérience adolescent, je me suis occupé de personnes handicapées durant l’été et ce genre de choses, et puis tout ça s’est éloigné de moi. Jusqu’à la naissance de mon troisième enfant, en nonante huit, 98. Et, voilà j’ai un petit bonhomme qui est né avec un syndrome très, très, rare qui s’appelle le syndrome de Morsier, quel nom horrible! Ou dysplasie septo-optique pour l’aspect technique (Géraldine Blanchet: C’est pas mieux). Donc en résumé, en deux mots, c’est une malformation congénitale du cerveau. Un axe en T inversé du cerveau qui ne s’est pas formé, donc il a le nerf optique atrophié, il est totalement aveugle, il a une hypophyse sous-développée, c’est-à-dire une insuffisance hormonale relativement généralisée, mais ça c’est rien, c’est des médicaments comme se brosser les dents matin et soir. Et le plus étonnant, c’est l’absence de la cloison qui sépare les deux hémisphères du cerveau. Et à l’époque, au moment du diagnostic, ce syndrome est tellement rare et on connaît encore tellement mal le cerveau qu’on nous a dit on ne sait pas à quoi ça sert, il sera peut-être débile profond, peut-être pas. Et on est parti dans l’aventure à quatre mois lorsque le diagnostic a été posé, voilà. Sauf qu’on s’est rendu compte très vite qu’effectivement il avait des troubles TDAH et bien d’autres choses, il a été diagnostiqué autiste. Mais surtout, ce qui était incroyable, et c’est propre à ce syndrome, ils sont plusieurs dans le monde à développer un talent musical mais hallucinant. Lou avait neuf mois, il ne tenait pas encore assis, il ne parlait pas encore qu’il fredonnait à la note juste Baby alone in Babylone qu’il entendait à la radio ou d’autres chansons qu’il entendait. Et puis on lui a donné de quoi faire des percussions, un kalimba et ce genre de choses. Et à six ans on lui a offert un premier synthétiseur, et en un an et demi on l’a vu placer ses dix doigts sans professeur. Et hop, ça a démarré, première télévision à l’âge de dix ans, 180 concerts aujourd’hui, voilà.

Géraldine Blanchet: [00:07:27] Waouh Waouh! Je crois que… On peut l’applaudir. Et, pour toi ce handicap, qui concernait ton fils, ça a été le moteur d’une transformation personnelle et professionnelle assez importante?

Luc Boland: [00:07:45] Ah violente. D’abord je suis quelqu’un d’images, et de nouveau c’est lié à mon enfance, je suis quelqu’un d’images parce que j’essaie de lire la vérité dans le regard des adultes. Et je voyais, d’ailleurs c’est très dur de sentir que quelqu’un va mal malgré qu’il vous dit qu’il va bien parce que vous le voyez dans le regard. Et donc, moi j’ai fait de l’image mon outil principal de toute ma vie. Et puis j’ai fait des études de réalisation, j’ai réalisé des téléfilms pour France deux, des documentaires, etc. Et puis arrive mon bonhomme, et c’était violent, c’était violent. De se dire qu’il ne me verrait jamais, qu’il ne verrait jamais mes films, puis bon, qu’est-ce que la terre est belle! Donc quelle privation pour lui. Et donc bon, ça a pas été facile, ça a vraiment pas été facile, j’ai fait, je ne le cache pas et je n’en suis pas fier, j’ai fait deux dépressions. Et lors de la sortie de la deuxième dépression j’ai eu l’envie de l’exprimer. Et à l’époque, j’avais filmé, je m’étais caché derrière la caméra, j’avais filmé Lou mais à tout bout de champ. D’habitude, quand on est vidéaste amateur ou même familial, on ne filme que les fêtes, que les événements principaux. Là, j’ai filmé ses repas, j’ai filmé ses premiers pas, j’ai filmé ses crises de pleurs, j’ai tout filmé, je me suis occupé avec une matière incroyable. Et j’ai eu envie de faire un documentaire sauf que ma compagne m’a dit « Tu ne mets pas notre vie privée sur la place publique ». Donc ça ne m’a pas aidé, et c’était juste en 2003, la naissance des blogs. Et je découvre la naissance des blogs et je lui ai dit « Écoute, ok, pas de film, mais est-ce que je peux faire un blog? C’est confidentiel? Personne ne connait, c’est pas la mode, c’est tout nouveau et tout. Elle me dit « Allez bon ok vas-y ». Après deux semaines, je faisais le JT de la RTBF avec mon blog et plus de 200 commentaires à la semaine, et c’est comme ça que tout a démarré. Du coup, j’ai fait ce fameux documentaire. Et ce documentaire a changé ma vie, totalement, ça a été une folie à chaque diffusion en télévision : RTL, France cinq, Hollande, Suisse, Québec, etc. À chaque diffusion, 1200 courriels dans la boîte de réception, alors que mon mail n’était même pas au générique. C’était une folie avec 1200 remerciements, des gens qui me disaient merci de nous avoir ouvert les yeux, enfin un tas de choses. Et suite à ça, j’ai un ami avocat qui m’a contacté et qui a vu aussi le film à la télévision, qui m’a dit mais « Pourquoi tu crées pas une fondation privée pour ton fils, pour son avenir, et que tu commercialises pas le documentaire pour financer l’avenir de ton fils? ». Je veux bien mais les droits y sont chez RTL, ils sont au centre du cinéma. Il me dit « Mais tout ça, ça se rachète. Moi, je gère des grandes fortunes, pour eux mettre quelques milliers d’euros c’est même pas une boîte d’allumettes, c’est une allumette ». Et donc il m’a trouvé une mécène, et on a créé cette fondation, j’ai fait une version longue du documentaire parce que je m’étais senti un peu à l’étroit dans le format 52 et…

Géraldine Blanchet: [00:10:25] La version longue fait combien de temps du coup?

Luc Boland: [00:10:26] 80, 82 (Géraldine Blanchet: 80, voilà) Et j’ai fait le serment de poivrot que si le DVD se vendait bien, je ferai une parenthèse d’un an sur mon métier de réalisateur pour me consacrer à une cause générale autour du handicap. Et, pas de chance il s’est vendu tout de suite à 4500 exemplaires. Aujourd’hui, on a plus de 9000, ce qui pour un documentaire est assez rare et surtout que les lecteurs de DVD sont plus rares. Et ça continue à se vendre, c’est incroyable.

Géraldine Blanchet: [00:10:52] D’ailleurs, j’en profite pour ajouter qu’il est toujours en vente actuellement. On peut le trouver sur le site de la Fondation Lou et…

Luc Boland: [00:10:58] Sur le site de la Fondation Lou, sur le site de Lou, Loub point be.

Géraldine Blanchet: [00:11:02] J’invite les auditeurices qui souhaitent voir le film, parce que l’idée c’est de vous donner envie de voir des films, mais aussi de vous donner la possibilité de les voir, donc d’aller acheter le DVD. Et ce qui est hyper intéressant, c’est que ta femme a été inquiète et on peut la comprendre, qu’on rentre dans son intimité. Et c’est vrai que dans ce documentaire, on est vraiment avec vous, on est la petite souris là qui vous observe, qui vous voit. Moi, j’ai été extrêmement touchée aussi par la parole que tu as sur ton rôle de père. Et merci d’avoir partagé tes doutes, tes angoisses de papa. C’est vrai que dans le handicap, On entend souvent aussi le départ du père qui: soit fui dans le travail quand il ne part pas complètement.

Luc Boland: [00:11:45] Taux de divorce dans la société 55 %, taux de divorce dans les familles concernées par le handicap, on tourne entre 70 et 80 % purement et simplement.

Géraldine Blanchet: [00:11:52] 70 à 80 %, je ne suis pas surprise. Et là (Luc Boland: Non, non), c’est très courageux de ta part d’avoir cette parole aussi sur ces moments d’incertitude, ces moments de doute, ces moments d’effondrement. Et tu as dit que, tu as parlé tout à l’heure de violence effectivement, l’accueil de l’annonce. Je crois que tu as fait aussi un travail sur cette annonce.

Luc Boland: [00:12:11] Ben oui, justement. Et donc suite au succès du DVD et la vente, j’ai dit bon ben je vais tenir parole. Et je me suis dit sur quel projet je vais porter? Et il se fait que parmi les milliers de courriels, il y avait le même, la même proportion de gens concernés par le handicap. C’était fou, il y avait des gens qui disaient, qui me remerciaient de prendre fait et cause pour la différence et l’homosexualité par exemple. Alors que mon film n’en parle pas, mais c’est vrai que c’était ouvert, l’esprit est ouvert dans mes propos à ce niveau-là. Et donc c’était incroyable, et les personnes concernées par le handicap, toutes parlaient de l’annonce du diagnostic, de la violence et surtout du sentiment d’abandon. Et donc j’ai commencé à chercher sur le net ce qui se faisait dans le monde, et nulle part il n’y avait rien, par contre j’ai récolté des centaines de témoignages sur le net. Et je me suis dit « C’est peut-être, là il y a peut-être quelque chose à faire ». C’est le début de la vie, d’une nouvelle vie, c’est le moment où il faut aider les gens à mettre le pied à l’étrier pour maîtriser le cheval comme on dirait. Et donc j’ai invité le secteur du handicap belge en disant « Ben voilà qui veut se pencher avec la fondation sur ce sujet-là? ». J’ai douze associations qui ont répondu présent, et je dis « Bon moi les amis, j’ai un an et demi ici, on ne traîne pas. On fait d’abord un état des lieux, je vous propose de faire un colloque ‘état des lieux’ pour identifier les problèmes. Ensuite, on essaie de capturer des gens pour faire des groupes de travail et tout sera résolu ». On a fait le colloque, non pas en trois mois mais en six mois, on a rassemblé 360 personnes, 60 se sont inscrits dans des groupes de travail. Sauf que les groupes de travail ont duré sept, huit, neuf, dix ans et on a créé, j’ai créé l’association, la plateforme Annonce Handicap, qui est unique au monde et qui forme les médecins à l’annonce et à l’accompagnement des familles, qui édite des livrets pour les professionnels, qui édite des livrets pour les professionnels pour justement savoir comment annoncer, comment accompagner. Des livrets pour les parents et les proches, comment justement dépatouiller son champ émotionnel, comment comprendre ce qu’on ce qu’on vit et donc comment s’en sortir en ayant des témoignages d’autres parents et autres. Puis on a fait un livret pour la fratrie, on a fait un livret pour la personne porteuse de handicap elle-même, et un livret en FALC, facile à lire pour (Géraldine Blanchet: Oui) les personnes déficientes intellectuelles.

Géraldine Blanchet: [00:14:13] Et j’ai vu aussi que ton combat, c’était aussi de restaurer le rôle des parents et leur expertise aussi.

Luc Boland: [00:14:19] La reconnaissance, oui. Parce que ça c’est terrible, on l’a vécu et c’est ce que je raconte, entre autres, dans mon livre c’est: on a étiquette « parents d’enfants handicapés » et tout de suite c’est incompétent parce qu’on n’a pas fait des études d’éducateur spécialisé, de logopède, de ce qu’on veut. Et donc on n’a jamais, enfin on a trop rarement une bonne écoute et un respect de nos compétences, et ça c’est incroyable. Et donc suite à ça, j’ai commencé à faire moins de films. Et puis en même temps, j’ai été invité partout dans le monde avec mon documentaire. Et, parmi tous les festivals, j’en ai découvert certains qui étaient uniquement sur le thème du handicap, j’y ai vu des films éblouissants qui n’arriveraient jamais dans le dans le circuit, vu l’encombrement des tuyaux en radio, en télé ou au cinéma.

Géraldine Blanchet: [00:14:58] Ça, on y viendra après, sur ton festival (Luc Boland: Voilà). On y reviendra après mais déjà, vraiment bravo, et vraiment merci pour ce travail que tu as fait. Moi je suis aussi maman d’enfants qui ont des besoins spécifiques, et je me suis tellement reconnue dans tout ce que tu as dit et dans tout ton combat sur l’annonce, sur le diagnostic et sur le rôle de parent. Mais vraiment, un merci du plus profond du cœur.

Luc Boland: [00:15:18] Je voudrais juste préciser: tous ces livres dont j’ai parlé, on peut les télécharger gratuitement sur le site plateforme annonce handicap point be. Donc c’est tout à fait en accès libre.

Géraldine Blanchet: [00:15:26] Ok, je mettrais toutes ces références-là bien sûr dans la description du podcast. L’idée, c’est que ce soit un vrai outil pour toutes les professionnels, toutes les familles des personnes handicapées ou les personnes elles-mêmes, et qu’il y ait des ressources.

Géraldine Blanchet: [00:15:38] On va parler un petit peu de chien, puisque tu sais que dans le titre de mon podcast, ce n’est pas une faute d’orthographe sur le mot handicap, il y a la cape du chien d’assistance. Puisque je suis famille d’accueil pour l’association Handichiens, et donc c’est absolument volontaire. Et je voudrais savoir, dans le film « Lettre à Lou », il y a un beau chien blanc, qu’on voit plusieurs fois à l’écran, c’est le chien de famille?

Luc Boland: [00:16:04] C’était ma chienne. C’était pour moi la Rolls-Royce des chiens, le samoyède, qui est un chien de traîneau qui vient de Russie, du peuple des Samoyèdes, et qui est un chien absolument mais incroyable. D’abord, c’est un vrai loup de caractère, mais par contre, à la différence des Huskies ou de tous les Malamute et tout, le peuple des Samoyèdes a eu une idée absolument géniale, ils se sont dit « On laisse brûler des calories dehors la nuit, donc hop, les chiens au fond des couches ». Donc ces chiens ont été beaucoup plus en contact avec les humains. Et puis ensuite ils se sont dit quand ils ne tirent pas des traîneaux, ben qu’ils gardent les enfants. Et donc ce sont devenus des chiens gardiens d’enfants. Et donc à la fois, il y a le mariage du caractère sauvage et à la fois c’est un chien, mais enfin bon moi ça me faisait rire parce que je le lâchais en forêt, genre Bois de Boulogne ou ici, ici à Bruxelles. Et dès que ma chienne voyait un enfant, elle fonçait droit dessus, et bon, chien de traîneau, donc le gosse paniquait, et en fait le chien ne voulait simplement que lui faire une lèche, jouer avec lui.

Géraldine Blanchet: [00:17:04] Et du coup, quel était le rapport que Loup entretenait avec cette chienne?

Luc Boland: [00:17:08] Au début il était très indifférent, pour lui c’était un aboiement et puis c’était, oui, Méga arrivait, lui léchait le visage, on le voit dans le documentaire et autre. Où bien il a enfoncé sa main dans sa gueule, enfin il a enfoncé sa main dans la gueule de la chienne, et progressivement en fait il a commencé à adorer les aboiements. Parce que, c’est le seul défaut de ce chien, il y en a un peu aigu et un peu stressés, stridents. Mais du coup, elle adorait et de nouveau, je crois que dans le film, il y a une scène où on voit Lou qui court sur du gravier en train d’exciter la chienne pour la faire aboyer. Et cette chienne, c’était très amusant, elle a compris que Lou était aveugle, et donc parfois elle se couchait n’importe où dans la maison, mais dès que Lou s’approchait, elle détalait, elle allait se mettre ailleurs.

Géraldine Blanchet: [00:17:47] Elle était attentive à lui en fait (Luc Boland: Oui. Oui, oui, très), je ne suis pas surprise, c’est tellement énorme. Est-ce que, à un moment donné, avant ou maintenant, vous avez envisagé pour Lou d’être aidé? Alors, je ne sais pas dire si c’est par un chien guide ou par un chien d’assistance, puisque il a: à la fois la cécité, et à la fois il est, tu as parlé d’autisme. Et que il existe des chiens (Luc Boland: Légers aujourd’hui mais), voilà, des chiens d’assistance aussi pour les enfants qui sont autistes. Est-ce que ça a été envisagé à un moment donné?

Luc Boland: [00:18:17] Oui c’était envisagé. Maintenant l’énorme problème c’est les listes d’attente et les nombres d’années. Vu le temps qu’il faut, c’est deux ans, deux ans et demi pour former un chien. Donc on est sur une liste d’attente et on s’y est lancé tard, parce qu’il fallait encore que Lou soit à même de maîtriser le chien. Aujourd’hui, il en est tout à fait capable, aujourd’hui avec Lou, on discute de Gaza, de Netanyahou, de Poutine et de Trump, et de la vie et du monde. Il a fait des progrès hallucinants en quelques années. Et donc, aujourd’hui il serait capable de gérer un chien, oui, mais on est sous l’attente.

Géraldine Blanchet: [00:18:53] Vous êtes en attente. Et qu’est-ce que, quel est le soutien tu penses qu’il va lui apporter le plus du coup?

Luc Boland: [00:18:58] Les obstacles. Les obstacles et les chantiers c’est hallucinant. Quand on voit, enfin je sais pas comment c’est en France mais, ici à Bruxelles ou ailleurs, quand il y a un chantier sur un trottoir, on met des barrières et on met un panneau « Piétons traversez ». Comment fait un aveugle? Comment fait un aveugle? C’est hallucinant. Et je ne parle même pas des trottinettes et des choses qui traînent à droite à gauche, donc je pense qu’un chien va beaucoup le sécuriser, Oui

Géraldine Blanchet: [00:19:21] D’accord. Donc ce sera plutôt un chien guide (Luc Boland: Oui) peut être, c’est vrai qu’il y a des associations de chiens guides qui font un travail main dans la main avec les associations de chiens d’assistance, et qui viennent de temps en temps. On nous demande des fois chez Handi’Chiens « Quelles sont les commandes que vous faites spécifiques pour tel type de handicap ». Et de temps en temps, il y a effectivement des polyhandicaps comme, comme c’est le cas pour Lou. Et donc on trouve le moyen entre les deux associations de trouver quel va être le chien le plus performant qui va répondre à la demande du bénéficiaire et… Ben je vous souhaite, j’espère annoncer bientôt l’arrivée de ce chien dans la vie de Lou. Tu connais des films dans lesquels il y a des chiens d’assistance et des chiens guides?

Luc Boland: [00:20:02] Il y a, cette année-ci, pour l’édition 2025 du festival, on a un film dont je ne me souviens plus du titre, qui a été fait par une réalisatrice belge qui vit à New York. Et qui raconte l’histoire d’un juif new-yorkais très traditionaliste et tout, qui reçoit, qui est aveugle, qui devient aveugle et qui reçoit un berger allemand. Et toute la communauté est scandalisée parce que c’est un berger allemand, et c’est un film d’un humour mais noir absolu, tout ça parce que c’est un berger allemand. Donc c’est très drôle, oui

Géraldine Blanchet: [00:20:36] Énorme. Tu nous donneras le titre quand il te, s’il te revient tu nous le donne et sinon je le mettrai dans le, pareil, dans la description du podcast. C’est vrai que jusqu’à maintenant, c’est un petit peu aussi la raison d’être de ce podcast, moi j’ai cherché aussi un peu de mon côté quels étaient les films dans lesquels on voyait des chiens guides et des chiens d’assistance, et en fait on ne les voit pas, on les voit quasiment pas. Très peu, enfin c’est vraiment, ou c’est furtif. Pour la petite anecdote d’ailleurs, j’ai vu l’autre jour une projection du film Henri de Yolande Moreau, et en, sur une scène, alors je l’avais découvert sur un petit écran, donc je ne m’en étais pas aperçu mais sur une scène en fait, en fond de scène, on voit passer un chien d’assistance avec son maître qui est en fauteuil. Et du coup, j’ai eu la chance de rencontrer le premier assistant réalisateur. Donc je lui ai posé la question « C’est voulu ou c’est pas voulu? », et en fait c’était fortuit. Donc c’était un petit clin d’œil pour moi, pour me dire « Ouais, il y a quelque chose à faire », mais pour l’instant, effectivement, il y en a encore très, très, peu. On arrive un petit peu au festival que tu organises, donc tu peux nous redire. Alors ce festival c’est la huitième édition cette année?

Luc Boland: [00:21:41] Huitième édition, c’est bisannuel. Et donc, suite au festival auquel j’ai participé je me suis…

Géraldine Blanchet: [00:21:45] Est-ce que tu peux nous redonner le nom juste, parce que…

Luc Boland: [00:21:47] The Extraordinary Film Festival (Géraldine Blanchet: Voilà), le TEFF. Le TEFF en acronyme qui est devenu usuel maintenant quand on parle de teff.

Géraldine Blanchet: [00:21:55] Et qui aura lieu donc à Namur.

Luc Boland: [00:21:57] A Namur du 6 au 9 novembre, et dans six villes en Belgique du 17 au 22 (Géraldine Blanchet: 21) ou 23, enfin dans la semaine du 17 novembre. Et là, il faut savoir que dans ce festival il y a d’une part, ben c’est du grand public, c’est pas une gentillesse messe entre personnes handicapées, et ça c’est notre fierté parce que notre but c’est justement, c’est que les gens ouvrent les yeux sur la différence, sur le handicap. Parce qu’il est trop peu présent dans les médias, mais aussi on fait des séances pédagogiques scolaires. Aujourd’hui, on a plus de 54 000 élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui ont déjà vu des films de notre sélection, qui sont des films adaptés avec des dessins animés, comme Cuerdas que je citais en aparté avant l’enregistrement. Cuerdas vous pouvez le trouver sur internet, c’est un film bouleversant espagnol, de l’amitié d’une petite fille avec un enfant qui est qui est incapable de bouger, dans une chaise, et dont la santé décline progressivement et elle parvient à le distraire rien qu’avec une corde. Et c’est extrêmement touchant, extrêmement touchant.

Géraldine Blanchet: [00:23:00] Je l’ai, Cuerdas comme la corde.

Luc Boland: [00:23:03] Et donc voilà. Du coup, j’ai un festival en Grèce qui a disparu avec la crise grecque, qui m’a dit « Mais fais ça, pourquoi tu organiseras pas un festival? ». Et elle m’a donné les clés, elle m’a dit « Tu fais une édition zéro, Tu convoques les pouvoirs publics à cette édition. Une soirée, une projection ». Tu leur dis « Voilà ce que je veux faire. Vous m’accompagnez, vous me suivez, vous me financez ». Et donc on a fait ça en 2010, puis on est parti en 2011 avec le festival. On l’a fait tous les deux ans parce que je ne peux pas me cloner entre la plateforme alliance handicap, la fondation Lou, la carrière musicale de mon fils, et le festival, ça fait un petit peu beaucoup. Et donc on a lancé la première édition en 2011, on a commencé avec 2500 entrées. Et en 2023, on est à 8300, et ça devient ça devient bien, et on passe en 2026, on va essayer de passer en annuel. Parce que aussi bon, il y a une croissance, il y a une croissance de production, il y a un avant/après intouchable, très clairement, en termes de production mondiale. C’est triste à dire, mais les producteurs se sont dit « Tiens, le handicap peut être bankable », donc voilà. Et donc il y a beaucoup plus de films, et comme on est, on tient sur trois, quatre, cinq jours en fonction des éditions, on a une sélection qui est drastique. Et nous ce qu’on veut c’est allier le fond et la forme. Donc on ne prend jamais tous des reportages tels qu’on peut les voir dans des JT ou dans des émissions de reportages, ça doit être du vrai documentaire, de la vraie fiction. Et qui vient des quatre coins du monde, là moi maintenant, depuis 2010, j’ai vu à peu près 3000 films sur le thème du handicap. Et chaque année, on a à peu près entre 300 et 400 films qui sont inscrits. Et au bout du compte, par exemple cette année-ci on ne garde que dix longs-métrages et 28 court-métrages, donc c’est (Géraldine Blanchet: Wouaw), la sélection est dure.

Géraldine Blanchet: [00:24:43] Et c’est, j’ai vu la bande annonce des éditions précédentes, avec une musique que j’ai adorée, et tu m’as dit que c’est Lou qui a composé la musique.

Luc Boland: [00:24:53] Ben oui j’ai exploité mon fils évidemment. Comment je pouvais faire? Non mais c’est amusant, en 2011 il avait quatorze ans et je me suis dit « Bon ben je vais devoir faire un spot radio, télé, etc. Il faut une musique et il faut une identité musicale au truc ». Et puis je lui ai dit « Écoute Lou, est-ce que tu pourrais me composer une petite musique façon Amélie Poulain? ». Et en 20-25 secondes, il m’a fait les 20 secondes de la musique, voilà. Et puis comme aussi c’est une spécificité de notre festival, j’aime bien faire un thriller un peu plus long, où je reprends un extrait très court de chaque film. Et j’essaie de faire une continuité, une histoire, une évolution dramaturgique au niveau de la bande annonce du festival, ben je lui ai dit « Il faut de la musique aussi ». Donc j’ai commencé à lui demander « Écoute, tu ne pourrais pas me décliner, faire une déclinaison, un truc, etc ». Et au fur et à mesure que, aujourd’hui il a un tel talent que par exemple, pour l’édition 2023 du festival, je lui ai dit « Mais tu peux me faire une déclinaison en tango, en symphonique, etc. En trap, en drill ». Et il me fait ça mais instantanément. Et le plus fou, c’est que moi je fais d’abord mon montage image, que j’ajuste après, mais une fois sur 350 coupes de montage, je dois en corriger quinze. Quinze sur les 300 coupes, et alors qu’il ne voit pas l’image, et je lui dis il me faut exactement 20 secondes de ceci et ça correspond à mes coupes de montage, c’est hallucinant.

Géraldine Blanchet: [00:26:12] Alors sachez que j’ai déjà, je suis déjà en train de traiter avec Luc pour que Lou me fasse la bande son du teaser de l’épisode, de la saison deux pardon de Handicap et Cinéma parce que vraiment, cette musique, moi elle m’a mis les poils. Quand je l’ai écoutée, elle m’a fait quelque chose profondément, donc voilà, on est en négociation pour la saison deux. Est-ce que tu peux nous donner quelques moments forts de l’édition 2025 qui se prépare? Tu as déjà un petit peu des…

Luc Boland: [00:26:42] On va avoir une grande avant-première en Belgique, un film qui ne sera pas encore sorti en salle, mais la plupart des films ne sont pas sortis. Mais là c’est une grande avant-première parce que c’est une fiction française, je ne peux pas encore dire laquelle, qui a été à Cannes, pour donner une petite, une petite piste. Et qui est un film qui parle de parentalité, justement avec le handicap, et qui est très, très bien. On va on va avoir des films extrêmement diversifiés, on a à peu près quatre, quatre, cinq longs métrages de fiction et autant de documentaires. Et des documentaires incroyables, d’ailleurs bon, tu as vu l’affiche qu’on vient de publier? On a entre autres un film belge, un documentaire belge qui s’appelle « Marion ou La Métamorphose », qui est l’histoire d’une graphiste réalisatrice belge, qui est porteuse d’une maladie neurodégénérative musculaire, et qui fait du découpage, des animations en découpage papier, etc. Et elle re raconte toute son histoire par ce biais-là, avec une machine improbable à remonter le temps. Ce film est d’une créativité mais absolue. On va avoir aussi un autre documentaire belge qui est déjà sorti, mais qui n’a pas été assez vu, qui s’appelle « En attendant Zorro » de Sarah Moon Howe, qui raconte tout le problème de la grande dépendance et, face à l’autisme, et donc de parents qui attendent de l’aide, qui n’arrivent jamais. Et il y a un fameux Zoro, qui est un éducateur indépendant, qui va de temps à autre aider les parents de familles en familles en fonction des besoins. On va avoir des courts métrages complètement, mais complètement fous. Allez, je prends juste un exemple, un court métrage qui s’appelle « Pédibus ». On est en plein dans du, allez! Rha, je le dirais 1000 fois. Oui, de l’absurde mais donc à la Monty Python, à la Monty Python. Donc il y a un bus, et le bus il n’existe pas donc il y a 20 comédiens qui font semblant de faire le bus « du, du du du du du du ». Il y a une PMR en fauteuil qui veut monter dans le bus et ça se passe mal et tout. Et c’est d’un humour mais total, parce qu’il y a l’absence de décors et de ce genre de choses. Et ça raconte tout le problème de l’accessibilité des PMR dans les transports en commun. Voilà, ça donne encore le ton c’est chouette.

Géraldine Blanchet: [00:28:54] Comme quoi. Alors je le dis, je le redis mais d’une part le court métrage c’est un laboratoire pour le long métrage et c’est d’une richesse qui est incroyable, et c’est pas du tout assez connu du grand public qui est trop frileux des fois à y aller. Mais allez y parce qu’il y a vraiment c’est, c’est vraiment là que naissent des projets beaucoup plus grands après de long métrage et c’est un format qui permet aux réalisateurices de s’essayer à quelque chose, il y a une créativité de dingue qu’on ne trouve pas ailleurs. Et puis la thématique du handicap aussi, c’est extrêmement riche, c’est des univers qui sont tellement individuels, tellement uniques que, en fait ça ne peut que nous embarquer parce que ça vient apporter des récits qui sont complètement nouveaux. Donc si ce festival, il n’est pas d’utilité publique aussi, sur les thématiques qui sont abordées, il faut qu’on m’explique.

Luc Boland: [00:29:40] Mon mantra il est très simple, parce qu’on organise aussi des tables rondes avec la profession lors du festival. Et moi j’essaie de, enfin mon mantra je le répète, et je le répète 1000 fois, je dis « C’est quoi un bon scénario? C’est l’histoire d’un protagoniste qui a un obstacle. C’est le principe même d’une histoire ». Or, qu’est-ce qu’il y a de plus riche comme potentialité avec toutes les formes de handicap, les degrés et autres que le handicap comme obstacle dans une histoire. Donc voilà, je dirais « Il y a matière à », très clairement.

Géraldine Blanchet: [00:30:14] Waouh! Évidemment, puisqu’on parle d’obstacles, je pense que vous avez réfléchi en long et en large l’accessibilité de ce festival.

Luc Boland: [00:30:24] Oui, et ça c’est aussi une grosse folie, dès la première édition on s’est dit même si on ne s’adresse pas particulièrement aux personnes en situation de handicap, on s’est dit « Ben sur le thème, si un aveugle, une personne à mobilité réduite, un sourd ou que sais-je veut venir au festival, il doit y avoir accès ». Donc on est le seul festival, en tout cas en Belgique, et pas passablement peut-être dans le monde. On est 100 % accessible, ce qui veut dire qu’on prend à notre charge tous les sous-titres, les traductions, les sous titrage en SME, l’audio, l’audiodescription, l’adaptation raisonnables, les pictos pour les personnes, etc, etc. Et ça, c’est un budget de 65 000 € à chaque édition. Qu’on est les seuls à couvrir et qui représentent plus du tiers de notre budget, mais c’est nécessaire. Et c’est incroyable parce qu’aujourd’hui, par exemple on a un vivier de plus de 350 films qu’on a diffusé au TEFF et… Et tous ces films sont audiodécrits mais après ne tourne pas, et ça, c’est la chose qui me rend malade.

Géraldine Blanchet: [00:31:20] Ouais. Ouais, c’est aussi l’objectif de ce podcast, en fait c’est, on parle de films qui, enfin je parlais tout à l’heure de courts métrages, je parle de films sur le handicap, etc. Et la diffusion de ces films-là, ben elle est souvent très limitée. Donc l’idée c’est de les mettre en avant, aller les voir ces films, aller les soutenir parce qu’ils ont besoin de vous, public, et qui sont… Enfin Surtout c’est une mine en fait, il y a une mine culturelle, une mine de films et de propositions passionnantes, et on est en train de passer à côté.

Luc Boland: [00:31:49] Mais de nouveau, je prends juste un exemple, parce que ce film on l’a énormément utilisé en pédagogique pour les pour les écoles, c’est un petit film de communication d’une association française qui s’appelle Noémie. Et le principe est très simple, c’est le principe du testimonial: on a un papa, ou une maman, et un enfant qu’on place face à un écran comme ici, séparés par une cloison. Et on a des personnes qui font des grimaces et le papa ou la maman doivent imiter les grimaces en faisant des pieds de nez et tout le bazar, jusqu’au moment où c’est une jeune infirme motrice cérébrale qui est comme grimace, mais son doigt maladroitement dans son nez. Et à ce moment-là, tous les enfants continuent à imiter, et les adultes s’arrêtent, et sont inquiets et vont même voir si leur enfant le fait ou le fait pas.

Géraldine Blanchet: [00:32:29] D’autant que cette personne qui met le doigt dans le nez, on sent bien qu’elle fait une grimace (Luc Boland: Ah ui, oui, tout à fait), on sent bien qu’elle est dans le jeu quoi (Luc Boland: Oui, oui. Oui, oui)? Elle n’est pas du tout, c’est pas du tout…

Luc Boland: [00:32:37] Ça montre la peur et la limitation par rapport au handicap. Lou n’a connu l’inclusion qu’en crèche. Et là, quand il perdait sa tétine, des petits bouts d’un an et demi l’avaient compris et venaient lui fourrer la tétine dans la bouche. Et, pour eux ça ne posait pas de problème cette différence de Lou. Et puis après ça, c’est la ségrégation, c’est l’enseignement spécialisé ici en Belgique, etc. Et les enfants ne sont plus en contact avec cette différence-là et donc perdent leurs repères, et donc ça fait peur. Et le handicap, de toute façon, il faut l’accepter, ça fait peur. Ça renvoie à trois choses qui pour moi sont fondamentales. Un: ça renvoie à notre fragilité, de la même manière qu’on est mortel, un jour on réalise qu’on est mortel, on évacue ça de sa tête, sinon on ne peut plus vivre. Et bien le handicap, ça nous pend au nez, on ne veut pas trop le voir, c’est loin de nous, c’est tous les grands centres construits après-guerre, loin des villes pour parquer les personnes handicapées, c’est le premier item. Le deuxième: ça renvoie à la différence, on est encore en train aujourd’hui de fonctionner avec notre cerveau reptilien, ce qui n’est pas comme nous est potentiellement contre nous, si dans la rue vous avez quelqu’un qui commence à rouler comme ça, etc, on va tous se retourner. Notre cerveau reptilien va nous dire « Attention, peut-être danger » (Géraldine Blanchet: Danger, oui)! Et donc c’est les clés du racisme, c’est les clés de tout ce genre de choses. Donc de nouveau, le handicap est emblématique. Et la troisième chose: le handicap est le reflet de nos valeurs. C’est incroyable comme justement, ici tu m’as invité, tu cherches mon verre à moitié plein. Et si on rencontre quelqu’un, on va chercher le verre à moitié plein de l’autre, on va voir en quoi l’autre est intéressant. Avec une personne handicapée, on regarde, la première chose qu’on regarde c’est le verre à moitié vide. Et ça commence dès le diagnostic parce que le médecin vous dit « Votre enfant n’a pas ça n’a pas, ça n’a pas, ça n’a pas, ça n’a pas ça ». Et souvent, oublie d’évoquer que (Géraldine Blanchet: Tout est possible) la faculté d’être, d’aimer, est déjà un vers qui n’est pas vide. Et donc c’est tout ça qui fait que le handicap est là où il est dans la société. Pour moi c’est totalement emblématique, et je sais pourquoi je me bats là-dessus, parce que je pense que voilà, comme on le disait encore en aparté tout à l’heure, le handicap, l’OMS définit le handicap selon trois critères: physique, mental, ils prennent la dimension sociale, et c’est vrai qu’on n’est pas tous égaux. Et moi je rajoute un quatrième item: le handicap affectif, on a tous nos bobos dans notre vie d’avoir été rejetés, d’avoir ceci ou cela, cela. Et on a tous les maux de l’être humain en dehors de la vie, en dehors des accidents de la vie. Et c’est dire si justement le rôle des pouvoirs publics devrait être de s’occuper de réduire les handicaps de leurs concitoyens sur ces quatre items là. S’il y avait ça, il n’y aurait plus de votes pour le RN ou pour pour d’autres choses, voilà.

Géraldine Blanchet: [00:35:08] Juste avant de passer à la à la dernière partie de ce podcast, une petite question d’un téléspectateur: Tu comptes des chiens d’assistance et des chiens guides, tu en vois?

Luc Boland: [00:35:18] Bien sûr, on en voit beaucoup. Ils sont, oui, oui, dans les personnes porteuses de handicap qui viennent, ils viennent avec leurs chiens guides, qui sont admis dans la salle et tout. Il y a, ce serait un comble que ce ne soit pas, tout à fait.

Géraldine Blanchet: [00:35:28] Et tout se passe bien et tout est ok.

Luc Boland: [00:35:29] Mais tout se passe bien. Mais c’est ça qui est génial avec ce festival. Et je vais encore prendre juste un petit exemple si tu permets, en 2021, je ne sais plus oui, en sélection je découvre un documentaire français qui s’appelle « La Disgrâce ». Et qui raconte l’histoire de cinq gueules cassées, il n’y a pas d’autres mots. L’histoire d’une Belge, Patricia, qui était vitriolée par son amant. Donc elle a un visage un peu à la Niki Lauda si vous avez déjà vu le visage du coureur de Formule un, Niki Lauda. Une jeune Française qui a eu la mâchoire arrachée au Bataclan, et son mari qui est décédé à côté d’elle. Un autre qui a eu un cancer de la mâchoire qui n’a plus de mâchoire. Une Suissesse qui a été ébouillantée durant son enfance et qui a une tête en forme de chou-fleur, etc. Et l’idée géniale de ce réalisateur, c’était de les interviewer au studio Hartmann à Paris, le studio des stars. Et donc je découvre le début de ce documentaire avec Patricia, je peux appeler Patricia parce que depuis lors, elle est devenue bénévole au festival (Géraldine Blanchet: Ok), c’est ça qui est génial. Mais je découvre Patricia, j’ai un effroi, et c’est légitime. C’est légitime d’avoir cet effroi (Géraldine Blanchet: C’est ok) si après on ne le dépasse pas, le problème est là. Et au bout de deux minutes, quand on l’entend parler on rentre dans son humanité et on oublie. Et donc on a fort hésité à prendre ce film qui était très dur, puis on s’est dit « Allez, c’est notre mission, on le prend ». Ce film, il y a deux projections de tous les films au festival, salle comble. On a fait venir les cinq protagonistes et le réalisateur pendant les cinq jours du festival, ils ont passé les cinq plus beaux jours de leur vie. Parce qu’à la sortie de la séance, les gens l’abordaient et discutaient avec eux sans plus aucun apriori, ils avaient vu leur tronche sur le chemin du retour, ils avaient vu leur tronche sur la toile. Et du coup, il n’y avait plus, il n’y avait plus de murs, il n’y a plus de freins. Et c’est toute la qualité de notre festival, de nouveau, moi je reconnais, bon on a un public d’habitués et on est en croissance de 15 % parce que les gens qui viennent font venir d’autres gens parce qu’ils se disent c’est trop génial, et c’est ça qui est génial. Et, donc je reconnais les habitués, et les nouveaux, d’édition en édition, et les nouveaux, quand ils arrivent, ils sont coincés, ils sont dans leur masque. On est tous dans notre masque au quotidien, et donc je les vois coincés. Et puis ils rentrent dans la salle, ils assistent à un film, que ce soit un documentaire ou une fiction. Mais le propre de tous ces films, c’est que les personnes porteuses de handicap ne portent pas de masque. Soit elles n’ont pas le temps parce qu’elles se battent contre leur handicap et qu’il n’y a pas le temps de fioriture, soit elles ont une déficience intellectuelle qui font qu’elles ne portent pas de masque. Et donc on est face à du vrai, à de l’humain, à du 400 %. Et quand je vois ces gens sortir de la salle, ils laissent tomber le masque, et c’est… Le foyer du festival, c’est des rencontres parce qu’on fait venir des auteurs des quatre coins du monde, donc ça parle en langue des signes, ça parle, ça parle en anglais, en russe, en japonais, en chinois, avec des gestes, avec des petits mots et des trucs. C’est un truc absolument incroyable et une ambiance de Dieu le feu, et on n’y parle pas de la météo, on n’y parle pas nécessairement de politique, on parle de vrai et les gens se rencontrent, c’est ça qui est notre force, voilà.

Géraldine Blanchet: [00:38:28] Merci. Je vais quand même arriver à la dernière partie de ce podcast. Je demande à chaque fois à mon invité de nous partager son film coup de cœur. Toi, tu as pas réfléchi une seconde je crois, et tu m’as tout de suite parlé du film « The Blind Man Who didn’t want to see Titanic ». En français, « L’aveugle qui ne voulait pas voir Titanic », un film finlandais réalisé par Teemu Nikki, je prononce peut être mal, en 2021. Tu peux peut être le prononcer mieux que moi?

Luc Boland: [00:38:59] Le, son nom, non. Ne me manque pas ça. Mais, oui.

Géraldine Blanchet: [00:39:03] Juste pour remettre un petit peu les auditeurices qui ne connaissent pas le film dans le contexte. Donc c’est l’histoire de Jaako qui est devenu aveugle et qui se déplace en fauteuil roulant à cause d’une sclérose en plaques. Il est cinéphile et il ne peut plus voir les films de sa collection qui tapissent tous les murs de son domicile. Il surnomme son infirmière Ratched, références à vol au-dessus d’un nid de coucou. Et chaque jour, en fait, la seule chose qui lui remonte un petit peu le moral, ce sont les appels de Sirpa, qui est une femme qui est également malade. Et Jaco n’a jamais rencontré cette jeune femme, elle l’appelle quotidiennement, enfin ils s’appellent régulièrement au téléphone. Et le jour où elle a besoin d’aide, il n’hésite pas une seconde et décide d’aller le retrouver.

Géraldine Blanchet: [00:40:46] Qu’est-ce qui t’a touché dans ce film?

Luc Boland: [00:40:49] D’abord, je voudrais juste préciser, c’est quand même, c’est pas rien ce film, et c’est dommage qu’il n’ait pas connu de distribution, que ce soit en Belgique ou en France. Est-ce à cause du titre? Est-ce que pour quelque raison que ce soit? Mais ce film a eu un prix du public à la Mostra de Venise, et il a eu le grand prix unanime du jury à l’édition 2023 du TEFF. Et moi, ce qui m’a, ce que je trouve éblouissant dans ce film, d’abord c’est un film de genre, c’est un thriller. Parce que son périple pour aller la rejoindre tourne extrêmement mal, on peut le dire, mais bon, je ne raconte pas la fin. Et surtout, ce qui est absolument incroyable, c’est qu’il y a un choix cinématographique très, très, puissant. En fait, et de nouveau, quand j’ai commencé à visionner ce film, je me suis dit « C’est insupportable, les gens ne vont pas rester dans la salle ». Pourquoi? Parce que le réalisateur a décidé de se mettre à sa place. Et donc tout est filmé avec une profondeur de champ mais ridicule, mais totalement ridicule, qui fait qu’on est dans sa situation, on ne voit jamais l’entièreté de son appartement, de la chambre où il habite, on ne le voit jamais le taxi dans lequel il est, on ne voit jamais le train dans lequel il est. On devine toutes les choses, on devine ses interlocuteurs, on devine tout et on est totalement du coup plongés avec lui. Et donc quand il se fait, parce que je ça c’est pas, je ne spolie pas le film, quand il se fait agresser, on est comme lui, je me dis « Qu’est-ce que c’est en tant qu’être aveugle d’être agressé? Où se trouve mon agresseur dans l’espace etc etc ».

Géraldine Blanchet: [00:42:13] Aveugle et en fauteuil effectivement, donc il est vraiment vulnérable (Luc Boland: Tout à fait). Est-ce qu’on peut voir la fiche du film aussi qui montre un petit peu, voilà, qui montre un petit peu cette, ce choix artistique qui est très fort de flou effectivement.

Luc Boland: [00:42:25] Ce film est d’une puissance absolue, et en plus remarquablement bien écrit. Et avec, comme tu le disais, de l’humour vache parfois, il a une manière de traiter ses soignants avec humour en les traitant de monstre, mais affectueusement et, et tout est comme ça dans ce film avec…

Géraldine Blanchet: [00:42:42] Un film qui est plein d’humour parce que (Luc Boland: Oui, oui) la relation entre ces deux-là, qui ne se sont pas vus, qui s’aiment, il y a presque quelque chose de l’ordre de l’adolescence, de la séduction. On est vraiment pas sur sur un film plombant, même s’il y a des, effectivement des passages qui sont durs. Mais il y a beaucoup d’humour dans ce film aussi.

Luc Boland: [00:43:00] Oui, pour moi c’est un chef d’œuvre cinématographique. C’est pour ça que je n’ai pas hésité une seule seconde.

Géraldine Blanchet: [00:43:04] Et, en plus de ça ce qui est intéressant, c’est que le comédien qui joue le personnage de Jaako, je ne sais pas si je m’embarque dans la lecture de son nom  » Petri Poikolainen », ou quelque chose comme ça. Il souffre lui aussi de sclérose en plaque.

Luc Boland: [00:43:21] Et il est très malvoyant (Géraldine Blanchet: Et il est très mal voyant). Donc oui, c’est un rôle tout à fait.

Géraldine Blanchet: [00:43:25] Mais il ne joue pas son propre rôle (Luc Boland: Non), voilà. C’est un film de fiction qui est complètement, et ce qui est rare aussi, parce que c’est vrai que le handicap, tu en as parlé un petit peu tout à l’heure mais, ça arrive souvent par le documentaire. Et dans la fiction, là (Luc Boland: Plus rare), les chiffres se réduisent et pourtant, moi j’ai pu voir le film aussi et je te remercie infiniment pour cette recommandation parce que j’ai aussi été complètement embarquée. Je vais essayer de pas spoiler non plus, mais j’ai pris le train il y a quelques jours là pour venir et dans le train j’étais mal à l’aise en fait. Parce que voilà, lui il part aussi en train et en fait je revivais l’émotion du film au travers du voyage que je faisais tellement ça m’avait marqué, tellement c’est puissant comme film. Et surprenant aussi, on ne s’attend pas du tout (Luc Boland: Non) à cet univers-là, à cette romance. C’est incroyable.

Luc Boland: [00:44:17] Oui et c’est une histoire d’amour aussi, clairement hein!

Géraldine Blanchet: [00:44:19] Oui. Et un personnage qui est plein de ressources aussi quoi, qui est plein de… Alors il est sur un fauteuil, il est, il est aveugle, mais il trouve, enfin dans….

Luc Boland: [00:44:29] Et d’intelligence face à ses agresseurs aussi hein?

Géraldine Blanchet: [00:44:31] Complètement. J’allais y venir, mais raconte un petit peu ce, sans spoiler mais…

Luc Boland: [00:44:36] De toute façon le problème c’est que le film est quasi inaccessible et introuvable aujourd’hui. Ben oui, donc ses agresseurs veulent sa carte de banque pour le débiter et il se fait que comme il a de la sclérose en plaques, ben il fume de l’herbe pour adoucir les douleurs. Il y a beaucoup de gens qui font ça avec la sclérose en plaques.

Géraldine Blanchet: [00:44:54] Avec une ordonnance légale.

Luc Boland: [00:44:55] Avec une ordonnance légale. Et donc il les amadoue avec ça en leur en proposant un pétard. Ce qui fait que, enfin, il y en a qui du coup s’adoucit par rapport aux autres qui veulent lui faire la peau, enfin bon, il y a des tas de choses comme ça qui sont, qui sont dingues, qui sont dingues dans ce film.

Géraldine Blanchet: [00:45:11] Alors toi, tu l’avais découvert comment ce film du coup?

Luc Boland: [00:45:14] Ben on une plateforme, enfin pour les festivals il y a deux, trois plateformes qui existent dans le monde, où on signale notre existence et où tous les distributeurs et les producteurs viennent inscrire leurs films en fonction des choses. Et puis on fait aussi du repérage, on va voir les programmations des autres événements. C’est par un de ces biais-là qu’on est tombé dessus.

Géraldine Blanchet: [00:45:32] Et là c’est un film donc qui a été, la société de production s’appelle « It’s Live Film », c’est une société en Finlande, et qui fait aussi la distribution du film. Alors j’ai quand même essayé de les contacter, je leur ai écrit un message en finnois, mais je ne sais pas si je suis très douée. Donc pour savoir si, parce qu’il est récent, il date de 2021, donc il est sans doute encore disponible. Je sais qu’il est distribué par une boîte italienne aussi qui s’appelle « Intra Movie », donc voilà, je pense qu’il y a possibilité que les exploitants de salles qui nous écoutent, puisque je sais que j’ai des exploitants de salles dans mes auditeurs, puissent contacter les distributeurs pour qu’on puisse le voir. Parce que je crois que vraiment c’est un film qui mérite d’être mieux vu à l’écran et en salles.

Luc Boland: [00:46:15] Et l’avantage aussi de notre festival, c’est qu’on a un gros partenariat avec la RTBF, service public de radio télé belge, et qui fait qu’on a deux prix. Un achat de courts-métrages et un achat de longs-métrages. Donc ils sont préachat, ça veut dire qu’on a deux films qui sont ensuite diffusés sur les chaînes publiques de la RTBF à chaque fois, à chaque édition et ça c’est, c’est chouette aussi justement.

Géraldine Blanchet: [00:46:38] Je vais conclure cet épisode par la petite phrase qui ouvre la bande annonce du festival que j’ai, qui m’a beaucoup touchée, qui dit ceci: « Le cinéma, la culture et l’inclusion partagent un pouvoir commun, celui de refléter nos diversités et de nous unir dans une histoire universelle ».

Géraldine Blanchet: [00:47:07] Luc, je te remercie infiniment de t’être déplacé à PodBxl aujourd’hui pour cet enregistrement en live. Merci au public qui a participé, c’était ma première expérience de live donc merci pour votre, votre gentillesse et votre écoute. Et on te retrouve tout bientôt donc du six au trois.

Luc Boland: [00:47:30] Au 9 novembre.

Géraldine Blanchet: [00:47:31] Au 9 novembre, pardon.

Luc Boland: [00:47:32] À Namur et puis après dans des villes

Géraldine Blanchet: [00:47:32] Du 6 au 9 novembre, à Namur.

Luc Boland: [00:47:35] Et si ça intéresse des gens, on a déjà fait comme ça des délocalisés, en France entre autres. On a fait par exemple cinq jours en Occitanie où pendant une journée, la journée on faisait des séances scolaires. Et le soir on faisait une séance publique avec une sélection de courts-métrages, et on a comme ça fait Cahors, Toulouse, Montauban, pas Montauban, enfin on a fait cinq villes comme ça pendant cinq jours et c’était absolument génial. Et j’ai déjà fait des projections à Lyon, on en fait ici aussi des délocalisés dans différents endroits.

Géraldine Blanchet: [00:48:07] Et bien merci et pourvu que ce podcast permette d’ouvrir d’autres opportunités à votre festival.

Luc Boland: [00:48:12] Merci beaucoup!

Géraldine Blanchet: [00:48:13] Handicap et Cinéma est une production planète projet, avec le soutien de « Podcastics » et « The Podcast Factory Org », pour qui on peut faire un grand, un grand bruit. L’identité visuelle a été créée par Séverine Bert en collaboration avec les étudiants de L’esdac. Et la musique composée par Charles Michel. Cet épisode a été enregistré à Bruxelles au festival PodBxl, vous retrouverez toutes les ressources citées ainsi que la transcription complète de cet épisode dans la description. Je vous mettrai bien entendu les liens vers le festival et sa prochaine édition en novembre à Namur. Et si ce podcast vous a plu, abonnez-vous, laissez-lui cinq étoiles et surtout, surtout, partagez-le autour de vous, ne serait-ce qu’avec une personne pour qu’on ait plus de représentation du handicap sur les écrans. Alors, prêt à faire bouger les lignes pour plus d’inclusion dans le cinéma? Cap ou pas cap?

Public : [00:49:14] Cap!

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