Olivier Pierre – Parole d’écopreneur.e

Olivier Pierre, Cluster Éco-Construction – Parole d’écopreneur.e – Rubrique Kaya. Midoricast : Podcast #221
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Cluster Eco-construction, naturellement bas carbone.
Et si construire autrement devenait la norme ?
Dans cet épisode de la rubrique « Paroles d’Écopreneurs » – enregistrée en public au salon Batibouw, sur le stand commun Kaya & Cluster Éco-construction, nous tendons le micro à Olivier Pierre, responsable communication du Cluster.
Son parcours ? De journaliste TV à fervent ambassadeur des éco-matériaux.
Son credo ? L’efficacité autant que l’écologie.
Ensemble, on explore :
- Pourquoi la Wallonie regorge déjà de solutions concrètes (et locales) en éco-construction ;
- Comment les matériaux biosourcés, naturels ou recyclés, sont plus performants qu’on ne l’imagine (confort thermique, santé, durabilité…) ;
- Quels sont les freins psychologiques et politiques encore à lever ;
- Et comment le Cluster agit concrètement, à la fois comme réseau de terrain, acteur de transition et force de plaidoyer auprès des pouvoirs publics.
Un échange qui met en lumière l’urgence d’une transition constructive… au sens propre.
Un podcast Kaya soutenu par la Loterie Nationale. Enregistré sur le stand partagé Kaya & Cluster Éco-construction à Batibouw.
À écouter, partager, commenter, et pourquoi pas : agir.
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L’asbl Cluster Eco-construction:
L’asbl Cluster Eco-construction est le réseau d’experts de la construction et de la rénovation de lieux de vie et de travail sains, confortables, économes en énergies et en ressources naturelles. Le réseau rassemble environ 300 acteurs de référence : architectes, producteurs, constructeurs, ingénieurs, négociants, formateurs, chercheurs…
Ce groupement est reconnu par la Région wallonne et par le Réseau Bâtiment durable, animé par l’Ademe, l’agence française de la transition écologique.
Définition brève de l’éco-construction :
L’éco-construction est une démarche qui vise à construire ou à rénover des lieux de vie et de travail sains, économes en énergies et en ressources naturelles.
L’éco-construction combine la conception du bâti avec l’usage d’éco-matériaux permettant de réduire le bilan carbone et la consommation de ressources naturelles.
Les matériaux mis en œuvre en éco-construction sont biosourcés, géosourcés peu transformés, recyclés ou réutilisés, comme le bois, le chanvre, la paille, l’herbe, la laine, le papier, le liège, le coton, la pierre, etc.
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Appel à l’Action pour les Écopreneur·e·s :
- Êtes-vous un·e entrepreneur·e engagé·e pour l’environnement ?
- Rejoignez la coalition Kaya et faites partie d’un réseau dynamique qui soutient et promeut des initiatives écologiques.
- Ensemble, nous pouvons faire une différence significative.
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Néerlandais : De volledige transcriptie van deze podcast is beschikbaar als ondertiteling van de video in vijf talen: Frans, Nederlands, Duits, Engels en Spaans.
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Anglais : The full transcript of this podcast is available as video subtitles in five languages: French, Dutch, German, English, and Spanish.
Espagnol : La transcripción completa de este pódcast está disponible como subtítulos del vídeo en cinco idiomas: francés, neerlandais, allemand, anglais et espagnol
Séquençage du podcast avec Olivier Pierre, Cluster Éco-Construction:
- [00:00:10] Introduction, présentation
- [00:00:30] Rôle au sein du cluster
- [00:00:35] Du rêve d’adolescent à aujourd’hui : alignement ?
- [00:01:38] Qu’est-ce que le Cluster Éco-construction ?
- [00:02:05] L’histoire du cluster
- [00:03:06] Combien de membres au cluster ?
- [00:03:33] L’éco-responsabilité comme moteur
- [00:03:40] Une collaboration avec Kaya
- [00:03:44] Pourquoi devenir membre de Kaya ?
- [00:04:06] Au-delà de l’écologie : l’efficacité
- [00:04:44] Les arguments liés à la santé
- [00:06:03] Répartition Wallonie, Flandre et Région bruxelloise
- [00:06:37] Les challenges en communication
- [00:07:48] Une collaboration avec l’IFAPME
- [00:08:10] Le public cible ?
- [00:08:24] Est-ce vraiment plus cher ?
- [00:09:19] Les autres points bloquants
- [00:10:34] D’autres freins ?
- [00:11:11] Quel message pour le politique ?
- [00:12:21] Un filtre face au greenwashing ?
- [00:13:18] Quelle évolution au sein du cluster ?
- [00:13:29] Un dernier message à transmettre au public ?
- [00:13:35] Clôture de l’épisode
La transcription du podcast avec Olivier Pierre, Cluster Éco-Construction:
Michel: [00:00:00] Bienvenue sur parole d’Écopreneurs, les parcours inspirants de celles et ceux qui entreprennent autrement. Un podcast « Kaya », avec le soutien de la Loterie Nationale.
Michel: [00:00:10] Bienvenue pour un nouvel épisode Midoricast, votre podcast sur les initiatives positives en faveur de l’environnement. Nous sommes dans une rubrique « Kaya », et nous sommes aujourd’hui au salon Batibouw à Bruxelles. On a ici un stand « Cluster Eco-construction » associés avec « Kaya » également, et c’est l’occasion pour moi aujourd’hui de rencontrer devant moi Olivier. Olivier, ton nom de famille, tu peux te présenter?
Olivier Pierre: [00:00:28] Moi c’est Olivier Pierre, mon nom de famille.
Michel: [00:00:30] Je te reçois à mon micro parce que tu es le représentant du cluster.
Olivier Pierre: [00:00:33] Je suis responsable communication du cluster.
Michel: [00:00:35] C’est encore mieux, t’es la bonne personne pour communiquer sur le cluster. On va commencer par un petit mot sur toi, que les gens puissent savoir qui tu es. Je vais te demander de me répondre à une question classique, que j’adore, c’est: de ton rêve d’adolescent à ce jour, que s’est-il passé? Est-ce que tu es aligné avec ton rêve? Ça permet de comprendre un peu le parcours que tu as fait pour en arriver au cluster.
Olivier Pierre: [00:00:51] Je ne remonterai pas jusqu’à l’adolescence, c’est possible?
Michel: [00:00:53] Rires – C’est possible.
Olivier Pierre: [00:00:54] En tout cas j’ai eu une vie de journaliste reporter en télévision, qui s’est terminée il y a quelques années, et au cours de cette carrière j’ai été sensibilisé aux sujets sur le développement durable, au premier sujet en télévision sur le réchauffement climatique et ses notions. Et puis, à cette occasion-là, j’ai aussi beaucoup travaillé sur Batibouw, sur la couverture de Batibouw et les reportages sur les entreprises. Orientées un peu sur le développement durable, donc les solutions en développement durable. Et puis donc là, ben récemment, l’occasion s’est présentée, le cluster recherchait un nouveau responsable communication. Donc je rejoignais deux compétences et deux intérêts aussi: celui de la communication, de l’audiovisuel et des matières liées à la technique, à la construction et à l’environnement, puisque le cluster Éco-construction est un peu engagé dans ce domaine-là.
Michel: [00:01:38] Alors je t’ai vu avec ton talent pour communiquer vers les chalands, ici qui s’informaient sur divers questions et challenges qu’ils ont dans leur bâtiment en rénovation, construction. Tu as l’air quand même bien informé sur ce que chacune des entreprises en cluster fait.
Olivier Pierre: [00:01:50] Le cluster, c’est un réseau d’entreprises et à cette occasion-là, on les rencontre beaucoup les entrepreneurs, donc on est en contact régulier avec eux. C’est vraiment du contact de terrain, régulièrement. Ça fait deux ans que je suis là, je commence à avoir une connaissance des principaux membres (Michel Godart: Ceci explique cela), des principaux acteurs.
Michel: [00:02:05] Comment est né le cluster, tu peux nous en dire un peu plus? Tu connais l’histoire derrière?
Olivier Pierre: [00:02:09] Je connais vaguement l’histoire parce que c’est né, le cluster est né il y a 20 ans, je n’y étais pas. Mais bon, c’est né d’une chambre de commerce et d’industrie qui existait avant. De la volonté aussi d’un groupe de constructeurs, de premier producteur d’éco matériaux de se fédéraliser, de se regrouper, d’œuvrer en faveur de matériaux naturels. Cette association a finalement été reconnue par la Région wallonne, qui a instauré, mis en place ces clusters. Des clusters, ce sont des réseaux d’entreprises et il y en a dans différents secteurs. Nous, c’est la construction et en particulier l’éco-construction. Donc cette association de petits entrepreneurs au départ, qui était à l’initiative du projet, ben s’est agrandie. Le cluster a finalement répondu à des appels à projets européens donc elle s’est fait connaître auprès d’un réseau plus large de membres au-delà des frontières. Grâce à ça, ben elle a eu du budget aussi, donc elle s’est structurée et puis heu…
Michel: [00:02:59] Tu as vu cette évolution?
Olivier Pierre: [00:03:00] Non, je ne l’ai pas connue cette évolution parce que moi je suis arrivée il y a deux ans!
Michel: [00:03:02] C’était déjà bien en place quoi.
Olivier Pierre: [00:03:04] Oui, ça fait 20 ans que c’est structuré, etc.
Michel: [00:03:06] Ça représente combien de membres?
Olivier Pierre: [00:03:07] Il y a environ 250 à 300 membres.
Michel: [00:03:09] Donc 250 à 300 entreprises, entrepreneurs tu m’as dit tout à l’heure.
Olivier Pierre: [00:03:12] Ce ne sont pas que des entrepreneurs, (Michel Godart: Il y a différents corps de métiers représentés), il y a tous les métiers de la construction. Ça va de l’architecte, le constructeur, le producteur de matériaux, le distributeur de matériaux, les formateurs donc il y a aussi les écoles, les centres de formation et d’insertion Socio-professionnelle, les universités également. Et également d’autres associations qui gravitent autour de ce thème commun qui est un peu.
Michel: [00:03:33] L’éco responsabilité (Olivier Pierre: L’éco responsabilité), en tout cas.
Olivier Pierre: [00:03:35] La protection des ressources naturelles. Voilà, c’est pour ça qu’on se retrouve avec Kaya.
Michel: [00:03:40] Ouais, c’est ça. Vous êtes membre de Kaya si j’ai cru comprendre?
Olivier Pierre: [00:03:42] On est depuis récemment membre de Kaya.
Michel: [00:03:44] Comment ça s’est amené?
Olivier Pierre: [00:03:45] Le cluster Éco-construction il a vocation de resauter. Il y a le réseau interne, qui est celui du cluster éco-construction lui-même, mais il a vocation et il a même obligation de disperser les connaissances, de partager les connaissances (Michel Godart: Ah bien, ouais), l’expérience avec d’autres acteurs. Et c’est ainsi qu’on s’associe avec d’autres acteurs qui partagent au moins une partie des valeurs, ou des sujets sur lesquels on travaille.
Michel: [00:04:06] Voilà, en valeur on est clairement aligné entre Kaya et vous, il n’y a pas de problème. Moi, je t’ai entendu, passionné aussi, tu me disais tantôt « On ne parle pas d’écologie, on parle aussi d’efficience et d’efficacité ». Tu peux nous en toucher un mot, les gens viennent me voir pour l’écologie au départ ou, comment ça se présente finalement?
Olivier Pierre: [00:04:20] Ils viennent nous voir pour plusieurs choses. D’abord, c’est parce que effectivement, ils ont une certaine sensibilité aux matériaux qui sont un peu plus naturels que les matériaux classiques qu’on utilise en construction depuis une soixantaine d’années.
Michel: [00:04:29] Donc ça, c’est un point.
Olivier Pierre: [00:04:30] C’est des matériaux pétrochimiques, des matériaux pétro sourcé, de l’industrie. Et puis en même temps, ils viennent aussi parce que les matériaux naturels, enfin en tout cas, en ce qui concerne certaines parties de la construction, certains postes, ils ont des avantages autres qu’environnementaux!
Michel: [00:04:44] C’est à dire pour la santé par exemple?
Olivier Pierre: [00:04:46] Ben voilà ils sont, par exemple les isolants, ou les peintures naturelles, sont meilleurs pour la santé que (Michel Godart: Clairement) les produits industriels classiques. Mais au-delà de ça, il y a certains matériaux qui ont d’autres avantages, dans leurs objectifs mêmes. C’est à dire que par exemple, l’isolant, un isolant, par exemple en chanvre, en laine de bois, en laine d’herbe ou en miscanthus, ou en paille, ont un intérêt, c’est-à-dire qu’ils sont isolant contre le froid, mais ils sont aussi très bons contre le chaud. Or, les périodes de canicule, les périodes de chaleur estivale sont de plus en plus nombreuses et durent de plus en plus longtemps. Donc il faut aussi, et c’est un peu nouveau comme concept, se prémunir aussi contre ça. Or, on sait qu’on habite dans les toits, on travaille, on vit dans les toitures aujourd’hui. Donc les toitures, si elles sont isolées avec les matériaux classiques, on va être victime de la surchauffe, et à terme ça va empirer. Par ailleurs, certains matériaux ont aussi cette capacité à mieux réguler l’humidité, des murs de briques, des murs en béton, etc. il y a une physique du bâtiment, il y a des transferts d’humidité, transfert d’air. Il faut que ces murs continuent à respirer, à revivre leur mécanisme d’origine. Notamment, aussi les bâtiments anciens, dans le patrimoine, on a des murs de pierre très anciens, ils ont leur chimie propre (Michel Godart: Ah oui, oui). On ne peut pas venir perturber cette mécanique, cette chimie plutôt, avec des matériaux synthétiques, on va venir perturber ce complexe de cloisons qui respire. Et les matériaux naturels ont un avantage là-dessus.
Michel: [00:06:03] Ouais, pas mal. J’ai vu que vous étiez présents dans presque toute la Wallonie, Bruxelles aussi, un peu moins en Flandre? Où il y en a quand même en Flandre?
Olivier Pierre: [00:06:10] Il y a des membres en Flandre aussi. Il se fait que, par nature, le cluster est un organisme reconnu par la Région wallonne, il est basé en Wallonie donc par nature, on a déjà plus d’actifs (Michel Godart: De membres là-bas, voilà), plus d’actif en Wallonie. Mais par ailleurs, il y a un vrai vivier de producteurs en Wallonie, il y en a plus en Wallonie qu’en Flandre. Ça c’est une réalité économique, il y a plus de producteurs de matériaux sur un si petit territoire qu’est la Wallonie, par rapport à l’Europe, on a une vingtaine de producteurs d’éco matériaux quoi. Plus toutes les (Michel Godart: Ah ça c’est bien de le signaler une fois) entreprises.
Michel: [00:06:37] Parce que c’est vrai qu’on a toujours le cliché hein? On est toujours dans l’outsourcing (Olivier Pierre: Voilà, on est en retard heu). Ouais, ouais c’est ça quoi, en fait c’est faux. C’est quoi les challenges pour toi en tant que communicant, par rapport à ton métier actuel? Mais j’entends déjà que tu as appris une maîtrise de ton sujet, parce que bon, on a beau être communicant, j’entends dans les termes que tu utilises, dans ce que tu fais, dans ton jargon, que tu as assimilé, qu’il y a déjà une imprégnation forte des gens avec qui tu bosses tous les jours, mais je veux dire il y a des challenges derrière encore!
Olivier Pierre: [00:06:58] Mais je m’intéressais déjà à la technique, les techniques de construction, je m’y intéressais personnellement et professionnellement dans mon autre métier de journaliste. Et puis la technique, j’avais toujours bien aimé la découvrir et l’apprendre, et la transmettre, et en essayant de vulgariser. Mais au-delà de ça le défi, ici c’est qu’on doit sensibiliser tout le monde. Il faut sensibiliser le grand public, on doit sensibiliser les professionnels qui travaillent pour le grand public, on doit sensibiliser les pouvoirs publics qui prescrivent des bâtiments, donc qui commandent des bâtiments, les bâtiments publics, les crèches, les écoles et les logements sociaux, etc. Il faut convaincre aussi les écoles d’enseigner des modules en éco-construction.
Michel: [00:07:32] Ça, c’est un élément clé.
Olivier Pierre: [00:07:33] Ou les universités, les jeunes, il faut sensibiliser. On doit sensibiliser, on le voit sur le stand aujourd’hui, on a des personnes d’un certain âge qui veulent isoler leur maison, mais on a aussi à l’école des apprentis qui sont tout jeunes, autant qu’ils apprennent tout de suite qu’il y a autre chose que le béton, le polyuréthane et l’acier quoi!
Michel: [00:07:48] On est d’accord? Maintenant, ceci dit, je sais aussi qu’à Liège il y a une formation qui est orientée sur l’écologie dans le bâtiment, il y a des écoles qui s’y mettent enfin, mais je crois qu’on a un peu tardé effectivement!
Olivier Pierre: [00:07:57] Il y a un début, ça commence en effet. D’ailleurs, le cluster est associé à L’IFAPME, centre de formation socio professionnelle, pour développer des modules de construction, donc ça a démarré l’année dernière, c’est tout nouveau donc c’est effectivement récent, on espère que ça va se développer dans d’autres centres, d’autres écoles, oui
Michel: [00:08:10] Le public, c’est un public cible B2B d’abord, ou c’est monsieur tout le monde peut contacter le cluster?
Olivier Pierre: [00:08:15] Ah c’est surtout B2B, mais on peut renseigner, d’une certaine façon, le grand public aussi.
Michel: [00:08:19] Comme aujourd’hui (Olivier Pierre: C’est ce qu’on fait sur le stand) au salon.
Olivier Pierre: [00:08:20] Il y a des occasions qui s’y prêtent mieux que d’autres mais, c’est tout le monde parce qu’on doit sensibiliser tout le monde.
Michel: [00:08:24] Alors tu sais qu’il y a des clichés qui ont la peau dure, comme « L’écologie durable. Oui, c’est bien mais c’est cher ». Un des arguments que j’ai entendus, moi, parfois. Qu’en est-il? Est-ce que vraiment c’est systématiquement plus cher?
Olivier Pierre: [00:08:34] C’est un cliché, c’est pas systématiquement plus cher. Il y a des matériaux qui coûtent cher, notamment parce qu’ils sont produits à l’échelle artisanale.
Michel: [00:08:41] Ben voilà, c’est ça.
Olivier Pierre: [00:08:41] Face aux grands producteurs, aux multinationales, grandes productions industrielles, forcément les coûts ne sont pas les mêmes. Par contre, on a beaucoup d’entreprises, comme je disais en Wallonie, qui produisent. Et elles ne produisent qu’à 25 à 40 % de leur capacité. Donc en fait, si on demande leurs produits, du jour au lendemain, elles peuvent produire beaucoup plus et répondre à la demande, notamment en rénovation énergétique. On est prêt, la Wallonie est prête, il y a énormément d’acteurs, et ils sont prêts à répondre à cette demande. Donc ça, ça pourrait déjà faire diminuer les prix d’une certaine façon. Mais il y a des matériaux, comparables à des matériaux classiques, qui ont le même prix, voire moins cher, on a des matériaux de fibre de bois qui ne sont pas plus chers que la laine de roche, au contraire, elle est même moins cher donc voilà.
Michel: [00:09:19] Moi, sur la question du prix, je dis souvent « Oui, il y a un prix à l’achat, mais il ne faut pas oublier autre chose, c’est qu’il y a un autre prix, c’est que si on ne fait pas une démarche écologique tous, à un moment donné le prix sera beaucoup plus cher plus tard en conséquences climatiques et autres ». Donc ça c’est une parenthèse qui est faite, maintenant j’ai envie de te demander c’est quoi les freins?
Olivier Pierre: [00:09:34] Le prix en est un, mais je voulais juste rajouter une chose, si tu me permets, c’est que on compare aussi des choses qui ne sont pas comparables, ça c’est naturel, c’est humain. Mais on va se tromper peut-être, c’est quand on demande une maison classique, ou un bâtiment classique, construit en béton polyuréthane, et on va demander « Mais ce bâtiment-là fait comme ça, qu’est-ce que ça me coûterait si on le fait en bois? », là ça peut coûter plus cher parce qu’en fait c’est deux conceptions différentes. Donc ce qu’il faut faire, c’est concevoir dès le départ.
Michel: [00:09:58] Réfléchir en amont.
Olivier Pierre: [00:09:59] Le bâtiment, avec les matériaux biosourcés. Et pour ça, des architectes sensibilisés aux éco-matériaux, qui sont engagés dans cette démarche-là, sont les meilleurs conseils. Et puis il y a d’autres clichés, il y a le cliché, il y a des freins psychologiques: c’est pas solide, ça brûle, ça ne va pas résister aux rongeurs, à l’humidité. Ça va on les balaye facilement ces arguments, on sait aujourd’hui ce que ça vaut, on n’a pas de problème. En plus, c’est des matériaux qui ont fait leur preuve. La chaux dans le bâtiment, elle est utilisée depuis des siècles, la paille est utilisée depuis des siècles. On a juste amélioré certaines mises en œuvre, ou certaines techniques, ou certains produits, pour que ce soit plus facile à poser mais, en réalité le bois dans la construction, il a fait ses preuves hein, voilà.
Michel: [00:10:34] Mais les clichés ont la peau dure parfois, il y a d’autres freins?
Olivier Pierre: [00:10:36] Il y a la peur de l’incendie, pas nécessairement du public, mais il y a des normes incendie qui sont… Alors beaucoup, dans la construction, beaucoup de tests sont demandés, y compris des tests qui sont demandés à des petits entrepreneurs qui n’ont pas les moyens de payer ces tests. C’est parfois des entreprises qui ont fait des tests à l’échelle européenne, donc ils ont reçu un agrément, ce sont des agréments européens qu’on ne reconnaît pas en Belgique. Alors on se demande pourquoi un agrément, un matériau qui est valable en France, en Suède et en Autriche, pourquoi il ne peut pas être utilisé en Belgique?
Michel: [00:11:03] Ouais il y a un paradoxe.
Olivier Pierre: [00:11:03] Et l’incendie, c’est pareil. Il y a comme ça des réglementations européennes, et puis des interprétations. Et donc il y a des communes où les corps de pompiers ne vont pas accepter, d’autres vont accepter, enfin,…
Michel: [00:11:11] Tu me lances une perche et tu ouvres grand la porte à la question qui va suivre, c’est justement: tu sais que « Kaya » fait ce qu’on appelle des plaidoyers. On consulte le politique, on le stimule à un peu de se remettre en question sur certaines choses, notamment sur ce genre de constat. Si toi tu avais le pouvoir de leur passer un message à nos politiciens, tu leur dirais quoi alors?
Olivier Pierre: [00:11:28] C’est ce qu’on fait aussi. Le cluster est aussi (Michel Godart: Ah oui je me doute, je me doute) a aussi un rôle de lobbying, donc on est en contact régulier avec les pouvoirs publics. Et le premier message qu’il faut faire passer aujourd’hui, c’est celui que je lui disais, c’est que la Wallonie est prête. On a les ressources, la Wallonie a le potentiel, il y a les entreprises qu’il faut pour produire des matériaux, et il y a les entreprises qu’il faut pour les mettre en œuvre, sans difficulté, on peut répondre à la demande. Il faut juste faire appel à elle, ou faire appel à eux pour les producteurs, voilà (Michel Godart: Et le politique peut jouer un rôle!), mais il ne faut pas se laisser avoir… Le politique a un rôle à jouer parce que, c’est lui qui émet les règles, c’est lui qui commande des bâtiments, ce genre de choses. Mais il ne faut pas se laisser avoir par deux choses: le lobbying des grands groupes internationaux de producteurs de matériaux, qui existent depuis une cinquantaine ou une soixantaine d’années, et qui ont leurs entrées aussi auprès des politiques, qui savent manipuler le message. Et puis il faut faire attention aussi au greenwashing, tout le monde n’est pas durable et tout le monde n’est pas vert, donc ça c’est pas vrai.
Michel: [00:12:21] C’est une difficulté au sein du cluster parfois d’avoir des membres, des propositions de membres où tu te dis « Bon, là on est, est-ce qu’on est vraiment aligné avec les valeurs? » Ça arrive?
Olivier Pierre: [00:12:28] Ben ça arrive, surtout qu’on est en pleine réflexion là-dessus, parce que on est en train de se dire que, plutôt que de lutter, de rester dans notre pré carré et de ne parler qu’aux convaincus, il faudrait peut-être, il est peut-être temps d’aider ceux qui veulent changer (Michel Godart: Ah oui). La construction est en train de changer, malgré tout.
Michel: [00:12:43] Ben oui, évidemment.
Olivier Pierre: [00:12:44] Et d’aider Ceux qui veulent changer, une entreprise qui veut un peu oublier le polyuréthane ou la laine de verre, qui veut un peu plus passer au biosourcé, ben nous on peut les accompagner, on peut accompagner ces entreprises-là.
Michel: [00:12:55] Donc les rejeter ne serait pas une solution pour (Olivier Pierre: Non, mai spar contre, voilà..) les faire changer.
Olivier Pierre: [00:12:58] Par contre on peut les accepter en transition et nous les accompagner, parce que de toute façon tout le monde est poussé, on est poussé dans le dos, on va devoir le faire. Les réglementations sont en train de s’imposer, pour mieux prendre en compte le bilan carbone des bâtiments, qui représentent en gros un tiers des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, en Europe, y compris en Belgique. Donc tout le monde est un peu poussé dans le dos, donc c’est le moment de se positionner.
Michel: [00:13:18] Dernière question pour toi, c’est quoi ton futur au cluster? Tu te vois évoluer comment?
Olivier Pierre: [00:13:22] Je me verrais bien toujours en communication, mais sans devoir se battre pour convaincre quoi, voilà.
Michel: [00:13:26] Ah plus de facilité quoi?
Olivier Pierre: [00:13:28] Oui, plus de facilité.
Michel: [00:13:29] Est-ce que tu as un message, un dernier message à faire passer au public?
Olivier Pierre: [00:13:31] La solution est là, il n’y a plus qu’à la trouver. Les matériaux biosourcés et l’éco-conception.
Michel: [00:13:35] Ok, ben on vous souhaite en tout cas une bonne route et une bonne continuation, et on sera là aussi pour vous épauler et communiquer pour vous aussi.
Olivier Pierre: [00:13:40] Merci pour l’écoute
Michel: [00:13:41] À bientôt.
Michel: [00:13:42] Vous avez écouté un épisode Podcast « Kaya » – Paroles d’Écopreneurs, des parcours inspirants de celles et ceux qui entreprennent autrement. Un podcast « Kaya » avec le soutien de la Loterie nationale.
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