Frédéric Dekeuleneer – Parole d’écopreneur.e

Frédéric Dekeuleneer, Galtane - Parole d’écopreneur.e - Kaya

Frédéric Dekeuleneer, Galtane – Parole d’écopreneur.e – Rubrique Kaya. Midoricast : Podcast #218

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Créer des espaces sains et durables grâce à la peinture.

Voilà la mission que s’est donnée Frédéric Dekeuleneer, fondateur de Galtane, une entreprise belge engagée qui redonne ses lettres de noblesse à des techniques oubliées, respectueuses de la santé et de l’environnement.

Dans cet épisode du podcast Kaya – Paroles d’écopreneurs, Frédéric partage un parcours inspirant, depuis ses premiers chantiers en ballots de paille dans les années 90 jusqu’à la création de produits innovants, capables de traiter le bois sans biocides ni PFAS.

Il y défend une vision forte : entreprendre autrement, c’est entreprendre normalement. Et si ses produits à base de silicates, d’huiles naturelles et de matières minérales sont aujourd’hui salués pour leur performance, ils peinent encore à s’imposer face aux mastodontes de la chimie conventionnelle. Pourquoi ? Coût du travail, réglementation européenne, manque de relais politiques…

Frédéric milite pour une biodiversité économique, pour un enseignement plus concret, pour un changement profond de notre rapport à l’habitat. Il le fait avec passion, technicité et honnêteté.

Cet échange, enregistré au salon Batibouw, montre à quel point créer des espaces sains, durables, est un acte entrepreneurial, écologique et profondément humain.

À écouter si vous croyez qu’on peut construire un avenir plus sain, brique par brique, couche par couche.

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Séquençage du podcast avec Frédéric Dekeuleneer, Galtane:

  • [00:00:10] Introduction et contexte
  • [00:00:23] Membre de Kaya et du Cluster Écoconstruction
  • [00:00:28] Du rêve d’adolescent à aujourd’hui
  • [00:01:09] Une âme d’entrepreneur
  • [00:01:26] Le choix des études
  • [00:02:09] Une volonté d’agir écologiquement
  • [00:02:27] Le secteur d’activité de Galtane
  • [00:03:02] Pourquoi ces solutions ne sont-elles pas utilisées plus tôt ?
  • [00:03:45] Le moment du déclic
  • [00:04:01] Mais pourquoi la peinture ?
  • [00:04:13] Pourquoi devenir membre du Cluster et de Kaya ?
  • [00:05:14] Ça veut dire quoi pour toi, entreprendre autrement ?
  • [00:05:23] Que faire pour que l’approche de Galtane devienne la norme ?
  • [00:06:21] Public cible : B2C ou B2B ?
  • [00:07:15] Gouvernance de l’entreprise
  • [00:08:46] Qu’est-ce qui te rend fier ?
  • [00:09:36] Et si on faisait bouger le politique, ce serait…
  • [00:11:30] Comment se sent-on en tant qu’écopreneur chez Kaya ?
  • [00:12:20] Si tu avais une baguette magique ?
  • [00:14:35] Le public de Batibouw
  • [00:16:05] L’écologie, c’est plus cher ?
  • [00:17:57] Site Internet et contact de Galtane
  • [00:18:22] Appel à l’action : laissez un message vocal
  • [00:18:26] Clôture du podcast

La transcription du podcast avec Frédéric Dekeuleneer, Galtane:

Michel: [00:00:00] Bienvenue sur parole d’écopreneurs, les parcours inspirants de celles et ceux qui entreprennent autrement. Un podcast « Kaya » avec le soutien de la Loterie Nationale.

Michel: [00:00:10] Bienvenue pour un nouvel épisode « Midoricast », un podcast sur l’écologie et l’environnement. Et nous sommes aujourd’hui dans la rubrique « Kaya ». Alors, face à moi j’ai Frédéric Dekeuleneer, j’ai pas mal prononcé ton nom!

Frédéric Dekeuleneer: [00:00:22] Extraordinaire.

Michel: [00:00:23] Extraordinaire! Tu es membre de Kaya?

Frédéric Dekeuleneer: [00:00:25] Oui

Michel: [00:00:25] Et tu es membre…

Frédéric Dekeuleneer: [00:00:26] Du cluster Écoconstruction.

Michel: [00:00:28] Du Cluster Écoconstruction. Qui est-tu? Racontes-nous, de ton rêve d’adolescent à ce jour, que s’est-il passé, est-ce que tu es aligné avec ton rêve d’adolescent?

Frédéric Dekeuleneer: [00:00:34] Donc ce n’est absolument pas un rêve d’adolescent. En fait je me suis initié à la construction ballots de paille et bois cordé début des années nonante, donc personne n’en parlait ici. J’en ai fait des stages en France, on organisait des conférences, fin des années nonante.

Michel: [00:00:48] C’était précurseur en fait dans…

Frédéric Dekeuleneer: [00:00:50] Ah ben plutôt!

Michel: [00:00:50] Ouais, clairement.

Frédéric Dekeuleneer: [00:00:51] Tout le monde me regardait avec des grands yeux et finalement, quand on parle de la construction de ballots de paille aujourd’hui, il n’y a plus personne qui rit, on trouve ça même génial (Michel Godart: Oui exact). Et puis voilà, mon père était architecte, mon grand-père était architecte, ma grand-mère était droguiste, avec aussi une niaque d’entreprendre quelque chose, de donner un sens à sa vie. Ben tu mélanges tout ça et tu arrives à un développement d’une société.

Michel: [00:01:09] Tu as toujours été entrepreneur?

Frédéric Dekeuleneer: [00:01:10] Toujours été entrepreneur, si on veut savoir avant cet intérêt sur les éco-matériaux, où je préfère dire matériaux naturels, j’ai travaillé dans tout ce qui touchait à la sonorisation. Et donc ben là-dedans tu travailles a pas d’heure et tu as un esprit d’entreprendre.

Michel: [00:01:26] Tu as fait des études pour ça?

Frédéric Dekeuleneer: [00:01:27] Le choix de vie, au départ, c’était clairement ingénieur du son, clairement ingénieur du son. Tout était Focussé là-dessus, j’ai passé l’examen d’entrée à l’IAD que j’ai réussi, seulement un numerus clausus, on prend les 40 premiers, j’étais 46ᵉ. C’est comme ça, donc qu’est-ce que tu fais dans la vie? J’ai été faire mon service militaire, très utile. Et puis à la fin du service, la dernière année, je l’ai fait en Allemagne, j’ai fait un graduat en gestion d’entreprise, marketing, publicité.

Michel: [00:01:49] Ça c’est pas encore dans l’écologie non plus hein?

Frédéric Dekeuleneer: [00:01:51] On n’est pas dans l’écologie. Par contre, c’est un excellent outil que pour développer et promouvoir, justement, des matières naturelles. Puisque ce sentiment de promouvoir des matériaux qui sont différents, qui ne polluent pas notre environnement, notre santé, de gérer une entreprise où tu vends ça ou autre chose heu… La gestion de l’entreprise reste la même.

Michel: [00:02:09] Exact, ouais. Et qu’est-ce qui t’a donné à un moment donné cette volonté d’être dans de l’écologie, de l’éco-responsabilité?

Frédéric Dekeuleneer: [00:02:15] Début des années nonante, je ne sais pas, moi j’ai toujours aimé la nature, me balader en montagne.

Michel: [00:02:18] Il n’y a pas un constat où tu te dis où ça va mal, j’ai envie de réagir?

Frédéric Dekeuleneer: [00:02:21] Non, il n’y a pas d’opportunisme. C’est une volonté ancrée, qui est profonde, de dire « Je veux faire les choses dans mes convictions ».

Michel: [00:02:27] Quel est le secteur dans lequel ton entreprise actuelle se développe?

Frédéric Dekeuleneer: [00:02:29] Le secteur, c’est le secteur du monde de la peinture (Michel Godart: Oui). Peinture pour le bâtiment.

Michel: [00:02:33] Parce qu’on est plus dans la paille hein maintenant!

Frédéric Dekeuleneer: [00:02:35] Non, non, on est, voilà, vraiment… Là on est vraiment dans la peinture, dans tout ce qui touche au traitement du bois. Donc ça va des huiles pour les planchers, à des huiles pour protéger les bardage intérieurs ou extérieurs, le mobilier et tout ce qui touche aussi à traiter les bois qui sont attaqués par les insectes et les champignons lignivores. Et sans utiliser de biocides, on va même jusqu’à protéger le bois pour les protéger contre le feu sans utiliser de PFAS (Michel Godart: Wouaw) donc tout ça sur base de matière silicate.

Michel: [00:03:02] Ça veut dire qu’il y a des solutions qui existent, mais pourquoi est-ce qu’on ne les a pas mis en pratique plus tôt?

Frédéric Dekeuleneer: [00:03:05] Ça existe depuis les années 1600!

Michel: [00:03:07] Mais oui, c’est ça.

Frédéric Dekeuleneer: [00:03:08] Les huiles de lin, ça existe depuis la nuit des temps. La chaux, ça existe depuis le temps des romains. Les silicate se sont les années 1600. Mais bon voilà, après ce qui s’est passé c’est que, fin des années 1800 il y a eu des développement de résine acrylique, des substituts de matières naturelles par le pétrole avec des meilleurs rendements, des meilleurs contrôle de production, surtout de la rentabilité. Et voilà, ce sont les sociétés qui ont mis énormément de moyens pour se développer et ont complètement inondé les marchés avec une arrivée de tout un ensemble de substances chimiques qui ont fortement permis à ce milieu de se développer. Et, en laissant sur le côté ben les matières naturelles.

Michel: [00:03:45] Oui, c’est ça quoi. Et pour toi, c’était quoi le déclic? Au moment où tu te dis ben c’est cette entreprise-là que je vais faire maintenant? C’était quoi le déclic qui provoque cette idée?

Frédéric Dekeuleneer: [00:03:53] Le déclic d’entreprendre quelque chose, d’entreprendre quelque chose et d’entreprendre quelque chose qui a du sens, et d’entreprendre quelque chose qui a du sens pour les propres clients, nos propres clients.

Michel: [00:04:01] Mais pourquoi la peinture?

Frédéric Dekeuleneer: [00:04:02] La peinture? Ma grand-mère était droguiste.

Michel: [00:04:04] Ah oui, tu l’as dit tantôt.

Frédéric Dekeuleneer: [00:04:05] J’étais gamin, je voyais les pots des marques de peinture non naturelles, et gamin je cours un peu dans cette droguerie et je ne sais pas, il y a un truc qui était excitant, voilà, c’est un peu dans les gènes aussi heu…

Michel: [00:04:13] Tu suis ton instinct et ton feeling (Frédéric Dekeuleneer: Ouais). Ouais, pas mal (Frédéric Dekeuleneer: Ouais). Justement, en parlant de suivre son instinct, qu’est-ce qui t’a conduit à devenir membre du Cluster ou – et de Kaya?

Frédéric Dekeuleneer: [00:04:22] Je suis membre du Cluster Éco-Construction ben depuis son début hein, donc ça fait, je sais plus, 20-22 ans.

Michel: [00:04:28] Ah ouais quand-même (Frédéric Dekeuleneer: Ouais), primo-adoptants.

Frédéric Dekeuleneer: [00:04:30] Voilà. Donc moi je trouve ça toujours très, très, chouette de faire partie comme ça d’un cluster pour pouvoir s’échanger entre nous. Il faut dire que moi j’étais même encore précurseur avant le cluster Éco-construction, encore bien avant « Kaya », où je participais à des cellules sur des discussions sur l’éco rénovation, les éco-matériaux au sein d’un parti politique. À l’époque, c’était Ecolo, à Namur, et on se voyait tous les mois mais bon, on était fin des années nonante. Pour faire bouger les choses, et aujourd’hui voilà, c’est le cluster qui fait un excellent travail. Et ce que je trouve chouette avec « Kaya », ben c’est ce côté plus politique. Je dirais même, disons-le lobbying. Le lobbying, ça marche très, très, bien rond-point Schuman, ça regorge. Donc je trouve ça excellent que « Kaya » fasse un lobbying politique en complément du Cluster Éco-construction ben pour faire avancer tout le « schmilblick ».

Michel: [00:05:14] Ça veut dire quoi pour toi d’entreprendre autrement ou d’être un éco preneur? Ça implique quoi?

Frédéric Dekeuleneer: [00:05:20] Je n’entreprends pas autrement, j’entreprends « normalement ».

Michel: [00:05:23] C’est ça? Ça m’amènerait à la question de « Qu’est-ce qu’on devrait faire, alors, pour que ton activité soit considérée comme quelque chose de normal et pas comme : à souligner exceptionnellement bien » – Rires – Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour que ce soit la norme?

Frédéric Dekeuleneer: [00:05:34] Comme pour tout produit qui se développe sur le marché, ça demande des forces commerciales intenses, ça demande beaucoup de persuasion, surtout de persuasion technique. Alors c’est pas parce que ton produit est éco que ça va marcher, l’objectif c’est que le produit s’adresse à tout le monde, à toutes les familles. Il ne faut pas avoir spécialement une étiquette politique ou autre, on s’adresse à tout le monde et il n’y a rien à faire : on reste dans une entreprise qui s’adresse à d’autres entreprises où on doit présenter un produit, où on va te demander « Mais quelle est la qualité du produit? Depuis combien de temps tu existes? ». Il y a une frilosité quand à proposer ses produits, on se demande « Oui mais est-ce que ça va marcher? »

Michel: [00:06:09] Il y a du doute qui s’installe (Frédéric Dekeuleneer: Ah oui, oui, oui hein) chez les gens?

Frédéric Dekeuleneer: [00:06:11] Oui, oui, oui. Au début, c’est très, très, compliqué. Et puis, une fois que les points de vente ont adopté les produits, c’est un peu comme les poudres à lessiver, je dis « Ben ok, je vais vous les reprendre », on dit « Non, non, on a une clientèle pour ça maintenant ».

Michel: [00:06:21] Alors ta clientèle justement, elle est résidentielle ou elle est aussi business, B2B?

Frédéric Dekeuleneer: [00:06:24] Moi, en étant à la production, distribution, recherche, je suis en B2B. Donc moi je vais plutôt m’adresser à des négociants en bois, des négociants de matériaux de construction les drogueries…

Michel: [00:06:32] Qui revendent les produits?

Frédéric Dekeuleneer: [00:06:33] Voilà, qui revendent alors vers les professionnels, vers les particuliers, vers les administrations.

Michel: [00:06:38] Donc t’as pas le feedback directement du « End-user » comme on dit? (Frédéric Dekeuleneer: Non, non), tu vois qu’il y a une tendance et un intérêt qui est croissant?

Frédéric Dekeuleneer: [00:06:44] Ça reste une croissance organique, c’est lent, et durable (Michel Godart: Oui). C’est pas bien non plus d’avoir des croissances qui sont trop rapides, c’est bien d’avoir des croissances organiques. C’est vrai que je ne cache pas d’avoir plus de moyens devant moi pour faire plus de recherche, plus de développement. C’est quelque chose de très, très, chouette. Mais voilà, parfois il faut se résigner à se dire « Non ben voilà, c’est pas possible c’est comme ça ». Il y a quand même vraiment des très, très, chouette collaborations qui se développent avec les points de vente, et on est, avant d’être écologique, on est d’abord technique, donc on apporte énormément de solutions techniques pour bâtiment.

Michel: [00:07:15] Je t’ai entendu parler avec les gens qui venaient sur le stand ici, je dois dire que j’étais un peu impressionné par la recherche de perfection dans les réponses que tu apportes aux gens. J’ai saisi au vol quelques conversations, j’ai dit « Waouh! Le monsieur est vraiment passionné » (Frédéric Dekeuleneer: Ouais), c’est la première image que tu m’as donnée. Alors j’ai envie de te demander, dans la gouvernance de ton entreprise, vous êtes combien dans ta boîte?

Frédéric Dekeuleneer: [00:07:31] On est trois. Moi je travaille pour le double dans À temps plein. Maintenant, un fabricant de peinture, c’est un assembleur, comme un fabricant de voitures il ne fabrique plus toutes les pièces lui-même donc moi je travaille avec énormément de sociétés qui vont travailler, qui vont collaborer pour le projet « Galtane ». Avec des boîtes qui ont du matériel pour faire l’un et ou l’autre produit. Maintenant, le cœur de « Galtane » reste à Nivelles et puis je travaille aussi avec des indépendants qui ont des spécificités. Le coût du travail est un véritable obstacle à l’engagement, je pourrais donner du boulot à dix personnes, le coût du travail ne le permet pas. Voilà, je travaille pas mal d’indépendants, que ce soit pour faire de l’aide des traductions, pour faire du graphisme, avec des laboratoires de peinture, des laboratoires d’analyses techniques, quand c’est nécessaire… Dire on est trois, c’est complètement faux, il y a vraiment une dizaine…

Michel: [00:08:13] Vous êtes beaucoup plus en fait, dans le microcosme (Frédéric Dekeuleneer: Voilà) dans lequel tu évolues?

Frédéric Dekeuleneer: [00:08:16] On ne peut pas dire aujourd’hui « Ah oui, il y a autant d’employés ». Non, il y a un ensemble de personnes qui œuvrent pour ce projet. Un nuancier par exemple, ben oui il est conçu chez nous, maintenant, voilà, c’est sous-traité par des boîtes qui ne font que ça, parce que c’est très chronophage de fabriquer des nuanciers. Et voilà, pendant que eux font ça, ben moi je peux me consacrer aux questions techniques des clients, de rédiger les fiches techniques, les fiches de sécurité, répondre aux normes de l’Union européenne (Michel Godart: C’est l’homme-orchestre) et voilà.

Michel: [00:08:46] Ouais, pas mal. Est-ce quelque chose qui te rend fier en termes de gouvernance dans ta boîte?

Frédéric Dekeuleneer: [00:08:49] Tu regardes dans le rétroviseur et parfois tu dis « Non, non. Regarde devant toi ». Ce qui me rend fier, c’est que: moi je me sens bien dans mon projet, je suis heureux dans ce projet, j’aime travailler beaucoup, je travaille lentement et je travaille beaucoup. Et rendre service c’est quelque chose qui me rend fier. Surtout de rendre service à des gens qui sont dans des situations où il y a des problèmes de moisissure dans les bâtiments, des problèmes de bois attaqués et qui veulent vraiment trouver des solutions qui protégeront leur santé. Ben ça, c’est le plus beau cadeau qu’on peut faire et voilà, ça c’est un des signes de reconnaissance que je reçois de la part des clients, et ça c’est chouette.

Michel: [00:09:20] Donc c’est quand même gratifiant d’être éco preneur?

Frédéric Dekeuleneer: [00:09:22] Oui, oui, ah oui, c’est tout à fait gratifiant. Maintenant, ça reste techniquement complexe.

Michel: [00:09:26] Passion, partage, expertise, c’est les trois mots clés qui te résumeraient, j’ai juste?

Frédéric Dekeuleneer: [00:09:31] Oui, tu as tout à fait juste, on le dit souvent « La passion » (Michel Godart: Oui). Si tu n’es pas passionné dans un projet, tu n’entreprends pas.

Michel: [00:09:36] On est assez alignés sur ça. Qu’est-ce qu’on pourrait faire au niveau politique pour que ton entreprise et son modèle ne soit pas une exception.

Frédéric Dekeuleneer: [00:09:42] Je pense, c’est qu’en fait on est simplement une entreprise normale. Pour moi ce sont ceux qui fabriquent des substances qui dégradent l’environnement et nos santé.

Michel: [00:09:49] Qui devraient se remettre en question.

Frédéric Dekeuleneer: [00:09:50] Voilà, ça c’est anormal! Quand on parle aujourd’hui des P.F.A.S, des PFAS qui polluent l’eau, des puissant accélérateur de séchage de peinture qui rend les gens allergiques à vie, les glycol-éthers qui sont des co solvants dans les peintures à l’eau et qui polluent l’intérieur de l’habitation, ça c’est anormal. Donc d’un point de vue politique, que faire? Parce que voilà, en même temps ben est-ce que la politique a à dire « Ben Monsieur Galtane est-ce qu’on te met en avant par rapport à une autre société? Non, je dois faire mon boulot ». Une des grandes difficultés, c’est réaliser, c’est d’être aux normes.

Michel: [00:10:20] Ça c’est le premier challenge?

Frédéric Dekeuleneer: [00:10:21] 60 % des lois sont décidées par l’Europe. C’est là qu’il faut aller toquer, de dire « Bon les gars, il y a des multinationales, des très grandes sociétés, ok c’est très bien. Et puis il y a un paquet de petites sociétés » et c’est ce que moi j’appelle la biodiversité économique, et là moi je pense, je ne sais pas par quel moyen que: les politiques devraient favoriser la biodiversité économique aussi. Par un ensemble de petits indépendants, et d’alléger leurs charges sur le travail, et de leur permettre d’accéder à des études sur des cycles de vie qui, pour un seul produit, coûte peut être au bas mot 10000, 15000 €. Mais pour nous, petites sociétés, c’est impayable. Par contre les toutes grosses savent payer. Donc il faut diminuer ce prix, alors est-ce que les grandes entreprises doivent contribuer pour les petits? Est-ce que les sociétés qui font faire ce genre d’études, on doit leur dire, les politiques devraient leur dire « Les gars, vous exagérez dans les prix que vous demandez. Revenez sur Terre », parce que ça aussi c’est un gros problème, il y a un paquet de personnes politiques à l’Union européenne, ils sont hors sol. Nous, on a les pieds sur terre, on fait vivre des petites structures locales. Et c’est nous, entre autres nous, pas que nous mais, entre autres nous, il faut aussi…

Michel: [00:11:24] Le reconnaître.

Frédéric Dekeuleneer: [00:11:24] Nous aider, nous reconnaître. Mais en même temps, voilà, nous on bosse aussi, on ne veut pas être des assistés d’un système politique non plus.

Michel: [00:11:30] Non, je pense que le tissu du microcosme entrepreneur, c’est justement lui qui fait vivre le pays concrètement (Frédéric Dekeuleneer: Ouais). Et c’est ce qui devrait peut-être se rappeler plus souvent nos politiciens (Frédéric Dekeuleneer: Oui. Oui, oui). Avec « Kaya », nous on plaide aussi pour des produits taxés moins s’ils sont écoresponsables, ça fait partie du plaidoyer de « Kaya » donc je pense que là tu peux t’y retrouver dans nos plaidoyers. Comment est-ce que tu te sens en tant que Éco preneur faisant partie de « Kaya ».

Frédéric Dekeuleneer: [00:11:48] Plutôt actif, de dire, ben de les soutenir dans toutes les démarches qu’ils font. Maintenant se poser la question « Tiens, qu’est-ce que ça donne comme résultat? ». C’est aussi intéressant de voir: est-ce qu’on nous écoute? Quand je dis-nous « Kaya », est-ce qu’on nous écoute mais il y a vraiment heu…

Michel: [00:12:00] Tu participes aussi aux groupes de paroles, etc.

Frédéric Dekeuleneer: [00:12:02] Je participe aux groupes de paroles. Et Kaya ben oui, c’est Éco-preneurs, donc c’est entrepreneur, donc on parle de business, on parle de vendre.

Michel: [00:12:11] Mais c’est pas un tabou hein?

Frédéric Dekeuleneer: [00:12:12] C’est pas un tabou du tout.

Michel: [00:12:13] Tant que c’est fait dans le respect des limites planétaires.

Frédéric Dekeuleneer: [00:12:15] Voilà, exactement. Si « Kaya » peut aider, ben voilà, de temps en temps oui, je participe à l’une ou l’autre réunion heu,… Ouais.

Michel: [00:12:20] Si tu avais une baguette magique, tu en ferais quoi? Super pouvoir, aucune limite.

Frédéric Dekeuleneer: [00:12:24] De voir s’ouvrir, se développer un paquet de magasins de détail spécialisé dans les produits de droguerie, de peinture, d’isolant, et avec des personnes qui sont fortement investies, qui sont fortement compétentes. Ce que je voudrais aussi voir, c’est l’enseignement qui puisse se développer parce que l’enseignement (Michel Godart: Ah joli, bonne remarque). L’enseignement c’est la base d’une société, et si j’avais un coup de baguette magique, je voudrais garder plein d’enseignants qui font un travail extraordinaire, et à tous ceux-là leur donner plein de baguettes magiques et de les protéger pour développer notre société. Parce que sans ça, notre société ne se développera pas, et on a besoin d’eux, et il faut développer des cours pour apprendre à nous tous de, déjà le basique. C’est très bien d’apprendre Molière, mais de savoir coudre, de savoir réparer un appareil, de savoir peindre, de savoir ce que c’est qu’un produit à base d’eau, savoir ce que c’est qu’une peinture, savoir ce que c’est que les plantes, les arbres, savoir-faire son propre potager.

Michel: [00:13:21] En fait tu résumes la vie quoi (Frédéric Dekeuleneer: Oui), pas le digital tu résumes (Frédéric Dekeuleneer: Oui) la vie.

Frédéric Dekeuleneer: [00:13:24] Même si tout le monde n’a pas la chance d’avoir un appartement, mais quelque part, quelqu’un qui a un appartement, ben en bas de ce building il devrait y avoir des jardins potagers partagés pour celui qui a envie. Ou qui n’a pas envie ben une petite zone pelouse, et il va planter des fleurs riches pour les abeilles.

Michel: [00:13:38] Et sans compter le bienfait psychologique que ça fait, il ne faut pas le sous-estimer.

Frédéric Dekeuleneer: [00:13:41] Voilà, et ben ça touche aussi justement toute la biophilie, c’est à dire intégrer les matières naturelles dans l’habitat pour que les gens soient mentalement heureux, et donner ce pouvoir aux enseignants, et voir un enseignement qui change. Et c’est vrai que les changements, ça c’est aussi quelque chose qui revient souvent, les changements sont difficiles. Les changements sont lents et sont difficiles. Et ça, je le vois dans ma clientèle, et donc notre société elle doit changer. C’est vrai qu’on est face à des résistances, énormément de résistances, on n’a plus le choix, on doit évoluer, on doit changer, doucement, doucement. Quand on entend parler aujourd’hui, rien à voir avec le monde des peintures mais, des véhicules électriques, ou des zones où on ne peut plus rouler avec tel ou tel type de véhicule, tout se fait comme ça ici en quelques années, mais ça fait 40 ans qu’il fallait le faire. Et il fallait faire ça doucement, pour que tout le monde puisse s’habituer et puis que aujourd’hui on soit tous prêts et qu’en fait tout ça soit une normalité, sans résistance.

Michel: [00:14:35] Mais le changement, moi je dis toujours, il y a plusieurs conditions pour qu’il s’installe. C’est un, prendre conscience. Deux, vouloir changer. Trois, y mettre le temps et rendre le changement pérenne, et ça c’est (Frédéric Dekeuleneer: Oui) la partie qu’on oublie trop souvent (Frédéric Dekeuleneer: Oui). On va un peu parler du salon, même si on sort un petit peu du sujet de départ. On a passé deux jours ensemble où je te voyais partager ta passion, tes yeux qui brillent de passion partagée, d’expérience et de conseils que tu donnes, on sent vraiment ta volonté d’être utile. Mais j’ai envie de te demander justement, dans ce contexte-là, comment perçois-tu le public, comment perçois-tu son intérêt pour l’écologie? Est-ce qu’ils viennent plutôt curieux sans trop savoir, est-ce que ils ont déjà des idées? Tu peux un peu témoigner de comment tu as vécu tes expériences?

Frédéric Dekeuleneer: [00:15:10] Ce que j’observe dans l’approche des visiteurs, les personnes souhaitent mettre en œuvre des matériaux qui sont sains, et recherchent des solutions, et recherchent aussi des lieux où ils peuvent trouver les produits. Ça, c’est vraiment fréquent, c’est où puis-je trouver les produits? C’est aussi voir les panneaux d’échantillons et se dire « Ah, c’est ça de la peinture à la chaux », ah c’est ça (Michel Godart: Ah maintenant j’ai une image visuelle, oui) du bois vermi-traité, et je visualise ce que c’est. Et les gens ont besoin de visualiser, je voudrais isoler mais c’est quoi ça? Et ça, c’est quoi ça? Le fait de visualiser, de mettre des mots sur les isolants, de mettre des mots sur une peinture, sur un enduit de chaux, sur une peinture au silicate, ça c’est quelque chose qui est important pour ceux qui s’arrêtent ici sur le stand. Et de leur expliquer les bienfaits de ces produits, et c’est toujours après c’est « Mais, et je trouve ça où? » D’où l’importance de créer un réseau de vente (Michel Godart: Ah oui pas mal). Parce que c’est un peu l’oeuf et la poule, le revendeur va dire « Il n’y a pas de demande », nous on le voit qu’il y a de la demande. Et donc on doit pouvoir l’envoyer vers le point de vente, et alors là aussi, on boucle la boucle.

Michel: [00:16:05] Il y a souvent un préjugé qui circule que « L’écologie oui c’est bien mais c’est cher ». Qu’est-ce qu’on peut dire là-dessus?

Frédéric Dekeuleneer: [00:16:09] C’est complètement faux. Dans le monde des peintures, oui, le peinture c’est un budget. Ce n’est pas plus cher que, et parfois c’est même moins cher pour des couvrant supérieur, voire au minimum équivalent, par rapport aux produits de synthèse. Parfois, on a besoin des produits de synthèse. Mais aujourd’hui « Galtane » se profil se voulant être accessible au niveau budget, et aussi, tu as cité le mot pérennité, mais ce sont des solutions pérennes. Quand un bois qui est traité par minéralisation, ben il est traité pour 50 ans (Michel Godart: Ah oui) voilà. Et c’est même moins (Michel Godart: Je défie le synthétique de faire ça) que d’autres. Quand ta maison est super bien isolée, ben elle est isolée mais tu es parti pour des dizaines d’années. Tu construis avec des blocs de terre cuite, tu es parti pour des dizaines d’années. Voilà, si on doit parler en chimie de molécules, ben il y a certains matériaux c’est: du bois, ben du bois on connaît des maisons construites en bois dans les pays nordiques qui ont 200 ans d’âge (Michel Godart: Ouais, clairement), elles sont toujours là. Et dans les pays nordiques, qu’est-ce qu’on voit en Norvège, en Suède, on voit aussi des bâtiments en bois de 20 étages, en bois, il n’y a pas une poutrelle métallique là-dedans, donc ça fonctionne, c’est donc pérenne. Et c’est peut-être bien aussi antisismique, ça protège les gens aussi. Et puis je l’ai dit, là tout de suite, il y a aussi cette biophilie, d’amener ces matériaux dans l’habitation, et qui augmente le bien-être (Michel Godart: Ouais c’est ça) des gens.

Michel: [00:17:22] C’est le bien être au final, oui

Frédéric Dekeuleneer: [00:17:23] Et on y pense même, c’est de faire des hôpitaux en bois. Alors on va dire « Oui, attention, les bactéries patati patata ». Mais il y a des études qui ont montré, notamment en Nouvelle-Zélande, que des personnes qui sont dans une chambre où les matériaux sont en bois, où il y a des matériaux naturels, où ils ont une vue sur l’extérieur, le taux de rétablissement est beaucoup plus rapide que celui qui n’a pas de vue sur la nature.

Michel: [00:17:42] Mais évidemment, mais évidemment!

Frédéric Dekeuleneer: [00:17:43] Et donc toutes les matières sont mortes, sont de synthèse. Donc ça apporte quand même beaucoup à l’humain.

Michel: [00:17:47] Le mental et les énergies (Frédéric Dekeuleneer: Oui) présentes et…

Frédéric Dekeuleneer: [00:17:49] Donc, si mentalement les gens se portent mieux, ben il y a besoin de moins de médicaments, on a besoin de moins dans les centres de psychothérapie et autres…

Michel: [00:17:57] Je répète ça souvent dans Midoricast, l’écologie c’est aussi la santé. Parce que si on est en bonne santé, on se soigne pas et si on se soigne pas avec des médicaments, on ne fait pas fonctionner les entreprises qui dans les laboratoires polluent mais rien qu’en nettoyant leur matériel, on ne fait pas fonctionner une industrie très polluante en fait. Super, on va donner l’adresse de ton site internet qu’on puisse aller chercher plus d’informations.

Frédéric Dekeuleneer: [00:18:13] Alors c’est trois fois W, Galtane: G.A.L.T.A.N.E point com.

Michel: [00:18:22] Et j’invite les auditeurs et auditrices à te laisser un message vocal, parce qu’on a un répondeur sur le podcast.

Frédéric Dekeuleneer: [00:18:26] Super!

Michel: [00:18:26] Et on pourrait très bien, à notre ami Ingé-son ici, lui laisser un petit message vocal, ce serait un beau cadeau. En lui disant voilà : « J’aime ce que vous faites, poser une question, soumettre une idée », et nous on transférera volontiers ce message vocal (Frédéric Dekeuleneer: Ok), on se revoit bientôt j’espère?

Frédéric Dekeuleneer: [00:18:38] Merci

Michel: [00:18:38] À bientôt.

Frédéric Dekeuleneer: [00:18:39] À bientôt.

Michel: [00:18:39] Vous avez écouté un épisode podcast « Kaya », paroles d’Écopreneurs. Des parcours inspirants de celles et ceux qui entreprennent autrement. Un podcast « Kaya » avec le soutien de la Loterie nationale.

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