« Yallah, je t’emmène » au festival PodBXL

Yallah, je t’emmène au festival PodBXL 2025

Replay PodBXL 2025 : « Yallah, je t’emmène » – Redonner des voix à celles et ceux que le bruit des bombes tente d’effacer.

Replay du festival #PodBXL – Épisode spécial “Yallah, je t’emmène” – Podcast #036 PodBXL

Notre répondeur Vocal pour laisser un message vocal à Marie ou à Méwaine en réaction à ce podcast « Yallah, je t’emmène » : ici

À PodBXL, notre engagement est simple : offrir une scène aux podcasteur·ices qui portent des récits que trop de médias taisent ou simplifient. Donner de l’espace aux voix humanistes, aux vécus complexes, aux histoires qui révèlent ce que l’on ne regarde plus. Et cette année, nous avons accueilli plus courageux que nous…

Marie et Méwaine, créateur·ices du podcast « Yallah, je t’emmène », ont traversé la Cisjordanie, le système de checkpoints, les risques de représailles et l’épuisement logistique pour rejoindre Bruxelles et participer à PodBXL. Leur présence était en elle-même un acte de courage, leur parole, un acte de résistance humaine. Leur podcast redonne des voix à celles et ceux que le bruit des bombes, des frontières, de la politique et du monde tente d’effacer. Et il rappelle, avec une dignité rare, que derrière les conflits, il y a des vies ordinaires, des gestes simples, des éclats de rire, des peurs, des paysages magnifiques, et surtout : une humanité qui refuse de disparaître.

Écouter la Cisjordanie à hauteur humaine :

« Yallah, je t’emmène » n’est pas un podcast sur la guerre, ce n’est pas un podcast de militantisme, ce n’est pas un podcast qui assène des vérités. C’est un podcast qui montre, qui laisse entendre, qui met à hauteur humaine.

Marie vit sur place, Méwaine est journaliste, ensemble, ils ont :

  • micro-tendu des récits de vie,
  • enregistré les ambiances des rues,
  • capté l’appel à la prière, les rires des enfants, les klaxons,
  • proposé un doublage pour que tout public francophone puisse comprendre,
  • recréé un univers sonore immersif permettant d’être « là-bas », sans filtre.

Ils ont choisi la pédagogie, pas l’injonction. L’explication, pas la confrontation. L’humain, pas le slogan… Et cela change tout.

Des routes qui tournent en rond, des vies qui avancent malgré tout :

Parmi les extraits partagés sur scène, un chauffeur de taxi explique que :

« Si on tournait à droite, on serait à Ramallah en quinze minutes. À cause du mur, il nous faut 1h30. Ici, on fait des cercles et des cercles, juste pour aller de droite à gauche. »

Ce quotidien, que les médias réduisent souvent à des chiffres, devient soudain tangible, compréhensible, incarné. Parce qu’on ne parle plus de géopolitique, on parle d’un trajet, d’une vie, d’une émotion. Et c’est là que leur podcast excelle : il ré-humanise ce que d’autres déshumanisent.

Soummoud : rester debout malgré tout :

Marie partage un mot que les médias occidentaux traduisent rarement : soummoud (صمود)

Un mot qui désigne :

  • la ténacité calme,
  • la force intérieure,
  • la capacité à vivre malgré l’oppression,
  • la dignité quotidienne,
  • le refus de disparaître.

« On peut vivre avec des nuages. On ne voit juste pas le soleil. »

Ce mot est l’âme du podcast. Et probablement l’un des moments les plus forts de leur intervention.

La Presse Belge ? Un silence éloquent

Nous avions contacté des rédactions :

  • « Deux podcasteur·ices viennent témoigner depuis la Cisjordanie. »
  • « Récits humains, immersion, journalisme, pédagogie. »

Aucune réponse, pas même un accusé de réception (une seule nous a invité à passer en radio,  planifié un rendez-vous, pour finalement annuler). Un silence non-politique, mais révélateur, un silence qui confirme que certains sujets continuent de faire peur, qui montre que l’humanité brute dérange plus que la polémique.

Ce silence fait partie du récit et le public l’a ressenti aussi, lors d’un moment suspendu où les mots manquaient.

Humanité, risques et courage :

Marie doit chaque fois passer les contrôles israéliens pour rentrer chez elle, leur podcast doit toujours éviter d’être qualifié de militant, ils doivent toujours penser à leur sécurité… et pourtant ils parlent, ils témoignent, ils donnent la parole aux Palestinien·nes. C’est cela, leur courage.

Pourquoi cet épisode compte pour PodBXL ?

Parce qu’il incarne tout ce que notre festival défend :

  • l’inclusion,
  • la compréhension mutuelle,
  • l’impact social,
  • le refus d’invisibiliser des vies,
  • le pouvoir du podcast comme média d’humanité.

Cet épisode n’est pas seulement un podcast, c’est un espace de dignité, un acte de présence et une main tendue entre les peuples.

« Yallah, je t’emmène » rappelle une évidence trop souvent perdue : nous nous ressemblons plus que nous ne nous opposons. Et tant que des voix continueront à témoigner, raconter, rire, expliquer, pleurer et résister : aucune bombe, aucun mur, aucune propagande ne pourra réellement les effacer.

Ce podcast, c’est aussi un hommage aux participantes du festival : relever le défi du live, devant un public engagé, n’est pas anodin. Chapeau à toutes celles et ceux qui ont osé partager leur parcours, et merci au public dont la présence et les questions ont enrichi la discussion.

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PodBXL ne s’arrête pas là : dès septembre 2025, la communauté continue de se tisser lors des soirées #podMeetup, chaque mois. Venez rencontrer, échanger, créer du lien entre podcasteurices engagé·es, autour de valeurs d’inclusion, d’environnement et de solidarité.

Plus nombreux nous serons, plus loin nous pourrons porter les voix de celles et ceux qu’on n’entend pas assez, plus puissant sera le média podcast et plus belle, plus riche sera notre communauté. Car, pour rappel, PodBXL est le festival POUR, PAR et AVEC les podcasteurices.
Un podcast proposé par The Podcast Factory Org, avec le soutien de transforma bxl & Plugin Company. Nous sommes membre de la coalition KAYA – Écopreneur·es, et partenaires du Love Health Center.

Liens utiles :

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🇳🇱 Nederlands

De volledige transcriptie van deze podcast is beschikbaar als ondertiteling in zeven talen (gegenereerd door AI): Frans, Nederlands, Duits, Engels, Spaans, Arabisch en Hebreeuws.


🇩🇪 Deutsch

Die vollständige Transkription dieses Podcasts ist als Untertitel in sieben Sprachen verfügbar (KI-generiert): Französisch, Niederländisch, Deutsch, Englisch, Spanisch, Arabisch und Hebräisch.


🇬🇧 English

The full transcript of this podcast is available as subtitles in seven languages (AI-generated): French, Dutch, German, English, Spanish, Arabic, and Hebrew.


🇪🇸 Español

La transcripción completa de este pódcast está disponible como subtítulos en siete idiomas (generados por IA): francés, neerlandés, alemán, inglés, español, árabe y hebreo.


🇦🇪 العربية (Arabe moderne)

النص الكامل لهذه الحلقة متاح كـ ترجمة نصية للفيديو بسبع لغات (تم إنشاؤها بواسطة الذكاء الاصطناعي): الفرنسية، الهولندية، الألمانية، الإنجليزية، الإسبانية، العربية، والعبرية.


🇮🇱 עברית (Hébreu moderne)

תמלול מלא של הפודקאסט זמין כ־כתוביות בווידאו בשבע שפות (שהופקו באמצעות בינה מלאכותית): צרפתית, הולנדית, גרמנית, אנגלית, ספרדית, ערבית ועברית.


Séquençage du podcast Yallah, je t’emmène :

  • [00:00:00] Briser la crainte de questionner.
  • [00:00:36] Le voyage de Ramallah à Bruxelles
  • [00:01:04] Ancrer la géographie dans le réel
  • [00:02:14] Sortir de Palestine selon son statut
  • [00:04:32] Pourquoi avoir choisi de vivre en Palestine
  • [00:05:12] Pourquoi ce podcast
  • [00:05:25] Écoute de l’intro du podcast
  • [00:06:04] L’apport journalistique de Méwaine
  • [00:07:17] La parole aux Palestiniens et Palestiniennes
  • [00:08:40] Le son comme fenêtre sur le réel
  • [00:09:37] L’ambiance comme témoin vivant
  • [00:10:18] Enregistrer le quotidien, sans filtre
  • [00:11:44] Rendre chaque voix compréhensible
  • [00:12:55] Extrait : le taxi et le mur
  • [00:14:19] La trame du podcast
  • [00:15:34] Soummoud, des racines et des ailes
  • [00:16:34] Quand 15 minutes deviennent 1h30
  • [00:17:44] Des images concrètes pour sentir
  • [00:18:31] Ramallah, la proximité devenue obstacle
  • [00:19:11] Pourquoi Marie aime la Palestine
  • [00:20:53] Parler de beauté dans la guerre
  • [00:22:50] Ce qui nous rapproche entre peuples
  • [00:24:56] Réactions des Palestinien·nes sur ce podcast
  • [00:26:03] Les risques réels de témoigner publiquement
  • [00:26:55] Des mails sans réponses, une presse fantôme ?
  • [00:27:59] Intervention : Trauma transmis entre générations
  • [00:30:36] Assumer le risque journalistique
  • [00:31:28] Leur premier souvenir de Palestine
  • [00:34:24] Une hospitalité palestinienne incomparable
  • [00:35:57] Vie quotidienne et poésie culinaire
  • [00:36:13] Intervention : place du politique
  • [00:40:10] Intervention : quand l’impunité prend place en silence
  • [00:43:19] Infobésité et déconnexion émotionnelle
  • [00:45:23] Réveiller l’empathie par l’humain
  • [00:46:45] Intervention: grosse différence entre Cisjordanie et Gaza
  • [00:50:01] La “paix” selon les accords d’Oslo et une normalité installée
  • [00:51:32] Intervention : récolter ce que l’on sème en tant que Colon
  • [00:52:59] Un colon “désendoctriné” témoigne
  • [00:54:50] Interroger la définition que chacun a de l’humanité
  • [00:56:01] Intervention et silence du public, silence du réel
  • [00:56:33] Remerciements pour le public et pour le festival
  • [00:57:20] Les risques pour Marie de revenir
  • [00:57:44] Clôture de l’épisode
  • [00:59:00] PodBXL : un travail collectif
  • [01:00:16] Soutenir les récits importants

La transcription du podcast Yallah, je t’emmène :

[00:00:00] Marie: J’espère qu’on va passer un bon moment ensemble déjà, et je vous invite à poser vos questions aussi librement que vous le voulez. Il n’y a pas de questions bêtes, je pense qu’on peut le dire, parce que la Palestine c’est un vaste sujet où je sais qu’il y a beaucoup de questions. Et que par le simple fait que j’habite en Palestine des fois ça pose aussi questions, donc sentez-vous libre de poser toutes les questions que vous voulez. Et après, mon voyage a été extrêmement long et je suis revenue exprès pour vous en réalité, normalement, normalement je reste un peu plus longtemps, mais mes parents sont très contents parce que du coup, je suis revenue plus tôt. Et j’ai, alors la question comment se passe le voyage de Ramallah à Bruxelles.

[00:00:36] Olaf: Comment ça s’est passé exactement pour toi?

[00:00:38] Marie: Et ben pour moi, je pense que c’est un très bon commencement et ça permet aussi de parler déjà un peu du podcast, parce que pour moi ce sera toujours différent que pour un Palestinien ou une Palestinienne. Donc mon voyage de Ramallah à Bruxelles, il s’est passé différemment de la manière dont il se passerait pour un Palestinien ou Palestinienne. Moi, j’ai trois options, si je veux sortir de la Palestine, de la Cisjordanie en particulier parce que le podcast parle de la Cisjordanie. Est-ce qu’on peut projeter la carte, s’il vous plaît? Parce qu’on va parler de géographie un petit peu.

[00:01:04] Marie: Alors, le grand triangle que vous voyez, c’est ce qu’on appelle Israël-Palestine en droit international. On a la partie Gaza dont on entend beaucoup parler en ce moment, évidemment, et il y a la Cisjordanie. Et la Cisjordanie, on en entend beaucoup moins parler dans les médias, et moi c’est là où j’ai vécu. Du coup, la ville que vous voyez, Ramallah, elle est à quinze kilomètres au nord de Jérusalem, et c’est de là que je suis arrivée. Et moi donc, j’avais trois options, sachant que c’était le moment de la guerre entre l’Iran et Israël à ce moment-là, c’est à dire que les espaces aériens étaient fermés, autre problématique. Je pouvais sortir soit par Tel-Aviv, donc la capitale israélienne, ce que je fais normalement, c’est le plus simple entre guillemets. Je peux aussi sortir par l’Égypte, ça c’est ce que j’ai fait cette fois ci, mais c’était la première fois. Donc on prend le bus jusqu’au sud du pays et on passe par l’Egypte, voilà, sharm el Sheikh, Le Caire, ça dépend. La troisième option, c’est Amman, la capitale jordanienne, donc à l’Est, et c’est la seule option qu’il y a pour les Palestiniens de Cisjordanie. Eux, ils n’ont pas d’aéroport en Cisjordanie et ils n’ont pas accès non plus au territoire israélien, donc ils passent systématiquement par la Jordanie. Est-ce que ça répond déjà un petit peu à la question?

[00:02:14] Olaf: Et donc toi, tu es sortie d’Egypte, et puis après tu as pris un vol pour Paris où enfin voilà quoi! (Marie: Exactement), tu étais dans le système normal. Et, si tu étais palestinienne, ça se serait passé comment?

[00:02:27] Marie: Ça se serait passé, en fait la question est pertinente en ce sens que elle pose la question de la liberté de mouvement des Palestiniens, et c’est un sujet central quand on parle des Palestiniens, que ce soit ceux de… En fait, il y a plein de manières d’être palestinien d’ailleurs, et nous on parle surtout des Palestiniens de Cisjordanie. Mais pour eux, déjà, de se mouvoir à l’intérieur de la Cisjordanie, c’est déjà un souci, parce qu’il y a beaucoup de barrages militaires israéliens. Il y a des routes pour les colons israéliens et les routes pour les Palestiniens, voilà, beaucoup de contrôle, on parle d’une région du monde qui est ultra militarisée. Beaucoup de caméras de surveillance par exemple, et ces barrages militaires israéliens parfois ils sont pas fixes, il y en a qui sont volants, ça veut dire que selon les jours et un peu au gré des ordres militaires, il n’y a pas les mêmes restrictions de mouvement pour les Palestiniens. Et donc ce qui se passe normalement en général, c’est si vous avez bien la carte, je ne sais pas si on voit Jéricho? Bon, ben vous voyez la mer Morte? C’est juste au-dessus, c’est là le point d’accès des Palestiniens pour avoir accès à un aéroport. Ils vont voyager de, peu importe où ils sont en Cisjordanie, que ce soit Jénine, Naplouse ou alors le Sud, Hébron, Bethléem, de Ramallah, ils vont tous aller vers ce point au-dessus de la mer Morte, près de Jéricho, on l’appelle le pont parce que c’est vraiment un pont. Et donc il faut qu’ils prévoient évidemment, s’il y a un checkpoint sur la route, s’il y a des contrôles, s’il y a des bouchons, à cause des checkpoints. Les checkpoints c’est les barrages militaires du coup. Et une fois qu’ils ont passé toute cette étape, ils arrivent à la frontière donc ils passent d’abord un contrôle palestinien, ça c’est une spécificité de cette frontière aussi. Ils passent d’abord un contrôle palestinien, parce qu’il y a quand même l’Autorité palestinienne qui existe, ensuite il passe un contrôle israélien puisque tout le territoire Israël-Palestine est contrôlé aux frontières par Israël, et le dernier qui passe, c’est les Jordaniens. Et une fois qu’ils sont sortis de là, ils vont dans la ville où ils veulent en Jordanie, mais en général si ils veulent venir chez nous en Europe, ils viendront depuis Amman voler vers Paris, Bruxelles, Naples, voilà. Donc long périple pour eux, alors que pour moi c’est beaucoup plus court parce que je n’ai pas les restrictions, ça je pense que c’est un point très, très, important dans le podcast, j’ai pas du tout, je suis une étrangère là-bas, mais j’ai beaucoup plus de droits et de privilèges que les Palestiniens eux-mêmes.

[00:04:32] Olaf: Merci beaucoup Marie. On parle bien de gens dont c’est le pays quoi, qui sont citoyens de ce pays et qui qui ne peuvent pas se déplacer librement dans le pays ni sortir. Mais pour aborder un peu plus, faisons un peu plus large, donc tu habites en Palestine, qu’est-ce qui t’a amené en Palestine? C’est un choix insolite pour le moins.

[00:04:52] Marie: C’est le travail, c’est une réponse assez triviale, je suis désolé de vous décevoir, mais c’est le travail. Avant d’avoir fait le podcast, j’étais humanitaire, enfin dans le secteur humanitaire et de la coopération internationale. Et je travaillais dans un autre pays, complètement différent, et j’ai été amené à venir en Palestine, et il se trouve que je me suis éprise de ce pays, donc je suis restée.

[00:05:12] Olaf: Et de là à produire un podcast, pourquoi ce podcast?

[00:05:15] Marie: Eh bien, je crois que c’est le bon moment pour passer la bande annonce, Non?

[00:05:18] Olaf: Passons la bande-annonce (Marie: Triger Warning). Alors, Trigger warning, Bruits de bombes.

[00:05:23] Marie: Il y a des bruits de la guerre dans le podcast (Olaf Bruns: Il ya ça, il y a des bruits de guerre), forcément.

[00:05:25] Marie: Je m’appelle Marie, je suis française, mais j’ai habité deux ans en Palestine, avant d’en être évacuée, à cause de cette guerre qui n’en finit pas. Et parce que (Bruit de valises qui se ferme) je n’en pouvais plus d’attendre de repartir, parce que je voulais vous montrer plus que ce à quoi on associe la Palestine (Bruits ambiants de la rue). Et aussi parce que je voulais attirer l’attention sur une autre partie de la guerre passée sous silence, celle qui se déroule en Cisjordanie (Bruits de bombes). J’ai mis sur pied ce podcast, je vais vous emmener avec moi à chaque étape du voyage. Et surtout, je vais laisser la parole aux Palestiniens et aux Palestiniens (Voix en arabe) pour qu’ils et elles nous racontent leur réalité (Voix en anglais: can you please let me talk about my own issues), en particulier depuis ce 7 octobre 2023. Alors, tentés? « Yallah, je t’emmène » (Musique locale).

[00:06:04] Olaf: Et voilà ce qu’on va faire ici aussi, pendant l’heure qu’on a encore, c’est de vous emmener en Palestine un peu. Méwaine, toi tu interviens où et quand, et comment, dans le podcast?

[00:06:17] Méwaine: Donc, après le 7 octobre 2023 j’ai été contacté par Marie, parce que comme elle vivait en Palestine on n’avait plus forcément de contact tous les jours mais elle m’a posé la question, parce que moi je suis journaliste de base. Et on s’est vu parce qu’elle m’a partagé l’envie de se reconvertir dans le journalisme. Et donc je lui ai posé la question « Quel sujet tu aimerais couvrir et tu aimerais le faire sous quel format? » Et donc elle m’a expliqué que vivant en Palestine, il y avait beaucoup de choses qu’elle observait, qu’elle ressentait, pas forcément bien retranscrit dans l’actualité internationale, dans les médias traditionnels. Et au niveau du format, c’était le podcast qui l’intéressait. Donc, moi je viens plutôt de l’audiovisuel, c’est-à-dire le documentaire, la vidéo. Et en fait, quand elle m’a raconté son histoire qu’on entend dans le début du podcast, j’ai trouvé ça hyper intéressant et je me suis dit que c’était tellement particulier, on reviendra dessus après, la genèse du projet, qu’il fallait en parler. Et donc je lui ai proposé l’idée de faire un podcast sur ce qu’elle connaissait, c’est-à-dire sa vie, et c’est comme ça qu’on s’est lancé dans le podcast.

[00:07:17] Marie: Et ma première réponse a été « Non, on ne fera pas ça », n’est ce pas? Parce que ça ne m’intéressait pas de faire un podcast sur ma vie. Moi, ce qui m’intéressait précisément, c’était de laisser la parole aux Palestiniens et aux Palestiniennes. Et Méwaine a eu la meilleure réponse du monde pour me convaincre, c’est « Ben oui, oui, on va l’utiliser. On va utiliser ce podcast, on va utiliser ta vie, pour laisser la parole aux Palestiniens, aux Palestiniennes ».

[00:07:37] Olaf: Ce que vous avez fait donc. Et donc on va écouter tout à l’heure quelques extraits. Tu disais on va revenir sur la genèse du projet, je pense que là, on est en train de parler justement du début du projet, parlons de la genèse du projet.

[00:07:48] Marie: Et c’est exactement ce qui s’est passé. Alors du coup, ça a pris vraiment beaucoup de temps parce qu’entre le moment où on a commencé et le moment où on a terminé, il s’est passé quand même un an. On n’avait pas d’expérience de podcast, mais on était un binôme assez… Ben en fait, ça a très, très bien marché parce que moi j’avais la connaissance du terrain, la connaissance de la Palestine, j’avais des contacts sur place, etc. Et lui, il avait vraiment le regard de journaliste. Où moi je me posais pas certaines questions, lui il me poussait sur certaines autres, et c’est comme ça que, ben c’est dans un binôme vraiment de journalistes et de citoyennes. En fait c’est ça, c’est une nouvelle manière de raconter une situation, de rendre une situation ultra complexe beaucoup plus accessible, et de la rendre humaine aussi. Parce que la manière dont on l’entend dans l’actualité internationale, et c’est ça qui me frustrait beaucoup aussi, c’était que on entend des statistiques, on entend des nombres de morts, on entend des régions du monde, on entend des, on voit des graphiques, mais on entend rarement les témoignages des personnes qui sont concernées. Et donc c’est comme ça qu’on s’est dit « OK, on va le faire ».

[00:08:40] Olaf: Et puisqu’on est dans un festival de podcasts, tous les deux, j’entends vous avez pas un background de podcast, ça c’est vraiment, vous avez inventé le format, la façon de le traiter largement. Il y a, moi j’ai écouté évidemment les épisodes que peut-être vous avez aussi entendu, il y a beaucoup de moments où on est vraiment dedans, il y a des bruitages, il y a des interviews qui sont traduits.

[00:09:05] Marie: Ça c’était très, très, logique dès le départ pour nous, »Yallah, je t’emmène » en Palestine, ça veut dire on va sur place, on va récolter les sons sur place. Méwaine est venu avec moi d’ailleurs, avec un micro qu’on dégainait dès que possible pour capter le plus d’ambiance possible. Et, un peu à la manière des Chroniques Nébuleuses, on a voulu vraiment créer un environnement, un univers sonore, pour que, sans y avoir jamais été, on y soit un petit peu quand même avec nous, mais sans le côté image, parce que moi j’avais moins le côté image et donc on est resté avec le son.

[00:09:37] Méwaine: Puis c’est aussi une des particularités de la Palestine, c’est que c’est un territoire qui est très riche culturellement, avec beaucoup de sons significatifs. Donc quand on se balade dans les rues de Ramallah, Jéricho, enfin toutes les villes de Palestine. On a le sentiment qu’on est en Palestine parce qu’il y a toujours des bruits qui vont nous rappeler à la réalité du terrain. Et donc c’était tellement facile en fait, enfin ça nous semblait évident de rapporter ces bruits de, ces sons de Palestine, avec nous dans le podcast. Et de proposer quelque chose d’immersif, puisque c’était un peu l’avantage aussi que Marie vit sur place, donc nous on voulait vraiment retranscrire ça, et on a été effectivement sur place pour justement proposer une expérience différente de ce qu’on pouvait entendre sur la Palestine à ce moment-là, surtout dans le podcast.

[00:10:18] Olaf: Je reste encore une seconde sur cette digression pure sur comment vous travaillez avant d’aller plus dans le fond du sujet. Donc vous faites des interviews, mais vous êtes aussi là avec votre micro, à attendre dans la rue. On voyait enregistrer les voitures qui passent, la musique, l’ambiance, c’est comme ça que vous travaillez?

[00:10:37] Marie: Alors moi, j’ai pris le pli à force, et j’ai vraiment pris ce réflexe d’allumer mon micro tout le temps maintenant. Mais celui qui me l’a inculqué, c’est Méwaine. Vraiment il allait se baladait avec un petit micro, pour ceux qui voient c’est un Zoom, avec une espèce de bonnette pour couper le vent, qui avait l’air d’un petit alien, et il posait ça au débotté. Évidemment, on demandait le consentement aussi aux personnes qui étaient autour mais… Mais l’idée c’était de, on a énormément de son, on a énormément, enfin les interviews sont très, très longues, on avait énormément de matière et il a fallu choisir des fois. Oui, c’est la manière dont on travaillait, c’est-à-dire « Ah, un bruit d’appel à la prière, un bruit de cloche d’église, un bruit de… ». Un marchand glaces qui passe, des enfants qui jouent dans une cour, peu importe ce que c’était, ou juste un rond-point, les voitures qui klaxonnent, l’idée c’était d’avoir, de rendre représentatif, de mettre le plus de bruits qu’on entend tous les jours. Pour moi, ça a été aussi un gros atout d’avoir Méwaine avec moi, parce que moi c’est des bruits auxquels je m’étais habitué presque. Et donc ben le bruit du falafel, ben oui on passe, celui qu’on met dans la friture, ça on passe. Enfin je suis habitué, je n’entends plus, les klaxons on ne les entend plus. Et Méwaine qui sortait son micro toutes les minutes ou toutes les deux minutes, c’était un gros avantage de l’avoir et d’avoir son regard extérieur aussi sur : « Non non mais ça c’est vraiment utile, il faut vraiment qu’on l’ait avec nous ».

[00:11:44] Olaf: Et donc vous avez aussi un énorme travail de montage après, j’imagine, parce que vous avez les bruits mais vous avez aussi les interviews qui ne sont pas nécessairement en français. Et donc il y a une traduction qui est nécessaire. Vous vous organisez comment? C’est vraiment des longues séances de montage après?

[00:11:59] Marie: Donc on a fait les interviews plus ou moins longues, sur des sujets, en fonction de ce dont on avait besoin parce qu’il fallait couvrir certains sujets qui représentent bien la Cisjordanie. Pour avoir une espèce de connaissance de départ sur la Cisjordanie. Si je dois vous expliquer ce que c’est la Cisjordanie en 1h, et ben c’est ce podcast, 1h30 peut-être.

[00:12:19] Méwaine: Un peu plus

[00:12:19] Marie: Et les traductions. Donc j’ai juste, on a enregistré certaines interviews ensemble, d’autres je les ai faites toute seule. Et l’idée c’était d’avoir de la matière et puis après on a, moi ce n’était pas très important que ce soit en anglais ou en arabe, peu importe, parce que l’idée que j’avais derrière la tête, c’était que le podcast soit vraiment accessible à tout le monde. Celle que j’avais dans la tête en particulier, c’était ma grand-mère, et le but c’était que elle comprenne. Donc on ne s’est pas posé la question deux fois, on s’est dit il faut qu’on ait un doublage. Et donc tous les épisodes sont disponibles et en langue originale de l’interview, en général c’est l’anglais, et doublée en français. C’est là que vous entendez parfois la voix de Méwaine d’ailleurs.

[00:12:55] Olaf: Ce qui est peut-être un bon moment pour passer un extrait (Marie: Oui) comme ça vous entendez un peu le résultat de ce travail!

[00:13:01] Marie: L’épisode deux parce qu’il est très parlant sur certains points, mais peut-être qu’on pourra laisser aussi un peu la parole au public pour savoir ce qu’il en pense.

[00:13:07] Méwaine: (Il double la voix en anglais du chauffeur de Taxi) De l’ouest, de Ramallah jusqu’à l’aéroport, ça prend environ 20 minutes. Mais comme il n’y a pas de route directe, ça va nous prendre à peu près 1h20 (on entend les phrase en anglais). D’ici, Ramallah c’est à cinq minutes si tu tournes à droite, mais tu vois il y a le mur là. À cause du mur, on doit faire un détour pour pouvoir passer de l’autre côté.

[00:13:32] Marie: Alors oui, lui, il a l’habitude de le voir et d’en parler, un mur, pas n’importe lequel, c’est un mur immense qui sépare la Cisjordanie du reste du territoire, le même que celui qui entoure la bande de Gaza. Et si vous avez encore le mur de Berlin en tête, eh bien c’est la même chose, d’immenses blocs de béton hauts de plusieurs mètres, avec des barbelés en guise de coiffe. Issam continue…

[00:13:53] Méwaine: Là, on va faire un demi-tour, faire un cercle, passer sous ce pont, puis sur cette route (On entend Issam en Anglais). Pour arriver à Ramallah et traverser environ sept villages. En fait, juste pour passer d’un point à un autre, on doit contourner. On passe notre temps à faire des cercles et des cercles juste pour passer de droite à gauche.

[00:14:19] Marie: Déjà pour remettre la trame du podcast, c’est… Donc j’ai été évacué le 7 octobre 2023, comme on sait il y a eu les attaques du Hamas contre Israël ce jour-là, et donc moi j’ai été évacué par mon travail, on m’a dit d’aller en Europe, et moi je tenais absolument à revenir. J’avais ma vie qui était là-bas, ça faisait deux ans que j’habitais là-bas, donc j’avais mon chat qui était là-bas, j’avais mon amoureux qui était là-bas, j’avais mes amis qui étaient là-bas et donc l’idée c’était vraiment de repartir là-bas. Et puis parce que grosse frustration d’être déracinée d’une manière ou d’une autre, de ma vie. Et quand je suis repartie, donc on est reparti ensemble avec un micro, pour raconter ce qui se passe en Palestine par les Palestiniens. Et donc la trame du podcast, c’est simplement mon retour là-bas. Donc le premier épisode, c’est l’avant, la préparation, comme quoi c’est un risque d’aller là-bas, encore en ce moment. Et puis le deuxième épisode, dont on vient d’entendre un extrait, c’est plus sur la question de comment se déplacer. Et donc je suis dans la voiture, on est, en fait, dans la voiture du taxi pour aller de Tel-Aviv, parce que nous on a atterrit à Tel-Aviv jusqu’à Ramallah. Et donc le chauffeur explique toutes les péripéties qu’on pourrait rencontrer en Cisjordanie. Donc il y a le mur, il y a les barrages militaires, et il y a tous les contournements qu’on doit faire parce qu’il y a un mur, tout simplement, ou parce qu’il y a des checkpoints, ou parce que voilà. C’est dans ce cadre-là qu’il y a cet extrait-là.

[00:15:34] Olaf: Alors moi perso j’ai vécu à Berlin du temps qu’il y avait encore le mur, qui était en train d’être dégagé, mais il était physiquement encore là. Et j’ai été en Palestine également et j’ai vu ce mur, alors je peux vous assurer que le mur est plus haut entre Israël et la Palestine. Mais surtout, il a ce côté vicieux qui est que, au lieu d’être un mur comme ça, à plein d’endroits il est un peu comme ça donc il faut s’imaginer physiquement je pense, le terrain aussi, que on a l’impression que c’est vraiment fait pour rendre difficile la vie aux Palestiniens, aux gens.

[00:16:07] Marie: C’est l’objet de l’épisode neuf, et c’est un de mes préférés, qui s’appelle « Soumoud, des racines et des graines ». Ce qui répond précisément à cette question, je l’ai posée à mes amis qui sont dans le podcast, à tous ceux qui sont passés dans le podcast, je leur ai demandé « Mais mais mais mais comment on fait pour vivre dans des conditions pareilles où tout est fait pour rendre la vie insupportable? ». Et donc, je ne sais pas si on va en reparler plus mais si vous voulez aller l’écouter ou si je spoile mais, mais ça répond à cette question-là parce que oui, oui il y a beaucoup de choses qui sont faites pour rendre la vie très, très insupportable.

[00:16:34] Méwaine: Et c’est un peu le but de l’extrait qu’on a mis, parce que c’est le taxi qui nous en a parlé directement sans qu’on lui pose vraiment la question, lui a juste demandé son ressenti. Et là, il nous donne un exemple hyper parlant pour nous c’était, il nous dit « Ben si je tourne, si on tournait à droite on y sera en quinze minutes. Mais à cause de ce mur, ça va nous prendre 1h30 ». Et en fait, quand on a entendu ça, on était hyper satisfait de cette réponse parce que non seulement elle était très naturelle, mais aussi parce que c’est quelque chose de tangible en fait, quand on parle d’un mur de séparation, si on n’a pas vécu à Berlin dans les années, jusque dans les années 90, ou qu’on ne s’est jamais rendu sur place, comment est-ce qu’on comprend ce que fait un mur? Enfin on se l’imagine mais, là on a voulu rajouter cette partie pratique, parce qu’on voit tous ce que c’est quand il y a une route qui est fermée, il y a une déviation et que au lieu de prendre quinze minutes, on prend 1h30 et que ça nous énerve. Et ben là, le taxi nous raconte que c’est son quotidien. Et nous le dit de façon très simple en fait, ben ça prend 1h, 1h15 en plus. Et que c’est ridicule parce que si, enfin il dit, on fait des cercles et des cercles et des cercles. Et nous c’était ça qu’on voulait faire comprendre aux gens, parce que on ne voulait pas utiliser des termes qu’on entend tout le temps : occupation, mur de séparation, parce que c’est assez abstrait quand on ne l’a jamais vécu, mais qu’on a utilisé des exemples du quotidien, et là c’était parfait pour nous.

[00:17:44] Marie: Je pense que c’est un point très, très important et sur lequel on a eu des retours positifs aussi. Comme je l’ai dit, je voulais que ma grand-mère comprenne ma vie là-bas, donc j’ai pris des exemples que quelqu’un qui vit en France toute sa vie puisse comprendre en France ou en Belgique, ou en Allemagne du coup, on a pris le mur, le mur de Berlin. Mais de retranscrire, on a utilisé ma position, c’est-à-dire celle d’une Française, qui vit à l’étranger, qui voit la réalité des Palestiniens avec son œil de française, mais qui connait aussi la réalité en France. Et donc on a essayé de, j’ai joué un peu le rôle de traductrice si on veut, pour rendre un contexte qui paraît un peu abstrait, celui d’un mur de séparation, ok bon mur de Berlin, des blocs de béton ok, mais beaucoup plus palpable et tangible pour quelqu’un qui n’y est jamais allé là-bas. « Yallah, je t’emmène », je t’explique vraiment concrètement qu’est-ce que tu peux t’imaginer.

[00:18:31] Olaf: Là tout à l’heure, enfin, vous avez vu la carte et vous avez dit que c’est quinze kilomètres de Jérusalem à Ramallah, dans d’autres grandes villes on aurait dit que c’est une banlieue de Jérusalem. Une banlieue dans laquelle, à la rigueur on peut aller à pied, en (Marie: En vélo), en vélo.

[00:18:46] Marie: En métro, en RER.

[00:18:48] Olaf: Alors que là, on met des heures et des heures et des heures pour se déplacer. Alors quelque chose d’autre qu’on voulait faire, c’est: vous êtes toutes et tous participants de cette discussion. Donc, si vous avez des questions, s’il y a quelque chose sur la Palestine, même plus large, n’hésitez pas à tout moment, Michel est là avec le micro et vos questions sont les bienvenues.

[00:19:11] Public : Alison: Merci. Oui Marie, tu disais donc que tu étais tombée amoureuse de la Palestine. Ben ici, beaucoup de personnes essayent de nous faire croire que c’est une espèce de trou à rats avec des sous-humains, qui traînent là et qu’on essaye, enfin en tout cas à Gaza mais c’est un peu pareil en Cisjordanie je pense, qu’on essaye de faire dégager. Je voulais savoir, finalement, et tu es en train d’expliquer à quel point la vie est dure là-bas, qu’est-ce qui a fait que tu es tombée amoureuse de cette région?

[00:19:35] Marie: C’est une question que je reçois même des palestiniens ça! « Mais qu’est-ce que tu fais là? Pourquoi tu, pourquoi tu restes? Elle est horrible cette vie ici, là ». Et encore plus après le 7 octobre parce que beaucoup de gens veulent partir, bien sûr. « Pourquoi tu restes? Pourquoi tu es là? ». Je me suis éprise, et je pense que c’est une des raisons pour lesquelles je voulais faire le podcast aussi, c’était dans la bande annonce mais, de montrer ce qu’il y a par-delà ce qu’on voit et ce que les Palestiniens vivent aussi. La culture musicale, la nourriture, la couleur des bâtiments, la couleur des paysages, moi je pense que je m’en lasserai jamais. Mes amis palestiniens ils se moquent de moi quand je regarde un coucher de soleil et que je dis « Regardez comme c’est beau! ». Ouais mais il y a les colonies, en fait, il y a les colonies illégales israéliennes qui sont pas très loin, on n’oublie jamais trop la réalité. Mais par-delà cette réalité de l’occupation, il y a une culture palestinienne que je voulais aussi mettre en avant, parce que je m’en suis éprise, elle est très diverse, elle est… Merci. Elle est très diverse sur plein de choses différentes. Par exemple, on joue beaucoup aux échecs en Palestine, j’ai appris là-bas, la musique est incroyable. Il y a des peintres incroyables, il y a des rappeurs aussi, enfin, il y a beaucoup de choses que la Palestine donne à voir et je ne voulais pas traiter, déjà ce n’est pas le bon mot mais je ne voulais pas parler de la Palestine que à travers le prisme de l’occupation israélienne, parce que la Palestine existe en elle-même. Elle n’a pas besoin des Israéliens aussi pour exister.

[00:20:53] Olaf: Tu as parlé de la beauté des couchers de soleil, et je prends ça juste comme point d’appui pour parler de la beauté, pour parler d’un truc qu’on en a parlé quand on s’est, quand on s’est parlé en préparation de ça, qui est que : ben voilà, dans la vie même, dans des situations extrêmement dures, et ça peut paraître bizarre de le dire, mais il y a de la vie quoi, il y a la beauté, il y a l’amour, il y a… on vit. Est-ce que vous pouvez dire un peu cette normalité, entièreté en fait de la vie, que vous transmettez, dont vous racontez aussi dans le podcast.

[00:21:26] Marie: Je vais le dire avec une anecdote très récente. Donc la guerre Israël-Iran, au-dessus de nos têtes on voyait passer des roquettes forcément, qui allaient de part et d’autre, dont vous avez sûrement vu des images en fait. On ressentait aussi les vibrations dans le sol, parce que c’est pas très grand comme pays, ça fait la taille de la Bretagne, la Bretagne encore, ça fait la taille de la Bretagne, c’est pas très grand. Tel Aviv de Ramallah, c’est 50, 60 kilomètres, pas beaucoup plus donc, ben on ressentait forcément les vibrations dans le sol, qui nous réveillait parfois ou voilà. Un peu l’aléa d’une guerre on va dire. Et quand j’appelais mes parents pour leur donner des nouvelles et leur dire que je vais bien, je leur expliquais que ben « Oui, oui, ça va, je suis avec des amis, on est en train de boire une bière, on est en train de discuter de complètement autre chose, tout va très bien ». Alors tout va pas très bien, parce qu’on sait qu’on a des roquettes au-dessus de la tête. Mais c’est cette idée de dire « Bah en fait, de toute façon on ne va pas s’arrêter de vivre. Et c’est la même chose pour les Palestiniens, On ne va pas s’arrêter de vivre parce que la guerre et l’occupation est en permanence là. Il faut qu’on continue ». Il y a évidemment toujours la chape de plomb de l’occupation israélienne, mais la vie elle continue, les concerts ils se sont arrêtés pendant un temps après le début du génocide à Gaza mais… Mais ils ont repris, ont fait de la musique, on va voir des spectacles. La vie, elle doit continuer d’exister parce que sinon… Bon, et puis surtout, d’un point de vue économique strictement, il faut aussi qu’on fasse de l’argent pour nourrir nos familles tout simplement, si j’étais palestinienne et que je devais le dire, il y a juste un train-train quotidien à maintenir pour pouvoir subsister en fait, tout simplement.

[00:22:50] Olaf: Et c’est peut être ça le truc difficile à comprendre, que on fait comme l’occupation israélienne ne peut pas déterminer toute la vie, et en même temps, ça détermine tout.

[00:23:00] Méwaine: Ouais il y a un peu de ça, surtout dans les récits médiatiques qu’on voit quand on allume le JT. Généralement, on va soit entendre des personnes haut placées chez les Palestiniens, que ce soit l’Autorité palestinienne, soit on va avoir des victimes humanitaires sur tout ce qui se passe à Gaza donc, il y a toujours cette image de personnes dans une situation exceptionnelle, surtout dans des situations très graves, comme ce qui est en train de se passer à Gaza. Et en fait, on a cette image que ils ne peuvent pas mener une vie comme la nôtre, c’est inconcevable, parce qu’il y a des bombes au-dessus d’eux, parce que tout ça, mais ça c’est depuis avant même le 7 octobre, chaque fois qu’on parle de… Il n’y a pas un bulletin aux informations qui dit « Tout se passe bien en Palestine aujourd’hui ». Donc en fait, on a un petit peu cette image que ils ont des vies complètement, qui n’ont absolument rien à voir avec la nôtre. Et nous, c’est quelque chose qu’on a essayé de remettre en avant, que la vie continue et je pense que, ben aujourd’hui en 2025, on est peut-être plus à même de comprendre ce que c’est de créer de la normalité dans un contexte anormal parce que, il y a cinq ans, on sortait avec des masques et on militait pour continuer d’aller sur des terrasses, pour continuer d’aller au cinéma, pour aller dans des festivals. Aujourd’hui, on comprend ce que, enfin si on se rappelle un peu de ce que ce qu’on faisait il y a cinq ans, ça n’a pas vraiment de sens et si on raconte ça à nos enfants, nos petits enfants dans quelques années, ils auraient l’impression qu’on est complètement cloîtrés chez nous. Et la réalité ce n’était pas tout à fait ça. Et donc, c’est un peu ce qui se passe en Palestine, c’est un peu, malgré la situation exceptionnelle, la nature humaine est telle que on va, on est, les Palestiniens sont obligés d’aller travailler, ils vont avoir des loisirs, etc. Ils vont sortir, il y a tellement de points qui nous rapprochent des Palestiniens plutôt que ce qui nous divise. Et nous, c’était vraiment quelque chose qu’on voulait mettre en avant parce que c’est pas quelque chose qu’on a l’habitude de voir. Généralement, quand on filme des scènes en Cisjordanie, on va jamais filmer les bars, on va jamais filmer des gens qui nous ressemblent parce que ça nous paraît pas exceptionnel, c’est pas quelque chose qui attire l’œil parce que c’est quelque chose qui est tellement évident chez nous qu’on a du mal à l’associer. Nous, on voulait justement faire l’association entre des choses qu’on connaît, et qu’en fait qui vivent aussi en Palestine.

[00:24:56] Public: Alexandre: Le podcast du coup, est-ce que tu as eu des retours de Palestiniens ou Palestiniennes qui l’aurait écouté? Et si tel est le cas, bah c’est peut-être un peu indiscret de demander ça mais qu’est-ce qu’ils en pensent? Est-ce que tu sais?

[00:25:08] Marie: Un des autres critères pour moi c’était que, alors bon déjà il est en français donc c’est pas tous les palestiniens qui parlent français, mais pour moi un des points qui était ultra déterminant sur comment produire un épisode du podcast, c’était aussi, si je le fais écouter à mes amis palestiniens, ou si je le fais écouter à d’autres Palestiniens, est-ce qu’ils valideraient? Pas en terme de narratif et de positionnement ou d’opinion, ce n’était pas ça qui était important, c’était : est-ce que j’ai bien retranscrit la réalité qu’ils et elles vivent, c’était ça l’important. Alors j’ai eu des retours de ceux qui parlent français, Jiries dans l’épisode cinq, il présente la ville de Ramallah comme un guide touristique, il m’a dit que c’était absolument génial et que je devais le faire et que c’était… Et la plupart m’ont dit en fait, c’est trop frustrant que tu le fasses qu’en français, s’il te plaît traduis-le. En anglais pour le rendre accessible au plus de personnes possible, on va essayer de le faire, mais ma langue à moi est mon public à moi, celui que je connais, enfin le contexte que je connais le mieux c’est la France quand même. Et comme l’idée c’était de retranscrire la réalité pour un public francophone, et bien on est resté sur le français au départ.

[00:26:03] Public: Vous donnez une représentation réelle de ce qui se passe en Palestine, or on sait que l’autorité israélienne essaye de minimiser ça, de faire un peu l’inverse. Et donc votre podcast, ça ne dérange pas l’autorité israélienne?

[00:26:19] Marie: Très, très bonne question, on a éteint les caméras exactement pour cette raison, parce que… Il n’y a pas mon nom de famille, par exemple non plus, je me médiatise absolument pas mon visage etc. Parce que je sais exactement que si je passe la frontière, et je suis obligé de passer la frontière, le contrôle israélien aux frontières pour arriver jusqu’en Cisjordanie. Si ils découvrent que j’ai fait ça, ils pourraient très bien m’interdire l’accès au territoire, voire me bannir pour plusieurs années. Ça a été, c’est le cas de certains de mes amis qui sont français, dont les autorités israéliennes ont découvert entre guillemets qu’ils ont des liens avec les Palestiniens et la Palestine et qu’ils ont banni pendant cinq, huit, dix ans, ça dépend un petit peu.

[00:26:55] Michel: Je voudrais faire une intervention. Vous parlez de choses qu’on ne voit pas, qui ne sont pas impressionnantes, qui ne font pas ce qu’on appelle, pardonnez-moi le jargon, « La pute à clic », désolé c’est vraiment ça. Vous parlez de choses qui ne se voient pas. Alors je vais vous donner un feedback sur ce qui ne se voit pas non plus ici, dans cette salle. J’ai contacté tous les services de presse pour dire « On a des personnes qui se déplacent de Palestine à Bruxelles pour parler de ce qui se passe », je n’ai reçu aucune réponse, juste une parenthèse. Et ça mène à une question pour vous, est-ce que en Palestine, les gens s’intéressent, alors je ne sais pas s’ils ont le luxe de pouvoir s’intéresser à ça, mais est-ce qu’ils s’intéressent aux neurosciences? Est-ce que certains sont conscients qu’en neuroscience, quand on vit des traumas, parce qu’ici on parle de traumas par une torture mentale continue, qui est une charge mentale artificiellement créée pour faire souffrir un peuple mentalement. Parce que quand on fait un détour d’1h30 pour quinze minutes, il ne faut pas me parler de sécurité, c’est une charge mentale qu’on se fait subir un peuple. Est-ce que ces traumas, ils sont conscients que ça se transmet jusque dans les gènes et qu’on est en train d’abîmer des générations de Palestiniens de générations en générations, et probablement pour plusieurs générations?

[00:27:59] Marie: Oui, la réponse est clairement oui. Pas pour tout le monde, bien sûr, Mais ceux qui sont sensibilisés à la question de la santé mentale, ils en ont clairement conscience. Ils n’aiment pas trop les histoires de santé mentale, etc. Parce que c’est un petit peu, ça arrive de l’Occident et puis ça ne s’adapte pas à nous donc, comment elle s’appelle la psychologue qui est très connue (Méwaine: Samah Jabr) Samah Jabr, c’est une psychologue palestinienne, qui est en Cisjordanie, et qui travaille, et il y a des Palestiniens, il y en a d’autres des psychologues et des experts en santé mentale en Palestine, qui essayent d’adapter les programmes de santé mentale au contexte palestinien parce que, par exemple, la notion de PTSD donc de…

[00:28:29] Méwaine: Syndrome de Stress Post-traumatique.

[00:28:31] Marie: Voilà, sSyndrome de stress post-traumatique, ne s’applique pas puisque « post » traumatic, ça veut dire que le trauma a déjà eu lieu, que c’est fini. Là, on parle d’un trauma continu en fait. Donc en Palestine, par exemple, il y a cette question-là qui est développée par les Palestiniens qui considèrent aussi, et je trouve qu’ils ont raison, que c’est eux qui savent, et que c’est eux qui vont s’aider entre eux pour la question des traumatismes et de la santé mentale. Et j’avais, dans le cadre de mon travail précédent il y avait le PCC, donc le Palestinian Council Center, qui était un centre de santé mentale qui avait traité de la question de la Nakba. Donc, cet événement en 1948, que, nous en général, dans nos livres d’histoire, on associe à la création de l’État d’Israël mais qui en fait aussi l’expulsion par les milices sionistes à l’époque des Palestiniens, on parle de villages massacrés, etc. C’est vraiment, et 750.000, ça dépend des chiffres mais, au moins 700.000 Palestiniens et Palestiniens qui ont été chassés de (Méwaine: Déplacé de force) de chez eux, déplacés de force de chez eux. Que ça c’est un trauma qui se transmet de génération en génération. Et la peur, elle est, ben les Gazaouis de toute façon ils sont en train de… Ils ont été déplacés dix, douze, treize, quatorze, quinze fois, les Palestiniens de Cisjordanie. On parle aussi des déplacements forcés, si on remet la carte, dans le Nord à Jénine, il y a environ 40.000 personnes qui ont été déplacées de force, là dans les derniers mois parce qu’il y a… En fait, pendant qu’il y a Gaza qui se passe, il y a aussi des opérations militaires israéliennes en Cisjordanie qui sont beaucoup moins médiatisées, mais il y a aussi des déplacements de force. Et c’est une peur qui est chevillée au corps des Palestiniens je pense, si je peux parler en leur nom. Que, à tout moment ils vont se faire expulser vers la Jordanie, vers le Liban, vers la Syrie, vers l’Égypte, c’est une peur qui est constamment là. Et en fait, dans l’épisode neuf justement, il y a comme tu parles de charge mentale, il y a Sami, qui est dans l’épisode trois, quatre et neuf, il parle d’un…. Parce que ce jour-là il y avait des nuages dans le ciel, il a dit « Ben c’est comme les nuages en fait, en vrai, ça va on voit clair, mais au-dessus de nos têtes il y a constamment des nuages. Et c’est cette charge mentale que représente l’occupation israélienne ». On peut vivre avec les nuages, mais juste on ne voit pas le soleil quoi.

[00:30:32] Michel: J’ai écouté, je me rappelle très bien, merci.

[00:30:34] Olaf: Vas-y, vas-y, vas-y.

[00:30:36] Public: J’ai une question qui s’adresse peut être plus à Méwaine puisque toi Marie, quand tu es allé en Palestine pour ton travail, tu l’as fait entrer dans ta vie, tu savais que ça allait apparaître maintenant sur ton cv et dans ta vie de façon générale, et on sait qu’elle est en Palestine c’est risqué, en parler c’est risqué aussi. Est-ce que ça a fait partie de la réflexion au moment de la création du podcast, des conséquences que ça pouvait avoir de parler de Palestine publiquement? Donc toi, ton nom n’est pas affiché, mais le tien oui. Comment est-ce que tu as réfléchi autour de tout ça? Et la deuxième question que j’aurai, parce qu’on parle beaucoup de tout ce qui est très lourd en Palestine. Vous y êtes tous les deux allés, quel est votre premier souvenir de (Méwaine Petrad: Toi aussi), c’est vrai. Quel est votre premier souvenir de Palestine? Une émotion, une sensation, une image, une ambiance. Peut-être pour parler de quelque chose de moins lourd, on sait que la Palestine c’est beau quand on y va, on y voit beaucoup de choses et on y rencontre beaucoup de gens donc, peut-être un mot joyeux de la Palestine, quelque chose de beau, justement.

[00:31:28] Méwaine: Tout d’abord, pour répondre à la première question, c’est vrai que moi mon nom et mon prénom figurent sur le podcast. Et j’ai pas trop hésité puisque moi je suis journaliste, et j’ai la carte de presse qui est un immense avantage puisque lorsque j’ai passé la sécurité à l’aéroport de Tel-Aviv, j’ai dit que j’étais journaliste. Je n’ai pas à expliquer tous les tenants et aboutissants de ce que je venais faire sur place, mais ils ont juste vu que j’étais journaliste. Donc ça fait partie de mes missions de raconter le réel. Et pour moi, oui c’était important parce que, même s’il y a des doutes autour des autorités qui, sous couvert de sécurité, vont pas mal museler le travail des journalistes, à l’époque, c’était plutôt les journalistes palestiniens et les journalistes étrangers avaient plus de liberté. Aujourd’hui, on voit que ce n’est pas le cas avec l’emprisonnement de certains journalistes qui faisaient partie de la « Freedom Flotilla » qui s’est rendue à Gaza. Mais voilà, en tant que journaliste, ça fait partie un peu du devoir des journalistes de raconter, puisque moi je ne dis rien de faux. Et c’est un peu aussi le, dans le podcast, on s’est beaucoup posé la question de comment on allait présenter les éléments pour s’attirer le moins de problèmes possibles, puisqu’il y a effectivement des personnes qui ne veulent pas que ces récits sortent, qui ont des intérêts pour continuer de déshumaniser les Palestiniens. Mais donc nous on a choisi de faire parler les Palestiniens en leur nom, de leur expérience personnelle, puisque… Et nous ont rajoutait les faits plus tôt dans la voix off, mais que tout ce qu’on dit en fait, ne peut pas être faux, puisqu’on ne peut pas dire à quelqu’un « Votre témoignage est faux, votre ressenti sur une situation est faux’. Ça allait être difficile d’être accusé de faire des choses fausses, de dire des choses fausses. C’est des choses qui ne font pas forcément plaisir, parce que voilà, on est dans une situation de guerre, on est dans une situation où comme je l’ai dit, il y a des personnes qui ont un intérêt à ce qu’on ne parle pas des Palestiniens comme des êtres humains, et nous on le fait et globalement on ne pourra pas être, on ne pourra pas y avoir de procès pour dire Vous avez essayé d’humaniser les Palestiniens, comment osez-vous? (Mari: Sait-on jamais!), sait-on jamais. Mais on essaye quand même, je pense que c’est important. Et oui, et puis même en fait, en tant que journaliste, je pense que l’avantage c’est d’avoir cette exposition médiatique, c’est aussi pour ça qu’on a fait le podcast. C’est que moi, enfin moi, comme je suis considéré comme journaliste, qu’il y a la preuve matérielle que j’ai une carte de presse, si par exemple je retourne à l’aéroport de Tel-Aviv et qu’on ne me laisse pas rentrer par rapport à ce travail-là, j’ai des relais médiatiques, j’ai moyen de faire pression, c’est quelque chose que les Palestiniens n’ont pas forcément. Mais donc je trouvais ça important de l’associer aussi en terme de journaliste, de montrer que c’est important de parler de ces sujets-là parce qu’on est de plus en plus tenté de faire de l’autocensure, que c’est de plus en plus difficile pour les journalistes de faire leur travail aujourd’hui. Et donc c’était important de montrer qu’on peut raconter ces choses-là à visage découvert, parce que un monde où les journalistes seraient mis en danger ou fortement ralentie dans leur travail, ce qui se passe déjà aujourd’hui, c’est quelque chose de pas normal. Et donc c’est un moyen aussi de montrer que c’est: « En fait je fais juste mon job ». Il n’y a pas de, enfin on me dit souvent « Ça a été très courageux ou c’est une prise de risque », mais c’est censé être ça le boulot de journaliste. Parce que si on racontait des choses qui faisaient plaisir à tout le monde, on n’aurait pas forcément besoin de journalistes aujourd’hui.

[00:34:24] Marie: Tout est dit pour cette première question, je pense. J’ajouterai juste que la censure fait toujours partie de la guerre, peu importe si on parle de Palestine ou pas. Donc peu importe où on va sur des zones de guerre, dans tous les cas la censure, elle fait partie de l’équation. Donc si on se pose la question de s’autocensurer, ça n’a plus aucun sens. Dans ce cas-là, il n’y a plus de journalisme en fait, pour raconter la réalité des autres. Et sur la deuxième question, c’est dur comme question parce que ça commence à remonter quand même, la première fois que… Mais j’en ai, j’en ai. Parce qu’en fait, je pense que, alors je vais le formuler de manière très, très globale et c’est triste, mais je vais donner un exemple, c’est: l’hospitalité des Palestiniens. Je pense que tous ceux qui sont allés en Palestine peuvent, ou même ont rencontré des Palestiniens, peuvent s’identifier à ça. Ils ont le cœur sur la main, absolument, je crois que je ne compte même plus le nombre d’anecdotes où j’ai un souci et où des Palestiniens, pas forcément des soucis d’ailleurs, juste du soutien émotionnel ou peu importe, vraiment. Je me souviens d’un matin où j’allais au travail, donc une situation banale dans un contexte anormal, j’ai un pneu crevé. Je vais à ma voiture et je vois mon pneu crevé, bon bah voilà, bon bah ça peut arriver à tout le monde et vraiment j’étais dépitée. Et il y a un monsieur qui s’est arrêté avec son gros quatre-quatre, je crois que c’était une BMW ou quelque chose, enfin vraiment une grosse voiture, il était en costard, donc visiblement prêt à aller au travail, et qui s’est arrêté pendant trois quarts d’heure pour m’aider à changer la roue de ma voiture. Et je ne suis pas sûr, je suis sûr que ça n’arriverait pas en France, ou je ne sais, peut-être pas de là où je viens ou où j’habite, mais des exemples comme ça, ceux qui sont allés en Palestine, je pense qu’on en a à la pelle et ça me manque beaucoup quand je suis de retour ici.

[00:35:57] Olaf: Moi, la première chose que j’ai fait dans la première heure que j’étais à Ramallah, j’étais allé manger dans un resto. Il y avait de la viande hachée grillée sur des bâtons de cannelle…. Et je vous dis waouh quoi!

[00:36:10] Marie: La nourriture.

[00:36:11] Olaf: J’ai bien manger à Ramallah, il y avait les desserts.

[00:36:13] Public: Adrien: Oui, bonjour. Bravo, merci, tout ça, tout ça. Quel courage! Et justement, ça a peut-être déjà été un peu répondu, j’ai un peu loupé le début de la présentation mais… Pour moi, la question de la Palestine, elle est intimement liée à la question politique. Comment est-ce que vous le vivez? L’impliquez? C’est une question assez ouverte, vous vous l’appropriez comme vous voulez mais: comment vous vous intégrez ce choix et cet combat militant politique, voilà.

[00:36:43] Marie: Ce qui était aussi important pour moi, je ne sais pas, tu répondras aussi pour toi-même, mais pour moi c’était aussi important de ne pas, que ce ne soit pas, qu’on ne soit pas estampillés de militants ou d’activistes. Le côté journalistique, factuel, de rapporter des faits, des sentiments, des témoignages, quelque chose de très, très justifiable pour précisément ne pas être estampillé d’activiste militant. Pas que ce soit une honte du tout, c’est pas du tout ça, c’est juste qu’on voulait le rendre accessible au plus grand nombre. Et je sais très bien, que par expérience, si on adopte un point de vue militant, on va braquer très, très vite. Et c’est exactement ce que je voulais éviter. Et j’ai des amis qui m’ont dit, où on a eu des retours sur le podcast qui nous ont dit « Mais pourquoi vous ne parlez pas de génocide? Mais pourquoi vous ne parlez pas d’occupation israélienne? Mais pourquoi vous ne dites pas tel mot, tel mot, tel mot? ». Les mots arrivent au fur et à mesure, une fois qu’on construit les choses et que ça devient de plus en plus clair, on l’a vraiment. J’ai vraiment eu, on a vraiment eu cette discussion plusieurs fois, sur le côté pédagogique du podcast, d’amener les gens à leurs propres conclusions. On pose des questions, vous y répondez comme vous voulez, c’est une des choses que j’aime bien dans le podcast personnellement, c’est le côté très interactif. On a essayé de, j’ai essayé de questionner beaucoup les auditeurs et les auditrices. Comment vous vous sentiriez à ma place? Comment vous sentiriez à la place des Palestiniens ou des Palestiniennes, à votre avis? Poser des questions, beaucoup. Pour que les auditeurs et les auditrices aient vraiment leur propre réflexion, on n’est pas là pour donner clé en main ce qu’est la Palestine et comment vous vous positionnez là-dessus. L’idée c’était « Nous on vous rapporte ce qui se passe, et vous en faites ce que vous voulez ».

[00:38:06] Méwaine: Et moi j’ajouterai que politiquement, le but du podcast, c’est de montrer des Palestiniens, comme je l’ai dit, il y a toute une entreprise de déshumanisation qui fait écho à beaucoup de choses qui se passent ici, en Europe, aux États-Unis, tout ça. Que il y a des partis politiques, des gens qui cherchent à déshumaniser certains groupes de population pour faire valoir leurs idées. Et donc nous on a, le but du podcast, c’était vraiment de présenter, on en a discuté, mais c’est horrible à dire mais des Palestiniens comme des humains, parce que visiblement c’est pas évident aujourd’hui. Mais de montrer qu’ils peuvent être nos amis, qu’on on les présente sous leur humanité, avec leurs contradictions, leurs rêves, leurs aspirations et pas seulement les Palestiniens comme un bloc homogène. Chaque épisode, on présente un Palestinien, une Palestinienne différente, qui a son histoire, ses pensées, qui s’expriment en son nom propre. Et dans l’épisode suivant, ils n’ont pas forcément la même expérience, la même opinion. Et oui, ça c’est quelque chose d’éminemment politique, mais dans le sens premier de la politique qui est la façon dont on vit les uns avec les autres, et on a cherché vraiment à le faire, oui de façon non militante. Mais en fait, aujourd’hui, on sera taxé de militants, de dire que certains, que tous les groupes de population sont des humains dans leur complexité, dans leur… Et que chacun mérite l’empathie, c’est devenu quelque chose de politique, malheureusement c’est ça mais on ne va pas, on ne va pas avoir honte de dire quelque chose d’aussi évident que ça et de le rappeler parce qu’on a constamment besoin de le rappeler.

[00:39:35] Marie: Il faut quand même, par exemple l’AFP, donc l’Agence France Presse, qui est l’équivalent d’un Reuters ou d’une agence vraiment qui est quand même assez crédible en termes d’information, ils se font appeler « Agence France Palestine » par certaines personnes. Ça veut dire que, à partir du moment où on parle de Palestine, en général on est directement classé comme des activistes ou des militants. C’est pour ça qu’on a vraiment fait le travail de manière à ce qu’on ne soit pas taxé d’activistes ou de militants. Mais, entre nous….

[00:39:59] Olaf: Et c’est dans ce sens, toi tu disais éminemment politique, mais éminemment résistant aussi, parce que vous résistez contre justement cette entreprise de déshumanisation de toute une population. Mais il y a une question, là…

[00:40:10] Public: Oui, déjà bravo et merci à vous deux pour ce que vous faites via ce podcast. J’avais une question plus par rapport, en termes journalistiques, et ça reprend un peu ce que vous, tu, as dit tout à l’heure. En fait, un truc qui me choque au niveau du traitement journalistique, de ce qui se passe là-bas, par rapport à, par exemple, le fait que l’Ukraine, on en parle tout le temps dans tous les journaux, et je pense que c’est important, mais que du coup, je me pose la question de pourquoi on ne parle pas aussi plus de la Palestine, mais je pourrais aussi citer le Soudan, le Congo. Et oui, colonialisme, racisme, islamophobie, je pense que ça joue beaucoup. Mais ma question c’est: comment ça se fait qu’on est quand même à un point où on a le dirigeant d’un pays qui est considéré comme un criminel de guerre par l’ONU, où on a des mandats, un mandat d’arrêt international à son nom. Je veux dire c’est, pour moi ce n’est même plus une question d’opinion politique, de militance ou quoi, là on a quand même des choses qui sont vraiment concrètes, faisables. Et comment ça se fait que, malgré tout, alors en Belgique je ne sais pas très bien, en France bon, à cause des gros conglomérats de médias qui sont détenus par des milliardaires qui ont certaines opinions politiques, est-ce que ça joue? Est-ce que vous avez d’autres explications? Et pour finir, quand tu disais tantôt que le métier du journalisme c’est de plus en plus difficile, là pareil, je n’ai pas les chiffres pour la Belgique, mais je sais qu’en France, les derniers chiffres que j’ai vu, c’était qu’on est classé 34ᵉ par Reporters sans frontières en termes de sécurité de l’emploi au niveau du journalisme, voilà.

[00:41:25] Marie: Merci. La première question est un petit peu compliquée, puisque ça revient à répondre à la question de savoir pourquoi Israël reste impuni, qui est une vaste question qui se décline en autant de réponses que de pays, de dirigeants, d’accords, de coopération, etc. Je sais pas, peut-être qu’on peut en rediscuter après, mais c’est une vaste question. Ce qui est certain, c’est que. Parce que là du coup, je vais parler de mon expérience qui est du coup indiscutable. Là dernièrement, en passant les checkpoints et les barrages militaires israéliens, je n’en ai pas passé un seul sans voir des Palestiniens blindfolded avec les yeux bandés et avec des menottes, assis dans le soleil. Parfois ils ont leurs chaussures enlevés, des arrestations, fouillés comme…, il n’y en a pas un seul que j’ai passé. Et ça, il y a personne qui en parle. Ça se passe en toute impunité, c’est au bon vouloir des soldats, toujours. Ils n’ont pas forcément d’ordre militaire à humilier les Palestiniens ou à les traiter de cette manière-là. C’est à dire que si tu veux fouiller au corps un Palestinien et que ton ordre militaire c’est de lui écarter les pieds, tu peux le faire, mais t’es obligé de le taper, et moi j’ai vu ça. Donc tant qu’on n’en parle pas et qu’on laisse faire, et bien la situation va continuer, c’est clair. Mais je pense, une des raisons pour laquelle on a fait le podcast c’est précisément parce qu’on ne parle pas assez de ce qui se passe en Cisjordanie, parce que c’est éclipsé par toutes les autres actualités. Il y a eu des bombardements, il y a eu une attaque au Liban, là récemment, il y a eu, il y a encore Gaza qui se passe. Après, il y a eu Israël- Iran qui a pris toute la place dans les médias. Si on parle juste de la région, en plus, il y a la Syrie et la chute du régime de Bachar al-Assad, il se passe déjà tellement de choses que du coup, si on décline tous les niveaux de conflits, la Cisjordanie et la réalité de quelqu’un qui habite à Ramallah, bon ben c’est presque « Ok » puisqu’il continue à vivre sa vie, c’est moins frontal comme guerre, donc c’est presque ok. Donc évidemment que l’impunité continue.

[00:43:19] Méwaine: À ceci, j’ajouterais que: dans, ce qui se passe, en fait aujourd’hui on est bombardé d’informations, on a des informations tout le temps, alors que avant on avait un JT, deux JT par jour, ce qui nous permettait de mieux faire le tri. Aujourd’hui, c’est constant et constant. Et c’est quelque chose qui, comme le disait Marie, est utilisé, c’est-à-dire qu’il se passe tellement de choses qu’on n’arrive même plus à faire la distinction entre ce qui est important, ce qui est plus important. Et en plus, on est dans une ère que certains appellent post-vérité, où il y a des personnalités politiques comme Donald Trump, qui font passer des faits pour des opinions et des opinions pour des faits. Et aujourd’hui, on est beaucoup dans l’émotionnel, c’est quelque chose qui utilise beaucoup ne serait-ce que Israël dans sa dans sa rhétorique. Ils vont vraiment mettre l’accent sur le fait qu’Israël, c’est ce qui se rapproche le plus de l’Occident et que sauver Israël, c’est sauver l’Occident.

[00:44:02] Marie: Où détruire les Palestiniens, c’est être le premier rempart face au terrorisme en Occident.

[00:44:06] Méwaine: Oui, enfin ils utilisent beaucoup cette empathie et ce storytelling parce que, aujourd’hui on a, enfin disons que nos cerveaux sont tellement bombardés d’informations que c’est notre cœur qui va s’exprimer et prendre les décisions. Et donc c’est un peu ce qu’on a essayé aussi de faire dans le podcast, c’était de renverser ce storytelling qui est utilisé et d’appeler les gens à, oui ressentir des émotions par rapport à ce qui se passe en Palestine. Parce qu’aujourd’hui, ça fait presque deux ans qu’on a des informations tous les jours, c’est difficile encore aujourd’hui, ce qui est normal en fait, on essaye de se préserver et si on est indignés tous les jours, c’est… Enfin on n’arrive pas à vivre nos journées, on se sent impuissant. Et nous justement, on a essayé de refaire sentir quelque chose à l’intérieur, c’est pour ça qu’on est très interactif, qu’on interpelle les gens, qu’il y a des anecdotes, des éclats de rire, des moments qui nous touchent parce qu’on est un peu anesthésiés au niveau de la réflexion. C’est un peu ce qui se passe aujourd’hui avec, on est bombardé de faits, de termes juridiques, de statistiques, etc. En fait, aujourd’hui, quand on dit 40.000 morts, 60.000 morts, on a du mal à l’imaginer. Et on voit de moins en moins, en fait, dans les récits médiatiques des personnalités. Et donc on a essayé de revenir vers la base qui est l’émotion, et que: oui, toutes ces émotions, la joie, l’indignation, tout soit ressenti dans le podcast pour qu’on se mette à sortir un peu de cette de cette apathie et de revenir vers ce qui nous semblait important.

[00:45:23] Olaf: Je prends ta question tout de suite, mais une question qui me brûle sur la langue parce que quand j’étais à Ramallah justement, je suis allé comme ça en taxi collectif et puis passer à pied le poste frontière. Et donc je voulais te poser la question tu es sûr qu’il n’y a pas ordre militaire d’humilier le plus possible? J’avais l’impression d’assister à une à une humiliation systématique à plusieurs échelles, que c’était trop de hasard pour que c’était juste la volonté de tel ou tel soldat israélien.

[00:45:53] Marie: J’ai jamais vu d’ordre militaire qui dit explicitement « humiliez-les » soldats, mais on a vu des témoignages en tous cas qui arrivent de Gaza, et pas seulement, que ils reçoivent des consignes qui sont évidemment pas écrites de certaines choses qu’ils doivent faire. Et c’est d’ailleurs là où certains soldats israéliens disent « Bah non, en fait », il y en a certains qui débloquent en se disant « Ben non, c’est pas possible, je ne peux pas faire ça ». Et il y en a d’autres qui font, voilà. Et puis il y a plein de niveaux d’humiliation, ça va des toutes petites à des beaucoup plus grandes mais… Le simple fait d’avoir à attendre 2h à un checkpoint, simplement parce qu’il y a une autorité étrangère qui occupe un territoire qui est en droit international, est un territoire palestinien, c’est déjà empêché, c’est déjà une forme d’humiliation quotidienne en fait, pour juste, quand on veut se rendre au travail ou quand on veut aller acheter quelque chose.

[00:46:39] Olaf: Surtout quand ces 2h se passent quand il fait 40 degrés et on a, il y a zéro possibilité de prendre un peu d’ombre quelque part.

[00:46:45] Public : Oui, Non, moi je voulais juste rebondir sur ce que tu disais par rapport au fait que la Cisjordanie, ce n’était pas spécialement la priorité, mais au contraire, moi je trouve que c’est très, très, très intelligent de votre part de prendre cet angle-là, puisque souvent l’excuse derrière laquelle on se cache, c’est tout est de la faute du Hamas. Et donc de montrer que, en Cisjordanie en fait, finalement ils sont un peu plus épargnés peut-être, mais c’est la même histoire alors qu’il n’y a pas de Hamas. Ben c’est, voilà, c’est justement, voilà, prouver que tout ça c’est un écran de fumée et donc, voilà moi je trouve qu’au contraire c’est très intelligent l’angle que vous avez choisi.

[00:47:19] Marie: Et il y a une grosse différence entre Cisjordanie et Gaza aussi sur, et donc évidemment on en a parlé, une réalité que ne connaissent pas ou plus les Gazaouis, au moins depuis 2005, c’est la réalité des colons illégaux israéliens. Je dis illégaux parce que c’est le droit international qui le dit, c’est pas moi. La France par exemple, c’est la position de la France de dire qu’il y a des colons illégaux israéliens. Parmi eux, il y a des Belges, parmi eux il y a des Italiens, Parmi eux il y a des Américains, parmi eux il y a des Français. Parmi eux, il y a même des Ukrainiens et des Russes qui vivent ensemble, c’est complètement lunaire. Et c’est des, on parle de environ 800 000, 900 000 personnes en Cisjordanie sur… Et auxquels s’ajoutent les 3,3 millions de Palestiniens. Ça, c’est une réalité à laquelle les Gazaouis ne sont pas vraiment confrontés. Donc il y a vraiment l’occupation militaire, il y a les soldats qui sont là, il y a les tanks qui sont là, il y a les bombardements. En Cisjordanie, ce qui rend la situation un peu spéciale, c’est la présence continue des colons. Qui sont, ça dépend des profils hein, il y en a c’est des, c’est des soldats, ils font tous leur service militaire donc, il y en a, il y en a c’est des soldats. Il y en a qui sont simplement, qui habitent un peu en banlieue, enfin pour eux ils ne voient pas qu’ils passent des checkpoints, cette réalité que les Palestiniens connaissent de restriction de territoire, ils la connaissent pas puisque c’est des Israéliens qui peuvent se déplacer partout. Comme moi je peux aussi me déplacer partout. Donc eux, ils vivent juste en banlieue, c’est moins cher, les services publics sont gratuits, enfin voilà, c’est une vie, faut vraiment imaginer un peu à l’époque quand on invitait les Français à aller vivre en Algérie, c’est un peu la même idée, c’est la colonisation de peuplement, c’est comme ça que ça s’appelle. Et après il y a ceux qui sont extrêmement violents, et quand je dis extrêmement violents, on parle de là… Quand je suis revenu de Cisjordanie, là, il y a quelques jours, il y a quatre Palestiniens qui ont été tués à côté de Ramallah par des colons violents qui sont vraiment là pour occuper les terres au nom d’une idéologie, peu importe laquelle, en soi. Qui sont vraiment là pour physiquement occuper la terre. Dans un des épisodes, avec Sami justement, il explique qu’il a entendu de un des colons qu’il irait jusque là où son mouton ira, peu importe où c’est quoi. Donc c’est aussi une des choses qui est spéciale en Cisjordanie, par rapport à la situation de Gaza, et dont il faut parler, parce que quand on a des concitoyens, là on peut parler un peu plus de politique du coup, mais quand on a des concitoyens qui habitent illégalement dans un territoire et qui colonisent illégalement un territoire, il faut aussi que nous, en tant que, enfin, dans ce cas-là moi je ramène ce sujet-là et j’ai besoin d’en parler pour dire « Écoutez, ce n’est pas normal qu’on ait des concitoyens qui colonisent illégalement dans un territoire étranger ». C’est, pour moi c’était important d’en parler aussi de ce point de vue-là, de montrer que c’est pas, comme disait Méwaine, d’arrêter de altériser et d’humaniser, et de les rendre plus proche de nous de ce point de vue-là. Et aussi de montrer à quel point cette question est éminemment Française, pour nous Français en tout cas. Mais ça marche aussi pour les Belges. En quoi la Palestine nous concerne tous, et toutes?

[00:50:01] Méwaine: J’ajouterai juste que, ce qu’on écrit dans le podcast c’est un peu ce qu’on appelle la normalité depuis les accords d’Oslo, à la fin des années 90. Et en fait, aujourd’hui, quand on parle, enfin, justement il y a des éléments de langage qui sont repris par les parties prenantes. Et en Israël, quand on parle d’accords de paix, globalement, ce qu’on entend par accord, par la paix, c’est l’absence de conflits armés, mais l’absence de conflit armé il y a plusieurs façons de le faire. Et donc que, quand, enfin il faut faire attention à ce qu’on dit et aux personnes qu’on soutient, et aux personnalités politiques qui vont faire ces négociations-là. Puisque quand Netanyahou appelle à la paix, c’est de maintenir ce qui se passe dans, ce statuquo-là d’occupation et d’impunité des personnes, comme on a dit, des colons, alors qu’ils violent le droit international. Et nous donc on montre un peu ce qu’est la normalité dans ce contexte-là, parce que, en fait c’est, comme on voit des images horribles et terrifiantes de ce qui se passe à Gaza, on a juste envie que ça se termine et ensuite on va se dire que tout va bien, que dès qu’il y aura un accord de cessez-le-feu permanent, tout sera bien. Et nous, on est là pour rappeler, c’est un petit peu rabat joie mais c’est en vrai la réalité. Que on souhaite un cessez-le-feu permanent à Gaza évidemment, mais que c’est pas fini, et que c’est quelque chose qui va prendre du temps, et qu’il ne faut pas qu’on se laisse. On peut être soulagé dans un premier temps mais qu’on se rappelle que la paix, c’est pas ce qu’on entend, et qu’il faut faire très attention avec les propositions qui sont faites dans ces situations-là.

[00:51:24] Olaf: Et c’est pas seulement qu’on se fait pas bombarder bien sûr (Méwaine: Bien sûr). Est ce qu’il y a encore des questions? Je ne te voyais pas.

[00:51:32] Public: Merci, déjà. Bravo et waouh! Est-ce que c’est une question? Est -e que c’est un commentaire? En tout cas c’est une interrogation que j’ai. C’est que d’un point de vue extérieur aussi, il y a cette vision, tu as commencé un peu à en parler Méwaine, et toi aussi Marie. Moi j’aimerais parler de l’hyper normalisation sur le territoire de, ton quotidien c’est ça, et c’est ça depuis des générations, et ce sera ça pendant des générations jusqu’à ce que tu sois tu partes, soit tu te soumets, soit tu crèves, en gros. Et d’un côté comme de l’autre quoi, moi je, d’être, je ne sais même pas comment tu fais par rapport à ta propre humanité pour être un colon, déjà. Là-bas, parce que la violence au quotidien que tu infliges aussi, et on sait que la violence qu’on inflige aux autres, elle nous fait quelque chose à nous. Et donc j’aimerais aussi ben : qu’elles sont un peu les discours des personnes justement qui, s’il y en a, et si vous avez l’opportunité d’échanger avec elles, de ces personnes qui, j’ai pas envie de les appeler des bourreaux parce que je pense qu’il y a aussi beaucoup de personnes qui sont victimes de lavage de cerveau politique, voilà. Mais en tout cas des personnes, des colons illégaux et personnes de l’armée, en Israël, pour qui c’est, il y a une hyper normalisation à mon avis de ça, de se comporter de cette façon-là et du capital humain que ça entame en toi aussi. Et donc qu’est-ce que vous avez eu comme possibilité de conversation là-dessus et, ou d’observation quoi! Tout simplement?

[00:52:59] Marie: Alors récemment, j’ai discuté avec un Israélien qui, dans le cadre d’un autre projet en fait, et qui… Donc j’ai été assez clair avec lui, enfin c’était une situation où vraiment on se reniflait, comment est-ce qu’on se positionne? Et puis au fur et à mesure, la discussion s’est un petit peu détendue, jusqu’à ce que je comprenne que c’est, c’était un colon qui s’est dé brainwashé. Et en fait il m’a dit de lui envoyer le podcast, ce que j’ai fait, et j’étais assez, j’appréhendais pas mal son retour. Parce que, une des choses qu’il m’a dites c’est que il a été élevé dans une famille où il a entendu, et je le cite, ça me fait mal au cœur de le dire, que « Un bon Arabe est un Arabe mort »

[00:53:44] Public: Mais en Françe aussi non?

[00:53:46] Marie: Ouais, bien sûr, bien sûr. Et que, enfin voilà, des phrases vraiment très, très, très, très violentes comme ça. Et où ils jetaient des cailloux sur les voitures, c’est un sport national de part et d’autre ça. Et il jetait des cailloux sur des voitures, il était à Jérusalem, et sur n’importe quelle voiture quoi. Ses parents lui ont dit « Non, non, non, mais vise pas toutes les voitures, vise juste des Palestiniens, des Arabes », parce qu’on ne les appelle pas les Palestiniens bien sûr, parce que ça reviendrait à reconnaître la Palestine (Méwaine: Bien sûr), ils les appelle les Arabes. Et donc il s’est mis à jeter des cailloux sur les voitures palestiniennes et puis, son switch à lui, parce qu’il y en a beaucoup qui ont eu des switch hein? Il n’est pas le seul, ça a été de voir la réaction des enfants terrifiés en fait. Et lui, il avait lui-même, je ne me souviens pas exactement son âge mais il était pas très vieux, peut-être douze ans, quelque chose comme ça. Et c’est là où il a reconnecté avec son humanité en se disant mais c’est pas possible, mais qu’est-ce que je fais? C’est aussi des humains. Et pour répondre du coup à ta question c’est : son retour sur le podcast ça a été de dire « Merci de faire ce travail parce que moi je peux pas le faire, et d’autres ne peuvent pas le faire et ton point de vue extérieur il est absolument nécessaire pour au moins qu’on dialogue, même si c’est par podcast interposé, on en a, ce travail-là, il est nécessaire aussi ».

[00:54:50] Michel: Pour le public. Je voudrais d’abord féliciter ces deux personnes pour le courage immense qu’ils ont pour… Un applaudissement du tonnerre! Et ce qui est le plus important pour moi, ce qui est le plus important pour moi comme message, que je veux absolument faire passer ce soir, et ça je l’assume totalement à titre personnel et même au nom de l’association, il y a deux façons d’écouter un podcast. Il y a écouter vos propos, qu’on y adhère ou pas. Et puis il y a partager le podcast et en parler autour de soi, et recueillir le feedback. C’est ce que j’ai fait moi, j’ai tout écouté, et puis j’ai recueilli le feedback. Et la deuxième écoute que moi j’ai entendu, qui m’a beaucoup blessé, c’est qu’il y a un énorme tabou qu’on ressent dans la population, en Belgique ou ailleurs quand on parle de ce sujet. Et ce tabou est dans les bouches des journalistes, ce tabou il est dans la bouche de la presse, j’ai parlé tantôt du manque de réactivité… Et c’est écœurant. Et si vous entendez ces mots et que vous avez une âme, et que vous vous prétendez « humain », repensez à ce que veut dire « humain », je n’ai pas d’autres choses à dire.

[00:55:52] Marie: Merci beaucoup Michel.

[00:55:59] Michel: Après c’est tout les exceptions.

[00:56:01] Public: Mais ça va être très court. Tu as dit quelque chose qui m’a frappé gentiment, avec le cœur. « Un bon Arabe est un Arabe mort », il y a un peu plus de 80 ans, (Marie: On disait ça pour d’autres personnes), il y a des gens qui disaient la même chose, mais pas sur les Arabes…

[00:56:20] Silence en salle: Silence marquant.

[00:56:23] Marie: Ben je sais pas si je dois réagir, le silence est éloquent je dirais.

[00:56:29] Olaf: C’est peut-être un bon mot de la fin.

[00:56:31] Michel: Merci.

[00:56:33] Olaf: Merci. Merci. Merci à vous de nous avoir, pour votre boulot, merci de faire ça.

[00:56:37] Marie: Merci. Merci beaucoup à vous d’avoir posé autant de questions. On avait un peu peur que ce ne soit pas interactif, donc merci beaucoup d’avoir posé autant de questions et on est disponible si vous en avez d’autres, et encore plus bien sûr, avec plaisir.

[00:56:52] Olaf: Et puis il y a quelque chose d’autre qui est disponible, c’est tout le podcast.

[00:56:57] Marie: Absolument.

[00:56:57] Olaf: Allez-y, écoutez.

[00:56:59] Marie: Et merci beaucoup pour l’invitation Michel, vraiment, on est très, très touchés. C’était une super journée, vraiment. C’était un plaisir de rencontrer les autres podcasteurs et podcasteurices. La diversité des podcasts est incroyable aussi: fiction radiophonique, podcast engagé sur la question des femmes, sur la question des personnes handicapées, je suis vraiment éblouie par la diversité, ça n’arrive pas souvent donc merci.

[00:57:20] Olaf: Et je relève peut-être juste une chose que tu as dit il y a 20 minutes, sans le dire aussi explicitement, il se peut que si quelqu’un, les autorités israéliennes sachent ce que tu es en train de faire ici, que tu ne rentres pas à la maison.

[00:57:33] Marie: Oui, c’est toujours le risque quand je pars de Palestine, il y a toujours le risque que je ne puisse pas y retourner, c’est sûr.

[00:57:39] Olaf: Merci beaucoup pour ton engagement.

[00:57:41] Marie: Merci beaucoup pour la modération d’ailleurs aussi. Merci beaucoup.

[00:57:44] Olaf: Merci vraiment pour votre travail. Et nous y voilà à la fin, quelle journée qu’on a passé ensemble! Enfin la fin, plus au moins la fin des podcasts. Un grand, grand, grand immense merci à toutes les podcasterices et podcasteurs pour toute votre énergie, votre vulnérabilité, votre humanité aussi. Merci, merci, merci, merci. Merci également à toutes celles et tous ceux qui étaient des invités, qui ont pris la parole en public, c’était peut-être pour la première fois de faire ça. Merci à vous d’avoir été là, merci pour votre engagement, vos questions et la participation très active et très présente. Qui encore… Merci à Transformer de nous accueillir ici et merci évidemment au Président… et si… Le président.

[00:58:42] Public: Woo woo woo wou wou wou wou wou wou wou.

[00:58:44] Olaf: Le président, maintenant tu y échappes à quoi, c’est moi qui fait les annonces. Le président de l’association, de The Podcast Factory org, Michel Godart.

[00:59:00] Michel: J’ai entendu beaucoup de merci, de compliments et ça me touche. Comprenez bien que tout ça, c’est impossible à faire sans: un, podcasteurs. Deux, sans publique. Trois, sans les bénévoles, parce que il me fait des compliments là mais… Quelle classe! Quelle classe d’avoir quelqu’un qui anime et qui présente nos invités, et c’est très important. Quel bras droit que j’ai avec Alison, avec Maha, avec toutes les personnes qui sont en cuisine, avec tous ceux qui nous ont aidés, on est nombreux, je ne suis pas seul, ce n’est pas moi, c’est pour ça que ça met mal à l’aise, c’est: on est une équipe, et une grosse équipe, et tous ces gens font que c’est réussi. Et merci à eux tous et merci à vous tous d’être présents. Et pour ceux qui sont restés et ceux qui ont dû partir, pareil, merci d’être venus. Alors on va remercier transforma, on va remercier The Plugin Company qui est notre sponsor aussi, grâce à qui une partie est possible. On va remercier le Love Health Center qui est Olivier Mageren, le sexologue que vous avez vu, que vous avez croisé avec son t-shirt orange, qui a amené son épouse en cuisine, qui a préparé des excellents met, et des excellentes salades. Et on va aussi remercier KAYA – Coalition des Écopreneurs dont nous sommes fièrement membres parce que c’est aussi eux qui nous soutiennent au quotidien. Donc voilà, tous ces gens comptent et je crois que je vais arrêter là parce que sinon ça va être trop long.

[01:00:16] Olaf: Et j’en profite que tu arrêtes là pour dire que oui, on est gentil en tant que volontaires, mais en réalité, toi ce que tu fais, c’est de soutenir des gens dans la durée. Et je pense que les remerciements c’est pas nécessairement que pour cette journée-là, c’est aussi pour tout le soutien et tout ce que tu fais, tu rends possible.

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