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Michel Godart: Une longue pause des vacances ! Pierre Léonard: Et une longue pause des vacances, et un retour pour lequel cette fois ci, un peu exceptionnellement, je vous avoue que j'ai envie d'enlever ma casquette de facilitateur pour mettre ma cagoule d'activiste. Parce que je sais pas vous, mais moi cet été ci m'a donné beaucoup à réfléchir et m'a mis un petit peu quand même hors de moi. Pierre Léonard: Alors je ne sais pas si vous vous souvenez de ce que vous faisiez le 29 juin 2026, c'était fort probablement un jour comme les autres pour vous, et pourtant, le 29 juin 2026, en Suisse, c'est un jour très particulier. C'est le jour de la fonte des glaciers. Pourquoi? Parce que tout simplement, c'est ce jour-là que toute la neige tombée l'hiver précédent a fini de fondre. Et à partir de cette date, ce n'est plus la neige de la saison qui disparaît, c'est la glace elle-même, parfois vieille de plusieurs siècles. Cette année, ce jour est arrivé presque aussitôt qu'en 2022, l'année noire des glaciers. Et il faut savoir que depuis 2000, les glaciers suisses ont perdu 40 % de leur volume, oui, en 26 ans. C'est un peu un genre de compte épargne qui tourne à l'envers et où personne n'a envie de voir le solde. Un peu plus haut, sur les sommets, un autre phénomène progresse, et pas toujours en silence : le pergélisol, c'est ce sol qui est censé rester gelé en permanence, se réchauffe et des pans entiers de haute montagne ou des glaciers s'effondrent, comme on l'a vu récemment avec la catastrophe au Népal. Pierre Léonard: Donc, canicules, sécheresses, incendies, fonte des glaciers, dégel du pergélisol, c'est tout ça qui a émaillé notre été mais, au fond du fond, qu'est-ce que ça change concrètement pour nous et pour notre organisation, pour notre entreprise? Donc quelques faits, sans en rajouter parce que la réalité se charge très bien toute seule de brosser le tableau. L'été 2026 a battu des records de chaleur en Europe de l'Ouest, juin, juillet ont affiché une température moyenne de 21,6 degrés au-dessus du précédent record de 2022. Depuis mai, la région a connu quatre épisodes de chaleur extrême, dont deux rien qu'en juillet. Résultats en cascade une sécheresse quasi généralisée en France, en Espagne, en Allemagne, en Belgique, au Royaume-Uni, avec des sols plus secs qu'en 2022 qui jusqu'ici étaient l'été de référence. C'est aussi la combinaison parfaite pour des incendies plus fréquents, plus intenses sur des surfaces plus grandes, y compris dans des régions qui n'étaient pas habituellement vulnérables, notamment les Écrins, dans les Alpes en France. Et en altitude, l'histoire se répète en pire comme je le disais, les glaciers alpins, le pergélisol qui commence à fondre et donc même sur le Mont Blanc, on a vu, vous avez peut-être vu passer cette vidéo d'un alpiniste qui se protégeait d'une chute de pierres sur une voie d'ascension du Mont-Blanc qui jusque-là était sûre. Donc est-ce qu'on va dire, comme on le voit beaucoup sur les réseaux sociaux, "C'est normal, c'est l'été". Mais non, ce n'est pas normal, ce n'est pas un accident isolé. Tout ça, c'est la signature attendue du changement climatique. Pierre Léonard: Plus l'atmosphère se réchauffe, plus les vagues de chaleur sont fréquentes et précoces, plus elles nourrissent des sécheresses, qui elle-même alimentent des incendies. C'est un cercle vicieux qui se referme sur lui-même et qui, contrairement à un cycle économique, ne va pas repartir spontanément à zéro l'année suivante. Plus on continue à émettre du CO2, plus la situation va continuer à s'intensifier et à s'aggraver. Alors pour une entreprise, c'est plus un sujet de conversation devant la machine à café, c'est un sujet de risque opérationnel. Je pense qu'on l'aura déjà un peu compris dans les épisodes précédents, on en a parlé. Pierre Léonard: Et les glaciers en particulier, pour revenir à ça, ce n'est pas juste pour faire joli, un glacier c'est un réservoir naturel, c'est un régulateur du débit des cours d'eau. Il stocke l'eau en hiver, il la restitue en été, au moment précis où l'agriculture, les utilisateurs, l'industrie, l'hydroélectricité et même les centrales nucléaires en ont le plus besoin. Or, certains bassins alpins pourraient voir leur disponibilité chuter de 20 à 30 % d'ici la fin du siècle, avec évidemment des conséquences en cascade sur l'agriculture, la production industrielle, le refroidissement des centrales, comme je le disais, et même la navigation fluviale sur des artères comme le Rhin, ça a déjà eu lieu cette année-ci. Pierre Léonard: Alors, quel est l'intérêt de se pencher là-dessus plutôt qu'attendre que le problème frappe vraiment à la porte? D'abord, ça permet d'anticiper. Parce qu'anticiper, c'est réduire l'incertitude. Une entreprise qui cartographie ses vulnérabilités, ses dépendances à l'eau, à des fournisseurs situés en zone de stress hydrique ou à une logistique fluviale sensible aux basses eaux, peut adapter ses processus avant la crise plutôt que pendant. C'est ce qui fait la différence entre décider sereinement un jour ordinaire ou improviser un jour de pénurie. Pierre Léonard: Ensuite, il y a un avantage réputationnel et commercial bien réel, c'est aussi de l'intérêt bien compris. De plus en plus de donneurs d'ordres, d'assureurs, et d'investisseurs, demandent désormais une analyse des risques climatiques physiques. Être capable d'y répondre, plutôt que découvrir la question en pleine négociation et réagir au dernier moment, devient un différenciateur. Et ces risques-là ne sont pas théoriques, les ruptures d'approvisionnement en eau ou en matières premières, interruptions de production, hausse du coût de l'énergie, de l'assurance, dommages directs sur des infrastructures exposées aux incendies, aux inondations. Ignorer le sujet, c'est un peu comme laisser son parapluie au placard un jour où le ciel s'assombrit méchamment, ça peut passer mais est-ce vraiment un pari que vous avez envie de faire, surtout s'il s'agit de votre outil de production? Pierre Léonard: Quelques chiffres encore, parce que c'est souvent là que les décisions se prennent. Entre 1980 et 2021, les événements climatiques extrêmes ont déjà coûté plus de 560 milliards d'euros à l'échelle de l'Union européenne. Le réseau des banques centrales pour le verdissement du système financier, chiffrent le coût de l'inaction à quinze points de PIB mondial en 2050 en cas de réchauffement à trois degrés, par contre le coût de la transition estimé va de 0.5 à 1 point de PIB en 2030. Autrement dit, la transition va coûter jusqu'à 30 fois moins cher que l'inaction. Donc le message est simple, et il n'est pas question de vous faire peur, chaque euro investi maintenant dans l'adaptation ou dans la réduction des émissions coûte nettement moins cher que le même euro dépensé plus tard en réaction. Un peu comme l'entretien d'une toiture, un contrôle léger coûte une fraction du prix d'une réfection complète. Pierre Léonard: Il y a deux leviers complémentaires sur lesquels on reviendra un peu plus tard dans la saison, d'abord l'atténuation qui consiste à réduire ces émissions pour empêcher que la situation s'aggrave. Et puis aussi l'adaptation, ça va consister à faire en sorte de se prémunir contre les effets du changement climatique qui sont déjà là. Pierre Léonard: Concrètement, par où est ce qu'on commence? Un diagnostic de circularité et de risque physique reste le point de départ le plus efficace, ainsi qu'un diagnostic portant sur vos vulnérabilités. J'en reparlerai dans un épisode un peu plus loin. Ressources, éco-conception, dépendance à l'eau, Chaîne de valeur, ça, ce sont vos marges de manœuvre, ce sont les choses sur lesquelles vous pouvez agir pour bâtir un plan d'action réaliste. Pierre Léonard: Pour approfondir les enjeux climat énergie, je recommande au passage d'ailleurs volontiers "Les Shifters", c'est une association qui forme les citoyens et les décideurs à la décarbonation de nos activités économiques. Et si vous voulez vous connecter à l'écosystème belge, des entreprises qui sont à impact, qui sont actives dans la transition, la coalition KAYA des Ecopreneurs réunit plus d'un millier d'organisations engagées. Michel Godart: On leur fait coucou d'ailleurs (Pierre Léonard: On leur fait coucou) c'est grâce à eux qu'on se connaît. Pierre Léonard: Exactement. Pour résumer, cet été meurtrier n'est pas un accident isolé, c'est une nouvelle normalité climatique. Alors on pourrait presque dire "C'est normal, c'est l'été maintenant". Mais bon, le problème c'est qu'elle s'accélère plus vite que prévu, et la bonne nouvelle c'est que on sait précisément quoi faire et que l'action coûte toujours moins cher que l'inaction. Si vous ne devez retenir que ça de cet épisode, retenez-le. Pierre Léonard: Merci d'avoir été avec nous pour cet épisode de "6 Minutes pour comprendre", dans le prochain nous allons parler d'un sujet qui est en prise en fait avec celui-ci qui est le jour du dépassement. Jingle Intro: À bientôt. Jingle Outro: You are listening to "The Podcast Factory Org". Michel Godart: Ce projet podcast est une initiative créée et proposée par l'ASBL "The Podcast Factory Org", avec le sponsor de "transforma bxl - Innovation Playground", espace de coworking à Evere. Depuis janvier 2025 et pour cinq années, nous sommes aussi sponsorisé par "Plugin Company", notre opérateur de bornes et de cartes de recharge privilégié. "The Podcast Factory Org" est très fier d'être membre de "KAYA" - Coalition des Écopreneur et Écopreneures, et de collaborer avec le "Love Health Center". Vous retrouverez tous les épisodes de tous nos podcasts sur le site "What's Your Story point be". N'oubliez pas de vous abonner à notre chaîne YouTube @thepodcastfactoryorg, nous y proposons le podcast en format vidéo avec la transcription en sous-titres en plusieurs langues.