Créer un festival durable et humain

LaSemo : créer un festival durable et humain – Samuel Chappel – Podcast #538 hrmeetup.©
Continuez la discussion sur le festival durable avec Samuel Chappel ou Michel, notre répondeur est disponible :
Dans les médias classiques, même un festival durable comme LaSemo dispose souvent de peu de temps pour s’exprimer, quelques minutes, parfois moins. Difficile, dans ces conditions, de transmettre la complexité d’un projet, son histoire, ses valeurs.
Dans cet épisode du podcast hrmeetup.©, produit par The Podcast Factory Org et enregistré chez transforma bxl à Bruxelles, nous avons fait un autre choix :
prendre le temps…
- Prendre le temps de revenir sur LaSemo.
- Prendre le temps de comprendre ce qui s’est construit autour.
- Prendre le temps d’écouter un parcours.
À notre micro, Samuel Chappel partage son chemin d’entrepreneur culturel, il évoque les débuts, les erreurs, les moments de doute, mais aussi les apprentissages et la trajectoire qui a permis à LaSemo de devenir un projet aujourd’hui largement reconnu.
La conversation reste simple, directe, sans détour. On y parle de culture, d’engagement, de collectif, de ce qui fait tenir un projet dans la durée.
Une idée revient avec force : la culture, ce sont des émotions, des moments qui marquent, des expériences qui restent.
LaSemo, ce sont aussi des bénévoles, des équipes engagées, des artistes et un écosystème qui participent à créer quelque chose de singulier. Un espace où différentes générations se retrouvent, où le lien se crée, où l’expérience dépasse le simple événement.
Cet épisode dépasse volontairement le format habituel parce que certains projets méritent plus que quelques minutes, et parce que le podcast permet précisément cela : aller plus loin.
Podcast produit par The Podcast Factory Org asbl-vzw
Épisode enregistré à transforma bxl à Bruxelles, lieu d’innovation et d’expérimentation. Épisode disponible avec transcription complète et traductions (sous titres sur Youtube @thepodcastfactoryorg)
#PodiBuz
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Crédit Photos pour la vidéo : Thomas Bosmans, Clémentine Lefaure, Julie Déclic, Philippe Colignon, Estelle Hercot.
Français : La transcription intégrale de ce podcast est proposée en sous-titrage de la vidéo en cinq langues : français, néerlandais, allemand, anglais et espagnol.
Néerlandais : De volledige transcriptie van deze podcast is beschikbaar als ondertiteling van de video in vijf talen: Frans, Nederlands, Duits, Engels en Spaans.
Allemand : Die vollständige Transkription dieses Podcasts ist als Untertitel des Videos in fünf Sprachen verfügbar: Französisch, Niederländisch, Deutsch, Englisch und Spanisch.
Anglais : The full transcript of this podcast is available as video subtitles in five languages: French, Dutch, German, English, and Spanish.
Espagnol : La transcripción completa de este pódcast está disponible como subtítulos del vídeo en cinco idiomas: français, neerlandais, allemand, anglais y español
Séquençage du podcast LaSemo, festival durable – Créer un festival durable et humain :
- [00:00:01] Introduction et contexte
- [00:00:15] Rêve d’adolescent et parcours de passion
- [00:01:43] Premiers pas dans l’entrepreneuriat
- [00:02:20] Impact et envie de faire bouger les choses
- [00:03:32] Entreprendre par passion
- [00:05:13] Qu’est-ce que LaSemo ?
- [00:06:06] Une démarche durable
- [00:07:14] Un festival familial, intergénérationnel
- [00:09:05] Un projet singulier dans le paysage des festivals
- [00:09:40] Inspirer d’autres projets
- [00:10:12] Les émotions comme moteur
- [00:11:13] Des souvenirs qui marquent une vie
- [00:11:27] Les débuts de LaSemo et ses 20 éditions
- [00:11:43] Les moments difficiles et le rebond
- [00:12:44] Changer de lieu pour relancer le projet
- [00:13:18] L’installation au parc d’Enghien
- [00:14:13] Grandir ou réduire la voilure
- [00:14:50] Le Covid et les choix de société autour de la culture
- [00:16:01] L’impact symbolique du mot « non-essentiel »
- [00:16:52] S’adapter pour continuer à exister
- [00:17:34] La résilience de l’équipe face à la crise
- [00:17:43] Communauté, artistes, bénévoles et écosystème
- [00:18:18] Le succès immédiat de « Ceci n’est pas LaSemo »
- [00:19:44] La relation aux artistes
- [00:20:21] Trois jours de festival et confiance du public
- [00:21:04] Un positionnement qui marque les artistes
- [00:21:26] Les choix artistiques et les émotions à partager
- [00:21:54] Créer une atmosphère et un art d’être ensemble
- [00:22:50] Moments forts liés aux artistes
- [00:24:58] D’autres moments clés
- [00:25:41] La casquette de multi-entrepreneur
- [00:26:08] La créativité et continuer à surprendre
- [00:26:31] Des idées absurdes qui deviennent des moments forts
- [00:28:11] Les défis récurrents
- [00:28:49] Le défi de raconter l’âme de LaSemo
- [00:29:42] Un projet plus vaste qu’il n’y paraît
- [00:30:05] Une équipe permanente
- [00:30:19] Le rôle clé des bénévoles toute l’année
- [00:31:16] LaSemo, la graine en espéranto
- [00:31:32] Garder l’âme de LaSemo dans le futur
- [00:32:26] D’autres projets au-delà du festival, EventChange
- [00:33:50] Namur en mai et la force des arts de rue
- [00:34:45] La 30e édition de Namur en mai
- [00:35:02] Cap sur Bruxelles et le Magique Cabaret
- [00:36:10] Un spectacle qui touche toutes les générations
- [00:36:51] Repenser l’existant pour toucher autrement
- [00:37:54] Le message de Samuel aux auditeurs et auditrices
- [00:38:42] LaSemo comme source d’inspiration pour les entreprises
- [00:39:39] Qu’est-ce qu’un bon RH ?
- [00:41:51] Le moment « wow » dans un parcours
- [00:43:09] Où retrouver les différents projets
- [00:43:33] Message final aux patrons, RH et entreprises
- [00:44:09] Formules pour les entreprises
- [00:44:32] Les émotions comme moteur du lien collectif
- [00:44:53] Remerciements et clôture
La transcription du podcast LaSemo, festival durable – Créer un festival durable et humain :
Télécharger la transcription du podcast.
[00:00:00] Jingle Intro: Your are listening to « The Podcast Factory Org ».
Introduction et contexte
[00:00:01] Michel Godart: Bienvenue pour un nouvel épisode de votre podcast hrmeetup.©, le podcast sur les passions au travail, les ressources humaines et aussi le thème de l’entrepreneuriat bien entendu. Aujourd’hui, nous sommes chez transforma bxl à Bruxelles, et j’ai la chance d’avoir avec moi Samuel, bonjour Samuel
Rêve d’adolescent et parcours de passion
[00:00:15] Samuel Chappel: Bonjour.
[00:00:15] Michel Godart: Alors Samuel, Les auditeurs et auditrices ont peut-être reconnu ta voix, qui sait? On te connaît dans les médias classiques, télévision, journaux parce que ton activité t’y amène. Mais je déplore que parfois ce soit un peu trop court et qu’il manque de l’info. Et je me suis dit ce serait sympa de t’inviter aujourd’hui dans ce podcast. On a une question rituelle, c’est de ton rêve d’adolescent à ce jour, que s’est-il passé Samuel? Et puis surtout, est-ce que tu es aligné avec ce rêve aujourd’hui?
[00:00:37] Samuel Chappel: Très bonne question. Bonjour, merci de m’accueillir ici. Je m’appelle donc Samuel Chappel et j’ai la chance de porter différents projets culturels, événementiels dont je vais vous parler dans un instant. De mon rêve d’adolescent, c’est vrai que j’ai toujours été quelqu’un de passionné, j’ai toujours eu envie de changer les choses mais aussi de participer à quelques changements dans la société, et de le faire de manière positive quoi, pas de donner des leçons, pas moralisatrice. Je pense que ces changements passent par (Michel Godart: L’inspiration) une appropriation, par l’inspiration, par des bons moments, par des émotions positives. J’ai eu la chance d’en faire d’une certaine manière mon métier.
[00:01:09] Michel Godart: Mais tu as étudié quoi?
[00:01:10] Samuel Chappel: J’ai étudié la communication à l’IHECS, plus précisément l’animation socio-culturelle, éducation permanente. J’ai aussi été très investi, notamment dans les mouvements de jeunesse où j’ai aussi appris pas mal de choses, notamment comment…(Michel Godart: Comme? Les scouts?). Oui, j’ai été très investie chez les scouts et c’est pour moi la première fois où j’ai appris que tout était possible en fait, qu’on pouvait créer des projets et en s’impliquant dedans, en partant de rien, les monter, les construire avec des amis, avec d’autres personnes, les réaliser, les mettre en place et que ça pouvait avoir un impact sur soi-même et sur les autres. Et c’est vrai que ça a été une super école pour ça, et puis évidemment mes études aussi m’ont permis d’apprendre plein de choses au niveau communication.
Premiers pas dans l’entrepreneuriat
[00:01:43] Michel Godart: Et tu as été directement entrepreneur, ou tu es passée par le monde des entreprises en tant qu’employé? Tu as vécu ce passage ou pas?
[00:01:50] Samuel Chappel: Alors j’ai lancé le premier projet professionnel qui est le festival « LaSemo ». J’ai lancé « LaSemo » avec quelques amis, qui étaient une émanation à la base d’un projet scout, pendant mes études. Les deux premières éditions, j’étais aux études, j’ai fait mon stage dans mon propre projet, j’ai eu la chance que mon école me fasse confiance pour ça. J’ai pas vraiment travaillé ailleurs, même si pendant quelques mois à la sortie de mes études, il n’y avait pas encore de quoi me rémunérer donc j’ai travaillé sur un très chouette projet dans l’Aide à la jeunesse, un projet de communication pour le placement familial pendant quelques mois, à mi-temps, et l’autre mi-temps je continuais à développer le festival.
Impact durable et envie de faire bouger les choses
[00:02:20] Michel Godart: Quand je t’écoute, j’entends de la passion, du sourire dans ta voix, donc on sent que la passion ben elle émane de toi à 100 %. Mais ce qui t’intéresse c’est la communication, et si je t’ai écouté attentivement, c’est aussi un côté faire du bien à la société, des causes.
[00:02:31] Samuel Chappel: Oui, parce que je pense que il y a des choses qui doivent changer, je veux dire (Michel Godart: On est bien d’accord) il y a des choses qui fonctionnent bien dans le monde d’aujourd’hui, mais il y en a beaucoup d’autres aussi.
[00:02:38] Michel Godart: Et ça c’était le début déjà? Ou c’est un constat qui est venu plus tard?
[00:02:40] Samuel Chappel: Non, ça a toujours été le cas. Je pense que j’ai été aussi un peu éduqué là-dedans, par mes parents forcément, dans cette idée qu’on avait chacun un petit rôle pour changer les choses simplement.
[00:02:48] Michel Godart: Notre pierre à apporter à l’édifice.
[00:02:49] Samuel Chappel: À chacun une pierre à apporter à l’édifice et, avec cette impression que ça peut avoir de l’impact sur les gens en leur faisant du bien et c’est vrai que, alors peut-être tout n’était pas formulé comme ça au début, les intuitions de départ prennent forme et peuvent mieux se formuler après, mais j’ai l’impression qu’on vit aujourd’hui à une époque où beaucoup de gens ne vont pas bien. Les gens sont un peu déprimé, triste, il y a un contexte international depuis quelques années maintenant, mais ça ne s’arrange pas, qui n’est pas tout à fait rose, et que la première chose, si on a envie que le monde aille mieux, c’est que les gens aillent mieux.
[00:03:16] Michel Godart: Ah oui, on ne va pas soigner les ruches, il faudrait d’abord soigner les abeilles.
[00:03:18] Samuel Chappel: Exactement. Je pense que mon métier sert à ça aussi. Souvent, on pense au fait qu’il faut se nourrir, manger, avoir des activités, etc. Mais je pense que c’est indispensable aussi de se nourrir l’esprit. Et c’est ce qu’on essaie de faire avec les beaux projets culturels sur lesquels je bosse.
Entreprendre par passion
[00:03:32] Michel Godart: Pour toi, c’était très clair depuis le départ que ta vie ce serait l’entrepreneuriat? Tes parents étaient aussi entrepreneurs?
[00:03:37] Samuel Chappel: Pas du tout, mes parents travaillaient dans le social, je suis le seul je pense dans ma famille à avoir suivi ce parcours-là. Ça s’est fait un petit peu comme ça, un petit peu (Michel Godart: Un coup de tête) je dirais naturellement. Et en fait en lançant « LaSemo » je n’avais aucune idée que ça existerait encore 20 ans plus tard (Michel Godart: 20 ans !) que ça deviendrait mon boulot. C’est un projet qui s’est lancé comme ça par passion, j’ai toujours lancé des projets, j’ai toujours porté des projets, j’ai toujours adoré ça, sans jamais me projeter précisément sur mon métier. Je ne savais pas ce que j’allais faire comme études, je ne savais pas… Je n’ai jamais eu une vision très claire là-dessus (Michel Godart: Mais ça c’est rare…) et c’est venu hyper naturellement.
[00:04:05] Michel Godart: Parce que, un entrepreneur souvent, ben il se tracasse sur « Comment je vais gagner ma vie », il fait un business plan. Ici, toi c’est vraiment…. Comme quoi on peut être entrepreneur en suivant sa pulsion, sa passion et ses envies. Mais il faut être plus patient peut-être?
[00:04:16] Samuel Chappel: Ça s’est fait de manière tout à fait inconsciente, parce que ce qui m’a toujours intéressé c’est les projets. Donc j’ai toujours travaillé pour des projets (Michel Godart: La finalité) pour moi, voilà, pas pour un salaire mais pour des projets dans lesquels je crois. Et j’ai toujours eu cette chance-là, et donc, en lançant ce projet, ben déjà j’étais aux études donc je n’avais pas vraiment ces contraintes d’avoir un salaire. Je suis restée un peu chez mes parents, j’ai eu cette chance-là et puis j’ai eu d’abord un salaire à mi-temps, un petit salaire, et puis, pendant plusieurs années, sans avoir de grands besoins non plus mais voilà, toutes mes tripes, tout mon temps, toute mon énergie, je l’ai consacré au projet. Et c’est vraiment, comme les projets quand on les lance, en tout cas ceux sur lesquels moi je travaille, c’est fragile pendant un certain temps. Moi j’avais pas envie de prendre de l’argent et de risquer de le mettre en difficulté. Donc pour moi, le plus important, c’était que le projet continue, se développe (Michel Godart: Qu’il soit pérenne), grandisse, évolue, soit pérenne. Et puis à un moment s’est posé la question de : « Pour qu’il soit pérenne, il faut que j’y consacre du temps. Et là, maintenant, j’ai besoin de me nourrir, et donc j’ai besoin d’un salaire », c’est plutôt comme ça que la question s’est posée (Michel Godart: D’accord). Je ne me suis pas dit « Je dois gagner de l’argent, qu’est-ce que je fais pour gagner ma vie quoi? (Michel Godart: C’est ça quoi), sinon j’aurais sûrement fait autre chose.
Qu’est-ce que LaSemo ?
[00:05:13] Michel Godart: Ouais voilà. En fait on va expliquer pour ceux qui ne connaissent pas c’est quoi « LaSemo ».
[00:05:16] Samuel Chappel: C’est un festival, un festival pluridisciplinaire, donc on propose à la fois : des concerts, de la musique, mais aussi de l’art de rue, du cirque, du théâtre, aussi du conte. Et c’est un festival qui a plusieurs particularités, parmi lesquelles celle d’être durable. Donc on a toujours mis au cœur de nos préoccupations ces enjeux développement durable, dès le début, et c’était même une des raisons d’être du festival puisque on avait l’impression que les gens associent souvent développement durable à une démarche négative, un truc un peu chiant, privation, austérité, moralisation, contrainte. Et d’un autre côté, on avait l’impression que les festivals, qui sont un peu les grandes messes actuelles, étaient des lieux de gaspillage au sens large. Et donc on s’est dit à la fois comment associer le développement durable à un moment positif dans la tête et dans le cœur des gens. Et à la fois, comment montrer qu’on peut s’amuser autrement, à la fois au public, aux professionnels et à tout qui travaille dans cette industrie? Et donc ça a été un peu le déclencheur de « LaSémo ».
Une démarche durable
[00:06:06] Michel Godart: Il y a le pendant, il y a le avant, mais il y a aussi le après. Combien de fois je suis allé sur des festivals où, quand tu quittes les lieux, tu te dis « Mais, on laisse une poubelle derrière nous ».
[00:06:13] Samuel Chappel: Visuellement ça a été clairement un élément déclencheur et donc on a commencé à se poser des questions. On voit les sites de festivals sont dégueulasses, comment on peut faire pour rendre ça plus propre? On a l’impression que c’est en respectant le public et en rendant l’expérience plus agréable, qu’ils vont avoir plus envie de le respecter aussi, et de comprendre qu’il y a une plus-value à être plus respectueux de l’autre (Michel Godart: C’est ça quoi!), etc. Nous, on a eu l’impression qu’en proposant des lieux dans lesquels on proposait des festivals qui sont des lieux déjà très beaux, on a tout mis en place pour que ce soit toujours propre par terre, par exemple, que les gens n’aient pas trop à faire la file, aient de l’espace etc. Et qu’en étant attentif à tout ça, ils allaient être plus respectueux de l’endroit. Et puis on a commencé à regarder, par rapport à l’exemple que tu cites, on a commencé à ouvrir les poubelles et on a vu qu’est-ce qu’il y a dans ces poubelles, ah il y a plein de gobelets, Comment on peut faire pour réduire les gobelets? Comment on peut faire? Et voilà, on a essayé de travailler comme ça.
[00:06:56] Michel Godart: Et là, le puzzle se met en place
[00:06:57] Samuel Chappel: Le Puzzle se met en place parce qu’en fait, cette question de la durabilité autour des événements, était quelque chose de totalement inexistant il y a 20 ans, ce n’était pas du tout à l’ordre du jour. Et donc c’est vraiment une thématique, une science entre guillemets, dans laquelle il n’y avait pas vraiment d’écrits ou d’existant, sur lequel nous on a travaillé purement par intuition, sans formation là-dedans.
Un festival familial, intergénérationnel
[00:07:14] Michel Godart: C’est très familial « LaSémo »
[00:07:16] Samuel Chappel: Oui
[00:07:16] Michel Godart: C’est le cachet familial qu’on met en avant?
[00:07:17] Samuel Chappel: C’est une des autres particularités de « LaSémo », clairement. J’ai parlé de l’aspect pluridisciplinaire avec plein de disciplines qui invite aussi à la curiosité, les gens viennent voir peut-être une tête d’affiche, un artiste qu’ils connaissent, mais ils vont découvrir plein de choses. Je pense que la curiosité…
[00:07:29] Michel Godart: C’est génial.
[00:07:30] Samuel Chappel: C’est indispensable (Michel Godart: Ouais, clairement), ça ouvre nos esprits et c’est vraiment nécessaire. À côté de ça il y a l’aspect durable dont on a parlé, et puis il y a l’aspect aussi familial, qui est hyper important pour nous, intergénérationnel je dirais. C’est-à-dire que c’est un festival où les gens, un festival de rencontre, un festival où on peut venir avec ses enfants, avec son bébé. On a à peu près 20 % du public qui a moins de dix-douze ans, donc ils sont vraiment des enfants… Et beaucoup de bébés.
[00:07:52] Michel Godart: Ben oui parce qu’il y a le spectacle de rue, et c’est un peu cirque aussi.
[00:07:54] Samuel Chappel: Il y a une offre artistique, mais on n’a pas envie d’avoir une offre artistique qui est vraiment pour les enfants, c’est plutôt familial, rassembleuse. Mais il y a aussi toute une série de facilités qu’on propose, donc où il y a des espaces où les parents peuvent changer leurs enfants, il y a de la place, il y a un camping dédié aux familles, il y a des espaces avec des activités, des jeux etc., il y a une garderie pour les enfants. On prête des casques anti-bruit, il y a tout un travail qui est fait sur l’offre de nourriture, qui est pensé aussi pour les enfants et les familles. Il y a énormément d’éléments qui sont mis en place pour être sûr que les enfants, les familles et leurs parents se sentent bien simplement, quand ils sont sur le festival. On a envie que les enfants se sentent bien, leurs parents, mais aussi leurs grands-parents. Et donc on a aussi des personnes plus âgées qui viennent. Et c’est génial parce que, souvent le festival était vu comme un phénomène très générationnel, pour nous ce qui est important c’est de réunir les générations, et de leur permettre de se rassembler, d’échanger et de partager ensemble, de partager des émotions parce que tout ce qui crée du lien va renforcer évidemment le vivre ensemble. Et ce qui est un de nos objectifs. On a envie d’être un lieu qui rassemble simplement, et dans lesquels, on pense qu’il y a plein d’émotions qui sont un peu universelles quoi, qui veulent être partagées par tout le monde. Et que des gens de tous les âges, de toutes les provenances, viennent et partagent ce moment, c’est super magique et ça fait partie des spécificités du festival.
Un projet singulier dans le paysage des festivals
[00:09:05] Michel Godart: Est-ce qu’il y a d’autres festivals ou d’autres activités qui sont, limite votre concurrent ou concurrente, par rapport à ça? Parce que j’ai rarement entendu un regroupement d’autant d’aspects positifs, j’ai envie de dire. Et surtout, j’aime bien que tu me parles d’émotions, je crois que l’art et la culture, on oublie trop souvent que c’est avant tout de l’émotion. Tu as déjà un peu analysé ce qui se passe autour et te positionner?
[00:09:24] Samuel Chappel: Alors je pense qu’il y a d’autres festivals qui ont des valeurs, bien sûr, qui ont un projet de société, il y en a qui n’en ont pas non plus, et tout est très bien. Je crois que le projet tel que nous on l’a, et tel qu’on le raconte, est assez unique (Michel Godart: Oui, c’est ça). Et il y en a d’autres qui travaillent sur d’autres sujets, d’autres niveaux d’engagement, ça me semble super et complémentaire.
Inspirer d’autres projets
[00:09:40] Michel Godart: Est-ce que le rêve c’est pas quelque part qu’on vous copie partout?
[00:09:42] Samuel Chappel: Ben je pense qu’il y a des éléments qui sont copiés de chez nous ailleurs (Michel Godart: Ouais, c’est positif) et moi ça me fait toujours plaisir. Tout comme j’ai aussi voir, surtout à l’étranger, d’autres festivals, d’autres spectacles, etc. pour nourrir, parce que (Michel Godart: T’inspirer aussi). Voilà, le cerveau, l’imaginaire, la créativité, ça doit se nourrir, c’est important. Je pense et j’espère, enfin de toute façon je le vois et puis on nous le dit aussi, que « LaSemo » inspirent d’autres projets, c’est génial. Et puis surtout, j’ai envie que « LaSemo » nourrissent les personnes qui y participent et leur fassent du bien, et recharger leurs batteries, leur permettre d’affronter ce qu’ils ont à affronter. Et je crois que ça, c’est un élément qui est hyper important pour nous.
Les émotions comme moteur
[00:10:12] Michel Godart: C’est quoi qui te donne de l’énergie? La plus grosse satisfaction quand ça se passe « LaSemo »?
[00:10:15] Samuel Chappel: La plus grosse satisfaction, je pense que c’est de voir que il y a cette magie, il y a cette émotion, on le sent en fait tout simplement.
[00:10:22] Michel Godart: Tu la ressens?
[00:10:22] Samuel Chappel: Je la ressens. On a énormément de gratitude de la part du public qui viennent nous dire combien ça leur a fait du bien (Michel Godart: C’est le plus beau des cadeaux), combien ça leur a fait plaisir, c’est le plus beau des cadeaux évidemment. De voir que les gens sont heureux de s’y investir, de vraiment sentir cette espèce d’alchimie qui se passe. Et c’est, ça tu parlais d’émotion tout à l’heure, je pense que les émotions, c’est ce qui nous rend humain. Les bonnes émotions, la joie mais aussi la colère, la tristesse, on a plein de raisons de vivre des émotions dans notre vie, mais les spectacles nous offrent ça aussi. Les concerts, la musique, tout ça, ça nous fait vivre des émotions qui sont très, très fortes. Et en fait, souvent, je pense qu’on a été aussi un peu éduqués à essayer de dompter nos émotions, à essayer de les maîtriser. Et j’adore quand une digue (Michel Godart: À un moment on peut les lâcher, on peut les lâcher quoi) lâche quoi, voilà, c’est exactement…
[00:11:01] Michel Godart: J’aime bien l’image de la digue, c’est une super image sympa.
[00:11:04] Samuel Chappel: C’est des digues que nous on se crée, et qui en fait ne sont pas bonnes pour nous alors, là on ne peut plus rien contrôler parce qu’un spectacle nous touche, nous fait pleurer, nous donne la chair de poule, nous fait rire, nous fait danser, nous fait chanter.
Des souvenirs qui marquent une vie
[00:11:13] Michel Godart: Ça marque un souvenir de la vie (Samuel Chappel: C’est incroyable), à un moment clef.
[00:11:16] Samuel Chappel: Voilà. Et c’est ça qui donne du sens à notre existence. À part ça, notre existence c’est quoi? Manger, vivre des chouettes moments en famille, dormir, se reproduire, voilà ici on a quelque chose qui ajoute (Michel Godart: Qui marque) un supplément d’âme quoi (Michel Godart: Ouais qui marque), simplement oui.
Les débuts de LaSemo et ses 20 éditions
[00:11:27] Michel Godart: Samuel, tu me dis que ça fait 20 ans déjà, donc ça veut dire que « LaSémo », elle a commencé en quoi? 2015?
[00:11:33] Samuel Chappel: La première édition était en 2008, on va faire maintenant la 20ᵉ édition l’année prochaine.
[00:11:38] Michel Godart: Entre les deux, il y a eu des moments charnières, des moments clés ou des moments où tu t’es dit « Là ça décolle, ça va changer notre vie ».
Les moments difficiles et le rebond
[00:11:43] Samuel Chappel: Il y a eu beaucoup de moments difficiles.
[00:11:45] Michel Godart: Oui, c’est vrai? Aussi?
[00:11:45] Samuel Chappel: Oui, oui beaucoup, oui. Ben le pire, c’était après notre cinquième édition, on s’est vraiment complètement plantés financièrement, on a perdu pas mal d’argent, la structure était en liquidation et on a hésité, on s’est dit « Ben est-ce qu’on arrête ou est-ce qu’on continue? ». On avait tout donné, bon ce projet, comme je t’ai expliqué, je l’ai lancé, j’avais 22 ans, j’étais très jeune, toute l’équipe était tout aussi jeune, donc on était…
[00:12:04] Michel Godart: On fait des gaffes de débutant?
[00:12:05] Samuel Chappel: Bien sûr, on est parti complètement la fleur au fusil et, parfois quand des gens me demandent comment ça se fait que ça ait marché, je ne sais même pas (Michel Godart: Ouais). Le seul mérite qu’on a eu c’est d’y mettre notre cœur et nos tripes mais, en soi quand je regarde…
[00:12:15] Michel Godart: Et de persévérer, non?
[00:12:16] Samuel Chappel: Oui de persévérer mais quand je regarde ce parcours, il n’y avait aucun ingrédient qui fait que ça devait marcher quoi? On n’y connaissait rien, on était, voilà. Et donc une année, on s’est planté et voilà, on s’est dit c’est pas grave, on arrête, on passe à autre chose, c’était en 2012. Et puis il y a une série de bénévoles ou de gens actifs dans le projet qui ont dit « Mais non, c’est trop con, il y a un potentiel ».
[00:12:34] Michel Godart: Vous vous êtes senti soutenu à ce moment?
[00:12:35] Samuel Chappel: On s’est senti soutenu, il y a plusieurs personnes qui ont dit « Ben on va sortir un petit peu d’argent », pour racheter en fait le nom, pour racheter les peu de matos qu’on avait, et relancer le projet.
Changer de lieu pour relancer le projet durable
[00:12:44] Michel Godart: Et c’est là que tu es devenu multi-entrepreneur?
[00:12:46] Samuel Chappel: Oui, à ce moment-là, on s’est dit « Bah on doit changer ce qui ne marche pas dans le projet ». Donc on a par exemple déménagé, on a changé de lieu.
[00:12:53] Michel Godart: Le lieu c’était où au départ?
[00:12:54] Samuel Chappel: On était à Hotton, près de Marche-en-Famenne, qui était un super site. On a été très bien accueilli là-bas. Mais voilà, les majorités politiques ont changé, on n’avait plus de soutien au niveau local. C’était un endroit plus difficile d’accès aussi et (Michel Godart: Il fallait faire des choix) on s’est rendu compte… Voilà, on a trouvé un autre endroit dans lequel on a eu ce dont on avait besoin, et ce qui nous manquait à ce moment-là. Le parc d’Enghien, donc entre Bruxelles et Lille, et on y est depuis 2013 maintenant (Michel Godart: Waouh), donc ça va faire, quand même quelques années.
L’installation au parc d’Enghien
[00:13:18] Michel Godart: Rebondir avec le support des gens, et ça c’est le plus beau cadeau qu’on puisse avoir aussi quelque part (Samuel Chappel: Oui), reconstituer une structure, des moments forts encore?
[00:13:25] Samuel Chappel: Oui, bien sûr, il y a plusieurs moments forts. Je pense qu’il y a un des moments forts, là si on parle de « LaSemo » c’est : un moment où on s’est dit « Là, on a besoin de prendre du recul, on a besoin de repenser le projet ». Tu sais, on est toujours dans une logique de « Ah, dans douze mois, c’est le prochain festival ». Onze mois, dix mois, neuf mois, enfin c’est… Et donc un peu dans cette course permanente. Et puis à un moment, on s’est dit « Là, il faut qu’on prenne du recul et qu’on commence à penser plusieurs années », à faire un plan sur plusieurs années et se dire « Comment est-ce qu’on voit là ces mots dans dix ans? », c’est un luxe de se permettre ça. Et on a fait ce travail-là, et on s’est projeté, on a créé un super projet pour développer le festival. Parce qu’on avait l’impression d’être un peu le cul entre deux chaises, c’est-à-dire à la fois trop grand pour être avec du personnel rémunéré, etc. et trop petit par rapport au public qu’on drainait. Et donc on avait un modèle économique qui tenait plus vraiment la route, on avait peur qu’en tout cas qu’il ne tiennent plus la route.
Grandir ou réduire la voilure
[00:14:13] Michel Godart: Tu réponds déjà à une des questions que j’allais te poser, c’était quoi les challenges ou c’est quoi les challenges de « LaSemo »? C’est une question que beaucoup d’entrepreneurs se posent « Est-ce que je dois grandir ou pas? » (Samuel Chappel: Oui). C’est quoi les éléments qui font que tu te dis « Oui, maintenant on va grandir, on va faire le nécessaire? ». Et c’est quoi la taille de « LaSemo » maintenant, on peut en parler?
[00:14:26] Samuel Chappel: On a à peu près 50 000 personnes (Michel Godart: Ah ouais quand même) donc sur trois jours. Et effectivement, on était en 2018-2019, et on s’est posé la question « Est-ce qu’on grandit ou est ce qu’on réduit la voilure simplement? ». Et on a fait le choix de grandir, on a développé un plan d’action sur plusieurs années, et on a été chercher des financements sous forme de prêts, via un invest, qui nous ont permis d’investir. Bon en plus, il y a eu le Covid qui était un moment évidemment symboliquement très fort aussi pour tout le monde, mais singulièrement dans notre métier quoi.
Le Covid et les choix de société autour de la culture
[00:14:50] Michel Godart: Ça vous a fait peur?
[00:14:51] Samuel Chappel: Ça nous a fait mal, ça nous a fait très mal, moi ça m’a très fort touché que des gens puissent considérer que la culture n’était pas essentielle. Et pas des gens, que les autorités, les personnes censées représenter l’État et le bien-être, le bien commun en fait, considère qu’en fait c’est une futilité à côté des centres commerciaux, à côté de toute une série d’autres activités qui étaient à leurs yeux bien plus essentielles. Je me dis « Mais dans quel monde on est? Un monde qui considère que créer du lien social, toucher les gens, créer de l’émotion est moins important que aller voir un panda ,ou aller faire ses courses chez H&M? ».
[00:15:24] Michel Godart: Mais est-ce qu’on n’est pas encore dans le même paradigme (Samuel Chappel: Bien sûr) avec tout ce qui s’installe (Samuel Chappel: Bien sûr) au niveau politique pour l’instant. On ne va pas parler politique, c’est pas le but mais (Samuel Chappel: Non mais…) est-ce que c’est encore un questionnement qui revient?
[00:15:31] Samuel Chappel: Ben c’était en tout cas un prémices d’un modèle de société et ça a été affirmé, affirmé, affirmé. On a décidé de fermer la culture pour ouvrir les écoles, ça, à la limite, tout le monde peut le comprendre. Si on te dit « On ferme la culture parce que on ouvre les shopping-center », etc. Tu te dit « Ben est-ce que c’est normal? Parce qu’on veut ouvrir le parc d’attraction? Parce qu’on veut…Bon »
[00:15:51] Michel Godart: Pour armer un pays, ou pour armer…
[00:15:53] Samuel Chappel: Voilà, ici (Michel Godart: L’Europe) les questions se posent de la même manière, effectivement on désinvesti dans la culture pour investir dans l’armée, ce sont des choix hein? Ce sont des choix politiques et des choix de société.
L’impact symbolique du mot « non-essentiel »
[00:16:01] Michel Godart: Mais pour vous, ça a un impact!
[00:16:02] Samuel Chappel: Ça a un impact financier, mais ça a un impact symbolique. Et ce mot « non-essentiel », et cette politique, qui en plus n’avait ni queue ni tête de fermer-ouvrir, de changer les règles tous les quinze jours, était une manière de déconsidérer quelque-chose qui pour nous, intrinsèquement, est vraiment essentiel (Michel Godart: Oui) et ce qui manque dans notre société (Michel Godart: En plus de votre passion, oui c’est…) donc on s’est dit « Mais… », en plus de notre passion, effectivement. On s’est dit « Mais dans quel monde on est? Vers quel monde on va et c’est flippant, par rapport à tes enfants » et on l’a vu hein, je veux dire, bon ça, tout ce que nous on annonçait à ce moment-là, parce qu’on a beaucoup travaillé avec des experts de la santé mentale, etc. On a dit « Mais faites attention, vous empêchez le lien social, ça va avoir des répercussions sur la santé mentale, ça va avoir des impacts. »
[00:16:39] Michel Godart: Les scientifiques le voient maintenant (Samuel Chappel: Et on le vois maintenant), les études le montrent hein, oui clairement.
[00:16:42] Samuel Chappel: Le monde n’a jamais été aussi individualiste qu’aujourd’hui, les burn out explosent. Tout ça on le savait, le gouvernement le savait, tout ça a été annoncé à ce moment-là, et ils ont fait d’autres choix. C’est pour moi assez flippant.
S’adapter pour continuer à exister
[00:16:52] Michel Godart: Comment est-ce qu’on rebondit là-dessus? Comment est-ce qu’on reconstruit Samuel? (Samuel Chappel: Ben le choix qu’on a fait d’abord…) Parce que là, là tu dois reconstruire.
[00:16:56] Samuel Chappel: C’était de s’adapter, tant pour nous que pour les gens (Michel Godart: Ok). On estimait là, que contre ce qu’on nous avait dit, contre ce que disait le gouvernement, ici je ne fais pas de la politique, la culture est essentielle et les gens nous le disaient. On s’est dit « Ben on va s’adapter, on ne va pas être hors la loi, on va respecter les règles qui nous sont imposées, mais on va adapter les projets aux règles qu’on va nous imposer ». Et donc on a dû annuler un premier événement qui était Namur en mai. Et puis on a pu adapter le festival « LaSemo » aux règles du moment. Et en fait les règles du moment disaient qu’on pouvait proposer des moments culturels dans des bulles de 200 et des personnes. Et donc on a créé en un mois un événement qu’on a appelé « Ceci n’est pas LaSemo ».
La résilience de l’équipe face à la crise
[00:17:34] Michel Godart: Alors la logistique, je n’ose même pas imaginer (Samuel Chappel: Ah c’était assez c’est flippant, oui, oui). Comme quoi vous êtes résilient, vous savez rebondir.
[00:17:38] Samuel Chappel: Oui mais, on s’est dit « C’est indispensable, on doit ça en fait au public, on doit ça à l’écosystème ». Parce que, tu sais…
Communauté, artistes, bénévoles et écosystème
[00:17:43] Michel Godart: Tu crées une communauté en fait.
[00:17:44] Samuel Chappel: Tu crées une communauté avec le public, et puis notre métier, il rend très humble aussi parce que, tu n’es rien sans les artistes, tu n’es rien sans tes fournisseurs et prestataires, tu n’es rien sans les bénévoles. Et en fait, on s’est dit « Pour eux aussi on doit travailler. Tous ces gens-là sont au chômage, ils n’ont plus rien ». Donc on a fait trois événements, enfin une adaptation de Namur en mai, 2 de LaSemo et puis on a encore créé d’autres événements, qui étaient adaptés à cette réalité Covid. Donc par exemple, pour LaSemo on a fait « Ceci n’est pas LaSemo » qui était une balade dans le parc, par groupe de 200 personnes, et on faisait des départs toutes les heures. Et ces groupes s’arrêtaient quatre ou cinq fois, il y avait des haltes avec des concerts, des spectacles d’art de rue.
Le succès immédiat de « Ceci n’est pas LaSemo »
[00:18:18] Michel Godart: Génial!
[00:18:19] Samuel Chappel: Et ce qui nous a super fort touché, d’abord ça a été complet en quelques secondes. Et puis on avait beaucoup de personnel soignant par exemple. D’un côté on avait des gens qui nous disaient « Vous êtes complètement inconscients, vous faites ça alors que les gens se battent dans les hôpitaux, vous allez ramener des nouvelles vagues, etc. », ce qui n’a évidemment pas été le cas. Et à côté de ça, il y avait des soignants qui venaient, qui disaient « Écoute, moi (Michel Godart: Chapeau quoi!) j’ai des horaires de malade, je travaille comme un fou (Michel Godart: Ben évidemment), j’ai besoin de ça sinon je craque quoi (Michel Godart: Ben évidemment), j’ai besoin de moments comme ça. Et donc, on s’est dit, et plein de gens nous l’ont exprimé, d’autres disaient « Ben je suis enfermé avec mes enfants, c’est pas facile, ou dans mon couple ou (Michel Godart: Ouais, puis on était en plein) mon boulot », voilà. Et du coup, ben tu sais, le mois de juillet par rapport au mois de mars et le début du confinement, c’était le premier moment où les gens ont pu revivre ensemble (Michel Godart: Ouais, une bouffée d’air) avec des gens hors de leur petite bulle domestique. Donc voilà, ça c’était un moment fort évidemment. Et donc là on s’est dit « Ben en fait, une des réalités c’est qu’on doit toujours s’adapter à un monde qui évolue ». Quand on travaille sur les enjeux développement durable, on n’est pas aveugle, on voit que le climat change, même sur quelques années, 20 ans ce n’est rien. On a déjà dû prendre des mesures sur certains de nos événements parce que, des choses qu’on mettait en place il y a quelques années, on sent que ça commence à ne plus marcher au niveau climatique, ça amène d’autres problèmes donc on doit les retravailler autrement, ça fait partie de l’adaptation ça. C’est un choix collectif qu’on a fait, en tant qu’espèce, en tant qu’humanité, de dire « Bah, on préfère continuer à vivre comme avant et on sait que ça aura des impacts pour nos années prochaines, pour nos enfants et nos petits enfants ». Donc voilà, nous on essaye de faire ce qu’on peut pour participer au changement de mentalité, et puis on doit comme tout le monde s’adapter, ça va être notre quotidien d’être humain pendant les prochaines décennies.
La relation aux artistes
[00:19:44] Michel Godart: Dans un festival comme le vôtre, avec autant de valeurs fortes qu’on entend, avec le fait de créer une communauté que tu expliques très bien. Est-ce que ça change votre relation aux artistes?
[00:19:52] Samuel Chappel: Alors ça dépend, il y a de tout. Alors on sait, parce qu’on a eu cette info de la part d’organismes collectifs d’artistes que, LaSemo, c’est un des deux ou trois festivals de musique dans lesquels les artistes belges ont le plus envie de jouer. Parce qu’ils savent que, je te parlais de curiosité et d’écoute, il y a plein de festivals, si tu arrives dans l’après-midi il y a quatorze personnes devant le concert. Chez nous, on ouvre très tôt le matin, on a des scènes découvertes, on a évidemment des têtes d’affiche le soir, mais les gens sont super nombreux à nous faire confiance, à aller découvrir. Et devant les scènes dans l’aprèm, t’as blindé de monde.
Trois jours de festival durable et confiance du public
[00:20:21] Michel Godart: Et c’est sur plusieurs jours en plus?
[00:20:22] Samuel Chappel: C’est sur trois jours, oui.
[00:20:23] Michel Godart: Voilà c’est ça quoi!
[00:20:24] Samuel Chappel: Et donc, c’est super chouette de voir que cette confiance-là du public qui n’est plus la norme. On voit d’ailleurs qu’il y a beaucoup de petites salles qui galèrent avec les artistes pas connus. En fait, depuis le Covid notamment, on voit que les habitudes des gens ont changée, qu’ils ont plus besoin d’aller voir des artistes qu’ils connaissent, d’aller dans des certitudes, de moins prendre de risque (Michel Godart: Ok). Et c’est pas du tout ce qu’on vit à LaSemo et c’est génial. Donc on fait énormément de travail d’accompagnement des artistes pour les aider à créer, on a un projet d’accompagnement aussi, on finance d’artistes pour qu’ils puissent répéter, créer des spectacles, créer des outils de communication pour eux, etc. Il y a à la fois pour des artistes émergents et semi émergents, une envie de jouer à LaSemo. Et puis parfois, pour de plus grosses têtes d’affiche, ben il y en a qui y sont sensibles, d’autres qui s’en foutent et voilà, c’est une date (Michel Godart: Ouais d’accord) parmi d’autres. Évidemment, sur des grosses tournées internationales…
Un positionnement qui marque les artistes
[00:21:04] Michel Godart: Mais depuis, (Samuel Chappel: Mais souvent) votre positionnement à vous alors?
[00:21:06] Samuel Chappel: Oui, c’est ça. Et souvent quand ils viennent sur place ou qu’ils découvrent le festival, ils se rendent compte « Ah oui il y a un truc particulier ici, j’ai jamais vu. Un festival dans un cadre exceptionnel comme ça ». Parce qu’on est dans un parc et un parc classé magnifique, « On ne voit pas, on n’a pas l’habitude de voir un tel public, etc. » Donc ça souvent les artistes sont touchés, nous le disent. Disent « Ah ben ça donne envie que j’y vienne moi avec mes enfants » (Michel Godart: Cadeau deux!), plusieurs artistes nous disent ça quoi, voilà, bien sûr.
Les choix artistiques et les émotions à partager
[00:21:26] Michel Godart: Mais il y a une culture de LaSemo? Qui se dit « Tel ou tel type d’artistes ne prendra pas, ou ne collaborera pas » ou? Il y a des choix, il y a une orientation sur des choix.
[00:21:33] Samuel Chappel: Ben c’est-à-dire que c’est plutôt l’inverse, on fait des choix qui sont positifs, c’est-à-dire construire une programmation c’est, je reviens aux émotions dont on parlait tout à l’heure, c’est quelles émotions j’ai envie de partager avec (Michel Godart: Qu’est-ce que tu veux dégager) quel public et quel moment? Qu’est-ce que j’ai envie de leur dire? Tous les artistes qu’on programme, on n’est pas d’accord avec chaque mot qu’ils disent, ce n’est pas du tout ça le but. C’est plutôt des énergies artistiques, c’est une générosité sur scène qu’on cherche, c’est des artistes qui ont envie de partager.
Créer une atmosphère et un art d’être ensemble
[00:21:54] Michel Godart: Est-ce qu’on peut dire que vous créez une atmosphère et une ambiance? C’est ça le but, c’est une atmosphère, une ambiance culturelle, un art d’être ensemble?
[00:22:01] Samuel Chappel: Oui, tout à fait. On a envie de créer un contexte dans lequel les gens sont ouverts pour recevoir, sont dans les meilleures conditions pour recevoir et se nourrir, et ça c’est tout notre travail. Et faire croire aux gens que c’est facile, que c’est naturel, leur montrer aussi que il y a des contextes dans lesquels on peut bien vivre ensemble, on peut se sourire, on peut être agréable avec tout le monde. Et je pense que quand on crée ce contexte-là, les gens se sentent bien et sont directement touchés au cœur par tout ce qu’ils reçoivent pendant ces quelques heures ou ces quelques jours qui passent. Et c’est ça pour nous l’objectif et la réussite, qu’on essaie de construire à la fois artistiquement parce qu’on programme ce qu’on propose, les concerts, les spectacles, etc. À la fois au niveau de la scénographie, la manière dont on arrange le lieu, à la fois par la nourriture qu’on leur propose, par la logistique qu’on met en place. Tout ce qu’on construit va dans ce but-là. Comment proposer aux gens une expérience dans laquelle ils se sentent bien? Et ils peuvent être, ils peuvent, ils sont prêts pour recevoir quoi, oui.
Moments forts liés aux artistes
[00:22:50] Michel Godart: Est-ce que malgré tout, il n’y a pas un moment où tu t’es dit « Ah on a eu tel artiste, tel moment, telle année, c’était quand même waouh! ». Est-ce qu’il y a un moment fort par rapport aux artistes ou des moments clés où tu t’es dit « Là, on a bien joué notre jeu quoi, parce que franchement, super retour quoi ».
[00:23:02] Samuel Chappel: C’est très compliqué d’aller chercher certains artistes, c’est clair. Et on a besoin : à la fois on a un public qui vient pour le projet, mais on sait qu’on a besoin d’artistes pour faire un peu la différence, aller chercher un peu plus (Michel Godart: Qui drive le monde ouais) de monde, voilà. On a effectivement, en 2023, quand on a décidé vraiment d’augmenter un peu la programmation, on a accueilli Ben Harper notamment (Michel Godart: Ah ouais!). C’était un moment très fort pour nous parce que voilà, c’est un nom international assez connu, qui a amené pas mal de crédibilité. Puis petit à petit, année après année, on a à la fois parfois le plus grand plaisir dans des petites découvertes. On a par exemple Zaho de Sagazan qui a depuis explosé, mais on l’a programmé, c’était encore un très, très, gros pari de la programmer sur une grande scène comme ça. Puis l’année passée, on avait par exemple Mika, qui est aussi une superstar que tout le monde connaît (Michel Godart: Ah oui là on ne le rate plus le Mika) et là alors tout le monde… Quand tout le monde commence à t’en parler tu dis « Ouais Mika ». C’est plus le regard des gens, moi (Michel Godart: Ouais) ce n’est pas quelque chose qui moi me titille personnellement.
[00:23:52] Michel Godart: Mais est-ce qu’il y a des artistes que vous avez aidé à devenir célèbres, limite grâce au fait d’être passé à LaSemo?
[00:23:56] Samuel Chappel: Ce serait présomptueux de dire ça. Mais il y a des artistes à qui on a fait confiance et… Est-ce que ça a joué ou pas un rôle dans leur carrière? Ça je n’en sais rien. Je crois que tout se nourrit mais, tu vois, cette année on accueille Puggy par exemple, quand même un gros groupe belge, incontournable de notre scène. On les avait accueilli aussi il y a quinze ans je pense.
[00:24:13] Michel Godart: Donc c’est un retour pour eux.
[00:24:13] Samuel Chappel: Ils étaient tout à fait émergeant, personne ne les connaissait, à l’époque ils remplissaient même pas une petite salle, aujourd’hui ils ont fait un Foret National. Donc, voilà, c’est chouette de voir qu’on a participé un petit peu à notre manière. Mais probablement Puggy s’en serait sorti sans nous aussi mais, c’est ce que je voulais dire par écosystème tu vois? On a un écosystème dans lequel il y a des artistes, il y a des organisateurs, il y a des techniciens, il y a des professionnels qui font de la logistique. Et en fait, on est sur un équilibre fragile parce que l’écosystème est très fragile, on a besoin de tout le monde pour que ça fonctionne. Et donc il y a une forme de symbiose qui fait que si chacun joue le jeu, chacun fait son job, ben on va s’aider l’un l’autre, on va se nourrir, une année c’est peut être moi qui vais un peu plus l’aider, une année ça va être l’inverse, et c’est comme ça que ça fonctionne, il faut, voilà, il faut pouvoir…
[00:24:55] Michel Godart: Tu mets la main à la pâte?
[00:24:56] Samuel Chappel: Ouais, faut pouvoir accepter qu’on fait partie d’un tout, voilà.
D’autres moments clés
[00:24:58] Michel Godart: Alors on a parlé du qui, de quand, on sait que c’était en 2008 que ça a commencé, il y a des moments clés, il y a eu d’autres moments clés?
[00:25:03] Samuel Chappel: Je pense qu’un autre moment clé important, c’est à un moment on s’est rendu compte que on avait besoin d’élargir un petit peu et donc d’avoir plusieurs projets. Et de créer, dans l’écosystème, notre propre écosystème tu vois? On a une activité hyper cyclique. Souvent les gens me demandent « Ah oui, mais tu fais un festival pendant trois jours, qu’est-ce que tu fais le reste de l’année? » Ben oui, c’est quand même un an de travail (Michel Godart: Oui) pour arriver à sortir le festival.
[00:25:23] Michel Godart: Les gens ne voient pas ce qui se cache derrière.
[00:25:24] Samuel Chappel: C’est ça, exactement. Et ça ben c’est normal, on ne se rend pas toujours compte du boulot de son voisin. Mais on s’est quand même rendu compte qu’il y a des périodes très intenses, donc pour le personnel c’était compliqué, les gens étaient un peu à mi-temps. Enfin je veux dire, on avait un truc un peu instable, tout était dépendant de la météo à 100 % et on s’est dit « Ben, est-ce qu’on n’aurait pas intérêt à avoir d’autres projets, d’autres événements, à d’autres moments de l’année ».
La casquette de multi-entrepreneur
[00:25:41] Michel Godart: C’est là où on vient à la casquette Multi-entrepreneur?
[00:25:43] Samuel Chappel: Voilà. Et puis aussi, cette envie, parce que tu en parlais tout à l’heure, mais tu vois de cette question de simplement faire des concerts l’un après l’autre. Nous ça ne nous intéresse pas, ce qui nous intéresse ce n’est pas de faire que de la logistique et, ce qui nous intéresse c’est de ré imaginer…
[00:25:54] Michel Godart: C’est pas une machine de guerre, c’est de l’humain.
[00:25:55] Samuel Chappel: C’est de l’humain, et c’est aussi d’avoir toute cette créativité derrière. Pour nous, le festival est un spectacle en soi, c’est-à-dire qu’il y a (Michel Godart: C’est votre cachet quoi) toute une réflexion autour. Il y a un cachet, il y a une expérience globale. On veut surprendre le public chaque année via ce qu’on propose, c’est pas que de la programmation.
La créativité et continuer à surprendre
[00:26:08] Michel Godart: Ce n’est pas compliqué ça? Parce que c’est un défi quand même? Chaque année surprendre
[00:26:12] Samuel Chappel: C’est très gai, c’est ce qui nous motive et nous amuse.
[00:26:14] Michel Godart: Tu t’inspires parfois d’autres endroits?
[00:26:16] Samuel Chappel: Oui, et puis ça fait 20 ans. Je veux dire, c’est un événement qu’on connaît par cœur et on est toujours en mouvement en fait.
[00:26:20] Michel Godart: Et on peut se réinventer malgré 20 ans?
[00:26:21] Samuel Chappel: On doit je pense, je pense que c’est une des raisons pour laquelle on est encore là aujourd’hui c’est que, si tu regardes maintenant et il y a cinq ans, je ne vais pas dire tu ne reconnais pas le festival parce que tu vas ressentir les mêmes ondes mais c’est…
[00:26:30] Michel Godart: Il y a l’ADN qui est là.
Des idées absurdes qui deviennent des moments forts
[00:26:31] Samuel Chappel: L’ADN est là, il y a des points communs, mais il y a aussi énormément de nouveautés, c’est ça qu’on adore, il y a une équipe qui amène cette créativité. On s’est dit par exemple à un moment, je te parlais de l’aspect très familial, il y a plein d’enfants qui couraient partout, et on commençait un peu à avoir les retours de gens qui disaient « Ouais mais bon, c’est cool les enfants mais ce serait chouette qu’on ait un endroit un peu ».
[00:26:49] Michel Godart: Plus privé pour les adultes?
[00:26:50] Samuel Chappel: Ouais voilà, entre adultes quoi. Et à ce moment-là, on s’est dit on va créer un endroit pour les adultes. Et on s’est dit on va créer dans les bois un bar, on va reconstituer un bar. Et on veut que ce soit un endroit drôle quoi, tu vois où les gens s’amusent et sont hyper relax. On a créé un endroit qu’on a appelé le troquet et où on s’est dit « On a envie que ce soit un bar décalé dans les bois ». On a créé un décor, qui est un vieux bar des années 80 tout pourri, et on voulait que les gens se sentent comme dans un vieux bar. Et on a réfléchi qu’est-ce qu’on pourrait proposer comme activité super décalée là-dedans? Il y a tout de suite des gens de l’équipe qui ont dit « Ben nous, ça nous motive à fond, on va gérer ce bar et cet endroit ». Ils ont commencé à se déguiser, à donner un ton au truc, et on a créé un endroit qui, année après année, est devenu très iconique chez nous, qui est ce troquet. Qui est un endroit maintenant propose des sosies de stars, tu as un sosie de Johnny ou de Céline Dion qui viennent (Michel Godart: Ah ouais donc ça évolue quoi en fait) voilà, ça évolue. Et les gens, c’est un des endroits qui est le plus rempli du festival.
[00:27:41] Michel Godart: Ben tu me donne envie d’y aller hein?
[00:27:43] Samuel Chappel: Alors que c’est un endroit totalement absurde, mais les gens rigolent et c’est… C’est Juste drôle quoi (Michel Godart: Ouais). Et c’est drôle sans se moquer, c’est drôle parce que les gens lâchent tout et sont en mode autodérision d’eux-mêmes aussi. Et on est dans un truc très, voilà, on ne se prend pas la tête, et on se sent bien, et on rigole avec quand même tout un travail derrière pour rendre ça possible. Et donc voilà, ça c’est un exemple d’un truc qu’on a mis en place, et puis l’année suivante on va se dire « Ah maintenant on a envie de faire un truc plus pour les familles », et on va créer autre chose. Donc voilà, chaque année, il y a des défis qu’on se fixe parce qu’on a envie d’améliorer et de polir le diamant quoi.
Les défis récurrents
[00:28:11] Michel Godart: Il y a encore des challenges qui sont récurrents, qui vont toujours rester? Bon, les finances j’imagine?
[00:28:15] Samuel Chappel: Ben ça c’est le premier challenge hein c’est sûr. Ça reste évidemment toujours stressant, quand on parle de LaSemo, le festival dure trois jours donc ça veut dire qu’on fait beaucoup de notre chiffre pendant trois jours. On doit être sûr qu’il ne fasse pas trop mauvais, il y a quand même 15-20 000 personnes (Michel Godart: On est en Belgique hein, quoi!) par jour. Il faut gérer aussi potentiellement, oui, la météo mais aussi des problèmes de sécurité, de flux de personnes. Enfin il y a plein de choses, de mobilité, il y a plein de choses dans tous les sens donc beaucoup de raisons d’être stressé et…
[00:28:38] Michel Godart: Et vigilant à la fois.
[00:28:39] Samuel Chappel: Et Voilà. Donc il y a des défis qui sont à la fois techniques, logistiques, financiers. Il y a aussi des défis de continuer à se réinventer, à s’adapter aux nouvelles réalités qui changent. Donc les défis, c’est pas ce qui manque dans notre métier.
Le défi de raconter l’âme de LaSemo
[00:28:49] Michel Godart: Est-ce qu’il y a pas un défi de la com? Quand je t’entendais en presse ou à la radio, à la télé, c’est toujours court. Quand je t’entends aujourd’hui dans ce podcast, je découvre un univers dont je n’avais même pas conscience. C’est frustrant peut-être quand on a tant de valeurs à partager, tant de choses à dire, avoir très peu de temps d’antenne. Est-ce qu’il t’arrive parfois d’avoir le temps de te poser comme aujourd’hui, de pouvoir aller plus en détail?
[00:29:07] Samuel Chappel: C’est beaucoup trop rare, c’est vrai que ce média permet, et ça c’est extraordinaire parce que… Tu sais c’est un truc qu’on remarque depuis le début, en fait LaSemo c’est un projet qui est très compliqué, qui est plein d’aspérités (Michel Godart: Ben oui), qui est plein d’âmes et… Autant c’est facile de dire cette année, on aura Julien Doré, Nile Rodgers & CHIC, Xavier Rudd, et cetera. La programmation, ça les gens, ils connaissent l’artiste, ils aiment, ils n’aiment pas, ils écoutent. « Ah ok, je vais acheter ma place », très bien. Mais tout le reste, tout ce qui est derrière, le supplément d’âme, ça, on a besoin de temps pour le raconter. Et souvent, c’est un truc qui est très difficile à raconter en quinze secondes sur les réseaux sociaux, en une interview média, en…
Un projet plus vaste qu’il n’y paraît
[00:29:42] Michel Godart: Je vais aller plus loin, on avait prévu 30 minutes d’interview maximum, pour moi on n’est même pas au tiers de l’interview, il y a tellement de choses à dire. Je prends conscience avec toi dans cet échange, que LaSemo, et ce n’est pas pour te lancer des fleurs, c’est bien plus vaste qu’un simple projet. Et quand tu me dis Multi-entrepreneur, j’ai presque envie de te demander mais comment tu fais? Parce que déjà, rien que ce que tu me racontes là et l’ampleur du projet, j’ai l’impression qu’il ne reste plus de place du tout pour d’autres projets. C’est quoi les autres projets? Tu peux en dire rapidement un mot quand même?
Une équipe permanente
[00:30:05] Samuel Chappel: C’est surtout la chance d’avoir une belle équipe qui travaille avec beaucoup de passion. Tout seul (Michel Godart: Vous êtes combien), évidemment, j’en serais pas capable. On est une petite vingtaine à travailler au bureau donc (Michel Godart: Vous avez trois bureaux ici si je compte), voilà on a trois bureaux, on est entre 15 et 20 à travailler toute l’année.
[00:30:18] Michel Godart: C’est quand même une sacrée équipe.
Le rôle clé des bénévoles toute l’année
[00:30:19] Samuel Chappel: Oui, c’est une belle équipe. Et alors en plus, dans le cadre de LaSemo, on a une centaine de bénévoles qui sont actifs toute l’année
[00:30:25] Michel Godart: Une centaine de bénévoles?
[00:30:26] Samuel Chappel: Qui gèrent des budgets, des animations, des activités, des éléments logistiques, etc. Et donc ils ont vraiment une responsabilité importante, qui est suivie, accompagnée par, et donc très formatrice aussi hein je pense. Mais qui amène aussi beaucoup d’âmes parce que c’est tous des gens qui prennent congé pour venir construire le festival, etc. Et qui donnent leur cœur, leurs tripes dans ce projet, donc une centaine pendant l’année. Et puis pendant le festival, on a à peu près 1000 bénévoles qui là vont tenir un bar, gérer un atelier.
[00:30:52] Michel Godart: 1000 bénévoles?
[00:30:53] Samuel Chappel: Oui. Et qui là vont travailler quelques heures en échange d’un ticket. Et puis on a encore des centaines de prestataires techniques, sécurité, catering, etc, etc. (Michel Godart: C’est phénoménal quoi) C’est plusieurs milliers de personnes qui travaillent sur le festival. Mais voilà, tout ça est possible parce que on a construit un projet, je pense assez solide, avec des équipes super compétentes, super passionnées, que ce soit au bureau tous les jours ou les bénévoles d’un peu plus loin. Tout ça donne cette âme au projet avec son histoire et évidemment aussi son public, ses festivaliers.
LaSemo, la graine en espéranto
[00:31:16] Michel Godart: Tu récolte les fruits de ce que tu as semé quoi?
[00:31:19] Samuel Chappel: Oui, c’est un bel exemple, parce que LaSemo ça veut dire la graine en espéranto (Michel Godart: Ouais) donc effectivement.
[00:31:23] Michel Godart: Ce n’est pas innocent, je fais la métaphore.
[00:31:24] Samuel Chappel: C’est ça qu’on a envie de raconter avec LaSemo, qu’on a envie de planter quelque chose au sommet, et on espère que ça va germer dans les esprits et les cœurs des gens.
Garder l’âme de LaSemo dans le futur
[00:31:32] Michel Godart: Alors justement, tu dis on espère que ça va germer. J’ai envie de te demander, c’est quoi le futur de LaSemo dans cinq ou dix ans?
[00:31:38] Samuel Chappel: Le futur de LaSemo c’est vraiment de garder son âme, de garder cet ADN, de garder ces valeurs.
[00:31:43] Michel Godart: C’est essentiel.
[00:31:44] Samuel Chappel: Mais de continuer à proposer des nouveaux contenus, des nouvelles offres artistiques. On est très bien dans ce parc d’Enghien.
[00:31:50] Michel Godart: Et une ambition de grandir et d’être multiple, et d’être dans d’autres endroits dans le futur?
[00:31:53] Samuel Chappel: Pas spécialement, non. En tous cas pas (Michel Godart: Plutôt pérenniser ce qui est présent) pour le projet de LaSemo mais on a encore d’autres idées, d’autres envies pour proposer des nouveautés, des nouveaux lieux du parc qui nous touchent. Qui génèrent une chouette émotion chez nous et à qui on a envie de dire « Ben là, on a envie de proposer un nouveau truc aux gens » parce que ça nous fait rire, parce que ça nous donne la chair de poule, parce que ça, voilà, on a envie de partager ces émotions avec le public, et donc, on a effectivement des idées de nouveaux éléments à proposer pendant les prochaines années. Ça, c’est encore un peu secret évidemment, il faut garder (Michel Godart: On va tout dévoiler…) un peu de mystère pour le public (Michel Godart: On ne va pas tout dévoiler). Mais à côté de ça il y a aussi, parce que c’est vrai qu’on n’a pas encore réussi à en parler maintenant, mais d’autres projets!
D’autres projets au-delà du festival, EventChange
[00:32:26] Michel Godart: Je suis aussi allée dans un de vos spectacles au Cabaret, au Tour et Taxis, on peut en parler aussi. Donc voilà, je te laisse un peu nous dire ce que vous faites d’autre, rapidement.
[00:32:34] Samuel Chappel: On a eu envie de créer d’autres projets pour, comme je le disais tout à l’heure, occuper un petit peu toute l’année et avoir des activités à d’autres moments de l’année. Et puis aussi par défi, pour changer, pour ne pas faire toujours la même chose. Donc on a eu, au cours de notre parcours, plusieurs projets, plusieurs événements, parfois pour une, deux ou trois années et d’autres pour plus. Et donc, pour l’instant, les trois autres projets principaux sur lesquels on travaille, c’est d’abord « Event Change », qui est un projet qui n’est pas un événement là, qui est destiné aux professionnels, et dont le but est vraiment d’accompagner la culture, le secteur touristique, le secteur événementiel dans sa transition vers plus de durabilité (Michel Godart: Waouh). Et donc on donne des formations, on organise chaque année un forum de la culture durable aussi, on accueille plusieurs centaines de professionnels.
[00:33:13] Michel Godart: Je vais devoir te réinviter dans notre podcast sur l’environnement alors hein? Là tu me tend la perche.
[00:33:17] Samuel Chappel: Il y a beaucoup de choses à raconter. L’objectif c’est de partager d’abord ce qu’on a appris (Michel Godart: Oui) dans le cadre de LaSemo et maintenant ça va beaucoup plus loin parce qu’on a trois personnes qui sont à temps plein sur ce projet-là (Michel Godart: Ah oui quand même). Et qui donc, font des rencontres partout, découvrent tout ce qui se fait de mieux partout en Europe, et peuvent nourrir nos projets.
[00:33:31] Michel Godart: C’est destiné aux milieux culturels?
[00:33:32] Samuel Chappel: Culturels, événementiels, touristiques, oui c’est ça (Michel Godart: D’accord). Avec plein de dispositifs différents. Mais c’est aussi, enfin il y a des fiches qui sont disponibles gratuitement sur le site d’EventChange, qui peuvent servir à des gens qui organisent aussi leur petits événements ou leurs mariages ou quoi, tout ça est accessible. Alors ça, c’est un projet un petit peu « à part », parce que (Michel Godart: Ok) c’est pas un événement.
Namur en mai et la force des arts de rue
[00:33:50] Michel Godart: Mais il mérite d’être cité pour ce que vous faites.
[00:33:51] Samuel Chappel: C’est un magnifique projet, qui nous tient évidemment très fort à cœur. Il y a un autre événement qui s’appelle « Namur en mai », qui est le Festival des arts forains, donc un festival d’arts de rue, Cirque, théâtre qui se déroule le week-end de l’Ascension, à Namur. Donc on a plusieurs centaines de spectacles gratuits dans les rues, et payants dans des cours et jardins, là on est vraiment dans du cirque, dans de l’art de rue. Et ce qui est génial dans ce projet, c’est que on va toucher les gens qui se baladent dans leur ville, qui vont faire du shopping, qui sortent de leur boulot et on va toucher, les toucher dans leur cœur de nouveau puisque le spectacle se déroule sur une place au milieu de la rue. Et avec des spectacles qui sont très universels, quand on parle de cirque ou d’art de la rue, ce sont des spectacles qui sont faits pour toucher les gens, pour accrocher. Et donc on a un truc qui est très, très fort aussi, parce que l’artiste se met totalement à poil dans le sens : il est dehors, il peut pleuvoir (Michel Godart: Et ils s’implique). Il pleut, tu peux avoir des gens qui se lèvent, des lumières différentes, des bruits dans la ville, l’artiste prend ce risque-là et le public le sent tout de suite, il y a un truc très fort et très magique.
La 30e édition de Namur en mai
[00:34:45] Michel Godart: Et cette année, ce sera peut-être là avec le PodiBUZ
[00:34:47] Samuel Chappel: Se sera un grand plaisir. Ça va être la 30ᵉ édition mais nous on l’organise depuis dix ans, donc c’est un festival qui a été porté d’abord par d’autres, dont on a repris l’organisation parce qu’il avait périclité pour des raisons financières. Donc depuis 2016, on organise, et c’est aussi un événement magnifique (Michel Godart: Namur en mai) qui réunis plusieurs centaines de milliers de personnes.
Cap sur Bruxelles et le Magique Cabaret
[00:35:02] Michel Godart: Mais on n’a pas parlé de Bruxelles encore?
[00:35:03] Samuel Chappel: Et alors effectivement, il y a actuellement aussi le cabaret, donc Magique Cabaret.
[00:35:07] Michel Godart: J’ai adoré quoi (Samuel Chappel: Oui?), j’ai adoré. Ah oui franchement (Samuel Chappel: Ah ben super), je suis allé en famille avec mon épouse et ma fille, on est resté scotché. Et franchement tu nous as réconcilié avec le milieu du spectacle (Samuel Chappel: Ah ben ça me fait plaisir). J’avoue que j’ai passé un de mes meilleurs moments depuis très, très longtemps, franchement c’était waouh! Et alors il y a ce cachet, comme tu dis, de… C’est une touche artistique totalement différente quoi, c’est une approche totalement différente. Je n’ai pas les mots, j’ai vécu un moment unique, en fait j’ai pas d’autres mots que ça. Donc je te donne (Samuel Chappel: Ben génial parce que c’est…) le feedback en direct.
[00:35:30] Samuel Chappel: Non mais ça fait super plaisir et c’est vraiment le but, c’est de réconcilier, tu sais il y a beaucoup de gens qui passent pas la porte d’un théâtre, qui vont pas…
[00:35:36] Michel Godart: Oui, voilà. Et puis c’est convivial, on peut consommer, on peut avoir une petite assiette (Samuel Chappel: Voilà) d’amuse-bouche, on a un petit verre. Vraiment c’est Chill quoi!
[00:35:42] Samuel Chappel: Ici c’est un spectacle qu’on veut super, à la fois accessible et à la fois touchant, on est sur plein de disciplines différentes : il y a du chant, il y a de la danse, il y a du cirque évidemment. On est dans un cabaret, un vrai chapiteau qui date de 1900 hein? De, il a plus d’un siècle.
[00:35:54] Michel Godart: Qui est au sein de…
[00:35:54] Samuel Chappel: Qui est un chapiteau en bois, dans la gare maritime de tour et taxis. Donc il y a une super âme aussi. Et puis là on crée un spectacle chaque année sur mesure, qui s’appelait le Cabaret Secret. Cette année-ci, il abordait la question des rêves et l’importance de rêver, et on est en train de préparer évidemment le spectacle suivant pour l’année prochaine.
Un spectacle qui touche toutes les générations
[00:36:10] Michel Godart: Je recommande à tous les auditeurs et auditrices qui nous écoutent, allez-y c’est unique, je vous garantis. C’est vraiment ce mélange, je dis il y a du cirque, il y a du spectacle, du chant, c’est touchant. Tu vois en fait, comme tu l’as dit, c’est les émotions. Ces artistes-là, en tous cas ce jour-là où moi je suis allée, ils ont touché le cœur, unanimement, de toute la famille, quel que soit l’âge tu vois? Donc franchement waouh réussi!
[00:36:28] Samuel Chappel: J’ai plus besoin de parler, c’est bon là? – Rires – Non mais c’est un des trucs que moi je trouve génial dans ce spectacle, c’est que en fait, on a des séances l’après-midi, et d’autres le soir. Tu vois souvent l’après-midi il y a des gens qui viennent en famille, avec des enfants trois, quatre, cinq, six ans. Les enfants adorent, ils sont scotchés, les parents aussi, etc. Et puis le soir, tu as parfois des personnes âgées, des gens qui viennent en couple, entre amis, qui, avec le même spectacle, vont être touchés aussi, je trouve ça génial.
Repenser l’existant pour toucher autrement
[00:36:51] Michel Godart: Tu rentres dans aucun cliché (Samuel Chappel: Non c’est vrai). T’es pas dans un cliché pur cirque, t’es un mélange. C’est ce mélange qui est magique, et la façon dont vous l’harmonisez c’est quand même, ouais c’est surprenant quoi. Je me dis, ben il y a quand même des grosses têtes derrière pour penser tout ça.
[00:37:02] Samuel Chappel: En tous cas, ce genre d’alchimie qu’on adore, essayer de repenser des choses qui… Les spectacles ça existe depuis toujours, les cirques ça existe depuis toujours, les festivals ça existe depuis longtemps et on… repenser ça!
[00:37:10] Michel Godart: Est-ce que c’est revenir à du bon sens?
[00:37:11] Samuel Chappel: Je ne sais pas s’il est bon ou mauvais mais c’est en tout cas se ré approprier des codes qui existent depuis longtemps, pour essayer de les re proposer d’une manière qui, selon nous, va toucher les gens, va toucher des gens qui nous ressemblent ou qui ne nous toucheraient peut-être. Tu sais, tout fonctionne comme ça par habitude hein? Il y a des choses qui fonctionnent, on reproduit, reproduit, reproduit, d’année en année la même chose. Ici nous notre envie elle est tout à fait autre, c’est simplement de se dire « Maintenant on s’arrête, on prend quelque chose qui existe, on le redigère, on le repense, comment on peut le réinventer pour toucher autrement les gens? »
[00:37:39] Michel Godart: Il y a la zone de confort, et tout ce qu’on rajoute au-dessus quoi?
[00:37:41] Samuel Chappel: Voilà. Et c’est ça qui nous passionne, c’est peut-être un peu de la folie parfois mais, il en faut non?
[00:37:45] Michel Godart: Alors moi je dis toujours : il y a deux types de personnes qui font changer le monde, il y a les fous et les utopistes. Moi je fais partie un peu des deux – Rires.
[00:37:52] Samuel Chappel: Je pense être bien dans les deux aussi, oui.
Le message de Samuel aux auditeurs et auditrices
[00:37:54] Michel Godart: C’est pour ça qu’on s’entend bien. Alors Samuel, moi j’aimerais te consacrer encore beaucoup plus de temps, parce que j’ai le sentiment qu’il y a une frustration qui s’installe. Il y a tellement de choses à dire. Est-ce qu’il y a un message que tu voudrais quand même donner aux auditeurs et aux auditrices avant qu’on ne passe à nos questions RH?
[00:38:06] Samuel Chappel: Je n’aime pas donner des leçons, etc. Mais je pense que le meilleur conseil que je pourrais leur donner, c’est de venir à LaSemo, de venir à Namur en mai (Michel Godart: S’inspirer), ou de venir découvrir le spectacle. Ou d’aller voir des spectacles, des concerts, d’être curieux en fait simplement, je pense que cette curiosité, on en manque parfois. On est installé dans un confort, y compris culturel, à se dire « Je vais me taper devant Netflix ou Disney+ ». Et en fait, là, on est dans des séries ou quoi qui sont ultra formatées, qui sont pensées (Michel Godart: Ce n’est pas la même émotion) pour ne pas nous faire réfléchir.
[00:38:32] Michel Godart: Oui. Ce n’est pas la même émotion (Samuel Chappel: Voilà) du tout, ouais d’accord.
[00:38:34] Samuel Chappel: C’est un vrai effort aujourd’hui de quitter son canap, de prendre un babysit, ou de prendre ses enfants avec pour vivre ça, mais je pense qu’on en est fort récompensé quand on le fait.
LaSemo comme source d’inspiration pour les entreprises
[00:38:42] Michel Godart: Est-ce que c’est un modèle LaSemo que tu pourrais te dire « Ben même si on sort du secteur d’art du spectacle, ce qu’on fait pourrait inspirer des entreprises sur certains aspects »?. Il t’est déjà arrivé d’avoir ce genre de pensée?
[00:38:51] Samuel Chappel: Ben j’espère oui. En fait tout projet est source d’inspiration pour quelqu’un qui est ouvert, qui est passionné
[00:38:55] Michel Godart: Qui soit curieux, un minimum curieux.
[00:38:57] Samuel Chappel: Qui est curieux. Je suis certain qu’un entrepreneur qui vient à LaSemo, il va trouver plein d’idées pour sa boîte. Comme moi quand je vais acheter un sandwich quelque part, ça me donne des idées pour LaSemo aussi, je veux dire…
[00:39:06] Michel Godart: Si tu es observateurs un minimum, oui voilà.
[00:39:07] Samuel Chappel: C’est une question de curiosité et d’ouverture mais il y a énormément de choses qui sont pensées, et en fait, au premier regard, tout semble fluide et tout semble facile. Et quand on creuse un peu, on se dit « Ah oui, ils ont quand même pensé à ça ». Moi c’est en tout cas ce que je fais quand je vais sur d’autres événements, je n’arrive plus à vivre un événement en tant que public, c’est mon métier, c’est normal. Je suppose que le boulanger, il ne sait plus manger un pain sans se dire qu’il manque un peu de sel.
[00:39:27] Michel Godart: Ou, quand t’es serveur comme moi dans l’Horeca pendant un certain temps, moi ma femme elle m’emmène plus au restaurant (Michel Godart: Voilà c’est ça), elle déteste que j’y aille parce qu’elle dis « Tu vas tout critiquer ».
[00:39:33] Samuel Chappel: Voilà. Ben ici c’est la même chose mais je trouve ça fascinant de décoder quoi! Comment on nous amène quelque chose qui nous fait du bien?
Qu’est-ce qu’un bon RH ?
[00:39:39] Michel Godart: Alors j’entends bien que l’humain c’est ton cœur qui parle, et que ça te touche beaucoup, et que c’est ta priorité, c’est 90% de qui tu es toi. De ce que je ressens, c’est le feed-back direct que je te donne. Et c’est improvisé, je rappelle cette interview il n’y a rien de préparé. Et dans ton rôle, dans tes rôles multiples, recruter, ça fait partie de tes fonctions? Où tu passes par un bureau de recrutement, tu passes par des externes?
[00:39:55] Samuel Chappel: Alors je l’ai fait. Maintenant, c’est surtout certains de mes collègues qui s’en occupent.
[00:39:58] Michel Godart: Alors j’ai envie de te demander c’est quoi un bon RH pour toi?
[00:40:01] Samuel Chappel: C’est une bonne question, je pense que c’est pas moi en tout cas. Je sais pas si ça répond à la question mais je crois que c’est quelqu’un qui peut à la fois écouter, observer et réussir à garder un cadre. Et je trouve que c’est un équilibre qui est pas facile.
[00:40:13] Michel Godart: C’est ça qui te paraît difficile par rapport à toi?
[00:40:15] Samuel Chappel: Non moi je pense que ce qui est difficile par rapport à moi, c’est que je suis quelqu’un de passionné et d’excessif donc…
[00:40:19] Samuel Chappel: Tu attends la même passion que toi?
[00:40:20] Samuel Chappel: En tout cas je suis naturellement déstabilisée de ne pas la voir. Et donc voilà je dois…
[00:40:24] Michel Godart: Je comprends, tu peux même pas t’imaginer.
[00:40:26] Samuel Chappel: Je ne l’attends pas parce que je sais que c’est pas, enfin j’ai appris que ce n’était pas normal de l’attendre.
[00:40:30] Michel Godart: Pas donné à tout le monde en tous cas.
[00:40:31] Samuel Chappel: Oui, mais même que c’est pas ça non plus. On a pendant des années tous travaillé comme des malades pendant des horaires de fou, mais c’est pas comme ça que tu construis une équipe, c’est pas comme ça que tu construis une boîte. Les gens à un moment ils ont besoin d’équilibre, ils ont besoin de vieillir, d’avoir une famille, de trouver des équilibres comme ça…
[00:40:44] Michel Godart: C’est une magnifique prise de conscience ce que tu dis là!
[00:40:46] Samuel Chappel: Et ça on l’a appris petit à petit et donc, on a adapté les réalités de l’entreprise au niveau RH à ça, au fait que les gens devaient travailler un nombre d’heures plus raisonnable, que oui il y a des moments où il travaillait beaucoup, mais du coup il faut un peu rattraper à d’autres moments.
[00:40:58] Michel Godart: Il faut compenser.
[00:40:59] Samuel Chappel: Voilà, il faut compenser, il faut la confiance. Pour moi la clé c’est vraiment d’avoir des personnes, en tout cas moi j’adore travailler avec des gens qui sont autonomes, qui comprennent les enjeux, qui comprennent les projets et en qui je sais que je peux avoir confiance parce que ce qu’ils vont faire, même si c’est pas exactement comme moi je l’aurais fait, ils le feront avec intelligence et avec cœur, et donc ce sera bon pour le projet quoi.
[00:41:16] Michel Godart: Je retiens le mot-clé, que tu as cité deux fois, qui est la confiance, et elle est très importante.
[00:41:20] Samuel Chappel: Ben c’est indispensable. Et en fait, tu sais la première année peut-être de LaSemo, tout devait passer par moi, mais sur un projet comme ça, tu te rends compte c’est impossible
[00:41:26] Michel Godart: Tu ne peux plus suivre, ben non!
[00:41:27] Samuel Chappel: T’as tellement de choses qui se passent à un moment très réduit que tu es obligé de déléguer, de lâcher du lest. Et je remarque, c’est un truc qui est hyper difficile, ça l’a été pour moi mais il y a longtemps que ça ne l’est plus. Mais même pour mes collègues qui parfois ont plus de responsabilités, c’est vraiment difficile de se dire en fait…
[00:41:42] Michel Godart: Parfois je dis que tout passionné a du mal de déléguer.
[00:41:44] Samuel Chappel: C’est ça (Michel Godart: Oui), je crois que c’est vrai (Michel Godart: Oui). Et pourtant c’est un indispensable pour y arriver.
[00:41:48] Michel Godart: C’est un élément clé en tout cas.
[00:41:49] Samuel Chappel: Sans ça, on se pète la gueule quoi.
Le moment « wow » dans un parcours
[00:41:51] Michel Godart: Alors deuxième question, c’est un moment fort, un moment wow! Dans ta carrière, ton parcours, un moment où tu te dis « Waouh! Alors là, je m’assois, je suis épaté ». Et si t’as jamais connu ça, qu’est-ce qui te donnerait ton effet waouh!?
[00:42:00] Samuel Chappel: Bah franchement, j’en ai chaque année je veux dire. Chaque année je suis ému, je suis touché, soit devant un spectacle, soit en voyant l’événement qui se déroule et… Tu sais, tu cours, tu cours et puis à un moment tu t’arrêtes, tu te dis « Mais en fait c’est incroyable quoi ». Pour moi, c’est une magie et c’est un truc tu te dis « Mais comment ça se fait? Je veux dire, tout se passe si bien, tout est si fort ». Et oui, ça m’arrive d’en pleurer. Les premières années, enfin pendant longtemps, à la veille de chaque événement je vomissais quoi (Michel Godart: C’est vrai?): de stress, de pression, c’est très lourd.
[00:42:26] Michel Godart: Tu prenais tout sur toi?
[00:42:27] Samuel Chappel: Je prenais en tout cas beaucoup sur moi, je le sens encore hein maintenant. Mais j’ai appris à prendre un peu de la distance par rapport à ça. Oui, j’avais vraiment, j’en vomissais quoi simplement. Et du coup c’est vécu très intensément tous ces moments-là, qui sont très forts, très stressants, très durs, et du coup…Très beaux.
[00:42:43] Michel Godart: Ouais parce que c’est presque le miroir de l’émotion que tu provoques (Samuel Chappel: Oui), il revient vers toi en fait.
[00:42:46] Samuel Chappel: Ah ben oui, il y a de ça et du stress que tu as vécu et du « Ça ira jamais » qui en fait, finalement, « Ben oui ça fonctionne ». Donc tout ça, oui, tu sais moi quand je vois, tu parlais du Magic Cabaret, quand je vois à la fin du spectacle le public qui se lève et qui applaudit, j’en ai la chair de poule, je peux en pleurer alors que c’est la 15ᵉ fois que je le vois tu vois? Donc il y a…
[00:43:03] Michel Godart: Je t’avoue que moi j’avais les larmes aux yeux et que rien que d’en parler j’ai encore les larmes aux yeux, et que si j’y retourne je les aurai encore. (Samuel Chappel: Ben je te le souhaite)… D’ailleurs
[00:43:08] Samuel Chappel: Je te le souhaite.
Où retrouver les différents projets
[00:43:09] Michel Godart: Je suis le premier à aller te voir après pour demander, je vais y retourner, je vais prendre les dates. Les gens passionnés sont passionnants, tu le sais, j’ai envie de te demander que tu donnes aux auditeurs et auditrices une URL pour aller voir plus d’infos, ce serait laquelle? Parce que comme il y a plusieurs projets, le mieux c’est d’aller où?
[00:43:23] Samuel Chappel: Tous les projets sont chouettes, moi je dirais : trois w point pastoo, p.a.s.t.o.o point be, qui est un peu la structure faîtière. Sur le site de Pastoo vous verrez le lien vers tous nos autres projets…
Message final aux patrons, RH et entreprises
[00:43:33] Michel Godart: Tous les autres projets sont là (Samuel Chappel: Actuels), voilà c’est important. Et, dernier, pour conclure cette interview, un message que tu aurais envie de dire à tous les auditeurs et auditrices, patrons, entreprise, RH qui nous écoutent?
[00:43:41] Samuel Chappel: Ben j’espère qu’ils ont la chance d’être aussi passionnés, d’être aussi animés par ce qu’ils font. Et puis, s’ils ont envie, les portes nous sont toujours ouvertes pour des chouettes collaborations, que ce soit autour de l’un (Michel Godart: Est-ce qu’ils peuvent…) ou plusieurs de nos projets
[00:43:51] Michel Godart: Ils peuvent faire des dons, fonctionner sur du support de LaSemo, ils pourraient l’anticiper?
[00:43:55] Samuel Chappel: Alors des dons non, mais par contre on a deux formules pour les entreprises, pour accueillir les entreprises, que ce soit pour le spectacle dont tu parlais à LaSemo, Namur en mai. On a plein de formules pour les entreprises parce que (Michel Godart: Ah mais c’est important d’en parler) c’est un beau moment à vivre (Michel Godart: Ben oui) avec ses collègues.
Formules pour les entreprises
[00:44:09] Michel Godart: Ah oui donc des formules pour les entreprises venir au spectacle (Samuel Chappel: Oui), mais ce qu’ils peuvent dire, « Ben tiens, on aimerait bien être sponsoriser par vous ».
[00:44:14] Samuel Chappel: Il y a moyen de sponsoriser aussi.
[00:44:15] Michel Godart: Ben oui parce qu’il y a des lieux, il y a des endroits où on peut être visible.
[00:44:17] Samuel Chappel: Bien sûr, mais ici par rapport à, comme on parle à des RH, ben je sais que c’est important aussi en tant que RH.
[00:44:23] Michel Godart: De team Event.
[00:44:24] Samuel Chappel: Voilà, de vivre des moments forts en équipe quoi. Et ce sont des événements qui le permettent et que ça coûte beaucoup moins cher qu’une augmentation donc…
[00:44:29] Michel Godart: C’est clair. Et en plus…
[00:44:30] Samuel Chappel: Et ça touche plus fort et plus longtemps je crois.
Les émotions comme moteur du lien collectif
[00:44:32] Michel Godart: C’est ça. Et les émotions, et les émotions il y a rien de tel pour faire de l’esprit d’équipe (Samuel Chappel: Ah c’est clair). C’est quand on vit des émotions fortes ensemble, tu regardes une bête émission de télé-réalité, quand tu vois les émotions qui se déclenchent entre les gens, tu sais que c’est ça qui fait du lien.
[00:44:43] Samuel Chappel: Bien sûr. Ça fait du lien, ça crée des souvenirs et ça, oui, je pense que c’est important, ça nourrit. Et puis avoir des employés heureux et bien dans leur tête et (Michel Godart: Ça nourrit aussi) dans leur cœur, c’est important.
Remerciements et clôture
[00:44:53] Michel Godart: Samuel, je te remercie infiniment (Samuel Chappel: Merci Michel). Tu m’as octroyé 1h au lieu d’une demi-heure, ça me touche beaucoup que tu me fais ce cadeau et cette patience que tu as avec moi. Je vais rappeler aux auditeurs et auditrices qu’ils peuvent également te contacter via un voicemail sur ce podcast dans le lien descriptif. Ils peuvent cliquer, ça enregistre leur voix, ils réécoutent, autant de fois qu’ils veulent et puis quand ils sont contents du résultat, ils mentionnent leur email et ils font envoyer. On reçoit le mail et on peut t’envoyer ce message avec une gratitude en remerciement, une question, une remarque, un feedback sur un spectacle pourquoi pas? Et on le partagera volontiers s’ils nous autorisent à le partager en public. On vous retrouve, Mesdames et Messieurs, pour de prochaines aventures podcast très bientôt. Et je vous rappelle, allez franchement vivre une expérience LaSemo, ça déchire! Mais aussi Namur en mai et aussi le cabaret, allez voir sur le site Pastoo point be, à bientôt!
[00:45:35] Michel Godart: Ce projet podcast est une initiative créé et proposée par l’ASBL « The Podcast Factory Org », avec le sponsor de « transforma bxl – Innovation playground », espace de coworking à Evere. Depuis janvier 2025, et pour cinq années, nous sommes aussi sponsorisé par « Plugin Company », notre opérateur de bornes et de cartes de recharge privilégié. « The Podcast Factory Org » est très fier d’être membre de « KAYA » – Coalition des Écopreneur et Écopreneures et de collaborer avec le « Love Health Center ». Vous retrouverez tous les épisodes de tous nos podcasts sur le site « What’s Your Story point be ». N’oubliez pas de vous abonner à notre chaîne YouTube @thepodcastfactoryorg, nous y proposons le podcast en format vidéo avec la transcription en sous-titres, en plusieurs langues.
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