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Michel Godart: Bienvenue pour un nouvel épisode "6 Minutes pour comprendre" avec Pierre Léonard, que je retrouve avec beaucoup d'enthousiasme et de sourires, une rubrique de Midoricast. La parole est à toi Pierre. Pierre Léonard: Bonjour Michel, bonjour tout le monde. Cette année, dans l'indifférence relative des vacances estivales, c'est le 30 juillet que l'humanité a fini de dépenser tout son budget écologique actuel, cinq mois avant le 31 décembre. Depuis ce jeudi de juillet et jusqu'à la prochaine réinitialisation du compteur en janvier, nous vivons à crédit sur les ressources de la planète. Et c'est un crédit qu'aucune banque n'accepterait de reconduire éternellement. Pierre Léonard: Bienvenue dans "6 Minutes pour comprendre", et aujourd'hui j'avais envie de vous parler du jour du dépassement, le "Overshoot Day" en anglais. Ce qui ne mesure vraiment, pourquoi certains pays le franchissent en février quand d'autres ne le franchissent pas du tout. Et surtout, ce que nous pouvons concrètement en faire dans notre entreprise comme à la maison. Pierre Léonard: Le principe est en réalité assez simple, presque comptable. Chaque année, la planète produit une certaine quantité de ressources renouvelables : du bois, des poissons, des récoltes, et elle absorbe une certaine quantité de déchets, notamment notre fameux CO2, grâce aux forêts et aux océans. Cette capacité de régénération, on l'appelle la biocapacité. Elle se mesure en hectares globaux, une unité qui permet de comparer des terres agricoles, des forêts ou des zones de pêche sur la même échelle. En face, sur l'autre plateau de la balance, il y a notre empreinte écologique. La surface qu'il faudrait théoriquement pour produire tout ce que l'humanité consomme et absorber tout ce qu'elle rejette. Le jour du dépassement c'est donc ce moment de l'année où cette empreinte humaine collective dépasse la biocapacité disponible pour les douze mois. Calculée chaque année par l'organisation Global Footprint Network, ce jour recule d'année en année depuis les années 1970. À l'époque, il tombait fin décembre, aujourd'hui c'est fin juillet pour la Belgique et pour la France. Pierre Léonard: Et donc concrètement, ça veut dire quoi? Il faudrait une planète et presque deux planètes, 1,73 planètes pour subvenir correctement à la consommation de l'humanité entière, donc cette planète virgule 73 c'est une moyenne mondiale. Donc le jour du dépassement, qu'est-ce qu'il fait? Il mesure en réalité un déséquilibre global entre l'offre et la demande de ressources renouvelables. Il existe un cadre complémentaire plus fin qui mesure la santé de la planète sur neuf dimensions précises, ce sont les limites planétaires dont j'ai parlé dans un des premiers épisodes de cette rubrique. Pierre Léonard: Je vous les repasse rapidement en revue : le climat, la biodiversité, Les cycles de l'azote et du phosphore, l'usage des sols, l'eau douce, l'acidification des océans, les aérosols et la couche d'ozone, et enfin la pollution par des substances comme le plastique. Le dernier bilan disponible ne mâche pas ses mots, sept de ces neuf limites planétaires sont déjà dépassées. La dernière en date c'est l'acidification des océans. Seule la couche d'ozone est la charge en aérosols, ces particules fines en fait, restent encore dans une zone qui est jugée sûre. Pierre Léonard: Et vivre à crédit écologique, ça n'a rien d'une abstraction comptable, ça se traduit très concrètement : déforestation continue, en particulier en Amazonie et en Indonésie. Effondrement de certains stocks de pêche parce qu'on prélève plus vite que les populations se renouvellent, raréfaction de l'eau douce dans plusieurs régions du monde, des nanoplastiques jusque dans le cerveau humain, et surtout l'accumulation de gaz à effet de serre dans l'atmosphère parce que les écosystèmes n'arrivent plus à absorber les 40 milliards de tonnes que nous émettons chaque année. Et rien que pour ça, on mobilise déjà la majorité de la biocapacité disponible. Pierre Léonard: Le résultat, on l'a vu cet été : vague de chaleur, sécheresse, tempêtes plus violentes, incendies. Pour une organisation, ce ne sont pas des statistiques abstraites, ce sont des chaînes d'approvisionnement qui grince, des matières premières qui se raréfient, des coûts qui montent, des assurances qui deviennent plus chères, des risques qui augmentent. Pierre Léonard: Et donc le 30 juillet qu'on a eu cette année, c'est une moyenne mondiale. Mais si on regarde pays par pays, c'est-à-dire la date à laquelle le budget mondial serait épuisé si toute l'humanité vivait comme ces pays, les écarts sont vertigineux. Le Qatar ouvre le mauvais classement dès le 4 février, suivi de près par le Luxembourg (Michel Godart: Hum?), le Luxembourg, effectivement. Michel Godart: Le petit pays Luxembourg? Pierre Léonard: Oui, oui. Pour le Luxembourg, il faudrait dix planètes, si tout le monde vivait comme les habitants de ce tout petit pays voisin. Michel Godart: Et Pierre, moi j'ai entendu aussi qu'on me parlait que la Belgique était vachement moins bien classée que ce qu'on pourrait le penser. Pierre Léonard: Oui, Michel. La Belgique, son jour du dépassement, elle l'atteint le 11 avril. Ça veut dire qu'il faudrait plus de quatre planètes si tout le monde vivait comme les petits Belges. La France suit fin avril avec un peu plus de trois planètes. Pierre Léonard: A l'autre extrémité, on a des pays qui sont tout à fait compatibles avec notre biocapacité, ou plutôt avec la biocapacité de la planète. L'Indonésie, l'Équateur, eux ne bascule à l'automne, et le Népal qui est justement, ou plutôt injustement, fortement frappé par les conséquences de ce changement climatique et du dépassement de ses limites planétaires. Lui, en fait, il a tout bon, c'est-à-dire qu'il a une empreinte de 0,8, ça veut dire qu'il n'excède jamais sa biocapacité (Michel Godart: Wouah). Donc si tout le monde vivait comme au Népal, on n'aurait pas de jour du dépassement, au contraire, on vivrait en débit plutôt qu'en crédit. Pierre Léonard: Pour une organisation, comprendre où elle se situe sur cette échelle est un exercice éclairant. Il révèle sa dépendance réelle à des ressources sous tension avant que le marché ne le lui rappelle par : soit une hausse des prix, soit une rupture d'approvisionnement ou une pénurie. C'est un avantage concret, de nouveau, anticiper plutôt que subir. Pierre Léonard: Et justement, dans notre logique économique actuelle, les pays réellement soutenable sont le plus souvent les plus faiblement développés, ce qui pose la vraie question: "Peut-on rester sous la limite planétaire tout en offrant un bon niveau de vie?". Quelques cas donnent un début de réponse encourageant, comme je le disais, l'Équateur, le Costa Rica, qui combine un développement humain correct avec une empreinte proche de leur biocapacité nationale, ils ne dépassent pas les ressources qui leur sont allouées. Ce sont des exceptions rares, mais elles existent et elles montrent que la trajectoire n'est pas figée. À l'inverse, pour une entreprise qui ignore le sujet, le risque, c'est une dépendance non cartographiée à des ressources en tension, des coûts d'approvisionnement, tout ce que je viens d'expliquer. Pierre Léonard: Face à ce déséquilibre, deux réflexes complémentaires sont nécessaires : L'atténuation, l'adaptation. En sachant bien que l'adaptation, comme on l'a vu dans l'épisode précédent, va coûter beaucoup, beaucoup, beaucoup moins cher que ne rien faire et devoir réagir en catastrophe. Michel Godart: C'est un super bon argument je trouve. Pierre Léonard: Mais pour pouvoir anticiper, évidemment, il faut savoir (Michel Godart: Oui) face à quoi on est. Donc mesurer, c'est la première chose, pour pouvoir agir. Par quoi est-ce que ça va passer dans l'entreprise? Et bien ça va commencer par le fait de mesurer ses matières premières, mesurer ses déchets, mesurer sa dépendance aux ressources critiques. Ça, c'est la première étape. Pierre Léonard: Ensuite, il va falloir identifier les postes où votre activité pèse le plus lourd, ça va souvent être les achats et les déplacements. Et remplacer les gestes symboliques. Créer un compost c'est très bien, attention, mais ça ne suffit pas, il va falloir remplacer ce geste symbolique par des actions qui vont avoir un impact réel pour votre entreprise, et intégrer cette lecture-là dans vos décisions stratégiques, et pas seulement une ligne dans votre rapport non financier annuel. Pierre Léonard: À la maison la logique est la même à petite échelle, réduire ce qui pèse vraiment : alimentation, mobilité, logement, consommation d'articles jetables, plutôt que se concentrer sur les petits gestes qui font du bien finalement, mais sans changer l'ordre de grandeur. Le jour du dépassement, il recule quand des millions de petites décisions individuelles se transforment en décisions collectives, pour aller dans le même sens. Pierre Léonard: Pour résumer, le jour du dépassement n'est pas une fatalité climatique abstraite, c'est un budget que nous dépassons un peu plus tôt chaque année. Mais la bonne nouvelle, c'est que ce calendrier n'est pas gravé dans le marbre. Pierre Léonard: Merci d'avoir écouté cet épisode et la prochaine fois, nous parlerons de mobilité décarbonée dans l'entreprise. Jingle Outro: You are listening to "The Podcast Factory Org". Michel Godart: Ce projet podcast est une initiative créée et proposée par l'ASBL "The Podcast Factory Org", avec le sponsor de "transforma bxl -Innovation Playground", espace de coworking à Evere. Depuis janvier 2025 et pour cinq années, nous sommes aussi sponsorisé par "Plugin Company", notre opérateur de bornes et de cartes de recharge privilégié. "The Podcast Factory Org" est très fier d'être membre de "KAYA" - Coalition des Écopreneur et Écopreneurs, et de collaborer avec le "Love Health Center". Vous retrouverez tous les épisodes de tous nos podcasts sur le site "What's Your Story point be". N'oubliez pas de vous abonner à notre chaîne YouTube @thepodcastfactoryorg, nous y proposons le podcast en format vidéo avec la transcription en sous titres en plusieurs langues.