Alain Boribon – Citizenfund

Alain Boribon, Citizenfund vous propose de reprendre le contrôle de la finance – Rubrique Kaya. Midoricast : Podcast #191
Le projet Citizenfund, porté par Alain Boribon, est un fonds d’investissement disruptif à plus d’un titre. Une gouvernance coopérative avec « 1 personne = 1 voix » !
Avec ce nouvel épisode du podcast Midoricast, pour sa rubrique Kaya, nous mettons en lumière un membre de la coalition belge des écopreneurs et écoprenneuses.
Ce sera la rencontre entre vos utopies et le financement réel de vos projets s’ils ont un impact social ou environnemental.
Là où beaucoup de portes se ferment, celles de Citizenfund seront probablement plus à même de s’ouvrir !
Dans cette discussion, Alain partage sa vision audacieuse pour un monde où l’argent devient un levier de changement positif.
Au fil de l’entretien, il dévoile les multiples facettes de l’activisme financier, soulignant l’importance de repenser notre rapport à l’argent et à l’investissement. Il met en lumière les externalités positives des projets soutenus par le Citizenfund, illustrant comment ces initiatives peuvent non seulement générer un impact financier, mais aussi contribuer à résoudre des défis sociaux, climatiques et environnementaux.
À travers cette conversation inspirante, Alain invite chacun à réfléchir à l’impact de ses choix financiers et à s’engager dans une démarche d’investissement éthique et responsable. Il démontre comment le Citizenfund offre une alternative concrète pour aligner ses valeurs avec ses actions financières, tout en contribuant à bâtir un avenir plus durable et équitable pour tous. Mais Alain aspire aussi à ce que son modèle soit copié et met les ressources nécessaires à disposition via son site, la seule condition étant de respecter l’ADN du projet.
Ne manquez pas cette opportunité de découvrir comment le Citizenfund et d’autres initiatives similaires peuvent transformer notre manière de penser et d’agir dans le domaine financier.
Écoutez dès maintenant cet épisode de Kaya, hébergé par Midoricast, disponible sur toutes les bonnes plateformes de podcast.
Et pourquoi ne pas participer en devenant coopérateur ?
Ou soumettez votre projet à leur comité de sélection et au vote des coopérateurs !
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Séquençage du podcast avec Alain Boribon :
- [00:00:18] Introduction et présentation d’Alain Boribon
- [00:01:18] Le parcours avec Kaya
- [00:02:14] En quoi le projet se différencie ?
- [00:04:31] Comment on fait pour contribuer ?
- [00:06:11] Quel public ?
- [00:06:44] Une forme de résilience économique
- [00:06:58] Bobos ou pas bobos ?
- [00:08:39] Faire prendre conscience de ce que devient l’argent placé…
- [00:11:38] Entre alerter et inspirer, le juste milieu
- [00:12:36] Une fierté dans la gestion interne de son organisation
- [00:14:21] Kaya et le plaidoyer
- [00:15:28] Si tu avais une baguette magique…
- [00:15:57] Qu’est-ce qui t’a poussé à rejoindre Kaya ?
- [00:16:42] Clôture du podcast
La transcription du podcast avec Alain Boribon :
Michel Godart: [00:00:00] Ce projet podcast est une initiative créée et proposée par l’ASBL « The Podcast Factory Org » avec le sponsor de « transforma bxl – Innovation Playground » et vous retrouverez tous les épisodes sur le site « What’s Your Story .be ».
Michel Godart: [00:00:18] Bienvenue pour un nouvel épisode « Midoricast », « Midori » veut dire vert en japonais, « Cast » pour podcast. C’est une rubrique « Kaya » que nous ouvrons aujourd’hui et mon invité n’est autre que Alain Boribon. Pour commencer notre rubrique « Kaya », on va dire un petit mot de présentation sur qui tu es et ton parcours.
Alain Boribon: [00:00:34] Je sais pas si mon parcours a beaucoup d’intérêt pour le public qui nous écoute, mais je dirais que j’ai une formation d’économiste et plutôt avec une pensée hétérodoxe. Je suis plutôt un entrepreneur et je me considérais maintenant plutôt comme un entrepreneur activiste et très intéressé au concept d’économie orthogonale, et qui n’est pas du tout développé, qui n’est pas du tout connu, et ça vient de chercheurs américains, et je trouve que c’est assez passionnant ce qu’ils sont en train de développer.
Michel Godart: [00:00:57] On comprend déjà d’où vient la possibilité d’avoir des prises de conscience sur l’environnement, ton impact, je trouve.
Alain Boribon: [00:01:02] Oui, enfin ça se limite pas à l’environnement évidemment (Michel Godart: Non), parce que c’est juste qu’une petite partie de ce qui intéresse l’humanité pour le moment. Je pense qu’il y a encore d’autres dimensions sociales et qui sont peut-être un tout petit peu moins abordées par la coalition « kaya », mais je pense que de toute façon, on ne peut pas les séparer, que ce soit la conscience écologique ou la conscience sociale, ça va de pair.
Michel Godart: [00:01:18] Alors on s’est parlé un petit peu avant de commencer cet enregistrement, tu m’as dit « Ça fait longtemps que je suis dans la coalition Kaya », tu peux un peu me raconter ton parcours avec Kaya?
Alain Boribon: [00:01:25] Bah oui, parce que comme on a créé une structure très différente en matière de finances, ils m’ont rapidement invité parce qu’évidemment j’avais un mode de pensée assez différent. Et donc je me rappelle avoir participé aux premières tables rondes, et puis évidemment, la mission de Kaya étant beaucoup du lobbying, de L’advocacy, etc. Moi je me suis un peu écarté de cette activité là pour développer les miennes propres, mais toujours en parallèle et en adéquation avec une bonne partie des principes de la coalition, oui, clairement.
Michel Godart: [00:01:54] Donc j’ai un ancien membre devant moi, ça, ça fait toujours quand même plaisir.
Alain Boribon: [00:01:57] Mais à vrai dire, j’ai participé et puis je suis devenu membre plus tard, mais évidemment, quand il y avait des événements organisés, etc, j’étais pas loin ou quand il fallait aller battre le fer avec des économistes plus classiques, ou des gens comme ça, et bien alors on m’a appelé de temps en temps pour aller jouer le côté gravier dans la chaussure.
Michel Godart: [00:02:14] Ici, tu as parlé d’économie. Qu’est-ce que ton entreprise fait? Qu’est-ce que tu proposes? Et surtout en quoi elle se différencie du marché?
Alain Boribon: [00:02:21] Alors nous, on est à la base de la création d’un outil financier qui s’appelle le « Citizenfund », et en fait c’est un fonds d’investissement coopératif et citoyen. Et il est complètement disruptif en ce sens que ce sont non seulement les coopérateurs qui choisissent les projets dans lesquels le fonds investit, donc il y a un côté mutualiste, mais sauf que ce sont les coopérateurs qui décident, ce ne sont pas juste deux trois personnes, mais quel que soit le montant que les gens ont investi, et bien chacun a une voix pour décider si oui ou non on investit dans un projet. Alors chacun de ces projets doit résoudre un problème social et, ou environnemental. Et si ce n’était que ça, ce serait encore moyennement disruptif, ce qui est infiniment différent de ce qui peut se passer dans n’importe quel autre fonds d’investissement, c’est que chaque entrepreneur ou entrepreneuse vient pitcher son projet en live chez nous, et il y a débat. Et donc il y a du challenge, on discute, et c’est super ouvert puisqu’on pourrait ne pas être coopérateur et participer au débat, et puis dire finalement en quoi on penserait que ce serait du greenwashing par exemple, ou en quoi on pense que ça peut vraiment nous aider. En fait, on s’inspire beaucoup des principes de permaculture et donc on a appliqué ces principes-là à un fonds d’investissement. Et alors la chose qui est complètement différente aussi, c’est que dans notre scope d’investissement, on a intégré des projets qui sont liés à la culture, à l’éducation, voire à la nature même ou à la participation citoyenne. Et donc évidemment, ces projets, vous les retrouverez dans aucun fonds d’investissement classique puisque par définition, ils sont au mieux autoportants. Mais nous ce qu’on pense, c’est qu’ils sont absolument nécessaires, parce que si on considère que les fonds d’investissement représentent le type de société qu’on va avoir dans dix, quinze ou 20 ans, eh bien regardez où ça nous a amené jusqu’à présent. Et donc on voit bien que la société n’est pas faite que d’activité économique, elle est faite aussi d’autres choses qui en constituent finalement les fondations, le fondement. Imaginez un monde sans éducation ou sans nature, je ne sais pas quelles activités économiques pourraient se développer là-dessus, mais ce ne serait pas possible. L’intérêt du projet, c’est d’essayer de créer une espèce d’équilibre entre des activités qui résolvent des problèmes sociaux, environnementaux, je l’ai dit, mais rémunérateur, et puis d’autres qui sont simplement nécessaires, mais possiblement qu’elles ne soient qu’autoportantes, voilà
Michel Godart: [00:04:31] Comment on fait pour favoriser, participer, contribuer à l’approche.
Alain Boribon: [00:04:35] On peut le faire de 1000 manières différentes et déjà, si on n’est pas membre, on n’est pas coopérateur de « Citizenfund », ça veut dire que: soit on a moins de 26 ans et en mettant 50 €, et bien on peut participer à tout ça. Mais si on a envie de s’intéresser, d’être inspiré par des porteurs et des porteuses de projets qui pensent le monde différemment, et bien chez nous c’est ouvert, c’est hyper transparent. Donc au contraire de n’importe quel fonds d’investissement, vous pouvez venir, vous asseoir, prendre une bière, manger deux trois petites choses et commencer à socialiser, à sympathiser avec les personnes qui sont autour de vous, mais aussi d’aller toucher et de discuter avec les porteurs de projets. Donc, c’est une manière d’être déjà actif et de rentrer, en mettant un petit pied dans la porte, sans s’engager véritablement. Enfin, pour moi, c’est déjà un engagement que de venir débattre (Michel Godart: Clairement) et de venir participer à ce projet-là. Maintenant, on n’est pas mus, c’est pour ça que je parlais d’économies orthogonales, parce qu’on n’est pas mus par l’appât du gain, par le fait de maximiser le profit. Vous avez bien compris qu’un fonds d’investissement qui s’inspire des principes de permaculture ne maximise pas son profit, son idée, c’est d’avoir un système beaucoup plus équilibré, et c’est ça qui nous intéresse. Donc finalement, que vous veniez et participiez, et bien voilà, ça nous procure déjà beaucoup de joie et quelque part on participe au changement. Maintenant, si on veut aller un cran plus loin, eh bien oui on peut devenir coopérateur, et donc participer au vote, parce qu’évidemment si vous n’êtes pas coopérateur vous ne pouvez pas voter. Mais une fois que vous êtes coopérateur, vous participez à tout et vous pouvez même être dans le comité de sélection, vous pouvez accompagner des entreprises si vous avez des talents particuliers, il y a 1000 manières finalement, puisque au fond, on est fiers de tous les projets qu’on accompagne. L’idée, c’est peut-être d’en devenir l’ambassadeur, le client, le fournisseur, le partenaire. C’est en ça qu’on pense qu’on est assez différent de tout autre fonds d’investissement.
Michel Godart: [00:06:11] Qui vient vous voir alors, ce sont déjà des éco preneurs ou des entrepreneurs qui ont une approche consciente par rapport à tout ça ?
Alain Boribon: [00:06:16] Pour le moment, il n’y a que 280 coopérateurs dans la coopérative à Bruxelles. Il y en a une qui vient de se créer à Charleroi, donc il y a dix personnes qui ont cocréé un Citizenfund à Charleroi. On a reçu des demandes venant des États-Unis, du Liban et d’autres pays, mais je pense que notre côté hyper disruptif où justement l’idée c’est de s’insérer dans une communauté, donc dans les principes de permaculture, l’idée ce n’est pas de devenir le plus grand, l’idée c’est d’essaimer et de s’adapter à la communauté, au territoire dans lequel on est.
Michel Godart: [00:06:44] C’est une forme de résilience économique.
Alain Boribon: [00:06:45] Complètement. Et quelque part, on met un petit peu l’économie de côté en se disant « Ok, ce n’est plus l’élément central, ou en tout cas ce n’est plus l’appât du gain qui est l’élément central ».
Michel Godart: [00:06:54] Le central, c’est quoi, c’est l’humain, c’est la société, c’est l’impact qu’on a sur l’environnement et la planète ?
Alain Boribon: [00:06:58] Oui, enfin, moi je suis même partisan de dire qu’il vaudrait mieux avoir le moins d’impact possible parce qu’on voit des t-shirts fleurir avec « More impact is better » ou quelque chose comme ça, et finalement je me dis « Mais non, peut-être qu’il faudrait en avoir beaucoup moins, et penser le monde différemment ». Et je pense qu’on s’inscrit complètement dans un monde, enfin, je ne sais pas si vous êtes familiers avec les principes d’économie stationnaire ou des choses comme ça, je pense que le Citizenfund, on va probablement travailler avec des étudiants pour véritablement valider le fait qu’un fonds d’investissement comme le nôtre puisse aussi vivre dans une économie stationnaire. Donc ça ne veut pas dire une économie où il n’y a plus rien qui croît, etc. Non, il y a des parties qui peuvent croître évidemment, et puis d’autres parties qui doivent décroître, voir même se terminer. Les gens qui viennent nous voir, je dirais que, pour le moment c’est encore un peu, au départ c’est un peu des bobos ou…
Michel Godart: [00:07:41] Non, des change makers, on va éviter ces clichés, ces mots faciles qu’on met comme étiquettes sur les gens. Parce que le danger de ces mots, je trouve, c’est que on met tout et n’importe quoi et puis on met tout le monde dans le même sac. Alors qu’en fait, quand on prend la peine de discuter, de communiquer avec les gens, on comprend qu’il y a 1000 et une nuances et que dans ces nuances, on va trouver un équilibre.
Alain Boribon: [00:07:56] Alors je dirais que: à l’origine, ce sont plutôt des bobos, et puis que maintenant ça se diversifie assez bien.
Michel Godart: [00:08:02] C’est ça qu’on risque de rater tu vois ?
Alain Boribon: [00:08:04] Non, non. D’ailleurs, maintenant on est en train d’implémenter, on veut absolument développer des fonds d’investissement durables dans les universités et dans les écoles, etc. (Michel Godart: Wouaw) Pour justement aider les étudiants, et les mettre directement en lien avec les Citizenfund classiques, pour qu’ils soient à la fois inspirés mais aussi pour qu’ils puissent enfin dire ce dont ils ont vraiment besoin. Donc c’est pour ça que je parlais d’activisme au début, parce que finalement.
Michel Godart: [00:08:24] Ben c’est approprié.
Alain Boribon: [00:08:25] Oui, oui, complètement, parce qu’il y a plein de formes d’activisme différents: on peut aller manifester, on peut aller faire, on peut participer à extinction, rébellion, etc. Et l’un n’exclut pas l’autre. Mais à un moment donné, il faut aussi mettre les mains dans le cambouis, et puis être en adéquation avec en tout cas les principes qu’on porte quoi!
Michel Godart: [00:08:39] Ça fait longtemps et dans plusieurs interviews chez Midoricast qu’on a déjà eu plusieurs personnes qui sont venues nous dire « Mais c’est hyper important qu’on réfléchisse à ce qu’on fait de notre argent » parce que dans pas mal d’endroits, l’argent qu’on place pour en retirer un bénéfice, ben certains n’ont que faire de la résultante de ce qui va se passer derrière. Ici, on est dans une approche complètement différente, et c’est peut-être ça aussi qu’il faut passer comme message pour sensibiliser les gens à collaborer avec vous.
Alain Boribon: [00:09:02] Bah en fait, je pense que si on ne change pas notre relation à l’argent et on ne change pas la manière dont cet argent est utilisé, on va aller dans des situations très, très, compliquées.
Michel Godart: [00:09:12] C’est pas un de vos buts justement de changer quand même la perception citoyenne de « Il faut que j’arrête de penser que je mets mon argent sur un compte et il ne se passe rien ».
Alain Boribon: [00:09:19] Oui, complètement. D’ailleurs, c’est pour ça qu’on a fait jouer de temps en temps la pièce de Martin Ophoven sur « Y a-t-il une licorne dans la pièce? » Parce que ça commence à expliquer, enfin l’idée, c’est évidemment de cultiver les gens, d’éduquer les gens, qu’ils comprennent finalement que leur argent, s’ils pensent qu’il dort sur un compte en banque et n’a aucun impact sur leur propre vie, et bien ils se trompent, donc… C’est pour ça que finalement, quand nous, les gens viennent présenter leur projet, eh bien on voit bien évidemment les externalités positives que vont dégager ces projets. On a envie de présenter un projet qui est l’acquisition d’un bois, donc d’une parcelle de biodiversité, juste pour ce qu’elle représente, donc de la biodiversité. L’idée, évidemment, c’est d’expliquer aux gens que, en achetant cette parcelle-là, et bien évidemment qu’il n’y aura pas un retour financier direct dans la poche du coopérateur (Michel Godart: C’est ça quoi!), mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas un retour financier. Ça veut dire que si, à un moment donné, dans dix ou quinze ans, on a envie d’aller faire un jogging, ben ce sera quand même mieux d’aller le faire dans ce bois-là que plutôt que dans un shopping Hall, que on sait bien que ça diminue la température des villes si vous mettez la végétation dans une ville. On voit bien que ça diminue la violence quand vous vernissez des espaces pénitentiaires ou la ville, etc. Et donc tout ça a des impacts financiers hyper positifs. Maintenant, si vous placez votre argent et que c’était investi chez Bayer ou ailleurs, et bien vous savez que vous allez manger du glyphosate encore pendant quelques années et que finalement ça va avoir un impact sur votre finances puisque vous allez vous ramasser un cancer, que vous allez devoir finalement payer pour ces médicaments pour votre chimio.
Michel Godart: [00:10:39] Et on l’oublie trop souvent!
Alain Boribon: [00:10:40] Et oui, et donc finalement (Michel Godart: Oui, clairement), le gain que vous faites individuellement de dix ou 15 %, vous le payez dix fois, ou vos enfants, ou votre famille ou vos amis.
Michel Godart: [00:10:48] On est dans une période où on ne peut plus se permettre ça. En fait, il est temps et urgent d’arrêter ça!
Alain Boribon: [00:10:51] Oui, mais le problème, c’est ce qu’on a devant nous est tellement énorme que c’est impossible pour la plupart des gens de conscientiser, puisque finalement on n’a pas cette expérience d’une possible extinction de l’humanité où, quand vous n’avez pas l’expérience de quelque chose c’est très, très, compliqué évidemment de se l’approprier, de se l’intégrer. Quand vous avez une plaque chauffante que vous mettez, vous êtes enfant et vous mettez votre doigt dessus, ben vous savez que c’est brûlant, vous n’allez pas le refaire deux fois, mais là, est-ce que, de mémoire d’homme, de mémoire d’humanité (Michel Godart: On n’a pas d’expérience d’extinction), voilà. Alors je ne dis pas qu’on est, est-ce qu’on est dans cette extinction ? En tout cas, il y a des bouleversements majeurs, il y a six des neuf limites planétaires calculés qui sont dépassés, avec des effets de boucles de rétroaction dont on va voir les conséquences, dont on voit déjà les conséquences. Moi, je pense qu’on n’a pas encore vraiment changé de paradigme, on va toujours dans la même direction, mais en essayant de ramer à contre-sens, mais on n’a pas changé de direction.
Michel Godart: [00:11:38] Dans les réflexes naturels de l’homme, c’est souvent de dire « Au loup, au loup » pour faire peur, parce qu’on veut justement provoquer ce changement, on veut que les gens conscientisent qu’il y a un problème. Moi, l’effet que je constate, c’est que parfois ça fait l’effet inverse. Parce que comme tu le dis tantôt, on est face à une montagne et on a tendance alors à ce moment-là à baisser les bras, on se sent impuissant, on ne sait pas par où commencer, on se sent tout petit. Et le but de ce podcast, c’est d’inviter des gens pour montrer plutôt des exemples inspirants et dire « Si ces gens-là peuvent bouger, vous aussi ». Comment se positionner finalement dans cette posture de « Je crie alarme, danger, réagissons… Ou j’inspire » et je crois que l’équilibre, à mon niveau, il est au milieu, il est un peu au milieu de tout ça.
Alain Boribon: [00:12:12] Il est absolument au milieu de tout ça. Et je pense qu’en effet, qu’à crier au loup tout le temps, on perd les gens parce qu’ils sont démotivés, parce que la montagne est tellement haute à franchir. Évidemment, nous, par exemple, on prône vraiment une finance de la joie, donc quand les gens viennent et écoutent les porteurs et les porteuses de projets, ben c’est vraiment inspirant. Franchement on se marre bien (Michel Godart: Oui), et en fait c’est une autre manière de vivre son argent et de faire quelque chose. Oui, oui, c’est plutôt gai et sympathique.
Michel Godart: [00:12:36] Dans ce podcast, on parle aussi de gouvernance en tant que gestionnaire d’entreprise ou d’association ou autre. Est-ce qu’il y a un point, dans la gestion interne de ton organisation, où tu te dis « Ouais, je suis assez fier d’un élément », question difficile…
Alain Boribon: [00:12:48] Oui et non, parce que je suis fier de chaque parcelle de ce qu’on a créé. Pour moi, enfin alors de manière très, très, égoïste, je n’aurais pas été capable de tous les changements personnels que j’ai appliqués si finalement je n’avais pas tous ces gens autour de nous qui finalement se disent « Ben, avançons dans cette direction-là ». Ce côté-là, le fait qu’on soit à plusieurs à faire quelque chose, pour moi ça m’a facilité aussi mon trajet, ma transition. Et puis parmi les choses dont je suis le plus fier, évidemment, c’est que c’est un projet qui est essentiellement porté par des bénévoles. Ce n’est pas des gens qu’on paie cher et vilain pour aller essayer de maximiser un profit ou quoi que ce soit, c’est des citoyens, quels qu’ils soient, et donc je les remercie énormément, qui viennent participer au comité de sélection, qui viennent participer au débat et qui nous aident de 1000 manières. Enfin, un peu comme des gens aident probablement ton ASBL, et bien voilà, il y a une force citoyenne et donc l’idée c’est de démarchandiser aussi le concept de finance. Alors est-ce que ça va nous permettre d’aller aussi loin que j’ai envie puisque nous on a envie d’essaimer, de créer des centaines? Alors pas moi personnellement, mais tout est ouvert chez nous, on peut aller sur notre site internet, on peut downloader tout ce qu’on veut, on est prêt à aider quiconque voudrait créer son propre fonds d’investissement, citoyen évidemment, du moment qu’il respecte l’ADN qu’on a développé quoi!
Michel Godart: [00:13:55] J’aime bien les messages que tu portes (Alain Boribon: Ah ben écoute…), ça donne envie de te rejoindre et… C’est parfois on se dit « Zut, maintenant il va falloir que je trouve un moyen de trouver du temps en plus dans mon agenda ».
Alain Boribon: [00:14:04] Mais l’idée c’est de mettre le temps qu’on veut au moment où on veut. Il y a des gens qui se disent mais moi je ne suis pas du tout expert de tel ou tel domaine parce qu’il y a un projet qui vient, par exemple, de Tiny House, ça c’est un des projets qui va venir dans quelques jours. C’est pas grave, viens poser tes questions, et puis si tu te sens pas du tout prêt, ben ne viens pas, viens pour un autre projet.
Michel Godart: [00:14:21] Kaya agis aussi par plaidoyer, quelle est ta posture par rapport à tout ça ?
Alain Boribon: [00:14:26] Ben finalement Kaya fait les choses de manière très professionnelle, finalement j’ai pas besoin moi d’être hyper actif au niveau politique, ce n’est pas un monde dans lequel je me sens particulièrement bien, pour la bonne et simple raison qu’ils sont plutôt dans la réaction que évidemment dans l’action proprement dite. Et moi ce que je constate, c’est que: on vit une période où il faut justement laisser plein d’opportunités à des utopies ou à des nouveaux imaginaires, et à l’innovation sociale. Parce que je pense que l’avenir appartient plutôt à l’innovation sociale plutôt qu’à l’innovation technique, même si je n’exclue pas l’autre, mais de finalement, de supporter des projets qui ont un mindset complètement différent, je pense que ce serait de nature à changer le monde beaucoup plus rapidement. Puisque maintenant je parlais d’économie orthogonale, mais c’est exactement ça, c’est des gens qui mettent leurs propres sous à disposition de projets qu’ils pensent être plus importants que simplement le fait de gagner de l’argent parce qu’ils sont mus par des valeurs. Et que ces projets-là, évidemment, c’est des gens qui travaillent comme des fous, mais qui finalement, enfin voilà, c’est un peu en lieu et place du politique ou de l’État. Et donc oui, je pense qu’on devrait supporter ces projets-là, clairement.
Michel Godart: [00:15:28] C’est un beau mot de conclusion, je vais rebondir sur un mot que tu as dit: « imaginaire ». Si tu avais une baguette magique, là maintenant, tout de suite et tous les pouvoirs du monde, on va s’imaginer dans l’utopie, dans le fantastique. Tu ferais quoi pour changer ce monde?
Alain Boribon: [00:15:38] Permettre à chaque personne, dans ce monde, d’avoir cinq minutes ou dix minutes de véritable conscience de ce qui est en train de nous arriver pour se dire que maintenant, avec tout l’argent qu’il y a, on parle de milliards, de milliards, de milliards, eh bien on le met à solutionner nos problèmes, qu’ils soient sociaux, climatiques, environnementaux. Juste ça, un petit coup de baguette magique comme ça.
Michel Godart: [00:15:57] Qu’est-ce qui t’a poussé à rejoindre Kaya, parce que tu l’as dit, au début tu étais un électron libre et puis finalement, à un moment tu as fait un clic, tu as fait le choix de rejoindre. C’était quoi le point de décision?
Alain Boribon: [00:16:06] Non mais, rejoindre ça veut rien dire parce que: ça veut dire payer son abonnement ou des choses comme ça ?
Michel Godart: [00:16:10] Non, participer aussi aux réunions, venir plus souvent, t’impliquer…
Alain Boribon: [00:16:13] Évidemment, tout le monde va dire mais on a déjà plein d’activités, plein de choses, etc. Et clairement, j’ai déjà plein d’activités, enfin je suis aussi à l’origine d’autres projets…
Michel Godart: [00:16:21] Mais ça faisait sens pour toi alors ?
Alain Boribon: [00:16:22] Mais ça a toujours fait sens, il n’y a pas une fois où je ne me suis pas dit « Kaya ne mérite pas d’exister ou ça n’a aucun sens etc » parce que je pense que les entreprises sont plutôt une partie de la solution que du problème. On ne va pas pouvoir faire sans elles, il faut juste en changer la nature, c’est juste ça. Kaya, évidemment, ce sont essentiellement des entreprises, des chefs d’entreprises, ben voilà, je m’inscris complètement dans cette vision-là, ouais.
Michel Godart: [00:16:42] Alain, je te remercie beaucoup pour ta participation à ce podcast. Ce que je vais proposer, c’est que nos auditeurs et auditrices puissent te laisser un message vocal. Alors dans le lien descriptif du podcast, il y aura une URL, on clique dessus, on autorise le micro et on peut parler, on s’enregistre, on peut réécouter avant d’envoyer, on met son mail, on envoie. Et moi, si je reçois ce message et qu’on me dit « Je suis d’accord de partager sur les réseaux », on le diffusera en commentaire sur la publication du podcast. Si les personnes ne me disent rien, je t’enverrai le message en privé et tu te sentiras libre de répondre aux douces voix que tu entendras pour faire un commentaire sur ce podcast.
Alain Boribon: [00:17:10] Merci beaucoup.
Michel Godart: [00:17:12] À bientôt.
Alain Boribon: [00:17:13] Au revoir.
Michel Godart: [00:17:18] Ce projet podcast est une initiative créée et proposée par l’ASBL « The Podcast Factory Org » avec le sponsor de « transforma bxl – Innovation Playground » et vous retrouverez tous les épisodes sur le site « What’s Your Story .be ».
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