Patricia Willocq & Mohamed Ahripou

Stop Ecocide Belgique avec Patricia Willocq & La Ruche Qui Dit Oui avec Mohamed Ahripou

« Stop Ecocide Belgique » avec Patricia Willocq & « La Ruche Qui Dit Oui » avec Mohamed Ahripou. Midoricast : Podcast #184

Dans cet épisode de notre rubrique Kaya, découvrez l’engagement de Patricia Willocq, représentante de Stop Ecocide Belgique, dans la lutte contre l’écocide. Ensuite, l’univers de Mohamed Ahripou, éco-preneur chez Man Natura asbl, qui gère « La Ruche qui dit oui » à Auderghem et partage sa transition du marketing vers une entreprise éco-responsable…

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Bienvenue dans l’épisode #184 de Midoricast, la rubrique dédiée aux écopreneurs et écopreneuses de la coalition Kaya.

Ce podcast est une production de l’ASBL « The Podcast Factory Org« , et vise à mettre en lumière des entrepreneurs et entrepreneuses engagé.e.s qui souhaitent aller au-delà des attentes en matière de préservation de l’environnement. Iels s’engagent activement à veiller à ne pas nuire à la planète et à utiliser les ressources disponibles de manière responsable.

Dans cet épisode, nous vous présentons deux interviews de membres de Kaya.

La première interview met en avant Patricia Willocq, représentante du groupe militant « Stop Ecocide Belgique« .

Elle partage avec nous sa passion et son engagement pour la préservation de l’environnement, et nous expose la problématique de l’écocide.

La seconde interview est avec Mohamed Ahripou, un écopreneur inspirant qui travaille pour l’ASBL « Man Natura » et gère « La Ruche qui dit oui » à Auderghem.

Après une carrière dans le marketing, Mohamed a ressenti le besoin de donner un sens à sa vie et de devenir écopreneur.
Il partage avec nous son parcours et nous explique comment il est devenu un écopreneur.

Ces deux entretiens complets offrent des perspectives uniques sur l’écopreneuriat et les actions concrètes entreprises par des personnes soucieuses de l’environnement.

Vous découvrirez comment ces écopreneurs et écopreneuses se sont engagés à faire une différence positive dans leurs domaines respectifs.

Rejoignez-nous dans cet épisode de Midoricast, où nous explorons les défis, les inspirations et les solutions proposées par ces entrepreneu.ses.rs visionnaires.

Restez à l’écoute pour en apprendre davantage sur la façon dont iels façonnent un avenir durable et font avancer la cause environnementale.

Mais ce n’est pas tout ! Chez Midoricast, nous croyons fermement à l’interaction avec notre public.

Nous vous encourageons à participer à la conversation: faites-nous part de vos réflexions, n’hésitez pas à laisser un message vocal.

Vous pouvez faire entendre votre voix et même partager votre message avec nos invités, ils écouteront vos messages et pourront même vous répondre personnellement.

Vous pouvez également avoir un impact positif :

  • Partagez, aimez et/ou commentez ce podcast pour lui donner plus de visibilité et permettre à nos invités de se retrouver sous les projecteurs autant que possible.
  • Laissez un message vocal avec un mot de remerciement, une question ou une encouragement pour nos invités (faites-nous savoir si nous pouvons utiliser votre voix et votre message apparaîtra sous forme de lien dans la description de l’épisode ET en tant que commentaire lors du partage du podcast sur les réseaux sociaux). Si c’était vous,  vous apprécieriez certainement non ? Alors pensez-y, voici le lien vers la boîte vocale.

Texte de Patricia Willocq:

L’écocide est un mot qui décrit ce qui arrive à notre planète: la destruction massive du monde vivant naturel. Il signifie littéralement « tuer sa maison ». Et à l’heure actuelle, dans la plupart des pays du monde, personne n’est tenu pour responsable. Il est temps de changer les règles. Il est temps de protéger notre maison.

Notre travail principal consiste à actionner et à développer un soutien intersectoriel pour la reconnaissance du crime d’écocide au niveau national, Européen et International. 

Notre travail se situe à l’intersection des développements juridiques, de la traction politique et du discours public, et nous sommes donc particulièrement bien placés pour soutenir et amplifier la conversation mondiale. 

La voie que nous préconisons au niveau national est l’inclusion de l’écocide dans la révision du code pénal; au niveau Européen, l’inclusion de l’écocide dans la directive Européenne sur la criminalité environnementale; et enfin au niveau international, l’amendement du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI). 

Patricia Willocq, fondatrice et coordinatrice de la campagne Stop Ecocide Belgium

Texte de Mohamed Ahripou:

Sur le papier, notre métier peut sembler simple : permettre aux consommateurs d’acheter des produits sains et de qualité en direct des producteurs. La tâche est plus ardue qu’on ne le pense. Il nous faut reconstruire les principes de base balayés par 50 ans d’industrie agroalimentaire : la juste rémunération des producteurs, l’accès à des produits bons pour l’assiette comme la planète, l’authenticité des informations sur les produits. Pour ce faire, nous nous appuyons sur des outils numériques innovants et développons une plateforme en ligne accessible à tous.

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Séquençage du podcast « Stop Ecocide Belgique » avec Patricia Willocq & « La Ruche Qui Dit Oui » avec Mohamed Ahripou :

  • 00:19 Introduction au podcast et présentation de Patricia Willocq
  • 00:56 Qu’est-ce qu’un écocide?
  • 02:38 Des exemples d’écocide?
  • 03:30 Marées noires…
  • 03:59 En temps de guerre
  • 05:04 Pourquoi dans le droit pénal et international, qu’est-ce que cela changerait?
  • 07:59 Quelle est la situation en Belgique et en Europe au niveau législatif?
  • 09:38 Quel impact la reconnaissance comme crime de l’écocide aura-t-elle sur les entreprises?
  • 10:56 Qu’est-ce qu’elles ont à gagner, les entreprises?
  • 11:51 Comment aider Stop Écocide?
  • 12:59 Un lien vers un site Web pour signer?
  • 13:29 Comment fonctionnez-vous, c’est une association?
  • 15:07 Clôture de la première interview
  • 16:18 Présentation de Mohamed Ahripou
  • 16:44 Qu’est-ce qui a poussé au changement?
  • 17:59 Comment s’est fait le switch?
  • 18:14 Naissance de « La Ruche Qui Dit Oui »
  • 20:09 Comment te sens-tu en tant qu’écopreneur?
  • 20:46 Un rôle accélérateur de la pandémie ?
  • 22:22 Quelle est la raison d’être de ton éco-entreprise?
  • 23:30 Quelles ont été les principales étapes de ce développement dans ton entreprise?
  • 23:50 Des points bloquants spécifiques?
  • 25:28 Qu’est-ce qui te rend différent d’une petite supérette du quartier ou d’autres entreprises du type?
  • 27:06 Est-ce qu’on croise aussi les artisans et les producteurs?
  • 27:32 Si tu avais une baguette magique, tu changerais quoi?
  • 28:10 Si tu devais motiver quelqu’un à rejoindre Kaya, que lui dirais-tu?
  • 28:37 Le côté plaidoyer, c’est important?
  • 29:06 Quels conseils pour d’autres écopreneurs?
  • 29:28 Un site Internet?
  • 30:16 Clôture de l’épisode

Le transcript du podcast « Stop Ecocide Belgique » avec Patricia Willocq & « La Ruche Qui Dit Oui » avec Mohamed Ahripou :

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Michel Godart: [00:00:00] Ce projet podcast est une initiative créée et proposée par l’ASBL « The Podcast Factory Org », avec le sponsor de « transforma bxl – Innovation playground » et vous retrouvez tous les épisodes sur le site « What’s Your Story point be ».

Jingle: [00:00:14] Recherche de fréquence radio (mode anciens postes de radio : grésillements), une chaîne se capte et le son se stabilise : on entend « You’r listening The Podcast Factory ».

Michel Godart: [00:00:19] Bienvenue pour un nouvel enregistrement de Midoricast, votre podcast sur les initiatives positives, citoyennes et entrepreneuriales pour l’environnement et la transition. Midori signifie vert en japonais cast pour podcast et nous sommes dans la rubrique dédicacée à Kaya et dans cette rubrique Kaya, aujourd’hui, je reçois Patricia Willocq. Bonjour Patricia!

Patricia Willocq: [00:00:37] Bonjour Michel. Comment vas-tu?

Michel Godart: [00:00:38] Très bien. Alors si je vais aussi bien que ton sourire, je vais commencer avant tout par te demander de te présenter auprès de nos auditeurs. Rapidement, Qui es-tu?

Patricia Willocq: [00:00:45] Alors je m’appelle Patricia Willocq, je suis photographe humanitaire et je suis également la fondatrice de la campagne « Stop Écocide » en Belgique.

Michel Godart: [00:00:52] Pas mal, photographe déjà, c’est une passion? (Patricia Willocq: C’est mon métier). Patricia, on va quand même définir c’est quoi un écocide, concrètement (Patricia Willocq: Oui), il y a une définition!

Patricia Willocq: [00:00:59] Bien sûr.Alors le terme écocide vient du grec « oïkos » qui signifie la maison, et du latin « caedere » qui signifie tuer. Et donc c’est vraiment hyper représentatif de ce qui arrive à notre planète puisque le vivant se meurt à cause des activités de certaines grandes entreprises qui détruisent de manière systématique et massive les écosystèmes.

Michel Godart: [00:01:17] C’est sur la grande ampleur que tout se joue.

Patricia Willocq: [00:01:18] Et donc l’écocide, en gros c’est quoi? C’est simplement le fait de détruire la nature à grande échelle. Et donc les conséquences sur le vivant et sur les limites planétaires sont catastrophiques. Voilà, ça c’est vraiment pour la description du dommage de l’écocide mais il y a aussi la définition juridique. C’est hyper important parce qu’en faiten juin 2021, un panel d’experts international, commissionné par la Fondation « Stop Écocide », s’est réuni et a défini l’écocide. Et cette définition, elle a boosté notre campagne de manière internationale dans tous les pays. Parce que pour la première fois, on avait des experts de tous horizons. Donc, par exemple, on avait un ancien juge de la CPI, on avait des experts en droit environnemental, en droit humains, des pays du Nord comme des pays du Sud. Et en fait, ils sont venus avec une définition consensuelle. Donc ça n’a pas été un vote, ça a vraiment été un consensus entre plusieurs experts de différents pays. Et cette définition, elle a été traduite en principes de droit belge. Et je vais vous l’énoncer parce que c’est la définition que nous défendons, donc: « Les écocide sont des actes illégaux résultant d’un défaut grave de prévoyance ou de précaution commis en connaissance de la réelle probabilité que ces actes causent à l’environnement des dommages graves qui soit étendu ou durable ». Et cette définition, elle est importante parce que c’est la définition que nous défendons. Malheureusement, la définition du gouvernement est beaucoup plus restrictive et elle rend la poursuite de certains cas d’écocide quasiment impossible. Donc, voilà.

Michel Godart: [00:02:38] As-tu des exemples de écocide récents? Parce que quand tu me dis écocide, j’aimerais bien visualiser de quoi on parle.

Patricia Willocq: [00:02:44] Mais l’écocide peut prendre plusieurs formes en fait, ça va de la déforestation massive à l’exploitation minière en haute mer, l’utilisation intensive des pesticides, l’extraction minière, les fracturation hydraulique, l’utilisation d’armes chimiques en temps de guerre et certaines techniques de pêche comme le chalutage des fonds marins ou par exemple des accidents. Et donc, quand on pense aux accidents, enfin moi le premier exemple qui me vient en tête: les marées noires. Donc en 2010, il y a eu cette grande plateforme pétrolière, dans le golfe du Mexique, qui a explosée et en fait pendant 87 jours on a eu 636 millions de litres de pétrole qui se sont écoulés dans l’océan, aussi bien en surface qu’en dans la profondeur de l’océan. Et les conséquences sur la faune marine et terrestre sont vraiment terribles et quasiment irréversibles en fait.

Michel Godart: [00:03:30] Moi ce que j’ai envie de partager avec toi ici au micro, et ce n’est pas pour lancer le débat, ce n’est pas le sujet du podcast. Mais quand on fait les études comparatives entre le moteur thermique des voitures et les moteurs électriques, des gens descendent à voiture électrique en disant « Oui, mais c’est le même impact carbone ». J’ai lu les études hein (Patricia Willocq: Oui), j’en ai trouvé aucune qui tient compte des marées noires multiples, parce que ce n’est pas la seule dont tu parles, (Patricia Willocq: Bien sûr) là tu parles de la plus grave mais il y en a eu d’autres avant (Patricia Willocq: Oui, oui), il ne faut pas qu’on l’oublie (Patricia Willocq: Erika, par exemple) voilà. Et quand on calcule tout ça en impact carbone, je crois qu’on est loin, loin, loin, au dessus (Patricia Willocq: Tout a fait). Donc il y a un peu d’hypocrisie aussi dans le débat (Patricia Willocq: Bien sûr), mais bon, on ne va pas relancer ce débat aujourd’hui, ce n’est pas le sujet du podcast, je te laisse continuer…

Patricia Willocq: [00:03:59] Ça c’est pour vraiment les accidents. Mais il y a aussi par exemple, beaucoup plus récemment, en 2021, la lagune salée dans la région de Murcie en Espagne, en fait, a été complètement pendant des années polluées par des grandes entreprises. Et en fait en 2021, on a découvert plein de poissons et d’hippocampes, par exemple, qui était une espèce vraiment endémique de cette lagune, qui sont morts parce qu’ils ont été vraiment asphyxiés par de l’azote et du phosphore, donc d’un excès de nutriments. Parce que pendant des années en fait, il y a eu ces engrais qui sont déversés dans cette lagune et voilà, ça c’est aussi par exemple un autre cas écocide, ça c’est vraiment pour l’écocide en temps de paix. Mais par contre il y a aussi tous les écocide en temps de guerre, parce que la guerre crée aussi des écocide. Donc par exemple les bombardements, les incendies, les fuites radioactives, ça provoque des dégâts sur l’environnement. Je pense par exemple à l’agent Orange pendant la guerre du Vietnam et puis maintenant, plus récemment, avec la guerre entre l’Ukraine et la Russie. Et là, j’ai entendu à la radio récemment que l’Ukraine avait recensé quelque chose comme 257 crimes environnementaux jusqu’à maintenant en fait, suite à la guerre, les dégâts sur le vivant sont énormes et sont vraiment quasiment irréversibles.

Michel Godart: [00:05:04] Pourquoi est-ce qu’il faudrait inscrire dans le droit pénal, et international, cette approche et qu’est ce que cela changerait?

Patricia Willocq: [00:05:09] Parce qu’en fait, face au changement climatique et à l’effondrement de la biodiversité, et surtout face aux profits énormes engendrés par la criminalité environnementale, on doit agir et on ne peut plus laisser ces crimes impunis. Il faut savoir que la criminalité environnementale, pour l’instant, elle génère 213 milliards de dollars de profits par an. C’est la quatrième criminalité qui génère le plus de profits derrière le trafic de drogue, la contrefaçon et le trafic d’êtres humains, donc c’est vraiment énorme. Et pour l’instant, ce qui se passe, c’est que ce n’est pas l’atteinte à la nature elle-même qui est condamnée, mais c’est plutôt le fait d’enfreindre certaines règles administratives qui sont définies dans le droit. 

Michel Godart: [00:05:44] Et toujours pour faire des économies en fait.

Patricia Willocq: [00:05:46] Voilà, exactement. Et donc ça veut dire que si l’entreprise pollue l’environnement mais qu’elle a respecté toutes les règles, elle ne sera pas forcément sanctionnée (Michel Godart: Oui là il y a une anomalie). Et si elle est sanctionnée, eh bien ça va plutôt relever du droit civil. Donc ça veut dire que, en gros, les entreprises qui commettent des écocide, la pire chose qui puisse leur arriver, c’est qu’elles payent des amendes et elles peuvent se permettre de payer ces amendes, et ces amendes ne soient absolument pas proportionnelles aux dégâts qui sont causés sur l’environnement (Michel Godart: Et à leurs gains et leurs rentrées, j’imagine), exactement. 

Michel Godart: [00:06:14] Est-ce qu’on parle aussi du monde alimentaire? Parce que moi je trouve qu’il y a vraiment un gros débat qui manque actuellement, c’est qu’est-ce qu’on nous fait manger? (Patricia Willocq: Mais tout à fait.). Je veux dire, là maintenant, on vient avec une approche qui est pseudo écologique à mon sens, de dire on va manger des insectes, c’est plus respectueux pour la planète. Mais moi je suis un peu choqué que ça fait des années et des années, des générations et des générations qu’on jette des insecticides, des pesticides sur les insectes et on voudrait nous faire croire que au niveau du DNA même de l’insecte il n’y a pas de changement. Et je m’inquiète quand même, alors je suis peut être extrémiste dans mon raisonnement…mais…

Patricia Willocq: [00:06:38] Mais non, mais pas du tout! Vous auriez dû être à la conférence de Vandana Shiva hier soir (Michel Godart: Oui), on en a beaucoup parlé… (Michel Godart: Parce qu’il y une obligation en Europe maintenant), en Europe, oui. Donc en Europe, on est quand même assez bien lotis dans le sens où on ingère moins de pesticides que dans certains autres pays, ou aussi beaucoup moins d’OGM, enfin quasiment pas. Mais pour l’instant, il y a une loi qui va peut être passer au niveau européen pour les nouveaux OGM et voilà, et là…(Michel Godart: Il y a des questions). L’écocide a quand même été mentionnée plusieurs fois dans ce panel. Et donc ça veut dire que si la reconnaissance du crime d’écocide voit le jour, les responsables l’écocide pourraient encourir des peines de prison, et ça, ça change toute la donne (Michel Godart: Wow). Entre se cacher derrière une entreprise et payer des amendes et être responsable soi même au niveau pénal, ça change forcément les pratiques.

Michel Godart: [00:07:16] C’est clair que le dirigeant va se dire « J’ai pas envie de faire la prison, je vais peut être mettre en place les choses qu’il faut pour ne pas arriver à ce stade ».

Patricia Willocq: [00:07:21] Ben oui, si on imagine un conseil d’administration qui aborde ses obligations réglementaires en sachant que les décisions qu’il prendrait pourraient (Michel Godart: Être poursuivies pénalement) créer un écocide, ça veut dire que ses membres pourraient se retrouver sur le terrain du droit pénal, voilà. Et ça permettrait en fait de modifier les processus décisionnels de manière assez positive. Le droit pénal, en fait, ça a vraiment une force dissuasive. Et c’est ça la force du droit pénal, c’est que ça dissuade certains actes et c’est ce qu’on essaie de faire, c’est, on essaie de stopper cette destruction massive d’environnement. Parce qu’on parle énormément pour l’instant de restauration de la nature mais, c’est bien, c’est super, il faut vraiment qu’on se penche sur cette question finalement (Michel Godart: Mais soyons proactifs) en 2023. Mais il faut aussi arrêter la destruction en fait.

Michel Godart: [00:07:59] Clairement c’est la première chose à prendre en main. Mais du coup, qu’est-ce qui se passe en Belgique et en Europe au niveau législatif? Parce que là on parle vraiment de ce terrain.

Patricia Willocq: [00:08:06] Donc l’écocide, c’était un sujet dormant pendant pas mal d’années, jusqu’à ce que le Vanuatu, qui était un petit Etat insulaire de l’océan Pacifique, demande à l’Assemblée des Etats parties la Cour pénale internationale d’ajouter l’écocide dans le statut de Rome en 2019. Et ça, ça a vraiment, ça a vraiment changé beaucoup de choses. Et maintenant, on a 27 Etats parties du Statut de Rome qui discutent publiquement de l’écocide au niveau parlementaire et gouvernemental. Donc, ça, c’est vraiment au niveau international. Au niveau européen, très récemment, le Conseil de l’Europe suite à la pression de l’Ukraine, notamment pour le conflit entre la Russie et l’Ukraine, a recommandé à ces 40 États membres de légiférer sur l’écocide. Et puis encore plus récemment, on a eu le Parlement européen qui a proposé d’inclure l’écocide, donc les dommages les plus graves pour l’environnement dans la législation de l’Union européenne, avec une définition très proche de la définition consensuelle. Il faut savoir que la Belgique est un Etat pionnier dans le dossier écocide parce que l’introduction de l’écocide dans le code pénal fait partie de l’accord du gouvernement de la Vivaldi. Et via une résolution de décembre 2021, le Parlement a donné le feu vert au gouvernement pour créer une coalition de pays prêts à amender le statut de Rome et aussi y inscrire l’écocide dans son propre code pénal. Alors, la définition qui avait été proposée et la proposition du Parlement, elle était très, très, ambitieuse. Mais malheureusement le gouvernement a vraiment affaibli cette proposition. Et maintenant l’écocide, il est défini de manière très restrictive parce qu’il se limite seulement aux dommages délibérés en fait. Donc ça veut dire que ça rend son application quasiment impossible lorsqu’il s’agit par exemple d’accident comme le Deep water Reason, ou alors la marée noire de l’Erika.

Michel Godart: [00:09:38] Et on peut pas remonter sur la responsabilité en amont (Patricia Willocq: Non), c’est choquant (Patricia Willocq: Oui), ça c’est interpellant, ça fait un petit coup de froid là du coup (Patricia Willocq: Exactement, donc voilà). Du coup la question qui va suivre c’est: quel impact, la reconnaissance comme crime de l’écocide, aura-t-il sur les entreprises?

Patricia Willocq: [00:09:52] Ben l’impact est déjà visible en fait, bien avant… Le pouvoir de la loi, il intervient en fait avant son adoption. Et ce qu’on constate pour l’instant, c’est que de plus en plus d’entreprises et de réseaux d’entreprises mettent le dossier de l’écocide sur la table, alors que ce n’est même pas une loi, en tout cas pas pour l’instant. Je pense par exemple à un des rapports qui a été publié très récemment par l’ICGN, qui est l’International Corporate Governance Network, et qui est en fait une organisation dirigée par des investisseurs dont les actifs s’élèvent à 70.000 milliards de dollars (Michel Godart: Wow), ça c’est quand même un détail. Qui a publié un document très récemment qui avait intitulé « La biodiversité en tant que risque systémique, dix changements pour les conseils d’administration et les équipes de gestion ». Et en fait, il mettait en évidence que la criminalisation de l’écocide, c’était en fait un cadre vraiment émergeant sur lequel il fallait se pencher. Donc quelque part, ils savent que ça va arriver, toutes les entreprises savent que ça va arriver, elles commencent à y penser et voir comment elles peuvent transitionner. Donc je pense que toutes les entreprises qui ont compris que la loi écocide risque probablement d’arriver, et qui ont intégré ça dans leur mode de fonctionnement, elles ont clairement un avantage concurrentiel pour demain.

Michel Godart: [00:10:56] Elles se préparent en fait aussi (Patricia Willocq: Exactement). Mais ça va mener à la question qu’est-ce qu’elles ont à gagner dans la reconnaissance de l’écocide dans le droit pénal, elles, les entreprises?

Patricia Willocq: [00:11:04] À l’heure actuelle, en fait, les entreprises qui sont coupables de l’écocide, elles sont insuffisamment pénalisées, tandis que celles qui adoptent des bonnes pratiques, elles sont très peu récompensées (Michel Godart: Oui, c’est ça), oui. Et donc une législation qui sanctionne un petit peu plus sévèrement des pratiques illégales, elle crée des conditions favorables pour que les entreprises puissent faire la transition, mais surtout elles minimisent le risque de concurrence déloyale (Michel Godart: Oui c’est, évidement). Ca je pense que c’est vraiment…Voilà.

Michel Godart: [00:11:28] C’est l’enjeu sur lequel tout va se décider par rapport à ça (Patricia Willocq: Exactement).

Patricia Willocq: [00:11:31] Ces entreprises qui vont intégrer l’écocide dans leurs comportements, elles vont clairement améliorer leur réputation, ce qui va forcément mettre plus en confiance les investisseurs qui savent qu’ils vont investir dans des entreprises, voilà, plus (Michel Godart: Pérenne et sans risque) plus pérenne et sans risque, et ça crée un climat d’investissement beaucoup plus sain en fait.

Michel Godart: [00:11:51] Un climat de confiance je dirais même (Patricia Willocq: Oui, exactement) oui, clairement. Si les éco preneurs écoutent ce podcast, et c’est le cas parce qu’on va le diffuser dans la Communauté Kaya bien évidemment, mais aussi en dehors, donc d’autres éco preneurs qui ont peut être pas encore rejoint Kaya, et on les invite à le faire. Comment ils peuvent apporter leur soutien à Stop Écocide en fait, parce que là on a une opportunité unique, dans ce podcast, c’est de lancer un message à tous ces gens qui nous écoutent, comment on peut aider Stop Écocide?

Patricia Willocq: [00:12:11] Moi je vois les éco preneurs comme vraiment des game changer. Ils nous aident à garantir en fait le respect des limites planétaires. Et je pense qu’un soutien qui serait vraiment idéal c’est qu’ils deviennent les ambassadeurs et les voix de Stop écocide dans le monde de l’entreprise et de la finance, ça c’est la première chose. Et qui nous aide en fait à, je ne veux pas dire convaincre, mais en tout cas à discuter avec d’autres entreprises pour qu’elles signent notre lettre ouverte. Parce qu’au moment où on aura un vote au Parlement, ce serait quand même bien de venir avec une liste d’entreprises qui dit « Mais en fait, nous »(Michel Godart: On soutient), voilà « on soutient ». On fait ça avec les citoyens, donc on a aussi une pétition qui est signée pour l’instant par 25 000 citoyens. Et aussi on a pas mal d’organisations qui nous soutiennent et qui ont signé un manifeste. Et pour les entreprises, c’est vraiment signer la lettre ouverte. Et je pense qu’une fois que le législateur verra qu’il y a quand même une demande de la part de la société civile, et des entreprises, ça pourrait tout à fait changer.

Michel Godart: [00:12:59] C’est l’effet de masse qui va changer la donne. Ben tiens, puisqu’on parle d’effet de masse, tu m’as donné envie d’aller signer et de participer, je connaissais pas. Où est-ce qu’on peut trouver un lien pour retrouver cette possibilité?

Patricia Willocq: [00:13:08] Alors si tu vas sur le site de Stop Écocide Belgique (Michel Godart: Oui) donc stopecocide.be, sur la première page directement il y a « Je suis citoyen, je suis une entreprise ou je suis une organisation » et là tu cliques et tu as directement le document que tu peux signer avec…

Michel Godart: [00:13:22] Et c’est gratuit. 

Patricia Willocq: [00:13:23] C’est gratuit, bien sûr (Michel Godart: Voilà) c’est gratuit

Michel Godart: [00:13:25] On donne sa voix et on milite pour vous soutenir et dire voilà: c’est ça qu’on veut.

Patricia Willocq: [00:13:28] Exactement, oui.

Michel Godart: [00:13:30] Est-ce qu’il y a d’autres choses qu’on peut faire? Comment vous fonctionnez, est-ce que les entreprises peuvent faire des dons, est-ce qu’elles peuvent vous soutenir d’une autre manière?

Patricia Willocq: [00:13:35] Bien sûr oui, bien sûr, elles peuvent…

Michel Godart: [00:13:36] C’est une association? 

Patricia Willocq: [00:13:37] C’est une association de fait. Donc on est un mouvement en fait, on est un mouvement international et on travaille principalement avec des bénévoles, qui sont absolument fantastiques, qui font un travail vraiment incroyable. Mais aussi on travaille avec beaucoup de partenaires, donc on est toute une coalition d’organisations qui travaillent sur ce dossier, notamment: Greenpeace, Rise for Climate, Youth For Climate (Michel Godart: Vous êtes vraiment reconnus par des non sérieux quoi!), ah oui bien sûr, les grands parents pour le climat… Et toutes ces personnes, enfin toutes ces organisations nous soutiennent, pas que celles que j’ai mentionné, mais beaucoup d’organisations nous soutiennent. Parce qu’en fait je pense que ça fait sens. C’est incroyable qu’en 2023, la destruction massive des écosystèmes est encore permise. On doit s’attaquer à la source du problème des changements climatiques et de la crise de la biodiversité. Et la source c’est les écocide justement!

Michel Godart: [00:14:24] Tu me dis on est une association de fait. Est-ce qu’à un moment donné il n’y a pas une envie de se dire on va créer une entité avec un statut plus légal, genre A.S.B.L internationalle, et avoir une action plus long terme. J’imagine que l’association de fait, ça se fait parce que bon, voilà, on estime que ça va être un one shot dans un temps défini par rapport à une action. Mais on sait tous les deux que l’humain a besoin de beaucoup de temps pour changer. Est-ce que vous envisagez déjà une A.S.B.L internationale ou pas encore?

Patricia Willocq: [00:14:45] Nous, nous sommes la branche belge de « Stop Écocide International ». On travaille dans 52 pays et la Belgique en fait, dans toute cette campagne, est vraiment le pays le plus important si je puis dire. Dans le sens où la Belgique s’est engagée à la Cour pénale internationale, trois fois en suivant, en disant voilà « Nous, nous voulons que l’écocide soit le cinquième crime du Statut de Rome » (Michel Godart: Wow). Donc c’est quand même assez heu…

Michel Godart: [00:15:07] De grande ambition (Patricia Willocq: Oui). Alors moi j’aimerais, Patricia, donner aussi un petit coup de pouce de mon côté à « Stop Écocide », et pas seulement en proposant ce podcast de collaboration avec Kaya, mais aussi plus directement avec nos auditeurs. Il peut faire une chose très simple, en dehors d’aller sur votre site et de cautionner cette démarche, ils peuvent aussi faire un Comment, un partage, un like de ce podcast pour vous faire connaître au plus grand nombre. Et mieux encore: il y a un petit texte qui accompagne ce podcast, et dans ce texte il y a un petit lien, et les gens peuvent laisser un message vocal. Donc ils peuvent laisser un message vocal pour vous dire bravo, pour vous dire continuez, on vous encourage, on peut le partager. Et si les gens nous disent dans ces messages voilà, j’autorise qu’on utilise ma voix, on pourra même les mettre en commentaire de ce podcast pour faire entendre leur voix, pour vous soutenir. Et s’ils ont une question, un commentaire autre, ils peuvent aussi le faire dans ces messages vocaux et je vous les transmettrai. Ça, c’est un engagement de clôture!

Patricia Willocq: [00:15:51] Merci beaucoup, C’est vraiment chouette de pouvoir avoir un podcast participatif (Michel Godart: Ouais) et voilà, je vous remercie pour cette intervention.

Michel Godart: [00:15:59] Et pour finir, Patricia, je vais aussi me permettre de prendre l’initiative de dire que sur votre site, il y a certainement les annonces de toutes les activités que vous proposez aux citoyens. Et dont j’invite les auditeurs à aussi aller visiter votre site et restez attentifs à ce site parce qu’on vous annonce toutes les démarches, toutes les actions qui sont en cours, et ça vaut la peine d’abord de s’informer pour pouvoir mieux agir. A très bientôt!

Patricia Willocq: [00:16:17] Merci, je te remercie Michel.

Michel Godart: [00:16:18] J’ai avec moi un éco preneur qui est Mohamed. Mohamed, bonjour et merci de m’avoir rejoint, est-ce que tu peux nous dire en quelques mots Qui es-tu?

Mohamed Ahripou: [00:16:26] Bonjour, mon nom est Mohamed Ahripou, donc je suis un entrepreneur bruxellois de 52 ans maintenant et je suis basé à Auderghem avec une mission, je travaille pour l’ASBL Man Natura qui gère ce qu’on appelle nous des ruches, des points de collecte, « La ruche qui dit oui ».

Michel Godart: [00:16:44] « La ruche qui dit oui », qui est connue j’imagine dans pas mal de public bruxellois et surtout de nos auditeurs. On a déjà d’ailleurs fait une interview où avec »La Ruche qui dit oui » de Molenbeek, un sujet qu’on apprécie. Qu’est-ce que tu faisais avant ce projet là Mohamed et finalement, qu’est-ce qui t’a poussé à changer?

Mohamed Ahripou: [00:16:57] Alors avant ça j’ai eu une carrière un peu, je dirais entre guillemets classique, puisque j’ai fait des études en marketing et communication. Donc j’ai travaillé pendant près de 20 ans, 20, 25 ans dans le secteur de la communication, essentiellement de la communication digitale.

Michel Godart: [00:17:12] Ah donc le podcast, tu connais.

Mohamed Ahripou: [00:17:13] Je connais très bien, je suis un grand auditeur de podcast, ça a remplacé beaucoup de temps libre aujourd’hui, le soir moi c’est les podcasts. Je m’endors avec les podcasts et pas avec Netflix donc voilà. Et quand je cours, ou en tout cas pour aller bosser, ça me suit toute la journée. Donc les podcasts pour moi c’est très très intéressant. Donc voilà une carrière qui m’a amené un petit peu à gérer ce qu’on appelle des sites d’information. On a lancé Web City il y a 25 ans maintenant, au début des années 2000, donc les premiers, premiers grands projets web à l’époque, et nous on faisait ce qu’on appelait un média local. Donc on avait un média sur Bruxelles et on parlait d’actualités culturelles, restaurant, avec un journaliste on faisait un petit peu la tournée et on informait uniquement bien sûr sur le web, c’était assez précurseur.

Michel Godart: [00:17:59] Et alors le switch finalement, il s’est fait comment?

Mohamed Ahripou: [00:18:01] Ben le switch c’est en 2013-2014, à un moment donné je pense qu’on arrive aussi à, comment dire, la crise de la quarantaine. C’est peut-être aussi que ça joue aussi là-dedans…

Michel Godart: [00:18:12] Où alors on a fait le tour de la question on va dire?

Mohamed Ahripou: [00:18:14] On a fait le tour et en plus en même temps on se dit « Tiens j’aimerais bien avoir un impact dans ce que je fais. J’aimerais bien pouvoir (Michel Godart: Avoir du sens) dire voilà, avoir du sens ». On recherche, On se dit qu’est-ce qu’on fait? Est-ce que ça a une utilité de ce qu’on fait tous les jours sur ce qu’on passe une cinquantaine d’heures par semaine? Est-ce que quelque part il y a un plus qu’on apporte à la société, quelque chose qu’on peut nous, à notre petite échelle, laisser? Et moi, ce qui m’intéressait beaucoup c’était l’alimentation. J’étais un fan à l’époque de ce qu’on appelle les Gasap, les points de collecte, les paniers, les fameux paniers qu’on allait chercher chaque semaine. Donc avec la petite contrainte que c’était souvent un panier imposé et un peu presque répétitif je dirais pour la saison, bien c’est normal, quand on a des paniers pendant deux mois, on a un dépanné chaque semaine, donc on était un peu… Mais voilà, c’était une manière, je pense, de consommer un peu plus raisonnablement ou alors d’aller chercher chaque fois chez les producteurs, donc de faire le samedi après-midi sa petite tournée (Michel Godart: Chez les producteurs locaux),voilà les producteurs locaux, en essayant de récupérer du fromage, des œufs et des légumes. Et puis finalement, j’ai trouvé un peu avec mon activité professionnelle. Comme je me rendais beaucoup à Paris, j’ai vu un petit peu le développement de « La Ruche qui dit oui », à l’époque, puisque ça a démarré en 2011 en France.

Michel Godart: [00:19:25] Exact. Exact

Mohamed Ahripou: [00:19:26] Donc c’était déjà actif en 2013 et j’ai trouvé l’idée très intéressante et assez, finalement assez avantageux pour les deux parties, pour le producteur et pour les consommateurs qui pouvaient un peu choisir et faire…

Michel Godart: [00:19:37] Donc la porte d’entrée, c’était « La ruche qui dit oui ».

Mohamed Ahripou: [00:19:39] La porte d’entrée » c’était finalement « La ruche qui dit oui ». Je me suis dit voilà un concept, un projet qui est intéressant, qui a du sens et qui peut se faire et qui peut se développer assez facilement. Et donc à partir de là, j’ai pris contact avec l’équipe en France et heu…

Michel Godart: [00:19:53] Et tu as lancé ta ruche!

Mohamed Ahripou: [00:19:55] Et j’ai démarré, dès qu’ils ont ouvert, puisque à l’époque c’était encore uniquement exclusivement sur la France et puis ils ont démarré la Belgique. Et j’étais parmi les trois premiers à… (Michel Godart: Les primo-adopteurs Belges) les primo adopteurs, voilà, tout à fait (Michel Godart: Pour parler en termes Marketing) si on veut euh voilà, tout à fait.

Michel Godart: [00:20:09] On va garder un petit clin d’œil sur le métier du passé. Alors comment est-ce que tu te sens maintenant comme éco preneur? Maintenant qu’on prend la définition du concept éco preneur en tant que tel?

Mohamed Ahripou: [00:20:18] Ben très bien, très bien, parce qu’il y a une satisfaction énorme dans ces projets, en tout cas dans notre projet, mais je pense dans beaucoup d’autres projets qui ont du sens. Et c’est la satisfaction finalement de faire quelque chose, de faire bouger des lignes. Je me souviens qu’en 2013, il y avait très, très, peu d’accès aux magasins bio, à des magasins de producteurs, à du circuit court, ce qui était quasiment inexistant. Et aujourd’hui beaucoup moins, il y a eu un vrai développement en dix ans, à peu près à presque dix ans. Maintenant, on va fêter notre 10ᵉ anniversaire en fin d’année.

Michel Godart: [00:20:46] Et j’ai entendu que la pandémie a joué un rôle accélérateur à un moment donné aussi.

Mohamed Ahripou: [00:20:49] Un rôle accélérateur, mais, je pondérer en disant que pas comme on l’espérait, c’est à dire.

Michel Godart: [00:20:57] Sur le long terme, la continuité? 

Mohamed Ahripou: [00:20:58] Sur la long terme énormément, pour ne pas dire 90% des gens qui étaient venus pendant le covid sont retournés dans leurs habitudes de consommation classique, dans les supermarchés, etc. Malheureusement, malheureusement.

Michel Godart: [00:21:11] C’est le sentiment de vouloir retourner « Return to the normal »

Mohamed Ahripou: [00:21:14] « To the Normal », la simplicité de pouvoir passer au supermarché à 21h40 quand on a pas eu le temps pendant la journée. Donc il y a tous ces petites contraintes qui ont fait que les gens, beaucoup de gens malheureusement sont retournés. On y a cru, on y a cru, les producteurs y ont cru, vraiment. Les producteurs, pour certains, ont vraiment (Michel Godart: Investi), ont vraiment investi.

Michel Godart: [00:21:32] Tout a fait, j’ai entendu aussi.

Mohamed Ahripou: [00:21:34] Oui. Il faut que j’augmente mon espace de maraîchage, il faut que j’augmente ma production de fromage, et cetera. Donc, parce qu’ils ont été submergés comme nous tous, nous, personne ne s’y attendait.

Michel Godart: [00:21:44] On lance un message positif aux auditeurs. Il faut y revenir, les amis et les amies.

Mohamed Ahripou: [00:21:48] Faut revenir parce que faut le tester maintenant. Alors ce sera beaucoup plus facile aujourd’hui que, je comprends qui a été un peu plus compliqué pendant le covid, parce qu’il y avait des contraintes (Michel Godart: Bien sûr) de distribution, de faire la file de… Il n’y avait pas le contact avec le producteur. Parce que nous, parce que le concept quand même dans la Ruche c’est de mettre en relation (Michel Godart: Ben oui) le producteur (Michel Godart: Et c’est ça la magie de la ruche qui dit oui), c’est de voir le producteur de fromage, le producteur de légumes, le samedi ou n’importe quel jour, à n’importe quel point, et de pouvoir le discuter avec lui, demander des nouvelles, de voir un petit peu: est-ce que la météo est bonne pour lui en ce moment? Est-ce que sa production sera intéressante?

Michel Godart: [00:22:22] Est-ce que je me trompe si je dis que c’est une des raisons d’être de ton éco entreprise, ou est-ce qu’il y en a d’autres?

Mohamed Ahripou: [00:22:27] C’est la principale. Alors bien sûr, il y a le bien manger, nous l’idée c’est de promouvoir une alimentation durable, donc de dire aux gens si vous pouvez consommer de saisons et si possible, le plus possible local, c’est mieux. C’est beaucoup mieux pour la planète, c’est beaucoup mieux pour votre alimentation, pour votre santé. Et c’est mieux aussi pour les producteurs puisque eux vont continuer à exister, à être là. Et on s’en rend compte aujourd’hui que si on n’a pas un écosystème de producteurs de productions locales, un jour on va être dépendants de ce qui, ce qui s’importe. Mais si demain une guerre encore autre part, on sera bloqués sur certains aliments. Donc le covid et la guerre en Ukraine nous a montré encore que c’est nécessaire d’avoir vraiment une production et il n’y a que du bien fait.

Michel Godart: [00:23:04] Et permets-moi de rajouter que j’aimerais insister sur l’aspect santé, parce que quand on est en bonne santé, on ne prend pas de médicament et le monde pharmaceutique a aussi son impact écologique parfois qui n’est pas négligeable, en tous cas dans certains cas. C’est aussi un point qu’il faut prendre en considération. Les médicaments qu’on comprend, on les élimine quelque-part, il faut y songer.

Mohamed Ahripou: [00:23:19] Je dis toujours que le premier médicament, c’est la nourriture en fait.

Michel Godart: [00:23:22] Et la prévention et la nourriture.

Mohamed Ahripou: [00:23:23] Quand on mange bien, des produits qui ne sont pas bourrés de produits chimiques, et bien c’est déjà un pas en avant dans sa santé, dans sa bonne santé.

Michel Godart: [00:23:30] Quelles ont été les principales étapes en fait de ce développement dans ton entreprise, donc dans La Ruche qui dit oui?

Mohamed Ahripou: [00:23:35] Première étape, c’était au tout démarrage (Michel Godart: La lancer) parce qu’on l’a lancé, c’est à dire d’abord convaincre les producteurs de venir dans le réseau.

Michel Godart: [00:23:41] Et avoir les produits sources.

Mohamed Ahripou: [00:23:43] Voilà, tout à fait. On a eu un travail énorme au début de trouver les sources, d’aller voir, de prendre sa voiture et d’aller faire la tournée des producteurs.

Michel Godart: [00:23:50] Il y avait des points bloquants spécifiques.

Mohamed Ahripou: [00:23:52] Oui. Alors bon, à l’époque, les producteurs n’étaient pas très techniques, donc il y a quand même une petite manipulation technique à faire, c’est à dire de mettre son catalogue en ligne, d’ouvrir (Michel Godart: Ah comme ça?) donc le producteur a un accès sur la plateforme qui lui permet de gérer ses ventes, son stock et ses distributions (Michel Godart: Ben oui évidement) il y avait, voilà, il faut faire des belles photos. On a appris à des producteurs que voilà un pot de yaourt si on le prend dans le noir, dans la grange, de loin avec son petit téléphone.

Michel Godart: [00:24:18] Il est vachement moins sexy.

Mohamed Ahripou: [00:24:19] Que la première chose qui se vend, c’est quand même la photo. Donc on a, et aujourd’hui encore on continue de l’informer. Et puis je dirais qu’après c’était de faire connaître dans les quartiers, puisque « La Ruche qui dit oui » ce sont des points locaux, donc ils sont essentiellement, les consommateurs sont essentiellement autour du point de collecte, donc en moyenne à un kilomètres autour maximum, ce ne sont pas des gens qui vont venir en voiture de l’autre côté de la ville. Et donc c’est d’aller faire connaître, de leur expliquer, de changer les habitudes des gens, puisque c’était à ce moment-là il fallait, et c’est toujours le cas, il faut planifier sa semaine. Et donc il faut planifier ses commandes. Donc pour ce samedi par exemple, il faut déjà passer ses courses, sa liste de courses aujourd’hui pour que la semaine prochaine on ait les produits.

Michel Godart: [00:24:54] Alors là, ça m’intéresse ce que tu dis, parce que c’est une belle parenthèse à faire. On signale qu’on est dans une crise économique où il y a un effet d’inflation qui est en train de se produire et toute personne un peu logique et cohérente sait que si on s’organise et qu’on fait ses courses avec une liste de courses, on va faire de somptueuses économies. Donc on vous invite, chers auditeurs, à y penser.

Mohamed Ahripou: [00:25:10] Je fais toujours le calcul, je dis toujours aux gens « Faites le calcul, vous allez voir que entre aller avec sa liste de courses au supermarché où vous revenez toujours avec des produits que vous n’avez pas voulu prendre »

Michel Godart: [00:25:20] Ah ben oui, les tentations sont sous le nez.

Mohamed Ahripou: [00:25:22] Voilà le marketing, hein? Pour revenir aux marketing

Michel Godart: [00:25:24] A ton métier de coeur au départ

Mohamed Ahripou: [00:25:25] Mais donc on fait des économies, au total, quand on…

Michel Godart: [00:25:28] Ah clairement, moi je vois la différence c’est énorme. Maintenant, tu nous a dit un peu, même beaucoup, ce que tu fais, on a bien compris. Puis « La ruche qui dit oui » ce n’est plus un nom à faire, vous avez une belle réputation et beaucoup d’action positive. Mais ce qui m’intéresse ici, c’est de te demander, pour toi, qu’est-ce qui vous rend différent d’une entreprise traditionnelle? Alors évidemment, il est évident que la comparaison avec une grande surface n’est pas à faire. Mais qu’est ce qui te rend différent d’une petite supérette du quartier ou d’autres entreprises du type?

Mohamed Ahripou: [00:25:52] Ce qui nous rend différent, je pense, c’est ce que souvent les gens nous disent, d’ailleurs quand on leur demande pourquoi vous venez alors ils ne nous disent pas pour le prix, pour les produits ou quoi… Ils nous disent d’abord aussi certainement pour l’ambiance et la relation, le contact. Ils ont besoin de ne pas se sentir oppressé, comme quand on va dans un supermarché ou un magasin, on a des lumières

Michel Godart: [00:26:11] Le petit Grégory est demandé à la caisse « Une »!

Mohamed Ahripou: [00:26:13] Oui, exactement. Ici, les gens sont dans un cadre très, très relax, un petit peu comme un marché, mais beaucoup moins lourd, moins (Michel Godart: Et moins bruyant) reposant, moins bruyant. Et les gens chez nous, quand ils viennent, ils découvrent finalement des actions de la Ruche qui dit oui. Et finalement, ça fait que beaucoup de voisins se sont rencontrés dans les ruches. Des gens qui habitent à trois maisons, l’une de l’autre (Michel Godart: Wow ça c’est magique hein!?), qui ne se sont jamais dit bonjour, en tout cas jamais eu un contact. Dans notre ruche, se rencontrent, se parlent et après créent finalement des réseaux. Donc ça, on est super fier de ça parce qu’on voit que ça a créé, ça a créé dans dans les quartiers où il y a une ruche, ça crée vraiment une une ambiance beaucoup plus villageoise, je dirais. Et voilà, et ça c’est l’aspect relation contact de pouvoir rester, de pouvoir discuter. Nous, on ne court pas, on ne demande pas aux gens de « Vous avez cinq minutes pour faire vos, prendre votre commande ». Les gens peuvent rester jusqu’à la fin, peuvent rester même parfois on a… (Michel Godart: Au delà) reste au delà. On continue à papoter, à connaître un petit peu la vie de tous.

Michel Godart: [00:27:06] Est ce qu’on croise aussi les artisans et les producteurs? J’imagine que oui, on finit quand même par les croiser à un moment ou l’autre, si on fréquente régulièrement.

Mohamed Ahripou: [00:27:13] Tout à fait. Ils sont là, ils sont, la plupart des producteurs sont là, alors il y en a certains qui se mutualisent avec d’autres en se laissant une semaine sur deux, une semaine sur trois. Mais les producteurs, c’est ce qui fait l’ADN, je dirais, de La Ruche, c’est d’être présent sur la distribution par rapport à un magasin où on achète certainement un produit local, mais où on n’a pas le lien direct.

Michel Godart: [00:27:32] Mais oui, c’est ça, c’est c’est le côté magique du relationnel. Et puisqu’on parle de magie, j’ai envie de te demander si demain tu avais une baguette magique entre les mains avec un super pouvoir. C’est quoi ton plus grand souhait? La première action que tu prendrais avec cette baguette magique?

Mohamed Ahripou: [00:27:43] Je ferais en sorte que finalement le circuit court ce soit le principal (Michel Godart: La norme), le principal circuit de distribution. Et je dirais même que les produits de qualité, que ce soit bio ou raisonnée finalement, ce soient les produits normaux et que ce soient les produits chimiques qui aient un tampon en disant « produits conventionnels: cachet » (Michel Godart: Wow). Parce que je trouve que c’est assez bizarre qu’on mette des cachets pour les produits bio alors que ça donnerait plutôt l’inverse de dire « Ce produit là est conventionnel, il y a des pesticides » mais le sans cachet c’est le produit naturel.

Michel Godart: [00:28:10] Ah oui, ça c’est une belle remarque ça, j’apprécie beaucoup cette remarque, c’est très intelligent d’ailleurs. Si tu devais motiver quelqu’un à rejoindre Kaya, tu lui dirais quoi?

Mohamed Ahripou: [00:28:17] Je dirais que c’est la force du groupe, c’est de pouvoir partager et de pouvoir rencontrer d’autres éco entrepreneurs, de pouvoir s’échanger les expériences. Et finalement, on est plus fort ensemble que tout seul dans son petit projet. Il y a parfois certainement des passerelles à faire avec d’autres entrepreneurs qui peuvent trouver des collaborations là-dedans.

Michel Godart: [00:28:37] Le côté plaidoyer, ça te parle? C’est une chose qui est important pour toi?

Mohamed Ahripou: [00:28:41] C’est important et le côté, nous même on a souvent des, on nous appelle souvent pour venir donner des conférences dans des écoles à des jeunes futurs entrepreneurs, ou en tout cas futurs actifs dans la vie. Et pour leur expliquer que voilà, l’entreprise sociale c’est aussi une voie, tout aussi intéressante que d’aller travailler dans un grand groupe ou dans une grande banque.

Michel Godart: [00:28:59] J’ai envie de dire, c’est un exemple inspirant.

Mohamed Ahripou: [00:29:01] Voilà, on essaye d’être des exemples inspirants en essayant qu’ils n’attendent pas 40 ans pour changer.

Michel Godart: [00:29:06] Puisqu’on parle d’inspirer les gens pour inspirer d’autres éco preneurs, tu dirais quoi? Que tu leur donnerais? Quels conseils à d’autres éco preneurs?

Mohamed Ahripou: [00:29:13] Oh, je dirais qu’il faut aimer les gens. Il faut aimer les gens, la passion. Et que si on peut se lever le matin avec la patate, avec un grand sourire en se disant une journée intéressante, actif et utile.

Michel Godart: [00:29:24] Et le sourire banane.

Mohamed Ahripou: [00:29:25] Et le sourire banane, voilà, on a gagné Pas mal.

Michel Godart: [00:29:28] Ouais, c’est vrai, pas mal. Alors Mohamed, je ne veux pas te quitter sans te donner l’opportunité de nous dire l’adresse du site Internet pour aller consulter les offres que tu as. Même si c’est local, donnons l’adresse du site, que les gens puissent aller voir ce que « La ruche qui dit oui » propose.

Mohamed Ahripou: [00:29:40] Tout à fait, ben on tape sur son petit navigateur préféré trois fois w. La ruche qui dit oui, en un mot, .be. Et alors là, vous accédez sur une page où vous avez une carte, où vous mettez votre code postal ou bien le nom de la ville.

Michel Godart: [00:29:53] Ah oui, donc ce ne sera pas forcément la tienne, ce sera de toute façon « La ruche qui dit oui » la plus proche.

Mohamed Ahripou: [00:29:57] Voilà, si on veut me retrouver moi je suis à la ruche d’Auderghem, avenue des Volontaires, tous les samedis matin. Vous êtes les bienvenus, même ne serait ce que papoter ou un conseil (Michel Godart: Où même de passage si on passe par là. On peut faire une course spontanée, instantanée, voilà) On a une machine à café. On a très souvent un mini bar qu’on ouvre parce qu’on a envie de…

Michel Godart: [00:30:13] Et on peut causer avec toi.

Mohamed Ahripou: [00:30:14] Exactement. Et vous serez les bienvenus!

Michel Godart: [00:30:16] Merci pour ça. Alors moi je vais lancer un message à nos auditeurs. Ils peuvent évidemment agir même sans se déplacer. Ils peuvent faire un like, un partage, un commentaire sur ce podcast qui va le rendre plus visible dans les réseaux sociaux. Permettre à ta voix de se faire entendre au plus grand nombre, et au projet Kaya de se faire connaître au plus grand nombre, ça c’était déjà une belle action et elle ne coûte rien en plus. T’imagines?

Mohamed Ahripou: [00:30:32] C’est gratuit?

Michel Godart: [00:30:33] Du gratuit, c’est rare hein? Alors la deuxième chose que les auditeurs peuvent faire, c’est qu’ils peuvent te laisser un message vocal Mohamed. Dans le texte du podcast il y aura un petit lien avec un répondeur,et en suivant le lien, on peut laisser un message vocal à ton attention pour te remercier, t’encourager, te poser une question. Alors pas faire une commande hein? Ne faites pas une commande par ce moyen là s’il vous plaît. On sera peut être pas super réactif pour ça!

Mohamed Ahripou: [00:30:53] Non, non mais avec plaisir, ça me fait plaisir d’entendre les gens. J’adore le retour du terrain, j’adore les retours des gens, les conseils, les bons, les mauvais.

Michel Godart: [00:31:00] Alors on insiste pour vous le fassiez, chers auditeurs (Mohamed Ahripou: Oui, oui) et auditrices (Mohamed Ahripou: Je les attends). Et si vous nous dites dans le message que vous nous autorisez, utiliser votre voix. On pourrait même mettre en commentaire du podcast, sur les réseaux sociaux, le lien direct vers votre message, on pourrait vous entendre tout de suite sur les réseaux.

Mohamed Ahripou: [00:31:12] Parfait! C’est une belle journée.

Michel Godart: [00:31:14] Merci Mohamed pour avoir consacré ton temps et d’avoir pris la peine de venir ici jusque chez transforma avec Kaya.

Mohamed Ahripou: [00:31:18] Merci à vous, merci à toi et merci aux éditeurs qui nous écoutent.

Michel Godart: [00:31:22] A très bientôt

Mohamed Ahripou: [00:31:22] À bientôt

Jingle: [00:31:26] Recherche de fréquence radio (mode anciens postes de radio : grésillements), une chaîne se capte et le son se stabilise : on entend « You’r listening The Podcast Factory ».

Michel Godart: [00:31:28] Ce projet podcast est une initiative créée et proposée par l’ASBL « The Podcast Factory Org », avec le sponsor de « transforma bxl – Innovation playground » et vous retrouvez tous les épisodes sur le site « What’s Your Story point be ».

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